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27/05/2011

L'UE doit repenser sa politique balkanique

Après que le président Boris Tadic ait officiellement exprimé ses "regrets" en novembre 2010 sur les tombes des victimes croates de Vukovar, haut lieu des guerres qui ont ravagé l'ex-Yougoslavie tout au long des années 90', après avoir ouvert un dialogue direct avec le Kosovo en mars dernier, ouvrant ainsi la voie à une reconnaissance de cette ex-province de la Grande Serbie que l'OTAN et l'ONU lui ont arrachée, Belgrade a voulu donner hier une nouvelle preuve de sa bonne foi européenne en livrant à la justice occidentale Ratko Mladic, le "boucher des Balkans", le général en chef des milices de la République serbe sécessionniste de Bosnie Herzégovine, l'homme du siège de Sarajevo (avril 1993-février 1996) et du massacre de Srebrenica (juillet 1995). Un salopard aux allures de bon vivant qui rejoindra la semaine prochaine un autre salopard, Radovan Karadzic, le poète prisonnier de Scheveningen depuis 2008, pour un procès conjoint devant le Tribunal pénal international à La Haye.

Désormais que la Serbie a fait tous ses devoirs, l'UE va devoir sérieusement s'atteler à une réflexion stratégique sur l'intégration de l'ensemble des pays balkaniques à l'UE. Car le moins que l'on puisse dire, c'est que la méthode suivie aujourd'hui, celle du "cas par cas, n'est pas adaptée aux réalités de la région. La Serbie a un énorme passif avec tous ses voisins, y compris Tirana qui n'était pas en ex-Yougoslavie mais qui a parrainée le séparatisme kosovar, et comme la Croatie, le Monténégro, voire la Macédoine, pourraient être membres de l'UE avant Belgrade, jouissant alors d'un droit de veto sur toute nouvelle entrée, il est probable que la Serbie reste à la porte.

La réconciliation doit précéder l'adhésion La Croatie a bien failli elle-même déjà goûter ce veto d'un ex-voisin et frère devenu ennemi, en l'occurrence la Slovénie, membre de l'UE depuis 2004. Premier pays à se sortir de l'ex-Yougoslavie, durant l'été 1990, au terme d'un court et peu meurtrier conflit, la Slovénie s'était vue ravir une partie de ses eaux territoriales par la Croatie toujours membre à l'époque de l'ex-fédération. Par 52% contre 48%, les Slovènes ont cependant donné leur accord par référendum en juin 2010 à un règlement de ce litige avec Zagreb, déverrouillant les négociations européennes, lesquelles au demeurant s'éternisent, laissant entrevoir une adhésion au mieux en juillet 2013. On peut douter que les Croates, une fois membres, seront aussi accommodant avec la candidature serbe au regard du ressentiment bien plus lourd qui persiste de part et d'autre de la frontière.

La réconciliation officielle entre tous les pays de la région me semble donc devoir précéder leur adhésion qui, dès lors, ne saurait être que conjointe et non individuelle en fonction des mérites propres de chacun, ainsi que la Commission et le Conseil l'envisage. D'ici que cette paix sincère des coeurs et des esprits soit conclue, cela n'ôte rien à la nécessité pour l'UE de préparer cette intégration inéluctable à la famille européenne, par des accords commerciaux, des aides financières et des facilitations de visas notamment. Mais ce préalable est à mes yeux la seule garantie pour éviter que les Balkans demeurent un point de crispation en Europe.

 
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