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11/05/2011

Minima intellectuel et revenus électoraux

Laurent Wauquiez a une tête de bon élève et une mine d'enfant de choeur. A l'évidence, il n'est ni l'un, ni l'autre. Pourtant ministre des Affaires européennes, il s'était montré incapable l'autre semaine de dire le nombre d'Etats membres de l'Espace Schengen, en attribuant 17, comme l'Eurozone, au lieu des 25 que compte aujourd'hui en réalité cet espace de libre circulation, c'est à dire la plupart des Etats membres de l'UE (sauf le Royaume-Uni, l'Irlande et Chypre, ainsi que la Roumanie et la Bulgarie en instance d'être admises), augmentés de la Suisse, de la Norvège et de l'Islande (le Vatican et le Liechtenstein étant en négociation).

Intérêt général M. Wauquiez a pris sur le ton de l'ironie les plaisanteries qui ont accueilli sa bourde (il est vrai que Bourdin, son piégeur sur RMC, s'était piégé lui même en n'évoquant que 22 Etats...), sur le mode: "Je ne suis pas un technocrate, moi, mais un politique". J'ignorais que faire de la politique exigeait d'être ignorant des dossiers dont on a la charge et c'est sans doute pour achever de démontrer à quel point il ne connait rien à rien et qu'il en est fier que le "politique" M. Wauquiez a cru utile de répéter ce week-end les âneries qu'il avait dévoilé voilà un mois dans l'indifférence générale au Figaro concernant les minima sociaux.

Ainsi donc, mélangeant Revenu de solidarité active, Aide personnalisée au logement et autres Allocations familiales, au parent isolé, à l'adulte ou à l'enfant handicapé, M. Wauquiez a estimé qu'il fallait en limiter le montant à 75% du SMIC, afin d'éviter l'assistanat et d'inciter les gens à chercher du travail. Pour mieux les inciter encore, il recommande 5 heures mensuelles de travail d'intérêt général pour les allocataires. Or, en cumulant un RSA et une APL, on aboutit à un revenu inférieur de 660 euros à celui d'un Smicard, a opportunément rappelé sa collègue aux Affaires sociales, Roselyne Bachelot. Bien sûr, ce différentiel diminue, et peut même s'inverser, si on ajoute les allocations familiales dans leurs différents formes, mais, jusqu'à preuve du contraire, il n'y a aucune condition de ressources dans un sens ou dans l'autre pour ce type d'aide sociale et même quelqu'un gagnant 10 fois le SMIC a droit aux allocations familiales! Enfin, je doute que la multitude d'entreprises ou d'associations qui salarient, grâce aux contrats aidés, des personnes au chômage de longue durée, souvent d'ailleurs allocataires du RSA, pour des travaux ou des services sans qualification, apprécient d'être concurrencées par des travailleurs gratuits au nom de "l'intérêt général".

Stratégie de la tension Les "idées" de M. Wauquiez sont donc à ranger dans la catégorie "connerie" et c'est sans doute pourquoi l'UMP veut en faire une loi. Le seul cas de figure où son raisonnement tient la route, c'est si les deux membres d'un couple non déclaré touche chacun le RSA et l'APL ou si un allocataire du RSA travaille au noir. Mais il s'agit alors d'une fraude et personne n'a attendu l'UMP pour lutter contre les fraudes aux prestations sociales. Mais l'objectif de M. Wauquiez n'est pas de faire une loi utile. Il veut en fait gagner ses galons de bon petit Sarkozyste en recourant à la bonne vieille stratégie de la tension: "Je créé un problème qui n'existe pas et je le résous". Ca permet de ne pas parler des problèmes qui existent et qu'on ne résout pas.

Pour faire bonne mesure, M. Wauquiez raccroche son projet à la pièce maitresse de la stratégie de la tension déployée par Nicolas Sarkozy: l'immigration. Le terrain de l'immigration clandestine étant déjà bien occupé par son collègue Claude Guéant, Laurent Wauquiez s'en prend donc aux immigrés légaux qui ont un contrat de travail. Ces derniers ne devraient selon lui bénéficier de la protection sociale qu'au bout de 5 ans, même s'ils ont cotisé. Il cible particulièrement l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) avec une envolée vichyste sur le pauvre paysan qui toucherait moins qu'un immigré qui se gobergerait à Alger avec son minimum vieillesse. Or pour toucher l'APSA, il faut résider en France! Au demeurant un retraité de l'agriculture dont la pension serait inférieure à 8900 euros par an a droit, lui aussi, à l'APSA. M. Wauquiez est chef de file de la Droite sociale. Mais c'est comme pour l'Europe, il n'y connait rien en social. Il s'y connait beaucoup en revanche dans le dragage du Front national.

04/05/2011

Bal tragique à Schengen

"32 000 personnes sur quelques mois, c'est beaucoup. Mais-est-ce un afflux massif? Non, je ne le pense pas". Avec cette petite phrase ce midi en conférence de presse, la commissaire européenne à l'Immigration et aux Affaires intérieures, la Suédoise Cecilia Malmström, a clairement renvoyé dans les cordes le duo tragi-comique Berlusconi-Sarkozy et leurs hommes de main, Maroni et Guéant. En clair, Bruxelles n'est pas disposé à céder à la lepénisation des frontières et à sacrifier l'Espace Schengen de libre circulation sous prétexte que quelques milliers d'immigrés tunisiens et de réfugiés libyens et sahéliens tentent leur chance en Europe. Dois-je rappeler que de toute manière il existe depuis 2008 une directive dite "retour" qui légitime et organise l'expulsion des immigrés clandestins, y compris par charter? Oui, sans doute, puisqu'apparemment la Place Beauvau, qui en abuse pourtant chaque jour, n'a pas l'air de s'en souvenir.

Le dossier est extrêmement technique mais son sous-bassement politique est simple. La France et l'Italie demandent que l'on modifie l'article 23 du Code Schengen qui permet, "en cas de menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure ", le rétablissement des contrôles aux frontières. Cet article est souvent utilisé lors des grandes manifestations sportives internationales - pour bloquer les hooligans -, ou pourrait l'être en cas de menaces terroristes. Le modifier dans le sens souhaité par Paris et Rome reviendrait à autoriser la fermeture des frontières à la moindre barque qui accosterait sur les côtes espagnoles, italiennes, maltaises ou grecques. Autant dire que Schengen serait mort et enterré. Une perspective rejetée par la Commission, qui pour une fois tient tête aux Etats membres, laquelle se contente de suggérer des "lignes directrices", c'est à dire, en langage bruxellois, une simple circulaire d'application de l'article 23, précisant les modalités et les circonstances de sa mise en oeuvre, et non sa refonte législative.

Palinodies Faut-il, dans cette stricte limite administrative et non juridique, envisager un rétablissement des contrôles d'identité aux frontières en cas de défaillance d'un Etat périphérique à contrôler ses frontières au nom de tous les autres pays Schengen? La Commission ne dit pas non, mais du moins la pratique serait alors encadrée par une circulaire commune et on n'assisterait plus aux palinodies de ces dernières semaines où l'Italie délivrent des vrais-faux permis de séjour à des Tunisiens en les incitant à aller se faire voir chez les Français. Evidemment, tout irait mieux si les Vingt Sept faisaient preuve de solidarité avec Rome et Paris, comme les y invite sans moyens de contrainte la Commission, afin de se répartir les immigrés. Mais, contredisant toutes les belles déclarations et les engagements réitérés des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE en faveur d'un système commun d'asile et d'immigration, leurs ministres de l'Intérieur bloquent toutes les initiatives proposées par la Commission en ce sens.

 

08/03/2011

Les 6 premiers mois de Marine Le Pen à l'Elysée

La procédure engagée hier par l'Union européenne contre la France pour violation persistante des droits fondamentaux sanctionne 6 mois de dérive nationaliste qui isole chaque jour davantage notre pays au sein de l'Europe et plus largement de la Communauté internationale. Le rétablissement de la peine de mort, voté le mois dernier au Parlement, aura été la provocation de trop aux yeux de nos partenaires européens qui ont pourtant déjà beaucoup enduré, tant la politique indigne de notre pays rejaillit sur l'ensemble de l'UE dont la crédibilité est désormais dramatiquement affectée aux yeux du monde, comme en témoigne l'effondrement du cours de l'euro.

La séquence ouverte le 27 mai dernier avec l'arrivée de Marine Le Pen à l'Elysée sera sans doute considérée comme une des pires périodes de notre histoire avec le régime de Vichy, la Grande Terreur et la folie de Charles VI en pleine Guerre de cent ans. A peine élue et le gouvernement formé, la Présidente de la République s'est aussitôt attelée à museler le principal contre-pouvoir potentiel à sa monstrueuse politique. C'était tout l'enjeu du référendum du 24 juin dernier pour inscrire la préférence nationale dans le Préambule de la Constitution. La veulerie de l'UMP, l'ambiguïté scandaleuse d'une partie de la gauche et malheureusement le désintérêt de nos concitoyens pour ce scrutin au contraire marqué par une forte mobilisation frontiste lui ont permis d'obtenir carte blanche du peuple français sans plus risquer le désaveu du Conseil constitutionnel dont la plupart des membres ont d'ailleurs démissionné, à l'exclusion notable de l'ex-Président Nicolas Sarkozy, contrairement à ses deux prédécesseurs, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac.

Farce tragique Premier acte: la suspension le 1er juillet, sans aucune concertation avec l'UE, de l'application des Accords de Schengen au prétexte de lutte contre l'immigration clandestine. Ce coup de force n'a pas eu l'effet escompté, et a même tourné à la farce tragique avec l'affaire de Marseille, cet été, et la découverte dans un conteneur abandonné par les dockers en grève de 150 marocains morts asphyxiés qui avaient passé la frontière pour venir travailler illégalement chez un maraicher...élu du Front national. Les conséquences ont en revanche été immédiates sur les échanges économiques: le contrôle systématique des papiers à nos frontières provoque des embouteillages monstres, qui dissuadent ceux qui ne sont pas obligés de transiter par notre pays, et retarde les livraisons dans nos magasins et supermarchés, comme chacun peut s'en rendre compte en faisant ses courses, mais aussi dans nos usines et ateliers privés de pièces détachées et de matières premières.

Cette mesure absurde ne suffisant manifestement pas à établir sa sinistre réputation, le gouvernement Lepéniste s'est engagé dans la foulée dans sa politique dite de "Francisation". Il y a d'abord eu, au nom de "l'emploi pour les Français d'abord", la  réduction rétrospective à 3 ans des cartes de séjour accordée initialement pour 10 ans et qui place des centaines de milliers d'immigrés légaux dans une situation précaire intenable. Puis est venu la chasse ouverte aux Français d'origine étrangère avec la déchéance de nationalité de 70 000 personnes, avec effet rétroactif, l'objectif affiché étant de 200 000, sans que ce chiffre n'ait jamais été étayé par le ministère de la Nationalité et de l'Immigration. Beaucoup étaient certes des délinquants emprisonnés ou condamnés pour différents crimes et délits, mais la plupart ne répondaient que de fraudes au fisc ou aux allocations familiales, des délits répréhensibles mais dont de "bons Français" de plusieurs générations se rendent aussi coupables sans que cela porte à de si radicales conséquences.

Complot mondialiste Chacun se souvient des rafles opérés lors de la Rentrée dans les écoles pour arrêter les enfants des personnes expulsées, tous ou presque nés en France, et punis collectivement pour la faute supposée de leurs parents. Ces images insoutenables ont fait le tour du monde, nous valant les premières salves de critiques européennes et internationales. Les caméras n'avaient toutefois pas encore filmé le pire: la répression sanglante il y a un mois contre les émeutiers du centre de rétention de Nîmes, où s'entassent un millier d'étrangers reconductibles à la frontière, alors que ce centre n'a théoriquement une capacité d'accueil que de 150 personnes. Bilan: 8 morts, dont 2 femmes et un bébé. Les policiers républicains qui s'étaient opposés aux ordres ministériels ont été révoqués et sont menacés de poursuite pour trahison.

Marine Le Pen aurait alors pu pendre la mesure des risques que sa politique faisait porter aux pays. Bien au contraire. Le Front National décrétant qu'il s'agissait d'un "complot mondialiste", la Présidente de la République décida d'une fuite en avant dans nos relations internationales au nom de la doctrine dite du "Souverainisme participatif". La sortie de l'OTAN en sera en octobre l'acte le plus symbolique, et malheureusement ce fut aussi un beau coup politique salué par une partie de la gauche. Désormais la France, membre fondateur de la plupart des organisations internationales n'y participent plus qu'au coup par coup et selon les humeurs de ses dirigeants. C'est au nom de cette doctrine que nous avons mis notre veto voilà 15 jours à une résolution à l'ONU exigeant une exclusion aérienne de la Syrie, malgré les massacres en cours dans ce pays, un des derniers affectés par les révolutions arabes de l'an dernier. C'est toujours au nom de cette doctrine que nous refusons de livrer Miroslav Antevic au TPI, un criminel de guerre serbe, ami de notre ministre de la Défense.

Spirale infernale Cette obsession nationaliste n'est naturellement pas sans impact économique et social. Après les illusions de la "Révolution fiscale" engagée en août  et l'instauration d'une taxe unique (flat tax) de 25% sur les tous les revenus, la consommation et les entreprises, l'heure des comptes a en effet déjà sonné. Comptes publics, totalement asphyxiés par des rentrées fiscales en chute libre et non pas en expansion comme le prédisaient les économistes libéraux qui peuplent désormais les cabinets ministériels, mais aussi comptes sociaux asséchés, tant la suppression des prestations aux immigrés ne pouvait suffire à compenser la baisse drastique des cotisations. Le déficit est en passe d'atteindre les 9%, plus encore que pendant la crise financière, et le baratin gouvernemental selon lequel il ne s'agit que d'une transition avant que le nouveau système ne produise tous ses effets ne convainc personne: toutes les agences ont ainsi fortement dégradé notre notation sur les marchés obligataires où nous empruntons désormais plus cher que la Grèce! Quant au rebond d'activité attendu, il n'est naturellement pas aux rendez-vous: aux centaines de contrats annulés avec des entreprises étrangères au prétexte de la "francisation" des marchés publics a évidemment répondu des milliers de contrats annulés par nos partenaires à l'encontre des entreprises françaises.

Chacun connait la prochaine étape de cette spirale infernale: la sortie de l'euro, où nous pousse d'ailleurs l'Allemagne qui refuse de voir la devise européenne emportée définitivement par la tourmente Lepéniste. C'était au programme de la candidate Le Pen et si la Présidente Le Pen ne l'a pas encore fait, c'est tout simplement en raison du coût astronomique de cette opération suicide, le futur franc s'annonçant d'ores et déjà comme une monnaie de singe avec laquelle il faudra rembourser une dette lourde contractée en euro. A moins que sur sa folle lancée, elle ne décide de ne plus rembourser. Une hypothèse malheureusement plus que crédible de sa part et qui aggraverait notre ruine financière et morale. En tout cas, désormais qu'une procédure est lancée à Bruxelles pour déchoir notre pays de ses droits de vote au Conseil, plus rien ne devrait arrêter Marine Le Pen.

Censure jamais connue depuis l'Occupation Reste la question qui taraude toutes les rédactions, même les plus complaisantes à l'égard du pouvoir: combien de temps encore la presse pourra dénoncer cette dérive hallucinante vers l'autarcie et le repli nationaliste? Pas longtemps, à écouter notre ministre de l'Information selon qui les médias participent à une "campagne anti-française". Déjà la loi sur l'audiovisuel public a bâillonné toute l'information sur France Télévision et Radio France. La loi sur "la diffamation et l'information objective" en préparation laisse augurer une censure jamais connue depuis l'Occupation. La suppression des subventions, alors que le marché publicitaire est en chute libre, place aujourd'hui nos journaux dans une situation difficile, heureusement contrebalancée par un formidable regain d'intérêt du lectorat. Les ventes ont triplé en quelques mois. Ce n'est toutefois pas à la presse de remplacer le courage politique. L'opposition républicaine, morcelée depuis l'élection présidentielle et les divers ralliements honteux au pouvoir, doit d'urgence se ressaisir. Ce cauchemar a déjà six mois. Encore quelques semaines de nuits et de brouillards Lepéniste sur notre pays et la France ne s'en relèvera jamais.

 

Yannick Laude, le 18 novembre 2012

 

PS: cet article est une uchronie tragique, hélas nourrie par la lecture du programme du Front national.

 
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