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04/05/2011

Bal tragique à Schengen

"32 000 personnes sur quelques mois, c'est beaucoup. Mais-est-ce un afflux massif? Non, je ne le pense pas". Avec cette petite phrase ce midi en conférence de presse, la commissaire européenne à l'Immigration et aux Affaires intérieures, la Suédoise Cecilia Malmström, a clairement renvoyé dans les cordes le duo tragi-comique Berlusconi-Sarkozy et leurs hommes de main, Maroni et Guéant. En clair, Bruxelles n'est pas disposé à céder à la lepénisation des frontières et à sacrifier l'Espace Schengen de libre circulation sous prétexte que quelques milliers d'immigrés tunisiens et de réfugiés libyens et sahéliens tentent leur chance en Europe. Dois-je rappeler que de toute manière il existe depuis 2008 une directive dite "retour" qui légitime et organise l'expulsion des immigrés clandestins, y compris par charter? Oui, sans doute, puisqu'apparemment la Place Beauvau, qui en abuse pourtant chaque jour, n'a pas l'air de s'en souvenir.

Le dossier est extrêmement technique mais son sous-bassement politique est simple. La France et l'Italie demandent que l'on modifie l'article 23 du Code Schengen qui permet, "en cas de menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure ", le rétablissement des contrôles aux frontières. Cet article est souvent utilisé lors des grandes manifestations sportives internationales - pour bloquer les hooligans -, ou pourrait l'être en cas de menaces terroristes. Le modifier dans le sens souhaité par Paris et Rome reviendrait à autoriser la fermeture des frontières à la moindre barque qui accosterait sur les côtes espagnoles, italiennes, maltaises ou grecques. Autant dire que Schengen serait mort et enterré. Une perspective rejetée par la Commission, qui pour une fois tient tête aux Etats membres, laquelle se contente de suggérer des "lignes directrices", c'est à dire, en langage bruxellois, une simple circulaire d'application de l'article 23, précisant les modalités et les circonstances de sa mise en oeuvre, et non sa refonte législative.

Palinodies Faut-il, dans cette stricte limite administrative et non juridique, envisager un rétablissement des contrôles d'identité aux frontières en cas de défaillance d'un Etat périphérique à contrôler ses frontières au nom de tous les autres pays Schengen? La Commission ne dit pas non, mais du moins la pratique serait alors encadrée par une circulaire commune et on n'assisterait plus aux palinodies de ces dernières semaines où l'Italie délivrent des vrais-faux permis de séjour à des Tunisiens en les incitant à aller se faire voir chez les Français. Evidemment, tout irait mieux si les Vingt Sept faisaient preuve de solidarité avec Rome et Paris, comme les y invite sans moyens de contrainte la Commission, afin de se répartir les immigrés. Mais, contredisant toutes les belles déclarations et les engagements réitérés des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE en faveur d'un système commun d'asile et d'immigration, leurs ministres de l'Intérieur bloquent toutes les initiatives proposées par la Commission en ce sens.

 

03/03/2011

Mourir pour Tobrouk

J'ai déjà eu l'occasion ici même récemment de rappeler l'existence d'une directive de 2001 prévoyant une protection temporaire en cas d'afflux massif de réfugiés. Ce texte avait été adopté, mais trop tard, suite aux situations humaines dramatiques qui avait marqué les guerres dans les Balkans. Aujourd'hui que l'afflux massif de réfugiés en provenance de Libye est en passe de déstabiliser la Tunisie et l'Egypte, deux pays qui ont d'autres problèmes à régler suite à leur révolution démocratique, je ne regrette pas d'avoir lancé cet appel. Dans le vide naturellement puisque toute sollicitation de solidarité est désormais considérée comme un non-sens dans notre belle république lepeno-sarkozienne où le rejet de l'autre et la peur du changement font office de politique. Nous n'avons hélas rien à envier à nos voisins de ce point de vue, l'Allemagne par exemple se montrant plus étriquée encore.

Cela ne m'empêchera pas d'aller plus loin dans la provocation au vu des derniers développements en Libye, c'est à dire la contre-offensive militaire lancée par Mouammar Kadhafi contre les villes et régions qui se sont libérées de son emprise. Les estimations de victimes se comptent déjà en milliers. Faudra-t-il attendre qu'ils se comptent en dizaines de milliers pour que l'Union européenne se décide à intervenir? De loin dans un premier temps en organisant le quadrillage du ciel libyen afin de barrer la route, voire d'abattre les avions-chasseurs qui auraient velléités de tirer sur le peuple, de plus prés dans un second temps, si cette exclusion aérienne ne suffit pas et que la nécessité de débarquer des troupes à Tripoli s'avère indispensable au renversement de Kadhafou.

Ce plaidoyer guerrier n'a rien d'une lubie irréfléchie. On sait quand on commence une guerre, on ne sait jamais quand on l'arrête. Il suffit de voir le bourbier afghan (et alors même que j'étais et suis toujours favorable à l'intervention), sans parler du bourbier irakien (et alors même que je persiste à penser qu'à l'époque, en 2003, la priorité n'était pas d'attaquer le seul régime clairement anti-islamiste de la région). Reste que quand des images de massacres de femmes et d'enfants, de villages rasés, de prisonniers torturés, feront le tour des télévisions du monde, la veulerie dont nous faisons preuve aujourd'hui sera un motif de honte. C'était déjà le cas dans les années 90 en Bosnie et au Kosovo et ce sont les Américains qui se sont finalement coltinés Milosevic. Cette fois Washington demande clairement à Paris, Londres et Rome de prendre leurs responsabilités. Chiche!

24/02/2011

Libye: faute d'être diplomate, l'UE sera-t-elle généreuse?

Premier dégât collatéral de la folie meurtrière de Muammar Kadhafi: le risque d'un afflux en Europe de Libyens, mais aussi d'Africains vivant nombreux en Libye, cherchant à tout prix à quitter le pays en proie au chaos et à la guerre tribale. La réalité tangible de cet exode massif ne s'est pas encore concrétisée mais la crainte se fonde sur des estimations de la Ligue Arabe qui évoque 300 000 personnes en instance de fuite. Crainte alimentée, même s'il n'y a guère de liens entre les deux phénomènes, par le débarquement soudain d'environ 6000 Tunisiens sur l'île de Lampedusa, au large de la Sicile, suite à la Révolution du Jasmin.

Protection temporaire La Ligue du Nord, l'allié régionaliste et xénophobe de Berlusconi, n'a  pas hésité à faire l'amalgame entre ces quelques milliers d'immigrés économiques, dont le flux s'est d'ailleurs tari ces derniers jours et qui seront traités comme tout clandestin, c'est à dire pour la plupart reconduits chez eux,  et la masse potentielle de réfugiés à venir de Libye cherchant protection en Europe. Sans surprise, le multi-récidiviste et auvergnat Brice Hortefeux a enrayé sur cette rhétorique simpliste de son collègue italien et ligueur, Roberto Maroni, confondant immigrés clandestins et réfugiés, au mépris de toutes les Conventions internationales pourtant signées par la France et l'Italie.

Il est naturel que des Etats s'inquiètent de l'arrivée possible de centaines de milliers de réfugiés étrangers et se préoccupent du traitement de la masse de demandes d'asile que  cela entrainera. C'est tellement naturel que les Européens se sont déjà posé la question tout au long de la guerre des Balkans pour savoir quoi faire des réfugiés bosniaques puis kosovars, qui ne cherchaient pas tant à fuir leurs pays que les Serbes qui l'occupaient et les martyrisaient. De bricolage national en arrangement communautaire, l'UE a finalement adopté en 2001 une législation européenne entrée en vigueur en 2003 et qui formalise un nouveau concept: la protection temporaire. Un concept au demeurant explicitement prévu par le Traité de Lisbonne.

Législation coûteuse Ce dispositif vise à répondre à la situation d'urgence d'un afflux de personnes cherchant à fuir leurs pays pour une durée limitée en raison de troubles graves, de guerre civiles ou d'autres évènements et dont le caractère massif risquerait de désorganiser le système normal d'asile. C'est au Conseil des ministres européens, sur recommandation de la Commission européenne, de déterminer s'il s'agit d'un afflux massif. Si les chiffres avancés par la Ligue Arabe devaient se vérifier, le caractère massif de l'afflux serait à l'évidence démontré. Les Vingt Sept devraient alors se répartir les réfugiés temporaires et un avenant au budget de l'UE permettre le financement de l'opération. C'est en effet une législation coûteuse: la protection temporaire est accordée pour 3 ans maximum mais ses avantages sont nombreux pour le bénéficiaire: regroupement familial, droit au logement, à la santé et permis de travail.

Cette législation européenne a été adoptée trop tard pour bénéficier aux Kosovars, ni même aux Afghans dont l'afflux n'a jamais été vraiment massif, sauf un pic en 2001 avec 45 000 réfugiés, le chiffre oscillant depuis 2004 à nettement moins de 10 000 pour toute l'UE, ce qui reste gérable pour traiter normalement les procédures d'asile. Qu'en sera-t-il de la Libye? Il est trop tôt pour le dire et je ne souhaite pas que les pires prédictions se réalisent. Mais j'espère néanmoins que le cas échéant, l'UE n'ajoutera pas à la honte d'une politique étrangère minable depuis le début des révolutions arabes, le déshonneur des mauvais prétextes  pour refuser la protection temporaire aux foules menacées de mort qui la solliciterait Cette solidarité serait sans nul doute très complexe à réaliser et la répartition des réfugiés promet bien des empoignades, mais bien plus grave serait la perte de crédibilité politique des Européens s'ils se défaussaient de leurs responsabilités.

 
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