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24/10/2010

La vie publique pas si fantomatique que ça de Robert Rochefort

Ceux qui, comme moi, ont découvert Robert Rochefort en écoutant ses chroniques dans l'émission du week-end de Dominique Souchier sur Europe 1, n'auront pas été étonné par sa prestation lors du séminaire qu'il a organisé vendredi dernier à Paris, sous l'égide de l'Institut européen des Démocrates (IED), le centre de réflexion du Parti Démocrate Européen (PDE), dont le MoDem est membre-fondateur. Comme à la radio, où l'ancien directeur général du Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) interrogeait le modèle social français sous le prisme de ses réalités, il s'est attelé a expliquer l'enjeu réel de la réforme des retraites à l'aune de sa cause profonde: le vieillissement de la population, dont la conséquence majeure en 2050, tant en termes de pensions que de soins et de dépendance, sera d'augmenter de quasiment 5% du PIB les dépenses publiques partout dans l'UE. Comment adapter nos sociétés à ce défi démographique ? C'est tout l'objet d'un rapport que prépare le vice-Président du MoDem et député européen, en vue du prochain Congrès du PDE, et dont cette réunion devait éclairer sa réflexion.

Malicieux, Robert Rochefort avait choisi pour étayer le débat d'inviter des experts européens dont les approches contrastées, mais complémentaires, ont animé le séminaire. Mikko Myrskylä et Tomas Sobotka, deux jeunes démographes, l'un finlandais, l'autre tchèque, chercheurs respectivement à l'Institut Max Planck en Allemagne et à l'Institut démographique de Vienne ont dévoilé les toutes dernières études, au demeurant plutôt encourageantes, puisque le taux de fécondité ne s'écroule plus, voire progresse à nouveau, notamment en Europe du Nord. L'augmentation du niveau de vie et l'égalité homme/femme seraient les principaux facteurs expliquant cette dernière évolution,  insuffisante toutefois au renouvellement des générations. Pour Mikko Myrskylä, c'est un faux problème : « Plus que la stagnation des naissances, le vecteur du vieillissement de la population est l'augmentation de l'espérance de vie. Mais les personnes âgées aujourd'hui peuvent être actives car elles sont en meilleure santé que celles du même âge il y a 30 ans ». « L'Italie du Nord a une faible natalité depuis 50 ans et c'est pourtant la région la plus dynamique économiquement », a expliqué de son côté Tomas Sobotka, non sans reconnaître que l'immigration, à commencer par celle du Mezzogiorno, jouait un rôle important dans ce phénomène.

Palmarès démographique Brigitte Lestrade, directrice d'études germaniques à l'université de Cergy-Pontoise, témoignait pour sa part d'une autre expérience, moins optimiste. Celle de l'Allemagne où 25% des femmes (contre 12% en France) n'ont pas d'enfants. Un taux qui atteint 40% pour les diplômées. Rien d'étonnant si l'on songe que ce pays est le moins accueillant à la maternité d'Europe : une femme qui travaille et laisse en garde son enfant est qualifiée de Rabenmutter, « mère corbeau », une mauvaise mère, quoi, et ça veut tout dire ! L'occasion pour Robert Rochefort de vanter le système français. Un «paquet », fait de crèches, de maternelles, de congés parentaux, et reposant sur un régime attrayant d'allocation et de primes, qui depuis plusieurs années permet à notre pays d'être en tête dans le palmarès démographique de l'UE. Reste que le vieillissement menace tout autant notre pays avec un taux de plus de 40% de personnes de plus de 65 ans à l'horizon 2030, et ce malgré une population en accroissement à plus de 67 millions. Pour Annamaria Simonazzi, de l'université Sapienza de Rome, avec un tel besoin en matière de dépendance et de soins à domicile, c'est un véritable bouleversement sociologique qui nous attend, au point d'imaginer un retour de la cohabitation entre les générations, les plus jeunes devant s'occuper des anciens grâce à un nouveau régime de solidarité qu'il reste à bâtir et à adapter aux contraintes professionnelles. « Un quasi marché, a-t-elle prédit, où la famille sera le pivot d'une gamme de services rétribués à la personne homologués par les pouvoirs publics »

Moins de jeunes arrivant chaque année sur un marché du travail vieillissant et des opportunités stables d'emplois de service à la personne devraient réduire sensiblement le chômage à l'avenir. Mais c'est bien la seule dépense publique qui devrait baisser, avec l'éducation - et encore, sans prendre en compte les besoins de formation continue des salariés âgés dont le maintien à l'emploi sera une priorité. Pour le reste, le financement des retraites, même tardives, et du nouveau système social lié au vieillissement seront une charge croissante sur l'ensemble de l'économie. Cette perspective crédibilise plus encore la nécessité pour nos pays de se désendetter afin d'acquérir de nouvelles marges de manœuvres, a analysé Jérôme Vignon, ancien directeur à la protection sociale de la Commission européenne. « L'ampleur du chantier est tel que les entreprises devront y prendre toute leur part et pas seulement les budgets publics. Le renouvellement des générations, l'emploi des jeunes et des seniors, l'éducation et la formation professionnelle, sont des impératifs dont les entreprises ne peuvent s'exempter au motif de la mondialisation », a-t-il dit en regrettant que cette dimension de responsabilité sociale des entreprises ne figure pas dans la Stratégie de politique économique UE 2020 adoptée en mars dernier par le Conseil européen.

 

03/10/2010

La vie publique pas si fantomatique que ça de François Bayrou

Les chances pour François Bayrou, sinon sa capacité, de réunifier en 2012 toutes les composantes françaises du centrisme - et leurs électeurs - restent hypothétiques. Mais du moins aura-t-il apporté sa pierre ce vendredi à la recomposition de la vie politique italienne en rassemblant à une même tribune Francesco Rutelli, Gianfranco Fini et Pier Ferdinando Casini, en rupture de ban avec la gauche pour le premier, avec leur allié Silvio Berlusconi, pour les deux autres, tous trois étant désormais tentés par l'aventure d'un centre indépendant. Venus observer l'évènement, Piero Fassino, cheville ouvrière du Partito democratico, et Franco Frattini, homme lige du Cavaliere et son ministre des Affaires étrangères, contribuèrent par leur présence à donner crédit à cet aggiornamento qui agite la Péninsule depuis plusieurs mois.

 

Stature internationale Parrainer ce miracle à l'italienne, malgré toute l'amitié qu'il voue à son ami Rutelli, l'ancien maire de Rome, n'était néanmoins pas la principale raison du déplacement de François Bayrou dans la Ville Eternelle. Il s'agissait bien davantage de récolter les fruits d'un investissement politique et diplomatique discret et de longue haleine, depuis sa rupture avec l'UMP et le Parti Populaire Européen (PPE) en 2004 et la fondation du Parti Démocrate Européen (PDE), dont il est co-président et Marielle de Sarnez, secrétaire générale. Parti européen de dimension encore modeste avec une dizaine de partis centristes issus d'autant d'Etats membres de l'UE, le PDE ne s'en insère pas moins dans un réseau international, l'Alliance des Démocrates, qui organisait donc ce vendredi à Rome une conférence de haut niveau sur le thème « Sécurité, Développement, Démocratie », ouverte en visioconférence par le Premier ministre nippon, Naoto Kan, président du Parti Démocrate du Japon, et conclu par François Bayrou, président du Mouvement Démocrate en France, qui va conforter cette stature internationale par une série de visites, dont la première programmée justement au Japon et en Corée du Sud du 7 au 16 octobre.

 

Le déroulé cohérent des débats, les témoignages parfois poignants et toujours passionnants venus des Cinq Continents, dessinèrent un tableau contrasté de l'état du monde au regard du principe premier que défendaient tous les participants: le respect des droits de l'homme, de l'Etat de droit, de  la démocratie. L'intérêt de cette conférence était de ne pas tomber dans l'angélisme pleurnichard mais d'illustrer le lent cheminement qui doit conduire patiemment à l'édification d'un système universel de valeurs démocratiques, tant il est vrai que « la démocratie est un projet pour toute l'humanité » a rappelé François Bayrou dans son discours final. Massoud Barzani, le Président du gouvernement kurde de la République fédérale d'Irak, se fera parmi d'autres à la tribune le porte-voix de cette certitude : « J'entends souvent dire qu'il n'y a pas de valeurs humaines universelles mais des séparations culturelles inconciliables. Ce n'est pas vrai. L'immense majorité des habitants du monde partagent les mêmes valeurs et refusent de persécuter ou de voir leurs familles persécutées pour des questions d'origine ethnique, de religion ou d'opinion ».  

 

Démocratie de nécessité Au commencement est la « démocratie de nécessité », selon l'expression de François Bayrou, celle qui permet tout simplement de vivre et de protéger les siens en renonçant à la violence. C'est l'expérience portée par Luka Biong Deng, un ministre du Mouvement Populaire de Libération du Soudan, les ex-rebelles du Sud du pays qui ont accepté de déposer les armes à Khartoum, après des années de guerre civile particulièrement meurtrière et dans l'attente d'un référendum d'autodétermination en 2011, dont l'issue sécessionniste ne fait guère de doute, beaucoup moins son acceptation par Omar El Béchir, le dictateur islamiste soudanais, toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt devant la Cour internationale de Justice pour crime contre l'humanité. Expérience partagée par Sam Rainsy venu lui aussi raconter sa tentative de compromis électoral avec le pouvoir dictatorial en place à Phnom Penh mais contraint aujourd'hui à l'exil après avoir écopé de 10 ans de prison pour un motif imaginaire et alors que les meurtres des militants de son mouvement se multiplient à l'initiative des ex-communistes devenus affairistes du Parti populaire cambodgien au pouvoir. Tous les deux ont appelé au soutien de la communauté internationale.

 

Ce soutien, l'Afghanistan en a profité pour chasser les Talibans et passer à la seconde phase de la démocratie, la « démocratie de liberté » dont parle toujours François Bayrou, qui voit la mise en place d'un embryon d'Etat de droit. Certes, comme l'a reconnu Rangeen Dafdar Spanta, président du Conseil national afghan de sécurité, « la démocratie se heurte à des difficultés lorsqu'elle est imposée par la guerre ». Pourtant il ne regrette rien : « Tout ce qui était moderne, les valeurs de la civilisation, les droits de l'homme et de la femme étaient bafoués par les Talibans au pouvoir à Kaboul qui ont voulu imposer ce renversement de valeurs au monde. C'est ce qui a donné le 11 septembre. Cela justifiait l'intervention militaire ». Mais cette guerre incertaine ne fait pas oublier à Rangeen Dafdar Spanta l'objectif de son engagement démocrate: le développement de son pays car « sans investissements, il n'y aura pas de routes, sans routes, il n'y aura pas de commerce, sans commerce, il n'y aura pas d'emplois, et sans emplois, la spirale du terrorisme se réenclenchera ».

 

Stratégie de tension Heureux sont les Européens, parvenus à la troisième phase de leur développement politique, « la démocratie de souveraineté, qui permet aux peuples, souligne François Bayrou, de participer à la définition de leur propre destin pour faire face aux problèmes globaux ». C'est tout le choix de la construction européenne qui vient conforter et compléter des démocraties nationales solidement ancrées. Inigo Urkullu, président du Parti national basque, n'a pas dit autre chose. Evincé du pouvoir à Bilbao en 2009, après 29 ans de règne sans partage, par une coalition improbable entre le PP et le PSOE, le PNV n'en a pas pour autant rallier les extrémistes. « L'offensive de l'ETA n'est jamais parvenue à rompre l'unité démocratique basque au sein d'une Espagne où les Basques sont autonomes, dotés de leurs propres Institutions reconnues tant à Madrid qu'à Bruxelles. L'Europe nous a garanti la paix depuis un demi siècle » assène M. Urkullu. Même garantie ressentie par Pawel Piskorski, leader du Parti démocratique polonais, qui déplore la stratégie de tension avec la Russie entretenue par la classe politique de son pays. « Je n'apprécie pas le gouvernement Medvedev/Poutine mais il faut être honnête, il ne menace pas la paix du continent », remarque-t-il. Et si la Pologne a des craintes pour son approvisionnement énergétique, la solution passe par une politique commune européenne de l'énergie, pas par la confrontation, estime cet ancien maire de Varsovie et compagnon politique de feu Bronislaw Geremek.

 

La force de cette Conférence était d'abord d'insister sur la fragilité de la démocratie. C'était de voir Dani Haloutz, ancien chef d'état-major de Tsahal reconnaître qu'Israël faisait des « erreurs » dans le traitement économique et social de la question palestinienne ou encore Rajiva Wijnesinha, secrétaire général du Parti libéral du Sri Lanka, avouer que son pays aurait pu se passer de cette longue guerre civile avec les séparatistes Tamouls, enfin achevée en 2009, si le gouvernement cingalais de Colombo avait davantage pris en compte dès l'origine les besoins sociaux, économiques et culturels de cette minorité nationale. La force de cette conférence était ensuite de rappeler l'actualité de la démocratie alors qu'un modèle alternatif autoritaire se fait jour à Pékin. C'est toute l'inquiétude de James To, député démocrate de Hong Kong, interdit de séjour en Chine continentale car « la Chine ne pense pas que la démocratie soit une valeur universelle ». « L'Asie doit démontrer son utilité sur le plan démocratique comme elle l'a montrée sur le plan économique », constate sa collègue députée du parti démocrate progressiste de Taïwan, Bi-Khim Hsiao.

 

Stade ultime du projet humaniste La grande force de cette conférence était enfin de réunir tant de démocrates sincères, de John Podesta, président du Center for the American Progress, le think tank de l'aile gauche du Parti démocrate américain, à Mohammed Nosseir, secrétaire international du Front démocratique égyptien, en passant par Kasit Piromya, ministre des Affaires étrangères du Thaïlande, de les entendre faire part de leurs doutes mais aussi de leur espoir de passer un jour à la « démocratie du développement », le stade ultime du projet humaniste, a conclu François Bayrou, citant Marc Sangnier : « la démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun ».

 
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