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24/03/2011

Business as usual

Parmi les nombreuses nouvelles qui auront échappé aux médias ces derniers jours, tant inquiètent et passionnent l'opinion publique le nuage nucléaire, la montée du Front national et la guerre en Libye, j'attire l'attention sur la triste décision que vient de prendre le Parlement européen en confirmant la nomination de Verena Ross au poste de directeur exécutif de l'Autorité européenne des marchés financiers. L'AEMF est un des ce trois nouveaux organismes de supervision, avec l'Autorité bancaire européenne (ABE) et l'Autorité européenne des assurances et pensions professionnelles (AEAPP), dont la création avait été décidée l'automne dernier par l'UE afin de répondre à la crise financière de 2008-2009.

A l'époque, en effet, il avait été constaté qu'une des principales causes de cette crise ouverte par la faillite de Lehmann Brother, tenait à la carence des régulateurs nationaux, soucieux de ne pas faire de vague dans leur système financier domestique, et qu'il convenait d'améliorer le contrôle en instaurant une supervision européenne indépendante. Or à qui confie-t-on la direction opérationnelle de l'AEMF? A la directrice internationale de la Financial Services Authority (FSA), c'est à dire à un des membres les plus éminents de cet organisme national de supervision qui a tant failli, particulièrement au Royaume-Uni.

Collusion Londres avait mené une intense campagne auprès des ministres européens des Finances pour obtenir cette nomination. Christine Lagarde, qui s'était pourtant vue refusée la présidence de l'AEMF au profit de Jean-Pierre Jouyet, dont la candidature avait notamment été barrée par les Britanniques, n'a pas jugé utile de s'y opposer. "Cela présage bien de l'équilibre futur entre l'amélioration de la réglementation et la fonctionnalité du marché", s'est félicité Anthony Belchambers, le directeur exécutif de la Futures and Options Association, un des puissants lobbies de la City. On ne saurait mieux dire que cela présage mal des capacités de l'AEMF à remplir son rôle dans l'esprit avec lequel il a été créé: en finir avec la collusion entre les marchés financiers et ceux qui sont censés les surveiller.

27/01/2011

Friture sur la ligne UMP Paris-Bruxelles

Décidemment l'information fonctionne mal entre Paris et Bruxelles, et même plus précisément entre Nicolas Sarkozy et ses amis politiques dans la capitale européenne. Il y a d'abord eu cette attaque frontale, avant hier lors de sa conférence de presse,  contre un document que prépare la Commission européenne sur l'accès de l'UE aux matières premières, lequel minimiserait l'impact de la spéculation sur ces marchés. De fait cette analyse tomberait mal puisqu'elle contredirait toute l'argumentation qu'entend déployer  au contraire le Président français au G20 pour justifier sa proposition d'une régulation mondiale des marchés des matières premières, comme les terres rares ou les matières premières agricoles. Inquiétude curieuse de la part de Nicolas Sarkozy puisque ce procès d'intention  vise concrètement l'un des siens, Michel Barnier, en charge de ce dossier. Le commissaire Barnier ne ménage pourtant pas ses efforts, au point qu'il est baptisé Che Guevara à Bruxelles par ses collègues et hauts fonctionnaires libéraux, et son administration dénommée DG Marx (pour DG Markt, direction générale du Marché intérieur), tant son engagement - et ses premières réalisations - en matière de réglementation financière tranche avec la ligne de son funeste prédécesseur, Charlie Mc Creevy.

Aujourd'hui nouvelle friture sur la ligne UMP touchant cette fois le Parlement européen. Alors que Nicolas Sarkozy, dans la foulée de l'affaire du Médiator, a décidé hier à reprendre les conclusions de la commission de réflexion pour la prévention des conflits d'intérêts dans la vie publique, pour annoncer le prochain dépôt d'un projet de loi sur la déontologie dans la vie publique, les eurodéputés UMP de la commission parlementaire de la Santé publique se sont opposés à ce que les déclarations d'intérêt des membres de  l'Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA) soient vérifiées par une instance indépendante. La nouvelle présidente du conseil d'administration de l'AESA s'était récemment distinguée en omettant de signaler son appartenance au puissant lobby International Life Science Institute (ILSI), regroupant la plupart des groupes agrochimiques actifs dans les OGM. Ce type de contrôle devrait pourtant être expressément prévu par la loi française afin de parer aux conflits d'intérêt... par exemple dans les cabinets ministériels noyautés par des représentants de lobbies pharmaceutiques. Mais il est vrai que l'UMP est dure à suivre sur ces questions et peut être les eurodéputés sarkozystes s'en sont tenus à la position minimaliste voilà peu défendue par Jean-François Copé et son compère Christian Jacob lorsqu'il s'agissait de la déontologie et des conflits d'intérêt des élus....

24/11/2010

Test de résistance à l'oppression bancaire

Ainsi qu'une lectrice avisée me l'a fait remarquer, le remboursement des intérêts de la dette n'est déjà plus le quatrième poste budgétaire de l'Etat (son niveau de 2009) mais désormais le second. Autant dire que la France vit sous créance, et la première responsabilité en repose sur vous et moi qui, soit ne payons pas assez d'impôts, soit dépensons trop. Et plus probablement les deux.  Je me suis assez étendu sur le second point pour ne pas avoir besoin de me fâcher davantage avec la Fonction publique, qui n'en demeure pas moins inutilement pléthorique au regard des services rendus, et ne suis guère à même de plaider pour une augmentation des impôts, ne les payant moi-même plus en France, mais n'en pensant pas moins sur les gisements fiscaux que constituent les revenus du patrimoine, dramatiquement sous-taxés, et les avantages indus consentis aux entreprises multinationales, par ailleurs principales bénéficiaires des aides d'Etat et des politiques publiques.

Moloch bancaire Reste que ce mea culpa citoyen n'exempte pas les bailleurs de ce puits sans fond. D'autant moins que la crise obligataire qui nous a accompagnés toute l'année a permis de vérifier à quel point ces banques n'entendaient pas seulement prêter mais aussi commander. Le Parlement européen peut en témoigner qui a été soumis à une intense pression tout au long du processus législatif sur la supervision bancaire et financière, non sans céder d'ailleurs aux sirènes des pleureuses professionnelles qui hantaient nos couloirs pour nous menacer d'un assèchement du crédit si la règlementation devait être trop sévère et découplée des pratiques hors UE. Les Etats membres ont connu pire encore en matière de lobbying, tant le système bancaire est interpénétré jusqu'aux plus infimes rouages des Etats, le summum venant de se dérouler en Irlande: alors que Dublin ne demandait rien et disposait de réserves monétaires suffisantes jusqu'au printemps prochain,  la spéculation acharnée sur le marché secondaire de la dette irlandaise a accru jusqu'à l'insoutenable la fragilité des banques domestiques, principales détentrices des obligations d'Etat. L'honnêteté oblige néanmoins à reconnaître que si la BCE et la Commission avaient mené plus sérieusement leurs stress tests en juillet dernier, l'Allied Irish Bank et la Bank of Ireland n'auraient pas du les passer avec succès.

Ce moloch bancaire alimente en outre lui-même ses propres fantasmes grâce à toute la logistique qui entoure les activités financières et vit sur la bête, à commencer par les Agences de notation. Déjà sur la sellette lors de l'affaire des subprimes, ces dernières viennent d'aggraver sans vergogne leur cas à l'occasion de la crise irlandaise, au moins l'une d'entre elle, la joliment dénommée Moody's, laquelle de fait semble noter selon ses humeurs. Contre toute logique, en effet, alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que l'annonce lundi d'une injection d'une centaine de milliards d'euros serait un facteur d'apaisement, Moody's décidait au contraire simultanément de dégrader la note irlandaise, autrement dit de lancer un avertissement aux marchés sur l'incapacité de l'Irlande à rembourser sa dette! Ces derniers paniquant pour moins que çà, se sont donc de nouveau emballé et les rumeurs de faillite en chaine dans la zone euro se sont répandu toute la semaine comme une trainée de poudre, substance dont les traders sont de gros consommateurs.

Enfants gâtés de la mondialisation Face à l'irrationnel, la raison est toujours perdante. C'est pourquoi je crois qu'avec les banques, il faut passer à l'épreuve de force. Les banques ne feront plus peur quand leur environnement règlementaire en fera des entreprises comme les autres. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Toute une série de négociations s'annoncent ainsi pour tenter d'alléger le fardeau de nouvelles normes prudentielles, dites Bâle III et élaborée par la Banque des règlements internationaux, c'est à dire la Banque des Banques centrales. En clair il s'agit de faire passer le ratio de solvabilité bancaire de 2% en moyenne aujourd'hui à 7% en 2019, c'est à dire que quand une banque prête 100 millions, elle devra au moins en avoir 7 immobilisés en caisse. Il va sans dire que çà ne leur plaît pas et du coup expliquent la bouche en coeur que ce capital immobilisé est autant qu'elles ne pourront pas prêter. Ce serait vrai si leur rentabilité moyenne ne frisait pas les 15%....Il est donc impératif que les pouvoirs publics résistent à ce nouveau chantage des enfants gâtés de la mondialisation.

Le temps est ainsi venu d'une action régalienne forte, la nationalisation n'étant d'ailleurs pas nécessairement la bonne méthode, l'expérience française en la matière ne plaidant pas en ce sens. Beaucoup plus opportun serait d'imaginer un système de modulation fiscale pour à la fois obtenir des banques qu'elles prêtent à bon escient, en limitant la prise de risque ou en le faisant assumer par leurs actionnaires et non plus les contribuables, et pour diminuer leur rentabilité que rien ne justifie, sinon leur place au coeur du fromage. Je voudrais rappeler ici que la rentabilité moyenne d'une PME ne faisant appel ni à l'effet de levier, ni à la créativité comptable, ni à la déconsolidation fiscale, ni à ces recettes toutes légales mais immorales qui fondent l'économie financière, atteint 5% les bonnes années, un peu plus dans le service haut de gamme, un peu moins dans l'industrie manufacturière de base. Et que selon le dernier rapport du Conseil des prélèvements obligatoires, les entreprises du CAC 40 (dont la BNP, Dexia, la Société générale entre autres) paient en moyenne 2,3 fois moins d'impôts sur les bénéfices que les PME. Cherchez l'erreur!

 
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