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01/11/2011

Et les Athéniens s’éteignirent

Je cherche en vain du sens à la décision de George Papandréou d’organiser un référendum fin janvier sur le plan d’aide à la Grèce dont le Sommet de l’Eurozone a convenu de haute lutte le 26 octobre. J’imagine mal en effet ses pairs débloquer comme prévu la semaine prochaine la dernière tranche d’aide du premier plan de 100 milliards et moins encore de continuer les préparatifs du second plan de 130 milliards attendu en décembre. Sans ce soutien budgétaire, son pays va se retrouver en quelques jours en rupture de paiement. Il s’agit donc d’un suicide économique mais aussi politique puisque l’Etat grec aux abois devra interrompre dans la foulée le versement des salaires de la fonction publique et des pensions.

M. Papandreou mise-t-il sur ce chaos annoncé pour convaincre la population que la situation serait pire sans l’appartenance à l’euro ? Tous ses partenaires et ce qui reste d’amis à la Grèce aimeraient effectivement que les Grecs admettent que ce n’est pas l’UE avec ses dizaines de milliards de prêts et la remise de la moitié de leur dette qui est à l’origine de leur malheur, mais bien eux mêmes qui en sont les premiers responsables. Mais c’est un pari fou que tente le Premier ministre alors que la population est minée par le ressentiment et travaillée par des forces populistes extrêmes, nonobstant le plus grave : le refus d’union nationale de la part de Neo Demokratia, l’opposition de droite parlementaire, dont la proposition d’organiser des élections anticipées, plutôt qu’un référendum, n’est guère plus crédible. Car référendum ou élections, c’est du temps que réclame encore la Grèce alors que le seul temps venu est celui de mettre en œuvre les décisions prises. Comment George Papandréou ou Antonis Samaras peuvent-il penser gagner 8 à 12 semaines sans provoquer un séisme financier international ? 

Contrôle étranger Reste que dans cette affaire, nous payons aussi le prix de l’absence de gouvernance fédérale de l’Eurozone. Il n’est pas logique que les manifestants grecs et leurs thuriféraires français de Le Pen à Mélenchon en passant par Montebourg -  contestent un contrôle étranger sur le budget d’Athènes dès lors  qu’il est sous perfusion européenne. En revanche, il n’est pas cohérent que ce soit des experts nationaux, en clair des fonctionnaires du ministère allemand des Finances, qui procèdent à cette inquisition fiscale. Ce devrait être exclusivement des fonctionnaires de la Commission européenne, qui compte un commissaire grec, et dont les membres viennent rendre compte devant le Parlement européen, certes dominé par les députés allemand mais où du moins siègent aussi des députés hellènes. Ce qui n’est pas le cas au Bundestag qui aujourd’hui seul décide en vertu d’un système intergouvernemental ou le plus fort commande. Au demeurant, dans une Europe fédérale, l’Eurozone disposerait d’un budget fédéral qui aurait depuis longtemps éponger la dette grecque, notamment grâce au soutien de la BCE, ce qui n’aurait pas épargné une rigueur de longue durée mais au moins éviter la contagion à toute l’Europe et au monde.

27/10/2011

Enfumage et bidouillage sont les deux mamelles du sauvetage de l'euro

Dimanche dernier, Silvio Berlusconi avait la mine mauvaise: il venait de se faire sérieusement sermonner par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pour la dérive de ses comptes publics et rentrait la queue basse à Rome. 70 heures de négociations acharnées avec ses alliés populistes de la Ligue de Nord conclus in extremis avant son retour hier soir à Bruxelles auront permis au Cavaliere d'accomplir un miracle: convaincre ses pairs qu'il allait retrouver le chemin de la vertu budgétaire et la vraie foi maastrichtienne. "L'Italie a pris de nouveaux engagements solides sur des réformes structurelles", indiquent ainsi mensongèrement les conclusions du Sommet de l'Eurozone, chacun sachant bien que les engagements de ce Premier ministre aux abois, avec 3 voix de majorité au Parlement, ont autant de crédibilité que les plans de rigueur à répétition de son collègue George Papandréou. 

Bunga Bunga Ce petit arrangement entre chefs d'Etat et de gouvernement relèverait de l'anecdote, si l'Italie, en totale déliquescence politique et sous surveillance négative des Agences de notation, n'avait un endettement de 120% de son PIB à plus de 1900 milliards d'euros! C'est d'ailleurs bien pour parer un tel risque que ces derniers jours, le montant envisagé par les experts pour augmenter la force de frappe du Fonds européen de stabilité financière (FESF) était de 2000 milliards d'euros. Certes cela aurait été encore insuffisant compte tenu de tous les autres engagements auxquels le FESF fait et fera face, mais le déploiement d'une telle masse financière aurait été de nature à calmer la spéculation. Finalement ce ne sera que 1000 milliards, soit "environ 1400 milliards de dollars" précise entre parenthèse le texte officiel, comme si cet artifice grotesque suffisait à masquer l'insuffisance de la dotation en cas de secousse prévisible sur le marché obligataire italien au premier bunga bunga parlementaire ou judiciaire venu pour Berlusconi.

Plus grave que le montant du FESF est sans doute son montage. Pour éviter que les garanties ou souscriptions des Etats membres dépassent les 440 milliards actuels et que la BCE ne puisse l'abonder directement, une véritable usine à gaz a en effet été imaginée afin de démultiplier les capacités d'intervention du FESF sous forme d'un mécanisme de rehaussement de crédit. Mieux encore, le FESF s'appuiera dans cet exercice financier complexe sur un Fonds d'investissement connexe où la Chine est suppliée de jouer les premiers rôles. Le directeur général du FESF est aujourd'hui même à Pékin. Autrement dit, la dette européenne va devenir chinoise alors même qu'une grande partie des milliards de réserve de change que l'Empire du Milieu a accumulé et lui permet aujourd'hui de jouer les sauveurs n'est que le fruit du dumping monétaire auquel le yuan se livre depuis des années à l'encontre de l'euro et du dollar!

Cheval de Troie La Grèce va ainsi pouvoir conforter son statut de Cheval de Troie de la Chine en Europe. Les Européens ont certes enfin débloqué la dernière tranche du premier plan d'aide à Athènes et dressé les contours du second en préparation pour la fin de l'année mais au prix d'une décote de 50% sur les créances qui contraindra les banques grecques à faire appel aux Fonds souverains chinois. Les banques et assurances grecques possèdent en effet 15% de la dette publique nationale, soit une cinquantaine de milliards, et la perte de la moitié de ces avoirs exige une recapitalisation rapide auprès du FESF, sous peine d'asphyxie totale du crédit en Grèce. 

Les banques françaises et allemandes, qui détiennent respectivement de 9,6 et 7,6 milliards d'euros d'obligations hellènes, ont pour leur part accepté de prendre leur perte, la recapitalisation étant autofinancée par leurs bénéfices et d'obscurs arrangements comptables répondant au nom charmant de "coco". Mais cette concession n'a été faite qu'au coeur de la nuit après avoir reçu l'assurance par Mario Draghi que la BCE, en cas de besoin, continuera, comme son prédécesseur Jean-Claude Trichet, à acheter de la dette sur le marché secondaire et à accepter les créances douteuses en garantie collatérale pour leurs emprunts monétaires. C'est dire si les banquiers européens ont confiance dans la crédibilité financière du FESF qui est théoriquement fait pour çà...

Démocratiser l'Union économique et monétaire Si au moins des progrès en matière de gouvernance de l'Eurozone avaient été enregistrés. Ce n'est le cas ni sur le fond, ni sur la forme. Les promesses de politique économique continuent de relever de la coordination et non de l'intégration, et ne s'appesantissent en fait que sur le renforcement de la surveillance budgétaire multilatérale. Pas un mot des euro-obligations, pas un mot du prochain cadre financier pluriannuel, bref pas un mot sur l'investissement dans les infrastructures de recherche, d'énergie, de transport et de télécommunications indispensable pour relancer la croissance. Quant à la forme institutionnelle envisagée, elle est suffisamment floue pour qu'on comprenne qu'elle sera largement intergouvernementale, avec une phrase ambigüe laissant supposer qu'Herman Van Rompuy, Président du Conseil le sera en plus bientôt de l'Eurogroupe. Pour être sûr de verrouiller le débat, les conclusions du Sommet évoquent des "modifications limitées" au Traité. J'espère que le Parlement européen, sans qui aucune révision institutionnelle n'est possible, ne laissera au contraire pas passer cette chance pour démocratiser l'Union économique et monétaire.

22/07/2011

Allez camarades, encore un effort pour être fédéralistes

George Papandreou, le Premier ministre grec, peut être heureux: il revient de Bruxelles avec un allégement annuel du fardeau de sa dette de 3,5 milliards d'euros, grâce à une baisse des taux d'intérêt auquel lui prêtaient jusqu'à présent ses partenaires de l'Eurozone de 4,5% à 3,5%. Le soulagement est d'autant plus palpable que les délais de remboursement sont portés à 15, 30, voire 40 ans. Mieux encore, l'anxiété grecque face au marché obligataire est bel et bien derrière l'Acropole avec un nouveau prêt de 109 milliards de l'UE, via le Fonds européen de stabilisation financière (FESF) puis le futur Mécanisme européen de stabilité (MES) à partir de 2013, et du Fond monétaire international. Cerise sur le gâteau: un plan Marshall est promis à Athènes, non chiffré car dépendant pour l'essentiel du futur cadre financier de l'UE après 2013.

Les créanciers bancaires de la Grèce, impliqués dans cette mécanique par le biais de rachat "volontaire" de dette dévalorisée, devront assumer en tout d'ici 2020 jusqu'à une centaine de milliards de manque à gagner, du fait de cet étalement des remboursements et de la baisse des taux s'y afférant. Mais ce défaut maitrisée ne devrait pas avoir de conséquences sur leur fonctionnement, sinon leurs bénéfices: les banques grecques en difficulté éventuelle de refinancement, pourront l'être par le FESF puis le MES. Pour faire bonne mesure, les banques et institutions financières de tous les pays de l'Eurozone qui seraient aussi en proie à des problèmes de refinancement, ce qui n'est pas invraisemblable en Espagne notamment au lendemain de stress tests bancaires mitigés, pourraient aussi bénéficier des taux avantageux du FESF.

Cirque spéculatif Ce lien que l'UE tisse désormais comme prêteur quasi exclusif de la Grèce, et la dépendance dans laquelle entrent également le Portugal et l'Irlande à cet égard, est clairement un pas dans la bonne direction, c'est à dire la création d'euro-obligations. Certes, le FESF prêtent aux banques pour qu'elles mêmes achètent de la dette et peut même racheter cette dette au marché secondaire, mais il n'émet pas encore directement des bons du trésor estampillée UE. Reste que la limite commence à être ténue et qu'on se rapproche de la solution maintes fois défendue ici. Disons qu'à ce stade, l'Eurozone a franchi le pas de la création d'un Fonds monétaire européen mais pas encore celui de la création d'un marché obligataire.

Une telle décision prise il y 18 mois, au début de la crise grecques, aurait sûrement évité la contagion à l'Irlande et au Portugal, qui se seraient alors retrouvés protégés préventivement de toute attaque spéculative. Aujourd'hui, il est beaucoup moins sûr que cela suffise. Pour l'instant les marchés, toujours très court-termistes semblent rassurés par l'accord sur la Grèce. La faillite totale est en effet écartée. Mais pas un défaut partiel puisqu'il est même prévu que les créanciers bancaires d'obligations grecques se verront infliger une décote. Des cénacles divers de banquiers et de financiers vont se réunir ce week-end pour apprécier si ce défaut partiel est un "évènement de crédit", mot magique devant déclencher le fameux marché des "credit defaut swap" (CDS), sorte d'assurance sur la dette mais que ne détienne pas forcément les créanciers eux mêmes. Bref un grand cirque spéculatif qui plongerait à nouveau toute l'Eurozone dans la tourmente.

Débat final Mais le pire n'est jamais sûr et peut être le système financier sera-t-il assez sage pour accepter quelques dizaines de milliards, non de pertes mais de manque à gagner, pour nous éviter de rajouter la crise à la crise. En revanche les marchés seront intéressés à juste titre par la portée réelle et à long terme de l'accord. Car ce long terme demeure en suspens, malgré la forte garantie politique apportée hier par les chefs d'Etat et de gouvernement. Juridiquement en effet, les dispositions cruciales du dispositif, la recapitalisation bancaire de tous les Etats membres au meilleur taux et le rachat de la dette secondaire, doivent encore attendre un long processus de modification des statuts du FESF, avec les affres que cela peut créer dans certains pays comme l'Allemagne ou la Finlande.

C'est ce débat final que nous devons enfin avoir. Tant qu'à modifier les statuts du FESF, et à modifier d'ailleurs le Traité lui-même pour la création du futur MES, alors ouvrons encore davantage le champ des possibles pour leur intervention: l'émission d'euro-obligations pour le compte de l'ensemble des membres de l'Eurozone. La campagne électorale française devra être le moment de départager les Français autour du seul vrai clivage qui compte aujourd'hui: opter pour la puissance commune d'une UE fédérale ou conserver l'illusion de la souveraineté nationale à l'égard de Bruxelles alors qu'en fait son destin est entre les mains des marchés.

 
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