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04/11/2010

Hu Jintao aime tellement l'Europe qu'il est content qu'il y ait 27 pays

 

 

C'était le 5 octobre dernier  à Bruxelles, au second jour du 8e sommet Asie-Europe (Asem). D'une même voix, le président de la BCE Jean-Claude Trichet, le chef de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker et le commissaire Olli Rehn réclament une " revalorisation ordonnée, significative et étendue"  du Yuan. Alors que pour une fois cette revendication française récurrente en faveur de la stabilité des changes semblait faire consensus en Europe, Nicolas Sarkozy, loin d'embrayer sur ce créneau porteur de la "guerre des monnaies" que chacun redoute, se fait au contraire tout conciliant avec le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, assurant que l'Asem, bien que suivi du traditionnel Sommet UE-Chine, n'était pas l'enceinte appropriée pour ce type de discussions. Stupeur chez les Européens.

 

Commandes mirobolantes A entendre les doux mots d'accueil au Président Hu Jintao, on comprend que l'Elysée fera montre de tout autant de sollicitude envers son hôte, en visite officielle pour 3 jours dans notre pays.  A vrai dire, depuis la "fourberie" de décembre 2008 au cours de laquelle Nicolas Sarkozy avait eu le mauvais goût aux yeux de Pékin de rencontrer brièvement et en catimini le Dalaï Lama, les relations s'étaient déjà beaucoup améliorées, notamment à l'occasion d'un voyage d'Etat très glamour du couple présidentiel en Chine en avril dernier.  Sans doute pour évoquer le triste sort de Lu Xiaobo, un "criminel"  chinois prix Nobel 2010, les Présidents Hu et Sarkozy partageront demain soir des pates aux truffes et un loup de mer à La Petite Maison, restaurant huppé de Nice. Des commandes mirobolantes sont aussi comme d'habitude annoncées et enfin la France espère bien le soutien de la Chine pour la grande réforme de la gouvernance économique mondiale que Nicolas Sarkozy ambitionne de porter sous sa très prochaine  présidence du G20.

 

Et alors? Quand bien même, Hu Jintao serait satisfait de cette servilité d'Etat, qui nous contraindrait à ne pas défendre des valeurs universelles que notre histoire a pourtant largement créées. Quand bien même le Président chinois signerait effectivement des moissons de contrats à tour de bras. Quand bien même, celui dont le successeur, Xi Jinping, est déjà désigné, s'engagerait dans une réforme forcément au long cours du système monétaire international. Oui, quand bien même. Nicolas Sarkozy pourra-t-il  pour autant se targuer d'avoir remporté la mise? Certainement. Comme George Papandréou peut se targuer des résultats de la visite de  Wen Jiabao début octobre, le Premier ministre chinois annonçant 5 milliards d'investissement dans la flotte grecque et le rachat d'une partie de la dette grecque. Comme Silvio Berlusconi peut se targuer de récents investissements chinois massifs à Naples.  Comme David Cameron et Angela Merkel, le Royaume-Uni et l'Allemagne étant les premières destinations des investisseurs de l'Empire du Milieu. Comme Jose Socrates, qui attend le président chinois samedi à Lisbonne.

 

Réciprocité Pourtant tous ces pays partagent un même problème bilatéral avec Pékin: le déséquilibre croissant et d'apparence exponentielle de leurs échanges commerciaux, malgré la résistance allemande due à une avance technologique que les ingénieurs chinois ne maitrisent pas encore. Les Vingt Sept ont d'ailleurs bien conscience de ce péril commun, lesquels avaient prôné en chœur la "réciprocité" dans les relations commerciales, lors de leur avant dernier Sommet de septembre. En vérité, et en pleine contradiction avec cette thématique dont il est si souvent le chantre,  Nicolas Sarkozy veut croire à la force du lien d'Etat à Etat, loin de la machinerie bruxelloise. A l'évidence, c'est oublier la vieille recette coloniale que Pékin retourne contre nous, en flattant chacun des chefs d'Etat et de gouvernement européen, comme on offrait des colifichets aux chefs de  tribus, tout en les jouant les uns contre les autres dans la compétition économique.

 

Et vu de Chine et son milliards et demi d'habitants, que sont les 500 millions d'Européens répartis dans Vingt Sept pays? La politique chinoise en Afrique, toute chose étant égale par ailleurs, repose sur la même logique, tout comme du reste en Amérique Latine. Les Etats-Unis sont les seuls sur lesquels cette stratégie est impuissante, pour d'évidentes raisons: ils sont unis dans une fédération qui seule à la haute main sur l'ensemble des affaires étrangères. Et l'on voit cependant à quel point il est déjà difficile pour Washington de négocier avec Pékin. Alors imaginer quelle capacité de négociation Nicolas Sarkozy dispose pour obtenir quoique que ce soit d'important de son hôte illustre...

 

16/09/2010

La guerre des Roms n’aura pas lieu

Nicolas Sarkozy aura encore étonné son monde, aujourd'hui à Bruxelles. Alors que chacun pariait que dans le huis clos du Conseil européen (auquel j'assistais), il calmerait le jeu avec ses pairs, après que le ton ait si fort monté ces derniers jours au sujet des conditions d'expulsion des Roms, il s'est au contraire déchaîné. Un « échange mâle et viril » selon le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, « très violent » même pour son homologue bulgare, Boyco Borisov (un ancien garde du corps qui pourtant a du en voir d'autres), a en effet opposé le Président de la République française au Président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. « Les éclats de voix étaient si forts qu'on entendait tout à l'autre bout du couloir », a témoigné un diplomate. Objet de la colère sarkozienne : les propos de Viviane Reding, la vice-Présidente de la Commission en charge des Droits fondamentaux, comparant mardi les évacuations des camps et le renvoi des Roms en Roumanie et Bulgarie aux « déportations » de la seconde guerre mondiale. Chacun autour de la table a convenu d'une exagération, mais Mme Reding s'en était excusée dès hier soir. Il est vrai que lorsqu'elle s'était lancée dans cette évocation douteuse, c'était au lendemain de la découverte de la fameuse circulaire ouvertement discriminatoire, depuis retirée et modifiée, qui ne laissait guère supposer que la France collaborait loyalement avec ses services. Sa sortie avait d'ailleurs été sifflée par un festival de mâles déclarations nationalistes de Pierre Lellouche à Jean-François Copé, en passant par Nicolas Sarkozy lui-même, sur le thème : « C'est pas une Luxembourgeoise qui va venir nous faire chier ! »

Procédure d'infraction groupée Mais la querelle n'a pas eu l'effet escompté pour notre Président : tous les chefs d'Etat et de gouvernement, hormis Berlusconi, ont insisté sur le fait que, comme l'a rapporté le Président du Conseil européen, Herman van Rompuy, « la Commission a le droit et le devoir de faire appliquer les directives et de mener des enquêtes si nécessaire ». Cette enquête était précisément l'objet de l'ire française qui prétendait jusqu'alors que notre législation était parfaitement conforme à la directive 2004/38/CE. Or Nicolas Sarkozy en est désormais moins sûr. « S'il s'avérait, a-t-il admis, que dans la transposition (en droit national), il y avait des erreurs commises par les précédents gouvernements, je les corrigerai ». Nonobstant l'amabilité à l'égard de Dominique de Villepin, Premier ministre à l'époque de la dite transposition en avril 2007, il s'agissait clairement d'un aveu. Il se dit même qu'une quinzaine d'autres Etats membres ont une mauvaise transposition du texte, et que la Commission ouvrirait dans les 15 jours une procédure d'infraction groupée. Une manière de ne pas faire perdre la face à la France en mêlant son cas à d'autres dans un acte juridique banal, des ouvertures d'infraction étant pratique courante ne portant que rarement à grande conséquence. Du reste, Nicolas Sarkozy a aussi été obligé de reconnaître que l'exécutif bruxellois n'outrepassait pas ses pouvoirs, taclant au passage son ministre des Affaires européennes, Pierre Lellouche, (absent à la conférence de presse), qui « n'a pas eu raison » de dire que «  le gardien des traités c'est le peuple français ». Pour rappel, selon le Traité de Lisbonne (voulu et négocié par Nicolas Sarkozy), c'est à la Commission qu'incombe ce rôle, sous le contrôle de la Cour européenne de justice.

Très remonté en début de Sommet, cette claque de se retrouver isolé et de devoir négocier avec un José-Manuel Barroso qu'il méprise, l'a contraint à baisser le ton avec les journalistes, informés par ailleurs du flop de sa petite colère. Une engueulade ? Pas du tout. Certes, il a parlé « franchement » avec M. Barroso, mais « s'il y a quelqu'un qui s'est gardé de propos excessifs et a fait preuve de retenue, c'est bien moi », a-t-il assuré. D'ailleurs, c'est bien simple, il « appelle tout le monde au calme, à la retenue et à la pondération ». En fait notre Président et ses sbires ont commis la plus grave des erreurs à la veille de ce Sommet. « Que tu maltraites des Roms, passe encore, mais fait çà proprement », auraient pu se contenter de lui dire en substance ses collègues, dont nombreux sont ceux qui mènent la même politique dans la discrétion. Mais lui-même et d'autres, en ironisant sur le Luxembourg et en refusant de se soumettre à l'autorité légale de la Commission, ont brisé un tabou européen: laisser supposer qu'il existerait des grands Etats qui pourraient s'affranchir des contraintes juridiques qui pèsent sur les autres. Dire ça, alors que les trois quart des chefs de gouvernements  qu'il allait rencontrer hier sont issus de pays petits ou moyens, n'était pas le comble de l 'habileté diplomatique ! Le soutien de l'Allemagne à la Commission aura été le coup de grâce. Certes Nicolas Sarkozy a pris soin de masquer sa reculade par des rotomontades à usage domestique mais n'en a pas moins perdu la partie au plan européen.

Prise de conscience La guerre des Roms n'aura donc pas lieu. Les Vingt Sept ont d'ailleurs convenu de tenir un Sommet spécial sur leur intégration dans nos sociétés, tant, a admis Nicolas Sarkozy, « c'est un vrai problème qu'il faut régler au plan européen » et non plus au plan bilatéral franco-roumain comme son gouvernement le prétendait il y a peu encore. La prise de conscience du problème et l'ouverture de ce chantier social indispensable constituent finalement le dénouement heureux de cet épisode peu glorieux de l'histoire européenne. J'espère aussi qu'après le déchaînement de bêtises europhobes et xénophobes entendues ces derniers jours, notre pays, les Français, tireront les leçons qui s'imposent : d'une part reconnaître que les Roms ont les mêmes droits (libre circulation) et les mêmes devoirs (respect des lois du pays d'accueil) que les autres citoyens Européens et d'autre part admettre que c'est dans l'intérêt mutuel de tous de respecter le rôle institutionnel de la Commission de Bruxelles. Tout autre comportement, qui nierait les droits fondamentaux de ressortissants européens sur base ethnique ou renierait la signature de la France au bas des Traités européens, serait contraire à tout principe républicain et à toutes valeurs démocratiques.

 
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