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03/01/2011

Des 35 heures, faisons table rase!

Ce début d'année étant placé sous le signe de l'indignation, en hommage à Stéphane Hessel et à son revigorant opuscule à succès, "Indignez-vous!", je n'allais pas laissé passer l'occasion pour ce billet de rentrée de remettre Benoit Hamon dans "le droit chemin", cette attitude rectiligne étant ce que le porte-parole du PS a réclamé lui-même ce matin à Manuel Valls, député-maire d'Evry, après que ce dernier eut oser la veille appeler la gauche à "déverrouiller" le débat sur les 35 heures. Certes on peut suspecter le candidat aux primaires socialistes de jouer un jeu tactique, en s'en prenant à la loi emblématique portée à l'époque par l'actuelle Première secrétaire, Martine Aubry. Reste que contrairement à ce qu'affirme Benoit Hamon, Manuel Valls n'a pas eu par ses propos une "mauvaise intuition politique", mais au contraire posé un vrai problème avant que la campagne présidentielle ne s'en empare nécessairement.

En effet, les 35 heures ne sont pas vécues par tous, loin de là, comme un progrès social. D'abord, cette disposition a grandement contribué à geler l'évolution salariale pour les catégories ouvriers/employés, ce qui devient la principale revendication dans nombre d'entreprises et explique la soif d'heures supplémentaires. Ensuite si toutes les entreprises sont tenues de respecter la durée légale du travail à 35 heures, le personnel travaillant dans celles employant moins de 20 salariés n'a en revanche pas droit aux fameux RTT. Je rappelle que cela concerne 30% des salariés français, souvent dans les secteurs pénibles du transport et du bâtiment, qui subissent ainsi une double peine: les bas salaires et l'absence de repos compensateur. Enfin les 35 heures coûtent chaque année prés de 25 milliards d'euros en allègement de charge, ce qui constitue une part substantielle des 92 milliards de déficits budgétaires courant escomptés en  2011. Le tout pour un résultat mitigé en termes de création ou de maintien d'emplois, selon la dernière enquête de l'Insee.

Dominique Strauss-Kahn, l'inspirateur Il faut en outre avoir la mauvaise foi d'un Benoit Hamon chevillée au corps pour considérer que critiquer les 35 heures reflèterait "une méconnaissance de la réalité de l'organisation du travail aujourd'hui". Le travail est en effet indéniablement désorganisé par les 35 heures, l'exemple récent le plus flagrant étant cette triste épopée vécue le 27 décembre par les 600 passagers du train Strasbourg-Nice, lequel, entre autres avanies, a du subir un changement de conducteur en cours de route, celui ayant embarqué au départ ayant déjà accompli son temps de travail! Alors oui, j'estime avec Manuel Valls qu'il est temps de "déverrouiller" le débat sur les 35 heures. En attendant d'entendre les propositions de Dominique Strauss-Kahn, lui qui en fut le véritable inspirateur auprès de Lionel Jospin, dont la ministre du Travail de l'époque, Martine Aubry, n'était guère enthousiaste au départ.

20/10/2010

Eloge du social-traitrisme

C'était le 23 mars 1979. J'étais un étudiant glandeur de 19 ans, fils de bourgeois sans souci d'argent de poche et naturellement très gauchiste. Une gigantesque manifestation ouvrière envahissait Paris pour protester contre le plan européen de restructuration de l'industrie sidérurgique. Une formidable opportunité pour quelques centaines d'autonomes en quête de sensations fortes. C'est ainsi qu'à moi seul, (il y a prescription, je peux le confesser), j'ai anéanti un Wimpy (l'ancêtre des MacDonald en France) sur le boulevard Bonne Nouvelle, armé d'un morceau de ces grilles circulaires qui enserrent les platanes urbains, explosant les vitrines, détruisant les cuisines, ravageant les tables et chaises. J'étais dans un tel état d'excitation malsaine que si quelqu'un s'était trouvé sur les lieux pour s'opposer à ma fureur destructrice, le pire aurait pu survenir. Le pire est du reste survenu pour le gérant et les employés de l'établissement qui n'a jamais rouvert...Echappant aux CRS, qui ne savaient plus où donner de la tête, et au service d'ordre de la CGT, furieux de se faire déborder par cette nuée de petits et grands cons,  j'ai poursuivi mes exploits à la gare de l'Est en balançant des pierres du ballast sur des policiers en patrouille avant de reprendre tranquillement mon train de banlieue, vers Le Raincy, le "Neuilly de l'Est parisien", où vivaient à l'époque quelques grandes fortunes, dont les Darty, fondateurs des magasins éponymes et toujours gouverné à droite en la personne du très sarkozyste Eric Raoult.

La  guérilla urbaine, c'est bien, la Révolution c'est mieux. Le hasard des rencontres féminines à La Sorbonne m'a orienté vers l'Organisation communiste internationaliste, cette mystérieuse OCI, branche dite "lambertiste" de la IVème internationale trotskyste,  dont avait fait partie quelques années plus tôt Lionel Jospin, mais qui comptait encore dans ses rangs nombre de futures gloires socialistes, comme Jean-Christophe Cambadélis, aujourd'hui strauss-kahnien bon teint. J'étais jeune et ça m'a  quand même pris un an pour me rendre compte que le militantisme, surtout mâtiné de sectarisme paranoïaque n'était pas mon truc et ma dernière participation comme trotskyste à une manifestation fut celle du 9 mai 1981, place de la Bastille pour fêter la victoire de François Mitterrand. Le gentil François Mitterrand qui promettait aux sidérurgistes qu'il allait rouvrir leurs usines fermées par le méchant Giscard. Il n'en fit rien et sous son premier septennat, il ferma même davantage d'usines encore. Bien sûr, la "parenthèse de la rigueur" s'éternisant, j'étais déstabilisé et mes principes avec, mais, comme la cohabitation à partir des législatives perdues de 1986 permit de détester le méchant Chirac, j'ai revoté pour le gentil Mitterrand en 1988, ouvrant la voie à la Berlusconisation de la vie politique française (c'est au Cavaliere encore homme d'affaires que l'Elysée confia la 5ème chaine de télévision), dont la figure emblématique fut l'honnête Bernard Tapie. Avec la complicité active de ce bon Laurent Fabius, Bernard Tapie fut celui qui sabota la campagne européenne de Michel Rocard en 1994. La route du social-traitrisme était barrée pour les présidentielles de 1995, et à la place on a eu droit à 12 ans d'impuissance chiraquienne.

Mère tape dur Beau bilan politique national mais aussi personnel puisque malgré ce que je voyais de Bruxelles où je m'étais installé en 1990, je n'en persistais pas moins à placer mes espoirs dans ce PS de plus en plus à dérive, dont je devins même militant. A Bruxelles, une section du PS, c'est un peu le comité d'entreprise du Parlement européen et comme à l'époque j'étais encore journaliste, c'était d'un intérêt incertain. Puis vint la "mère tape dur", je veux bien sûr parler de Martine Aubry, ministre du Travail Oh certes, elle ne tapait pas dur sur tout le monde, la brave fille de notre icône européenne nationale, Jacques Delors, que j'ai tant admiré comme Président de la Commission et tant méprisé la lâcheté politique comme candidat putatif à l'élection présidentielle. Elle avait ses têtes. "Toi, qui est fonctionnaire, toi qui travaille dans une grande entreprise, tu auras droit aux 35h avec RTT car tu le vaux bien; toi, tu travailles en PME, je suis bien bonne de te donner tes 35h mais pas tes RTT et que ton patron se débrouille; toi tu n'es qu'une merde de travailleur précaire, qui ne rentre pas dans mes cases bureaucratiques et mes schémas de pensée, alors va crever en silence".

Modeste "merde", multi-pigiste précaire depuis que l'agence de presse qui m'avait envoyée à Bruxelles avait été emportée par la récession de 1993, je me suis bêtement  senti visé. J'ai dit ce qu'en pensais aux "camarades" de section: "Il y en a marre de ce PS figé dans un monde qui n'existe plus, celui de grandes entreprises où on rentrait à 20 ans pour en sortir à 60 ou d'administrations publiques pléthoriques où la simple présence est considérée comme un travail. Je me fais chier 6 jours sur 7, et parfois 7 sur 7, 50 à 60 heures par semaines. Nous commençons à être des centaines de milliers à galérer comme çà. Et vous, tout ce que trouvez à faire pour dépenser de l'argent que l'Etat n'a pas, c'est de donner un nouveau cadeau à du personnel déjà surprotégés en me laissant dans ma merde! Allez-vous faire foutre." Je n'ai plus jamais voté socialiste, ma voix se portant en 2002 sur François Bayrou, le seul qui ai parlé d'Europe pendant cette campagne présidentielle absurde où s'affrontait le manichéisme le plus obtus entre un RPR ultra-sécuritaire et un PS où la course à l'échalote crypto-marxiste tenait lieu de Saint Gral.

Nouvelle génération de naïfs Aujourd'hui, tout va bien pour moi, merci. A force de travail, je me suis sorti de ma merde tout seul (toujours certain néanmoins d'un filet de sécurité parental que je n'ai pas eu la honte d'avoir à utilisé). Mais je suis dégoûté de voir aujourd'hui que rien ne change au PS, désormais aux mains de cette nullité intellectuelle que sera toujours Martine Aubry, flanquée de cette petite frappe gauchiste de Benoît Hamon, sous les fourches caudines de l'infâme Laurent Fabius, l'homme qui a torpillé l'Europe lors du référendum de 2005, et entourée d'une veule camarilla d'apparatchiks velléitaires accrochés à leurs prébendes municipales et régionales. Bien sûr il existe François Hollande, Manuel Valls, Pierre Moscovici, voire d'autres. Cependant leur lucidité politique ne convaincront  qu'une nouvelle génération de naïfs, mais aucun anciens électeurs blasés, tant qu'ils admettront et laisseront croire que c'est ce méchant con de Mélanchon et cette baudruche de Besancenot qui définissent la ligne socialiste. La preuve: ces derniers insultent DSK à longueur de journée, sans que jamais le PS ne proteste, quand ce n'est pas le porte-parole qui s'affiche à la même tribune.

Tout çà ne serait pas grave, si je ne voyais tous ces jeunes défiler ou casser, commettant comme moi les mêmes erreurs de croire à leur fadaise alors qu'il n'y aura pas plus de retour à la retraite à 60 ans en 2012 qu'il n'y a eu de réouverture d'usines sidérurgistes en 1981. Nul doute que pour compenser, le PS fera une belle loi pour permettre aux personnels des grandes entreprises de bénéficier d'un fond de pension, payés par leur employeur (lequel fera marner un peu plus les PME sous-traitantes pour financer ce nouvel avantage acquis), les fonctionnaires disposant déjà du leur avec la Préfon retraite, bien connue des auditeurs radiophoniques. La réforme des retraites est certes dure à avaler et se dire qu'elle est plutôt plus douce que celle en vigueur chez nos voisins n'est qu'une piètre consolation. Mais promettre que l'on va taxer le capital, pour financer les retraites est une atteinte impardonnable à l'intelligence. Il est évident qu'il faut taxer le capital, poursuivre les exilés fiscaux partout où ils se trouvent et que le fisc doit saisir leurs biens en France et les déchoir de leur nationalité s'ils tentent d'y échapper ainsi que le préconise si justement François Hollande. Mais cet argent devra d'abord aller vers l'éducation, l'université, la recherche, les infrastructures, pas pour payer des retraites! Je n'ai d'ailleurs aucun doute que ces mêmes jeunes, devenus adultes, manifesteraient dans 10 ans contre la hausse des cotisations  qui leur pendrait au nez si on suivait le PS. Et j'espère bien qu'alors, l'un deux ravagerait à lui seul les locaux de la rue de Solférino!

 

30/08/2010

La Rochelle: tous unis pour occulter DSK

Pathétique que cette unité affichée des socialistes à La Rochelle dont on voit mal ce qu'elle résout! Comment en effet prendre au sérieux les promesses d'union éternelle de cette brochette de candidats potentiels aux primaires, de Martine Aubry à Ségolène Royal en passant par François Hollande et Manuel Vals, que l'on sait d'ores et déjà  promis à s'entredéchirer dans un an même lieu, même heure, sinon avant. Leur seul ciment est moins l'antisarkozysme que de faire bloc pour tenter de montrer que le PS peut très bien vivre sans son oncle d'Amérique. Car si désir d'avenir socialiste il existe, c'est en faveur de Dominique Strauss-Kahn! Et pas tant grâce au charme du patron du FMI qu'en raison de son positionnement social-démocrate assumé, ainsi que toutes les enquêtes d'opinion le montrent. Dès lors l'offensive de charme d'un parti apparemment requinqué tombe forcément à plat: chacun voit bien que le PS uni version 2010 n'est pas plus au clair sur le plan idéologique que le PS désuni version 2009.

Plus que jamais la question d'une transformation social-démocrate du PS demeure donc d'actualité. Toutes les forces qui le tireront en ce sens sont les bienvenues. Y compris le MoDem.

 
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