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24/04/2012

Le sursaut du centre passe par la défaite de Nicolas Sarkozy

C'est un gâchis terrible, et une lourde déception pour ceux qui comme moi, majoritaires au MoDem, sinon parmi les électeurs de François Bayrou, espérions en 2012 assister à l'émergence d'une majorité social-démocrate, ce qui présupposait à tout le moins de ne pas insulter l'avenir, c'est à dire d'être moins péremptoire à l'encontre du candidat socialiste. A force d'obstination, voire d'entêtement, François Bayrou se retrouve dans la pire situation. En renvoyant dos à dos Nicolas Sarkozy et François Hollande jusqu'aux derniers jours de la campagne du premier tour, il s'est en effet enferré lui-même dans une impasse politique et n'a plus le choix aujourd'hui qu'entre le reniement et la retraite.

J'ai déjà eu l'occasion d'écrire ici ce que je pensais du vote blanc, dont François Bayrou est un ardent défenseur. Il continue certes d'affirmer qu'il prendrait "ses responsabilités", sans doute dans la foulée du débat télévisé programmé le 2 mai entre les deux candidats encore en lice, mais je n'exclus toujours pas qu'un appel au "ni-ni" ne fasse office dans son esprit de prise de responsabilités. Sans attendre cette hypothétique consigne de vote, les cadres et élus du MoDem commencent déjà à s'égailler à droite et à gauche et ce mouvement prendra des allures de sauve-qui-peut général si effectivement le Béarnais opte pour le non-choix. 

Seule porte de sortie Ses derniers partisans rendront hommage à cette posture gaulliste mais ce serait oublier que pour être un recours de la République, encore faudrait-il exister au sein de la dite République. Or avec moins de 15% dans sa circonscription de Pau, soit la moitié de son score de 2007, il n'a strictement aucune chance d'être réélu député. Le désert politique qui s'ouvrirait alors devant lui sera plus propice à la retraite qu'à la traversée. En tout cas, cette fois, il manquera de bédouins car aucun MoDem ne sera élu sur cette seule étiquette, ni même grâce à son parrainage. Pour un peu d'ailleurs que l'on trouve des candidats prêts à sacrifier les quelques dizaines de milliers d'euros que leur coûterait une campagne promise d'avance à la Bérézina.

Pour échapper à cette voie sans issue pour ses ambitions toujours intactes et accessoirement l'avenir de sa famille politique, François Bayrou n'a que le reniement comme alternative. François Hollande, qui a déjà fort à faire avec les Verts et le Front de gauche en vue de constituer sa future majorité parlementaire, n'a en effet strictement aucun intérêt à conclure un accord électoral avec un MoDem en si mauvaise posture. Il s'intéresse d'ailleurs bien plus aux électeurs de Marine Le Pen. Et quand bien même le ferait-il, les candidats MoDem devraient affronter pléthore de dissidents socialistes et écologistes, et ne pourraient en aucun cas compter sur un désistement communiste. La seule porte de sortie est donc un appel, au moins à titre personnel, à voter pour Nicolas Sarkozy.

Mortification La perspective est difficile, j'en conviens, et moi même ne voterai pas pour lui. Il est d'ailleurs désormais plus que probable qu'il ne sera pas élu. Au demeurant, François Bayrou ne peut lui-même être élu que si la majorité actuelle ne présente aucun candidat contre lui dans sa circonscription. Or un siège au Palais-Bourbon demeure une condition sine qua non d'existence politique. Rallier "l'enfant barbare" après avoir rêvé de le détrôner est une mortification que doit néanmoins s'infliger le président du MoDem s'il veut finir par convaincre les Français de la justesse de son combat. Des Français dont nombreux, bien sûr, seront ceux qui le railleront, voire le détesteront, à le voir ainsi sembler trahir son engagement passé. Mais ce serait une erreur de croire que cet appel à voter pour Nicolas Sarkozy signifierait un renoncement au projet d'un centre indépendant.

Ceux qui ont attentivement écouté François Bayrou pendant la campagne et qu'il a convaincus, comme moi, que notre pays est au bord d'un précipice budgétaire, ne doivent en effet pas douter que le prochain gouvernement socialiste aura bien du mal à échapper à un plan de rigueur comme le pays n'en a jamais connu. Une austérité fiscale mais qui exigera aussi une révision drastique des dépenses publiques et une réforme profonde de l'Etat et des services publics. Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer qu'une majorité parlementaire PS/EELV/FDG, si elle est d'ailleurs parvenue à se constituer, éclaterait à cette occasion. La France pourrait-elle se payer le luxe à d'une crise politique quelques mois à peine après l'élection présidentielle?

Majorité centrale C'est pourquoi il est capital qu'une alternative puisse se former. La chute de la maison Sarkozy et la montée du Front national ébranleront profondément l'UMP. La multiplication des triangulaires aux prochaines législatives permettra du reste de mesurer très tôt la porosité entre l'aile droite du parti conservateur et le FN. La carte électorale est édifiante à cet égard et la droitisation de l'UMP est inéluctable. D'où le projet de François Bayrou de recréer un groupe centriste à l'Assemblée nationale et le désagréable préalable de devoir se désister pour Nicolas Sarkozy afin de donner des gages à ceux qu'il souhaite fédérer sous sa houlette et qui viennent de toute la constellation dispersée de l'UDF et au delà.

Je crois que l'électorat centriste, y compris de droite, sera toujours réticent à la moindre alliance bleue marine. Un tel groupe pourrait permettre au Président Hollande en difficulté à mener à bien un programme de redressement national sans être prisonnier des conservatismes de la gauche radicale. C'est ainsi que loin d'aller à Canossa, rallier Nicolas Sarkozy dans un premier temps permettrait dans un second à François Bayrou de franchir un nouveau Rubicon: réconcilier après plus de 30 ans les démocrates et les socialistes afin de forger une grande majorité centrale.

02/01/2012

Rien de va plus, faites vos vœux

Comme chacun sait 2012 s’achèvera sur l’Apocalypse, et cette perspective funeste pourrait inciter certains à profiter sans barguigner de ces quelques mois de sursis que nous concèderait le calendrier Maya. Personnellement je crois que le calendrier électoral va bien davantage influencer nos vies. A l’heure d’aujourd’hui, quatre candidats semblent en mesure de se qualifier pour le second tour de la présidentielle des 22 avril et 6 mai, et dans l’ordre suivant selon les derniers sondages: le sortant, Nicolas Sarkozy, son concurrent direct, François Hollande, leur adversaire commune, Marine Le Pen, et enfin François Bayrou, certes tout autant adversaire et concurrent que les autres, mais avec cette différence majeure qu’il annonce d’avance son intention de s’entendre avec tous s’il était élu à la Présidence de la République. En ce moment où la France a tant besoin d’un sursaut de ses forces vives, François Bayrou est le seul à délivrer une méthode de gouvernement: l’Union nationale.

Manuel Vals, directeur de la communication du candidat socialiste, qui nous avait pourtant habitués plus de largesse d’esprit lors des primaires, a en effet été clair : le Premier ministre du Président Hollande sera « bien évidemment » socialiste. Moyennant quoi, il somme François Bayrou de choisir son camp. Nonobstant le fait que François Bayrou peut tout aussi bien être lui-même au deuxième tour, cette mise en demeure devrait d’abord s’adresser aux partenaires naturels du PS : les Verts et le PC. Ce dernier, conduit par Jean-Luc Mélenchon, ne m’apparaît pas avoir clairement choisi le camp socialiste, dont il ne cesse de railler le candidat, pas plus d’ailleurs qu’Eva Joly dont le vote de deuxième tour pour François Hollande ne s’annonce pas enthousiaste. Si cet entêtement à vouloir faire survivre, dans la plus totale confusion idéologique, l’union de la gauche version 1972, mâtinée de gauche plurielle version 1997, devait perdurer jusqu’au printemps, je redoute que cela ne conduise le PS en 2012 au même échec qu’en 2002 et 2007.

Légende noire Nicolas Sarkozy se garde bien pour sa part de placer le Béarnais au pied du mur, pariant justement sur l’incapacité politique de son challenger socialiste à se concilier le vote centriste au second tour. Le raisonnement est simple : quand bien même François Bayrou serait tenté par le désistement pour François Hollande, ce dernier ne serait pas capable de concrétiser cette alliance nouvelle sans briser l’alliance ancienne, ne serait-ce qu’en termes de répartition des circonscriptions pour les élections législatives qui suivront en vue de bâtir la majorité présidentielle. Au demeurant deux des protagonistes potentiels ont été clairs : « jamais avec Bayrou » a prévenu Mélenchon, et vice versa. Du reste, Sarkozy, à l’instar d’Hollande, sera prisonnier de son camp, lequel refusera d’autant plus toute ouverture ou union nationale que Sarkozy, dont ce serait alors le dernier mandat, n’aura plus la même autorité sur son parti, la tête déjà tournée vers 2017. Il y a pléthore de candidats UMP bien propres sur eux pour aller à Matignon, de Jean-François Copé à Nathalie Kosciusko-Morizet, en passant par Laurent Wauquiez, toute une génération dont je doute des fondements moraux, car nourrie à la Sarkozye à l’époque où le maître de l’Elysée était cet « enfant barbare », si bien décrit par François Bayrou, et que sa légende noire poursuivra longtemps encore.

Marine Le Pen se tient en embuscade, talonnant Sarkozy depuis un an dans les sondages, sans vraiment sembler capable de lui ravir la qualification à droite. Quelque aient été ses louables efforts pour se distinguer de son père, la présidente du Front national ne parviendra jamais à moderniser le conservatisme, ni à donner un semblant de crédibilité au concept de nationalisme en matière économique. Il suffit de voir que malgré des mois de campagne frontiste et souverainiste contre l’euro, une cible d’autant plus facile que l’Europe a connu une année difficile, l’opinion française demeure très majoritairement attachée à la devise européenne dont on fête les 10 ans dans les DAB. La grande erreur de Marine Le Pen est de croire que le sursaut national doit se faire contre le monde extérieur. Ce positionnement martial et parfois menaçant exclut à l’évidence toute possibilité d’union nationale, et en conséquence tout sursaut national. Comme en 1974, en 1988, en 1995, en 2002 et en 2007, le vote Le Pen sera une impasse.

Point d’équilibre de notre vieille nation Face à une telle offre, il est bien naturel que de nombreux commentateurs et éditorialistes n’excluent plus une nouvelle surprise Bayrou. De fait, sur la ligne de crête qui permet de concilier le concept de « produire français » avec celui d’ « Europe communautaire », le président du Mouvement Démocrate incarne le point d’équilibre de notre vieille nation à rebours des vieilles lunes nationalistes. La presse lui reproche, non sans raison, un programme manquant de densité. Compte tenu des efforts à accomplir pour nous désendetter tout en gagnant en compétitivité, je crois sincèrement que le plus important est toutefois la méthode de gouvernement que François Bayrou a d’ores et déjà annoncé. Car j’imagine mal le consensus indispensable au redressement budgétaire, économique et social de la France sans l’union nationale la plus large possible et qui déterminera, en dernier ressort, le programme gouvernemental. Or qui est le plus à même de conduire une telle union ? Le petit frère des riches, le capitaine de pédalo, l’héritière frontiste, ou le paysan-professeur béarnais ? Personnellement, j’ai fait mon choix et que mes vœux aillent à tous ceux qui m’imiteront, en pardonnant les autres pour leurs errements futurs.  

 
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