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22/03/2012

Plus c'est gros, plus ça passe

Jean-François Copé a eu le front ce matin d'accuser François Hollande de nourrir le communautarisme, sous entendu d'encourager la dérive islamiste. Nonobstant le fait que strictement rien dans les propos de campagne du candidat socialiste n'accrédite jusqu'à présent cette thèse, le seul parti qui depuis sa création a fait du communautarisme sa marque de fabrique est l'UMP, et son champion, Nicolas Sarkozy, en tête.

Qui a créé en 2003 a créé le Conseil français du culte musulman (CFCM), une association qui a le monopole des relations avec l'Etat sur des questions comme la coordination des fêtes religieuses musulmanes, la construction des mosquées, le marché des aliments halal, la formation des imans et les conditions régissant la présence de ces derniers dans l'armée et dans les prisons? Un certain Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. L'idée n'était certes pas idiote, puisque vivent en France plus de 3,5 millions de musulmans, lesquels sont assez pratiquants. Mais, si les mots ont un sens, difficile d'éluder le fait qu'il s'agissait d'une initiative communautariste. Au demeurant, au moins concernant le halal et l'endoctrinement islamiste dans les prisons, on peut souligner que le CFCM ne s'est pas montré pas à la hauteur des responsabilités que la République lui a confié. 

Journal blasphémateur Qui préside depuis 2008 le CFCM? Mohammed Moussaoui, né au Maroc, et maître de conférences à l'Université d'Avignon. Personnellement je n'ai rien contre les binationaux, étudiants et a fortiori enseignants. Mais vu la charge de l'UMP contre les binationaux lors du fameux débat sur l'Identité nationale et les obstacles que multiplient Claude Guéant à l'accueil d'universitaires étrangers, il apparait pour le moins contradictoire de voir cet organisme présidé par un tel homme. Curieux choix en effet que ce M. Moussaoui qui, avant d'être élu à la tête du CFCM, s'était distingué en 2006 parmi les plaignants à l'encontre de Charlie Hebdo lors de l'affaire dite des caricatures de Mahomet. Un procès très communautariste, heureusement gagné par le journal blasphémateur au nom de la liberté d'expression, qui dut néanmoins en payer le prix fort 5 ans plus tard avec l'incendie de ses locaux par des illuminés islamistes, acte naturellement condamné par M. Moussaoui.

Comprenne qui pourra, il se trouve que Mohamed Moussaoui, tout comme d'ailleurs son prédécesseur au CFCM, Dalil Boubakeur, recteur de la grande Mosquée de Paris, appellent tous les deux à voter Nicolas Sarkozy le 22 avril prochain. Ils ne ménagent d'ailleurs pas leurs efforts pour mobiliser la communauté musulmane, dans un esprit cependant qui me semble bien éloigné des valeurs républicaines. C'est ainsi que le 11 mars dernier, pour les emmener au grand show sarkozyste de Villepinte, l'UMP a affrété trois bus au départ de la mosquée Al-Islah de Montreuil, où les hommes et les femmes sont bien sagement montés chacun dans des véhicules différents. Qui s'étonnera du reste que des musulmans pratiquants soient conservateurs et qu'en tant que tels, ils adhèrent au parti conservateur français, c'est à dire à l'UMP? A chacun sa communauté de pensée.

25/10/2011

Démocratie Akbar

La Révolution de Jasmin en Tunisie, la révolution libyenne  ou les manifestants de la Place Tahrir  au Caire ont suscité un formidable espoir de démocratisation dans les pays arabes, espoir que porte toujours le peuple syrien malgré une répression sanglante. Il fallait toutefois être naïf ou mal informés pour imaginer que la démocratie dans des pays musulmans ne se traduirait pas par une montée en puissance des partis islamistes. La vigilance doit naturellement restée absolue face à toute dérive théocratique mais il serait de mauvaise foi, et surtout fort dangereux, de dénier aux populations musulmanes le droit de s'organiser en fonction de leurs traditions.

A ce stade, seule la Tunisie a voté. Et massivement, à près de 90%, ce qui prouve une appétence démocratique que l'on ne retrouve pas toujours dans nos propres scrutins. Après 8 mois de révolution et de transition, la Tunisie est économiquement exsangue et les Tunisiens aspirent à un retour au calme et à l'ordre. Ils ont donc sans surprise voté conservateur. Et au même titre que les chrétiens-démocrates incarnent le conservatisme dans la plupart des pays européens, à l'exception notable de la France, la droite conservatrice tunisienne se revendique de l'Islam. En conquérant sans doute 60 à 70 sièges sur les 217 de l'Assemblée constituante, Ennahda se retrouve certes au centre du jeu. Mais la pléthore des autres partis, pour beaucoup ouvertement laïcs, demeure parfaitement en mesure de peser pour empêcher que la future Constitution soit trop empreinte de la Charia. Au demeurant le parti islamiste tunisien n'a guère donné un visage inquiétant en cours de campagne, ni depuis sa victoire.

La charia avant les boeufs Son visage n'est pas non plus inquiétant, mais son propos a pu le sembler beaucoup plus lorsque le président du Conseil national de transition libyen, Moustafa Adleljelil, a affirmé d'emblée, au lendemain de la mort de Kadhafi, que la Charia sera la source unique du futur droit libyen, en faisant une référence explicite au droit des hommes à avoir plusieurs femmes sans que ces dernières aient droit en retour au divorce. C'est d'ailleurs mettre la Charia avant les boeufs puisque le CNT s'est doté d'un plan de route comparable à celui de la Tunisie et ce sera à l'Assemblée constituante, qui sera élue dans quelques mois, de trancher cette question. Mais quand bien même ce devrait être le cas, tout est dans l'application car la Charia inspire déjà le droit de nombre de pays musulmans, comme au Maroc, où les femmes adultères ne sont pas lapidées pour autant, ni coupées les mains des voleurs comme en Arabie saoudite.

Il faut donc admettre que non seulement nous sommes au début d'un processus mais aussi que la démocratie libérale à l'occidentale ne triomphera pas de sitôt dans les pays arabes. La religion, à commencer par ce mois de ramadan qui structure tant la vie sociale, a conservé une place telle dans les sociétés musulmanes que la transition démocratique sera nécessairement différente de notre propre expérience. Ce n'est pas à cette aune culturelle qu'il faudra juger du résultat mais à celui du respect des vrais principes démocratiques: un Etat de droit garantissant les libertés publiques et les droits civils de tous les citoyens qu'elle soit leur sexe ou leur origine. Et cela n'a rien à voir avec la religion, comme en témoigne l'histoire et ces milliers de juifs fuyant les persécutions de l'Europe catholique au Xème et XIème siècles pour se réfugier dans l'Emirat musulman de Cordoue où leurs droits étaient respectés.

 
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