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25/10/2011

Démocratie Akbar

La Révolution de Jasmin en Tunisie, la révolution libyenne  ou les manifestants de la Place Tahrir  au Caire ont suscité un formidable espoir de démocratisation dans les pays arabes, espoir que porte toujours le peuple syrien malgré une répression sanglante. Il fallait toutefois être naïf ou mal informés pour imaginer que la démocratie dans des pays musulmans ne se traduirait pas par une montée en puissance des partis islamistes. La vigilance doit naturellement restée absolue face à toute dérive théocratique mais il serait de mauvaise foi, et surtout fort dangereux, de dénier aux populations musulmanes le droit de s'organiser en fonction de leurs traditions.

A ce stade, seule la Tunisie a voté. Et massivement, à près de 90%, ce qui prouve une appétence démocratique que l'on ne retrouve pas toujours dans nos propres scrutins. Après 8 mois de révolution et de transition, la Tunisie est économiquement exsangue et les Tunisiens aspirent à un retour au calme et à l'ordre. Ils ont donc sans surprise voté conservateur. Et au même titre que les chrétiens-démocrates incarnent le conservatisme dans la plupart des pays européens, à l'exception notable de la France, la droite conservatrice tunisienne se revendique de l'Islam. En conquérant sans doute 60 à 70 sièges sur les 217 de l'Assemblée constituante, Ennahda se retrouve certes au centre du jeu. Mais la pléthore des autres partis, pour beaucoup ouvertement laïcs, demeure parfaitement en mesure de peser pour empêcher que la future Constitution soit trop empreinte de la Charia. Au demeurant le parti islamiste tunisien n'a guère donné un visage inquiétant en cours de campagne, ni depuis sa victoire.

La charia avant les boeufs Son visage n'est pas non plus inquiétant, mais son propos a pu le sembler beaucoup plus lorsque le président du Conseil national de transition libyen, Moustafa Adleljelil, a affirmé d'emblée, au lendemain de la mort de Kadhafi, que la Charia sera la source unique du futur droit libyen, en faisant une référence explicite au droit des hommes à avoir plusieurs femmes sans que ces dernières aient droit en retour au divorce. C'est d'ailleurs mettre la Charia avant les boeufs puisque le CNT s'est doté d'un plan de route comparable à celui de la Tunisie et ce sera à l'Assemblée constituante, qui sera élue dans quelques mois, de trancher cette question. Mais quand bien même ce devrait être le cas, tout est dans l'application car la Charia inspire déjà le droit de nombre de pays musulmans, comme au Maroc, où les femmes adultères ne sont pas lapidées pour autant, ni coupées les mains des voleurs comme en Arabie saoudite.

Il faut donc admettre que non seulement nous sommes au début d'un processus mais aussi que la démocratie libérale à l'occidentale ne triomphera pas de sitôt dans les pays arabes. La religion, à commencer par ce mois de ramadan qui structure tant la vie sociale, a conservé une place telle dans les sociétés musulmanes que la transition démocratique sera nécessairement différente de notre propre expérience. Ce n'est pas à cette aune culturelle qu'il faudra juger du résultat mais à celui du respect des vrais principes démocratiques: un Etat de droit garantissant les libertés publiques et les droits civils de tous les citoyens qu'elle soit leur sexe ou leur origine. Et cela n'a rien à voir avec la religion, comme en témoigne l'histoire et ces milliers de juifs fuyant les persécutions de l'Europe catholique au Xème et XIème siècles pour se réfugier dans l'Emirat musulman de Cordoue où leurs droits étaient respectés.

14/12/2010

Allah est Français et Mohamed va devoir s'adapter

Au vu des millions de musulmans recensés en France, il est heureux que ceux assez "croyants" pour affronter la pluie, le froid, les klaxons et les quolibets soient en définitive si peu nombreux à se croire autorisés par Dieu - et par arrêté préfectoral - à encombrer quelques rues de Paris ou Marseille pour la prière du vendredi soir. Cette occupation du pavé s'explique par l'absence ou l'exigüité des mosquées environnantes, même si je ne doute naturellement pas du militantisme islamiste de certains "fidèles" déterminés à démontrer que la France est terre d'Islam. Je ne doute pas non plus que ces manifestations cultuelles soient largement infiltrées par des policiers en civil d'origine maghrébine et parlant arabe. Au demeurant il est paradoxal que ceux qui s'émeuvent bruyamment de cette situation soient les mêmes qui s'opposent à la construction de lieux de cultes, pourtant financés par les musulmans eux mêmes et dont l'existence délégitimerait et rendrait même illégal ce type de profession de foi publique.

Le Schmilblick de l'intégration C'est délibérément que j'emploie ici des termes mesurés alors que quiconque me connaissant sait à quel point je serais pour le moins radicalement énervée si je voyais la rue Myhra barrée sous mes yeux pour cause de prière intempestive! La raison en est simple: une fois que j'aurais hurlé que "ces bougnoules me font chier" ou "qu'ils retournent chez eux", je n'aurais guère fait avancer le Schmilblick de l'intégration. Car soyons clair: du jour où les troupes françaises ont débarqué le 14 juin 1830 à Sidi-Ferruch  en vue de prendre Alger le mois suivant et de commencer la colonisation immédiatement dans la foulée, le destin musulman de la France était écrit, qu'on le veuille ou non 170 ans plus tard. Prendre en compte les réalités pour trouver des solutions est sur ce sujet comme sur d'autres ma ligne directrice. Or la réalité c'est que 5 à 6 millions de Français sont musulmans et que dès lors, il faut bien faire avec. Sauf à affirmer - et en assumer les conséquences politiques - qu'il s'agit de citoyens de seconde zone, ce qu'ils sont d'ailleurs nombreux à ressentir compte tenu des difficultés auxquelles les Français d'origine étrangère se heurtent pour trouver un travail ou un logement, quand bien même sont-ils diplômés ou disposant de revenus réguliers.

Alors que toute la "communauté chrétienne" s'apprête à fêter Noël, ou plutôt à profiter d'un calendrier millénaire pour passer un bon moment en famille, je me demande ainsi bien pourquoi la "communauté musulmane" ne pourrait pas elle-même aussi profiter d'un jour férié permettant aux familles de se retrouver. Je ne suis nullement spécialiste mais l'Aïd el-Kabir, à l'ambiance apparemment si festive, me paraît s'imposer. Ce serait un gage que la République française donnerait de son respect de toutes les religions pratiquées sur son sol. Car au delà des communautés "chrétienne", "musulmane", voire "juive" - le Yom Kippour pourrait aussi être férié -, c'est la nouvelle communauté nationale, née de notre histoire récente, qu'il faut bâtir. Dois-je rappeler à la "Fille aînée de l'Eglise" que la plupart des fêtes chrétiennes ont été plaquées sur d'anciennes fêtes païennes, à commencer par Noël. Ce que l'Eglise de la Basse Antiquité et du Haut Moyen Âge a su faire pour brasser les populations gallo-romaines et germaniques, pourquoi l'Etat moderne n'en serait-il pas capable pour brasser des populations françaises de souche avec des populations plus récentes?

L'Aïd, pilier du consensus national Naturellement, cette ouverture républicaine vers d'autres cultes ne signifie nullement dans mon esprit un compromis avec les "barbus", pas plus qu'avec la "soutane". En particulier, autant l'Eglise n'a pas à peser sur les débats législatifs en matière d'éthique, les Imans n'ont pas à interférer avec nos lois laïcs, concernant l'interdiction du voile dans les lieux publics en particulier. De même, si les fêtes chrétiennes s'insèrent dans notre vie économique, c'est qu'elles sont prévisibles et il faudra que les musulmans de France - et d'Europe -  s'organisent pour ne plus se laisser dicter leur calendrier par des autorités religieuses étrangères, ni qu'ils persistent à abattre un mouton selon des méthodes considérées comme cruelles sous nos cieux. L'unique objet de ma proposition est d'intégrer une part croissante de la population dans notre organisation sociale, dont les jours fériés sont une des pierres angulaires, non de conforter leur différence. C'est à ce prix que l'Aïd pourrait devenir avec Noël et le 1er mai un des piliers du consensus national.

 
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