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24/02/2011

Libye: faute d'être diplomate, l'UE sera-t-elle généreuse?

Premier dégât collatéral de la folie meurtrière de Muammar Kadhafi: le risque d'un afflux en Europe de Libyens, mais aussi d'Africains vivant nombreux en Libye, cherchant à tout prix à quitter le pays en proie au chaos et à la guerre tribale. La réalité tangible de cet exode massif ne s'est pas encore concrétisée mais la crainte se fonde sur des estimations de la Ligue Arabe qui évoque 300 000 personnes en instance de fuite. Crainte alimentée, même s'il n'y a guère de liens entre les deux phénomènes, par le débarquement soudain d'environ 6000 Tunisiens sur l'île de Lampedusa, au large de la Sicile, suite à la Révolution du Jasmin.

Protection temporaire La Ligue du Nord, l'allié régionaliste et xénophobe de Berlusconi, n'a  pas hésité à faire l'amalgame entre ces quelques milliers d'immigrés économiques, dont le flux s'est d'ailleurs tari ces derniers jours et qui seront traités comme tout clandestin, c'est à dire pour la plupart reconduits chez eux,  et la masse potentielle de réfugiés à venir de Libye cherchant protection en Europe. Sans surprise, le multi-récidiviste et auvergnat Brice Hortefeux a enrayé sur cette rhétorique simpliste de son collègue italien et ligueur, Roberto Maroni, confondant immigrés clandestins et réfugiés, au mépris de toutes les Conventions internationales pourtant signées par la France et l'Italie.

Il est naturel que des Etats s'inquiètent de l'arrivée possible de centaines de milliers de réfugiés étrangers et se préoccupent du traitement de la masse de demandes d'asile que  cela entrainera. C'est tellement naturel que les Européens se sont déjà posé la question tout au long de la guerre des Balkans pour savoir quoi faire des réfugiés bosniaques puis kosovars, qui ne cherchaient pas tant à fuir leurs pays que les Serbes qui l'occupaient et les martyrisaient. De bricolage national en arrangement communautaire, l'UE a finalement adopté en 2001 une législation européenne entrée en vigueur en 2003 et qui formalise un nouveau concept: la protection temporaire. Un concept au demeurant explicitement prévu par le Traité de Lisbonne.

Législation coûteuse Ce dispositif vise à répondre à la situation d'urgence d'un afflux de personnes cherchant à fuir leurs pays pour une durée limitée en raison de troubles graves, de guerre civiles ou d'autres évènements et dont le caractère massif risquerait de désorganiser le système normal d'asile. C'est au Conseil des ministres européens, sur recommandation de la Commission européenne, de déterminer s'il s'agit d'un afflux massif. Si les chiffres avancés par la Ligue Arabe devaient se vérifier, le caractère massif de l'afflux serait à l'évidence démontré. Les Vingt Sept devraient alors se répartir les réfugiés temporaires et un avenant au budget de l'UE permettre le financement de l'opération. C'est en effet une législation coûteuse: la protection temporaire est accordée pour 3 ans maximum mais ses avantages sont nombreux pour le bénéficiaire: regroupement familial, droit au logement, à la santé et permis de travail.

Cette législation européenne a été adoptée trop tard pour bénéficier aux Kosovars, ni même aux Afghans dont l'afflux n'a jamais été vraiment massif, sauf un pic en 2001 avec 45 000 réfugiés, le chiffre oscillant depuis 2004 à nettement moins de 10 000 pour toute l'UE, ce qui reste gérable pour traiter normalement les procédures d'asile. Qu'en sera-t-il de la Libye? Il est trop tôt pour le dire et je ne souhaite pas que les pires prédictions se réalisent. Mais j'espère néanmoins que le cas échéant, l'UE n'ajoutera pas à la honte d'une politique étrangère minable depuis le début des révolutions arabes, le déshonneur des mauvais prétextes  pour refuser la protection temporaire aux foules menacées de mort qui la solliciterait Cette solidarité serait sans nul doute très complexe à réaliser et la répartition des réfugiés promet bien des empoignades, mais bien plus grave serait la perte de crédibilité politique des Européens s'ils se défaussaient de leurs responsabilités.

22/11/2010

La démocratie à la merci du secret des sources

De Backchich à Médiapart, du Point au Canard Enchainé, en passant par Le Monde, la multiplication des cambriolages dans les rédactions de journaux et médias en ligne, tout comme d'ailleurs les réquisitions policières des factures téléphoniques des journalistes, commencent à sérieusement m'inquiéter. Et devrait inquiéter tout à chacun. Surtout avec l'affaire de Karachi qui pend chaque jour de l'ampleur. Il faut avoir la mauvaise foi chevillée au corps d'un Nicolas Sarkozy pour prétendre que cela n'a aucun intérêt d'espionner la presse "parce que ce qu'un journaliste pense, il l'écrit." La question pour le pouvoir n'est en effet pas tant d'anticiper d'éventuelles révélations que de connaître les sources des journalistes, c'est à dire ceux qui les informent.

Droit inaliénable Muté depuis à Cayenne (!), David Sénat, ancien membre du cabinet de Michèle Alliot-Marie, alors Garde des Sceaux, en sait quelque chose: c'est une enquête de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui a permis d'établir qu'il était à l'origine des fuites de procès-verbaux d'audition dans l'affaire Woert-Bettencourt vers le journal Le Monde, lequel a porté plainte en septembre pour violation du secret des sources, Brice Hortefeux s'employant à bloquer l'instruction ouverte depuis. On comprend le ministre de l'Intérieur: s'il s'avérait judiciairement que le contre-espionnage, sur ordre direct de Sarkozy (selon le Canard Enchaîné), espionnait les journalistes plutôt que de poursuivre les terroristes, l'électeur UMP moyen lui-même pourrait être troublé...

Quelles étaient les motivations de ce collaborateur de MAM depuis plus de 10 ans? On ne le saura sans doute jamais et il n'était pas le seul, vu la pléthore de révélations sur cette affaire. Ce qui est certain, c'est que c'est grâce à des informateurs de ce genre (en général indignés par des faits dont ils ont connaissance et que leur hiérarchie veut étouffer, mais aussi souvent guidés par un ressentiment personnel ou politique) que la presse fonctionne. Le secret des sources est du reste un droit inaliénable de la presse, reconnu par la Cour européenne des droits de l'homme dans sa jurisprudence, tout comme d'ailleurs par une loi française de janvier 2010 sur la presse, voulue par Nicolas Sarkozy lui-même!

Ce crétin de Jean-Pierre Pernaut Je sais que la presse agace, et que les journalistes sont déconsidérés. Je trouve çà d'autant plus injuste que selon l'enquête annuelle de La Croix sur la presse, l'opinion publique plébiscite les pires, comme ce crétin de Jean-Pierre Pernaut, et la presse télévisée en général, alors que c'est précisément à la télévision que l'on trouve le plus d'approximations, de sensationnalisme et de suivisme béat. En réalité la presse écrite ou radiophonique, si on se donne la peine de la lire ou de l'écouter régulièrement, participe plus que bien des Institutions publiques à la démocratie.

Des grands mots? Peut être. Mais sans vouloir faire d'uchronie, imaginez qu'un SA ait raconté dans la presse allemande encore libre comment il a mis le feu au Reichstag le 27 février 1933 pour faire croire à une conspiration communiste dont Marinus van der Lubbe, juif néerlandais révolutionnaire, a finalement été le bouc émissaire grâce à des aveux extorqués. Hitler n'était Chancelier que depuis un mois à peine, sans majorité claire. Aurait-il obtenu du vieux Maréchal van Hindenburg des lois d'exceptions et la dissolution du Parlement et le succès nazi qui en sortira? Rien n'est moins sûr.

 
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