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30/03/2012

Cher François, voter blanc, c'est nul!

L’enthousiasme militant du grand meeting au Zénith à Paris dimanche dernier et la profondeur du discours programme de François Bayrou n’auront pas eu d’effet sur les sondages et, en cette fin de semaine, force est d’admettre que les intentions de vote pour le président du Modem stagnent toujours, voire reculent. Compte tenu de la proximité désormais du premier tour, il paraît difficilement crédible qu’il puisse rattraper son retard. Dès lors, la mort dans l’âme sans doute, car il a porté les thèmes de désendettement et de compétitivité qui domineront nécessairement le quinquennat mais que ses compétiteurs ont esquivé pendant la campagne, François Bayrou se trouve contraint d’envisager la suite. A l’évidence, il s'y refuse encore, mais cette obstination pourrait être fatale à la famille politique dont il est dépositaire. Et non propriétaire.

François Bayrou s’est battu pour l’indépendance du centre, et c’était un beau combat. Après avoir refusé d’intégrer l’UDF à l’UMP en 2002, il s’est peu à peu distendu de la majorité présidentielle chiraquienne et s’est posé clairement en adversaire farouche de la majorité présidentielle sarkozyste depuis 2007. Cette évolution ne devait pas nécessairement l’amener à pencher à gauche, mais du moins était-ce une rupture avec la tradition centriste bien établie depuis la fin des années 60 et le début des années 70 de ne s’allier qu’avec la droite. Reste que l’expérience des 5 dernières années, marquées par une succession d’échecs électoraux pour le MoDem, ont suffisamment démontré que dans la Vème République, de surcroît avec un scrutin majoritaire à deux tours, la question des alliances est centrale. Et devient incontournable.

Montée du Hollanchonisme Pour moi, et depuis toujours vu mon parcours déjà relaté (Eloge du social-traitrisme 20-10-2010), cette alliance ne peut être que sociale, démocrate, écologiste et européenne. C'est l'attente d'une immense majorité de militants du MoDem et qui répond à une logique intrinsèque de la recomposition du paysage politique français. Allié à la gauche, débarrassée de ses oripeaux marxistes et incarnée par le social-démocrate François Hollande, François Bayrou pourra enfin se donner les moyens de peser sur le cours de l'action publique. Les Français aspirent au changement mais ne veulent plus se payer de chimères. Sa participation, ou du moins celle du MoDem, à un gouvernement de redressement national, soucieux de restaurer, dans la justice sociale, les comptes publics de la Nation, serait une chance historique de réconciliation entre le centre et la gauche, que François Mitterrand avait définitivement divisé en choisissant le PC comme partenaire exclusif en 1972. Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs bien compris cet enjeu existentiel pour sa famille politique moribonde à qui il tente, non sans succès, d'insuffler une vie nouvelle, à coup de démagogie faite de fureurs nationalistes et d'incantations cryptocommunistes. 

L'autre option se dessine sous nos yeux, portée par la myriade des ralliés du début de campagne et qui font parfois ressembler nos estrades à une reconstitution de ligue dissoute. Une petite musique s'instille qui évoque les jours heureux d'une UDF puissante tant au Parlement qu'au gouvernement. L'Elysée et l'UMP encouragent d'ailleurs cette perspective que la montée du Hollanchonisme, ce cartel à mon avis contre-nature qui se profile à gauche et fera perdre le PS, rend désormais possible. Certes, il faudrait que Nicolas Sarkozy et François Bayrou fassent chacun de gros efforts sur eux mêmes pour se rapprocher. Mais leur alliance politique aurait indubitablement de la gueule et leur attelage, avec un groupe parlementaire et des ministres de premier plan pour François Bayrou, remettrait les pendules politiques à l'heure à l'UMP, où l'on se dispute déjà l'ordre des places pour 2017. La déception sera probablement immense chez nombre des électeurs du MoDem mais François Bayrou, à 61 ans tout juste, aura 5 ans pour en trouver d'autres sans difficulté, chez ceux notamment que la droitisation de la droite exaspère et que rassureront son retour au bercail centriste à papa.

La tentation de l'Aventin Reste l'ultime solution, dont çà et là la presse se fait écho: le vote blanc. Dépité qu'on ne reconnaisse pas ses talents à leur juste mesure, François Bayrou, décrétant que, décidemment, il n'y a rien de bon à attendre ni d'un camp, ni de l'autre, promettrait à ses troupes une nouvelle et hasardeuse traversée du désert car, assènera-t-il alors, mieux vaut conserver intacte son indépendance en attendant des jours meilleurs. Cette tentation de l'Aventin est le pire piège dans lequel l'orgueil du Béarnais pourrait le faire tomber. Car après trois campagnes présidentielles ratées, la création d'un parti qu'il n'a pas voulu ou pas su laisser vivre, son indépendance se révèlerait en fait un isolement total. Non seulement parce que le MoDem exploserait aussitôt en chapelles qui rejoindraient qui la gauche, qui la droite, mais aussi parce qu'en dehors d'un fan club, que ce type d'homme public de qualité inspire toujours, plus jamais il ne retrouvera une confiance électorale de masse. On ne peut indéfiniment prétendre pouvoir gouverner avec tout le monde pour finalement ne vouloir gouverner avec personne. Cette mémoire de l'indécision politique le poursuivra et tarira forcément les rangs de ses partisans, ramenés à une secte. Et le plus grave surtout, c'est qu'en congelant ainsi l'espoir centriste dans un rêve solitaire, il en fasse pour très longtemps une impasse politique.

13/01/2012

Antisociale, la gauche perd son sang froid

La colère socialiste et syndicale à la lecture de l'étude de l'institut Rexecode démontre hélas que la gauche n'a toujours pas compris la nature de la fracture sociale qui divise de plus en plus profondément notre pays. Que dit cette étude, basée sur les chiffres irréfutables car harmonisées d'Eurostat? Que les salariés à temps plein en France travaillent 225 heures de moins que les salariés à temps plein en Allemagne, soit environ 6 semaines sur base de 35 heures hebdomadaire.

On comprend que cette donnée gêne PS, CGT, FO et même la CFDT car cet écart de compétitivité de part et d'autre du Rhin découle précisément de la loi Aubry sur les 35 heures, laquelle apparait dans toute son injustice avec les autres chiffres présentées dans cette étude, à savoir que les non salariés (auto-entrepreneurs dont beaucoup ne sont en fait que des "faux" indépendants, liés à un client unique qui se trouve de fait leur employeur, artisans, commerçants) travaillent en revanche 2450 heures en moyenne par an, c'est à dire 800 heures de plus que les salariés à plein temps...

Travail précaire L'étude ne précise pas combien travaille effectivement les salariés à mi-temps ou quart-temps, et c'est bien dommage car ces laissés pour compte du CDI complet, et en fait souvent en CDD, sont de plus en plus nombreux à cumuler plusieurs travail, pour un gain mensuel au final souvent inférieur à ceux d'un salarié à temps plein à compétences égales. Pour illustrer mon propos, je prendrai l'exemple d'une employée de mairie qui vous fermera le guichet au nez le vendredi à 12h précise grâce aux RTT mais qui n'aura aucun scrupule à être la dernière à faire enregistrer ses achats par une caissière à mi-temps à 20h au super-marché du coin.

On peut certes déplorer l'accroissement du travail précaire, sous toutes ses formes, mais, nonobstant des abus patronaux régulièrement condamnés par les Prud'hommes, il faut être malhonnête pour ne pas reconnaître que ce phénomène résulte d'abord et avant tout de nos modes de vie. Nous voulons des commerces, des cinémas, des restaurants, des services accessibles à toute heure, et par la force des choses, la répartition de ce type de travail ne peut être que fractionnée. Cette précarisation touche d'ailleurs jusqu'à la fonction publique puisque le personnel statutaire faisant le service minimum, il faut bien engager du personnel contractuel corvéable à merci pour faire le travail à leur place.

Fameuse défiscalisation L'autre profonde injustice de la loi sur les 35 heures concerne les RTT, dont ne bénéficient pas les travailleurs des entreprises de moins de 20 salariés, c'est à dire une majorité. Ce n'est pas par hasard si la fameuse défiscalisation des heures supplémentaires a surtout été utilisée par ce type d'entreprises où le patron n'a pas les moyens de payer ses employés plus que le salaire horaire de base et, pour arrondir ses fins de mois, le salarié d'une PME n'a d'autres choix que de travailler davantage quand son collègue d'une entreprise du CAC 40 profitera tranquillement de ses RTT, en gagnant autant sinon plus.

Compte tenu de leur coût pour les finances publiques, d'une vingtaine de milliards par an, les 35 heures ne survivront pas aux présidentielles, quelqu'en soit le vainqueur. François Bayrou a clairement annoncé une grande négociation sociale, dont le démantèlement de cette loi inique sera un des principaux volets. En clair, si les entreprises du CAC 40, ou les PME très rentables, veulent se payer les 35 heures, qu'à cela ne tienne: l'actionnaire touchera moins et la différence servira à financer le coût des 35 heures sans plus solliciter l'aide de l'Etat.

Réformer les comités d'entreprises Mais j'ai appris avec plaisir aujourd'hui, à la lecture d'un communiqué de Jean-Luc Bennahmias, qu'une autre réforme va être proposée par le candidat centriste: la refonte juridique des comités d'entreprise afin d'en élargir le bénéfice aux salariés des PME sous-traitantes des grands groupes. J'en suis ravi car c'est moi qui porte ce projet au MoDem depuis plusieurs années afin de corriger une autre injustice criante. Les grandes entreprises, par leur masse salariale, proposent en effet à leurs salariés des prestations de loisir à des tarifs défiant toute concurrence, pour un gain de pouvoir d'achat pouvant atteindre jusqu'à 1000 euros par an pour une famille, comme par exemple une location de vacances, par rapport au prix catalogue. Permettre aux salariés des PME de cotiser au même comité d'entreprise que leurs donneurs d'ordre s'annonce ainsi comme une réforme sociale majeure. Et juste.

 
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