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29/10/2010

"Deutschland über Alles"..."I want my money back", répondit l'écho

Angela Merkel est rentrée à Berlin avec le sentiment du devoir accompli: le Conseil européen, réuni hier et aujourd'hui à Bruxelles, s'est rangé à la Stabilitätkultur, la culture de la stabilité qui exige un tour de vis en matière de sanctions à l'encontre des mauvais élèves budgétaires de la classe euro, et mieux encore ses pairs ont accepté le diktat de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, laquelle dans un arrêt fameux de juin 2009 a remisé l'idée fédérale européenne au rang des souvenirs de l'histoire allemande, à côté de la Traban et de la victoire de Sedan.

Reste à savoir si ce qui est bon pour l'Allemagne l'est aussi pour ses voisins. Malgré mon penchant éminemment dépensier à titre personnel, je ne peux qu'applaudir à titre citoyen  au renforcement du Pacte de stabilité prôné outre-Rhin. Le remboursement des intérêts de la dette est devenu le quatrième poste budgétaire en France, et cet endettement qui a quintuplé en 30 ans nous prive de toute marge de manoeuvre. C'est d'autant plus rageant que cette dette sert essentiellement au fonctionnement d'un Etat omniprésent mais impotent au détriment des investissements d'avenir, en particulier d'infrastructures, de recherche et d'éducation. Si nous devions, comme cela est désormais programmé, payer une amende de 0,2% de notre PIB pour désinvolture budgétaire, ou quand bien même en pèserait la simple menace si la sanction n'était pas aussi automatique que la Commission européenne et le Parlement le souhaiteraient, je n'ai guère de doute que l'on mettrait un terme rapide à toute une série de gabegies administratives.

Mystère bureaucratique Pour parler clair: le non remplacement effectif non pas d'un fonctionnaire sur deux, mais de deux sur deux dans quantités de ministères (Finances, Agriculture, Intérieur, Affaires sociales, Transport, Environnement, Anciens combattants,...), soit parce que, comme aux Finances, l'informatisation rend en réalité caducs des dizaines de milliers d'emplois dans les trésoreries et les perceptions, dont l'absence de fusion est déjà en soit un mystère bureaucratique, soit parce que, comme à l'Intérieur, aux Transports, aux Affaires sociales, l'administration centrale, à commencer par les Préfets de département, fait doublon avec les compétences dévolues aux collectivités locales, soit, comme pour l'Agriculture, parce que c'est l'UE qui est maître d'oeuvre, soit pour les Anciens combattants, parce qu'il n'y en a plus...

Cela permettrait de maintenir, voire d'accroître, les besoins évidents pour la Justice,  l'Education et la fonction publique hospitalière, encore que dans ce dernier cas je ne vois pas pourquoi le personnel administratif doit être statutaire. Sans parler de La Poste, qui ne distribue plus de courrier, pour cause de mails et de services sur Internet, mais des brochures publicitaires...Au demeurant, je ne souhaite pas la mort du pêcheur, mais leurs syndicats apparemment si, qui refusent la suppression pure et simple des corps d'Etat, laquelle permettrait pourtant de convertir un fiscaliste de Bercy en professeur de fiscalité à la Sorbonne.

Saut qualitatif Beaucoup plus contestable me semble être d'avoir cédé aux caprices de la Chancelière en matière institutionnelle. Sa cour constitutionnelle ayant décidé qu'aucune flexibilité n'était possible dans l'interprétation du Traité de Lisbonne, elle a convaincu les autres chefs d'Etat et de gouvernement qu'il n'était pas possible de pérenniser le Fonds européen de stabilité financière (FESF) sans modifier le Traité. Créé pour 3 ans seulement au forceps en mai dernier afin de désarmer les attaques des marchés contre l'euro, suite à la crise obligataire grecque, le FESF repose de fait sur une base juridique instable: l'article 122, lequel stipule que "dans un esprit de solidarité" les États membres de l'UE peuvent prendre  "des mesures appropriées" en faveur d'un des leurs en cas "d'événements exceptionnels échappant à son contrôle". On comprend néanmoins à la lecture de l'article que les auteurs pensaient plutôt à des ruptures d'approvisionnement énergétiques ou à des catastrophes naturelles, pas à un gros mensonge sur l'état réel des comptes publics qui affolerait les marchés....

Si je peux comprendre que Mme Merkel, pour rassurer ses sourcilleux juges de Karlsruhe, veuille bétonner juridiquement les fondements du FESF,  j'admets beaucoup moins qu'elle même et ses homologues, à commencer par Nicolas Sarkozy, n'en profitent pas pour accomplir un saut qualitatif et se contentent d'envisager une reformulation de cet article afin de reconduire un Fonds sur base strictement intergouvernementale, de surcroît dépendant sur le bon vouloir du FMI. Pire encore, ils se refusent explicitement, dans les conclusions du Conseil, à modifier l'article 125, et a fortiori les 123 et 124 précédent, qui interdisent expressément à la BCE ou au budget de l'UE "d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit" à un Etat en difficulté, ni "de prendre à sa charge" son endettement. A l'évidence ces trois articles, qui datent du Traité de Maastricht conclu en 1991, doivent au contraire être totalement réécrits pour permettre à la BCE d'émettre des euro-obligations, préalable à la création d'un marché obligataire européen. Si aujourd'hui en quasi-faillite, la Californie paye des taux d'intérêt à peine supérieurs que ceux du Texas en parfaite santé financière, c'est précisément parce que Sacramento bénéficie du parapluie du budget fédéral et de la capacité de la Réserve fédérale à racheter sa dette.

Défaite en rase campagne Cette défaite en rase campagne des tenants de la méthode communautaire, du moins dans l'attente de la contre-offensive du Parlement européen qui affûte ses arguments et son bon droit - car il n'y aura pas de changement de Traité sans son aval - aura été mise à profit par David Cameron, le Premier ministre britannique, lequel voyant le couple Merkel-Sarkozy dilapider l'héritage européen du couple Kohl-Mitterrand sans même avoir à combattre, a décidé de pousser l'avantage. "Mes bons amis, vous ne voulez pas d'un budget fédéral, alors croisons le fer dès maintenant avec ces faquins de parlementaires". Sir David a naturellement été entendu, fort d'un argument massue: "la crise nous oblige à réduire nos budgets nationaux, taillons dans le budget européen!".

Nonobstant le fait que toutes les administrations européennes confondues comptent moins de personnel que la Ville de Paris à elle seule, cet argument est doublement stupide. D'abord,  quand bien même on supprimerait totalement le budget européen, qui pèse moins d'1% du PNB de l'UE, le déficit budgétaire  européen global demeurerait à 6%. Ensuite, contrairement aux Etats, et singulièrement à la France, il ne s'agit pas d'un budget de fonctionnement, mais à 94,5% d'un budget d'investissement sans lequel ni le TGV Est, ni la ligne à haute tension à travers les Pyrénées, ni les autoroutes d'Europe de l'Est où croisent nos poids-lourds n'auraient vu le jour, pas plus que la plupart de nos agriculteurs n'auraient gagné un centime. En revanche, si la France n'avait pas eu à payer 1 milliard d'euros en 2010 pour la "ristourne britannique" arrachée par Lady Thatcher en 1984 avec ses criailleries de mégère sur le thème "I want my money back" et qui nous coûte chaque année davantage, c'est autant que nous aurions pu consacrer à notre désendettement. Mais comme d'habitude, Nicolas Sarkozy choisit bien ses amis et confirme son absence totale de vision.

28/07/2010

Journaliste par passion, Européen par raison, fonctionnaire par hasard, apprendre et informer par goût

Journaliste par passion car j'étais journaliste, et j'en avais passion pendant plus de 20 ans. Rarement un métier donne autant de plaisir et de satisfaction, tant il est à la fois concret et intime, et j'y songe souvent avec nostalgie. Ce que j'en regrette le plus est cette obligation régulière, souvent quotidienne, de l'écriture. J'en regrette aussi l'accès professionnel aux sources directes, ces ministres, ces députés, ces fonctionnaires qui disent tant à la presse mais se confient si peu entre eux. Et ne se fient davantage les uns aux autres, ce qui ne fait que perdre un temps cruel et vain à l'action politique.

Européen par raison. Bien sûr. Qui pourrait être Européen de cœur, surtout de nos jours ? Qui pourrait adhérer à une construction juridique comme l'UE, qui produit si peu de valeurs et tant de normes ? Mais néanmoins qui peut raisonnablement douter qu'aucune alternative n'existe  face aux grands ensembles économique et politique émergents ? Qui peut prétendre et démontrer que l'Union de l'Europe protège nos Nations moins bien qu'elles ne pourraient se protéger elles-mêmes? Qui peut de bonne foi contester que l'euro est devenu un succès monétaire mondial en une dizaine d'années et que les Cassandres qui voyaient sa perte à la faveur de la crise financière se sont fourvoyés?

Fonctionnaire par hasard....le hasard politique en quelque sorte. Depuis le 10 mai 1981, le jour de mon premier vote, j'ai toujours été fidèle à la gauche. J'ai même été membre du Parti socialiste. Mais la Dame des 35 heures m'en a éloigné irrémédiablement. Comme des millions d'autres travailleurs indépendants, précaires, ou travaillant en PME ou artisanat, je me suis dit : « Voilà encore une réforme sociale, une de plus, qui concrètement ne profitera qu'aux employés des grosses boites et à l'administration ».  Comme des centaines de milliers d'autres aussi, ma voix a fait défaut à Lionel Jospin en 2002. Moi, c'était pour François Bayrou.

C'était encore le hasard à l'époque. Cela faisait 12 ans que je vivais et travaillait comme journaliste à Bruxelles et François Bayrou fut le seul, pendant cette campagne présidentielle, à tenter de parler d'Europe, c'est à dire de mon univers quotidien. Cet engagement a suffi pour que je lui confie ma voix. Mais le hasard est devenu un choix quand l'UDF aux élections européennes  de juin 2004 a décidé de rompre avec le groupe du Parti Populaire Européen (PPE), où siège l'UMP, pour créer avec les autres partis centristes européens l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe, que j'ai rejoins comme conseiller de presse en octobre de la même année.

Mon métier m'avait amené à connaître de prés cette négociation politique et ses acteurs et j'arrivais à un âge (45 ans) où l'on envisage l'aphorisme de Jules Janin, selon lequel « le journalisme mène à tout, à condition d'en sortir ». La perspective d'entrer au Parlement européen me séduisait d'autant plus que c'était l'Institution promise à devenir  la grande gagnante de la Constitution européenne, alors enfin conclue, et dont j'avais suivi avec passion, tant professionnellement que d'un point de vue citoyen, les diverses étapes de gestation. Je réalisais alors un livre entretien avec François Bayrou, lequel, visionnaire, me confiait déjà en pleine rédaction de « Oui »,  dès décembre 2004, que le référendum était perdu.

Et de fait le 29 mai 2005 fut un désastre politique dont les contempteurs  de la Constitution porteront à jamais la responsabilité. Le Traité de Lisbonne conserve en effet tout ce qu'ils abominaient mais sa pratique, depuis son entrée en vigueur en décembre 2009, mine toutes les avancées constitutionnelles. Alors que la Constitution était portée par un élan communautaire qui promettait davantage de démocratie européenne, le Traité de Lisbonne pourrait devenir - l'instrument des Etats, qui, par pusillanimité, préfèrent maintenir le statu quo plutôt que de céder la réalité des pouvoirs dévolus aux Institutions communes qu'ils ont pourtant créées.

Vous l'avez compris, ce blog ne participera pas à la légende noire de Bruxelles. Pas plus d'ailleurs qu'à sa légende dorée. Mais placé aux carrefours de tant d'expériences, et avec la facilité que procure ce nouveau moyen de communication, j'ai bien l'intention d'expliquer pourquoi, voire comment, l'Europe peut et doit changer. La réflexion est déjà l'action et la réflexion politique déjà l'action politique. Car ce blog, fidèle à mes engagements mais indépendant dans mes analyses et réflexions, ne pourra se détacher du terreau français où je suis toujours enraciné, de notre histoire dont mes études initiales auraient pu me faire métier, de la politique française qui doit apporter son génie et non plus son arrogance à l'Histoire européenne.

 
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