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05/03/2012

On a les amis qu'on peut!

Faut-il que Nicolas Sarkozy soit aux abois pour solliciter de ses collègues conservateurs au Conseil européen le boycott de François Hollande. Faut-il aussi que les tenants de la "méthode intergouvernementale" de gouvernance de l'Europe, qui sont souvent les mêmes, soient stupides de s'être embarqués dans cette voie pourtant sans issue pour leur thèse. Ils ont d'ailleurs du s'en rendre compte car les démentis pleuvent depuis ce matin. Car que signifie cet interventionnisme étranger dans l'élection présidentielle française sinon que l'Europe n'est pas une affaire de Nations mais une affaire politique. Ce que reprochent les leaders européens de droite à François Hollande, ce n'est pas d'être français, c'est d'être de gauche. Cela n'en donne que plus de légitimité à ceux qui, comme moi, militent pour qu'on en finisse avec l'Europe du Congrès de Vienne incarnée par Merkozy pour passer à l'Europe politique, organisée pour et par les Européens autour d'Institutions communes, et non plus paralysée par un cénacle impotent de chefs d'Etat et de gouvernement. lesquels au demeurant n'ont pas attendu cette petite mesquinerie présidentielle pour boycotter depuis des mois l'intérêt commun européen. 

24/06/2011

Nicolas Sarkozy n'aime pas les créatifs. Ils le lui rendent bien.

"Il faut des actes, des décisions, du sang froid et du calme mais un poil moins de créativité". Telle est la désespérante réflexion faite aujourd'hui par Nicolas Sarkozy en conférence de presse à l'issue du Conseil européen en réponse à une question directe et précise sur ce qu'il pense de la création d'un ministre européen des Finances ainsi que du lancement d'euro-obligations, deux propositions fédéralistes portées par de doux rêveurs, respectivement le Président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et le Président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Le Président français, reflétant l'apathie intellectuelle de la plupart de ses partenaires, préfère donc poursuivre les bricolages actuels, au gré des regains de tension sur les marchés, plutôt que d'envisager une solution globale pour la crise de la dette souveraine européenne.

Tares structurelles Petit retour en arrière: les ministres des Finances de l'Eurozone devaient entériner dimanche dernier la 5ème tranche de 12 milliards d'euros, du prêt de 110 milliards décidé en mai 2010 pour 3 ans, et débattre des modalités d'un nouveau programme d'aide d'une centaine de milliards après 2013, la Grèce n'apportant pas les garanties pour espérer à cette date pouvoir se refinancer elle-même sur les marchés. Mais le remaniement ministériel à Athènes ayant fait prendre du retard au calendrier d'adoption d'un nouveau plan de rigueur, les Grands Argentiers, avec de mâles accents de sévérité, avaient finalement refusé de débloquer la tranche escomptée et moins encore d'évoquer un nouveau programme d'aide, renvoyant leur décision au 3 juillet. Il n'en fallut pas plus pour affoler les marchés toute cette semaine, les plus fortes pressions venant des Etats-Unis et du FMI, très inquiets de l'incapacité des Européens à organiser la défense de leur monnaie. Du coup les chefs d'Etat et de gouvernement ont du corriger l'impression laissée par leurs ministres des Finances que le soutien à la Grèce n'était pas acquis. Tout en réaffirmant leur volonté de voir Athènes réduire au plus vite ses déficits, les Européens ont donc confirmé par avance qu'il y aura de toute façon bel et bien un nouveau programme d'aide. Ouf?

"Jusqu'à présent nous avons passé toutes les épreuves", se targue Nicolas Sarkozy en se félicitant que "2 crises sur 3 sont sous contrôle". Une référence bien optimiste aux situations irlandaise et portugaise. Certes, ni Dublin, ni Lisbonne n'étaient hier et aujourd'hui à Bruxelles sur la sellette. Mais le plan d'aide à l'Irlande de 85 milliards ne remonte qu'à novembre 2010 et celui de 78 milliards au Portugal date de mai dernier. Dans ces deux pays, comme au départ en Grèce d'ailleurs où la grogne sociale généralisée est récente, la population accepte bon gré, mal gré l'austérité. Mais quand les Irlandais et les Portugais verront, comme les Grecs aujourd'hui, qu'après plus d'un an d'effort, toutes les ressources auront été consacrées au seul désendettement sans que leur gouvernement n'ait plus aucune marge de manoeuvre budgétaire pour relancer l'activité et créer des emplois, les sentiments pourraient aussi bien évoluer. C'est le pari inverse que fait Sarkozy et consorts, considérant, à juste titre du reste, que l'Irlande et le Portugal ne souffrent pas des mêmes tares structurelles que la Grèce, où les réformes visant à créer un Etat moderne s'annoncent de longue haleine.

Boulet obligataire Le pire n'est certes jamais sûr. Mais si, après la Grèce, l'Irlande et le Portugal venaient à leur tour dans quelques mois quémander un nouvel emprunt, Nicolas Sarkozy pourrait bien regretter son ironie à l'égard des "créatifs" qui tentent de chercher une solution pérenne à ce boulet obligataire que l'on traîne depuis plus de 18 mois. L'Eurozone n'a pas besoin de gouvernance, elle doit être gouvernée. Que face à une crise obligataire générale (l'Italie, l'Espagne sont aussi sous surveillance négative des agences de notation), on ne puisse inventer qu'un instrument comme le Mécanisme européen de stabilisation (MES), dont le lancement en 2013 a été confirmé, trahit à coup sûr un manque de créativité de la part des Vingt Sept. Ainsi qu'une curieuse notion de la solidarité. Le MES fonctionnera en effet comme l'actuel Fonds européen de stabilisation financière (FESF), et, à quelques variantes techniques près, selon les modalités du prêt multilatéral à la Grèce, c'est à dire des prêts garantis par les Etats et rémunérés. A titre d'exemple, la France participe à hauteur de 16,8 milliards au prêt pour la Grèce, ce qui nous a déjà rapporté 84,3 millions en 2010 de remboursement d'intérêts et on en attend 326 millions en 2011. Avec des amis comme çà, la Grèce n'a pas besoin d'usurier. Créer un marché obligataire européen, par le biais d'euro-obligations, émises par une Agence qui mutualise l'ensemble de la dette souveraine européenne jusqu'au 60% d'endettement prévu par le Traité créerait une telle masse de liquidités que cela calmerait aussitôt les marchés et alignerait les taux pour tous au plus bas. C'est aussi un pari, j'en conviens, mais sûrement plus créatif que celui de M. Sarkozy, et qui fait depuis des années le succès du dollar, pourtant assis sur une montagne de dettes et de bons du Trésor.

Quant au ministre de l'Economie de l'UE, Nicolas Sarkozy a bien raison de se demander à quoi il pourrait servir. Par exemple quand l'Allemagne et la France vendaient naguère à tour de bras des avions, des chars et des bateaux à la Grèce, championne d'Europe des dépenses militaires, peut être qu'un ministre européen des Finances aurait pu conseiller la prudence à tout ce beau monde au regard des comptes publics grecs? Mais je m'égare. Comment imaginer que des Etats dotés d'une monnaie commune puissent envisager de mener une politique budgétaire cohérente, et pire encore, en confier la coordination à un Grand Argentier européen ? Et pourquoi pas un budget fédéral pendant qu'on y est! Heureusement que Nicolas Sarkozy est là pour nous rappeler aux réalités.

07/04/2011

Errare humanum est car le marché a toujours raison

Ici même, rendant compte le 25 mars de mes impressions sur le dernier Conseil européen, je me suis livré à une double analyse des résultats, une optimiste et une pessimiste et j'ai opté pour la première. J'ai eu tort, du moins sur le volet économique et financier des décisions prises par les Vingt Sept: à peine deux semaines plus tard en effet, le Portugal est à son tour emporté par la tourmente obligataire, ses banques elles-mêmes se refusant désormais à refinancer plus avant l'endettement lusitanien alors que la notation des comptes publics portugais ne cesse de se dégrader.

L'appel au secours de Lisbonne, qui pendant des mois s'est refusée à cette issue jugée attentatoire à sa souveraineté, vient cueillir à chaud les Grands Argentiers de l'UE réunis à partir de demain à Budapest pour un Conseil théoriquement informel mais qui devra bien prendre des décisions formelles. Et c'est là où j'ai pêché par optimisme: manifestement le marché a clairement des doutes sur la capacité des Européens à abonder davantage le Fonds européen de stabilisation financière (FESF). Ce Fond de sauvetage déjà sollicité en novembre 2010 par l'Irlande à hauteur de 85 milliards devrait donc être maintenant amené à prêter environ 75 milliards au Portugal. Face à de telles sommes, non seulement le FESF va devoir accélérer la levée de fonds sur les marchés dans ses limites actuelles de 250 milliards, mais ses actionnaires de la zone euro vont devoir en plus accélérer leurs marchandages pour parvenir, sans doute plus rapidement qu'en juin comme prévu, à le porter à 440 milliards.

Fédération budgétaire Compte tenu de la lourdeur des procédures intergouvernementales qui préside à sa mise en oeuvre et de la crise politique au Portugal qui est en campagne électorale anticipée, période peu propice à négocier un plan d'austérité drastique pourtant indispensable pour en bénéficier, j'ai le sentiment que l'UE replonge dans de grandes difficultés. Difficultés attisées par les spéculations concernant l'Espagne et alors que la BCE, lassés par les atermoiements des Vingt Sept à s'engager clairement sur la voie d'une fédération budgétaire, s'apprête à la fois à augmenter ses taux d'intérêt, ce qui ne fera qu'aggraver les déséquilibres économiques, et à diminuer ses interventions sur le marché obligataire. Une perspective qui sape décidemment tout optimisme.

 

 

 
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