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06/12/2011

De chAAArybde en syllAA

Il n'aura fallu que quelques heures à Standard & Poors pour ridiculiser "Merkozy" et leur soit-disante solution globale à la crise de l'Eurozone, dont elle menace de dégrader tous les membres les mieux côtés. Non que les chiens de garde des marchés financiers que sont les Agences de notation n'approuvent la réaffirmation des grands principes de la vertu budgétaire par l'Allemagne et surtout par la France, mais pour convaincre les investisseurs que ce retour nécessaire à l'équilibre des finances publiques est crédible, encore faut-il expliquer comment l'Eurozone va d'ici là solder le passé. Et de ce point de vue, en refusant de modifier le Traité afin de permettre à la BCE de devenir prêteur en dernier ressort et en écartant la création d'un marché obligataire européen reposant sur des euro-obligations, Paris et Berlin ont donné aux Agences des verges pour se faire battre.

Psychologie ministérielle Hormis l'inscription obligatoire d'une "Règle d'or" de bonne gestion budgétaire dans les Constitutions des Etats membres de l'Eurozone, laquelle me semble de toute manière induite par la soumission aux critères de Maastricht depuis 1993, la modification des Traités proposée par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se résume à constitutionnaliser le Pacte de stabilité renforcé, récemment adopté par le Conseil et le Parlement européen sous le nom bruxellois de "Six Pack", et qui prévoit la fameuse surveillance en amont des budgets nationaux, avec possibilité pour la Commission de réclamer des corrections  ou d'infliger des sanctions préventives quasi-automatiques à des déviants récurrents.

Même le système de vote annoncé par le duo tragique est calqué sur celui prévu par le "Six Pack", sous la lourde insistance d'ailleurs du Parlement européen car "Merkozy" s'y refusaient fermement voilà un an à leur Sommet de Deauville. Ces sanctions sont dites quasi-automatiques parce qu'il faudrait une majorité pour s'y opposer et non une majorité pour l'approuver. C'est un exercice de psychologie ministérielle. Les promoteurs de cette majorité inversée pensent, sans doute à juste titre, qu'il est plus difficile pour un ministre d'approuver des sanctions proposées par la Commission contre un de ses collègues en le regardant droit dans les yeux alors qu'il peut plus cyniquement regarder ailleurs si on lui demande de s'y opposer...

Manoeuvre politicienne Reste que le renforcement du Pacte de Stabilité n'a de sens politique que s'il s'agit du premier pilier d'une gouvernance économique qui doit aussi reposer sur la solidarité et la croissance ainsi que sur un système décisionnel davantage démocratisé. En caricaturant les euro-obligations, écartant même la version restreinte envisagée par le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble, "Merkozy" ont clos un débat sur la solidarité obligataire que nombre de leurs partenaires veulent au contraire ouvrir. Et leur incapacité à penser la croissance européenne se reflète dans une négociation bruxelloise parallèle sur le budget de l'UE sur la période 2014-2020: cela fait des mois que Paris et Berlin bloquent toute perspective de doter l'UE d'un véritable budget fédéral, qui constituerait pourtant un nouvel amortisseur automatique en cas de choc économique grâce aux investissements d'infrastructures paneuropéens qu'il pourrait permettre de financer pour maintenir l'activité.

Une réforme des Traités à marché forcée, qui ne viserait qu'à constitutionnaliser le Pacte de stabilité sans démocratiser les Institutions chargées de le faire respecter, et qui de surcroît ne donnerait aucune perspective de croissance et de solidarité, n'a strictement aucun intérêt, sinon permettre à Mme Merkel de rassurer sa majorité branlante et à M. Sarkozy de semer le trouble chez ses adversaires en pleine campagne électorale. C'était hier un bon coup pour les leaders de la CDU et de l'UMP que de jouer les sauveurs de l'Europe en faisant du sur-place mais l'avertissement lancé aujourd'hui par S&P fait voler en éclat cette manoeuvre politicienne.

01/11/2011

Et les Athéniens s’éteignirent

Je cherche en vain du sens à la décision de George Papandréou d’organiser un référendum fin janvier sur le plan d’aide à la Grèce dont le Sommet de l’Eurozone a convenu de haute lutte le 26 octobre. J’imagine mal en effet ses pairs débloquer comme prévu la semaine prochaine la dernière tranche d’aide du premier plan de 100 milliards et moins encore de continuer les préparatifs du second plan de 130 milliards attendu en décembre. Sans ce soutien budgétaire, son pays va se retrouver en quelques jours en rupture de paiement. Il s’agit donc d’un suicide économique mais aussi politique puisque l’Etat grec aux abois devra interrompre dans la foulée le versement des salaires de la fonction publique et des pensions.

M. Papandreou mise-t-il sur ce chaos annoncé pour convaincre la population que la situation serait pire sans l’appartenance à l’euro ? Tous ses partenaires et ce qui reste d’amis à la Grèce aimeraient effectivement que les Grecs admettent que ce n’est pas l’UE avec ses dizaines de milliards de prêts et la remise de la moitié de leur dette qui est à l’origine de leur malheur, mais bien eux mêmes qui en sont les premiers responsables. Mais c’est un pari fou que tente le Premier ministre alors que la population est minée par le ressentiment et travaillée par des forces populistes extrêmes, nonobstant le plus grave : le refus d’union nationale de la part de Neo Demokratia, l’opposition de droite parlementaire, dont la proposition d’organiser des élections anticipées, plutôt qu’un référendum, n’est guère plus crédible. Car référendum ou élections, c’est du temps que réclame encore la Grèce alors que le seul temps venu est celui de mettre en œuvre les décisions prises. Comment George Papandréou ou Antonis Samaras peuvent-il penser gagner 8 à 12 semaines sans provoquer un séisme financier international ? 

Contrôle étranger Reste que dans cette affaire, nous payons aussi le prix de l’absence de gouvernance fédérale de l’Eurozone. Il n’est pas logique que les manifestants grecs et leurs thuriféraires français de Le Pen à Mélenchon en passant par Montebourg -  contestent un contrôle étranger sur le budget d’Athènes dès lors  qu’il est sous perfusion européenne. En revanche, il n’est pas cohérent que ce soit des experts nationaux, en clair des fonctionnaires du ministère allemand des Finances, qui procèdent à cette inquisition fiscale. Ce devrait être exclusivement des fonctionnaires de la Commission européenne, qui compte un commissaire grec, et dont les membres viennent rendre compte devant le Parlement européen, certes dominé par les députés allemand mais où du moins siègent aussi des députés hellènes. Ce qui n’est pas le cas au Bundestag qui aujourd’hui seul décide en vertu d’un système intergouvernemental ou le plus fort commande. Au demeurant, dans une Europe fédérale, l’Eurozone disposerait d’un budget fédéral qui aurait depuis longtemps éponger la dette grecque, notamment grâce au soutien de la BCE, ce qui n’aurait pas épargné une rigueur de longue durée mais au moins éviter la contagion à toute l’Europe et au monde.

07/10/2011

Nicolas et Angela sont sur le même bateau et l'euro tombe à l'eau

A force de crier "au loup", ce dernier a fini par montrer sa queue: les banques françaises ont perdu plus de la moitié de leur capitalisation boursière en quelques semaines et ce devait bien finir par avoir des conséquences sur leur capacités financières. Du coup, une nouvelle strate vient s'ajouter à la crise générale de l'euro, et un nouveau coin de s'enfoncer entre Paris et Berlin, avec le dernier psychodrame européen à la mode, la fameuse recapitalisation.

Coming out Mot affreux s'il en est sur les bords de la Seine à quelques mois des présidentielles, puisque non seulement il fleure le capital mais en plus il s'agirait d'aider les banques! J'ai déjà eu l'occasion de déverser ma bile sur Christine Largarde (ici), laquelle, devenue directrice générale du FMI, pronostiquait ce nouveau mal français de la sous-capitalisation, qu'elle contestait pourtant sous sa casquette de ministre des Finances peu avant sa nomination à Washington. Notre Grande Duduche a-telle servi de relai d'influence aux prophéties auto-réalisatrices des marchés anglo-saxons ou l'ancienne locataire de Bercy a-t-elle voulu faire un véritable coming out et ainsi libérer sa conscience des non-dits gouvernementaux? Un peu des deux sans doute. En tout cas la gangrène s'étend manifestement à tout le système financier tricolore à en juger par des taux record sur les CDS bancaires.

Sur le papier, la solution existe pourtant. Elle relève du Fonds européen de stabilisation financière (FESF), autorisé à refinancer les banques en vertu du plan adopté lors du Sommet de l'Eurozone du 21 juillet dernier et qui devrait entrer pleinement en vigueur après la très prochaine ratification de la Slovaquie. Toutefois, sur les 440 milliards d'euros du FESF dispose, la moitié est déjà engagée pour secourir la Grèce, le Portugal et l'Irlande, et surtout le Fonds devra prendre le relai de la BCE dans le rachat de dettes souveraines douteuses. Les besoins estimés pour la recapitalisation des banques européennes étant estimé entre 200 et 400 milliards, le FESF ne pourrait les aider qu'en étant lui-même au préalable abonder, ne serait-ce que virtuellement dans un premier temps par un mécanisme de levier, un instrument technique permettant de démultiplier les capacités d'intervention du FESF sur lequel travaille la Commission. 

Effet démultiplicateur Reste qu'à ce stade l'Allemagne, qui conteste avoir un problème de capitalisation bancaire, refuse toute augmentation du FESF. Il est vrai que Berlin s'est richement dotée de son équivalent germano-germanique, le Soffin, prêt à soutenir le capital des banques outre-Rhin jusqu'à 80 milliards avec 400 milliards de garanties pour des prêts supplémentaires. La France a un bidule similaire avec le SPPE (pour l'apport en capital) et le SFEF (pour les garanties), et la plupart des pays ont des outils du même genre conçus lors de la crise financière de 2008. La logique, comme celle des euro-obligations pour répondre à la crise obligataire, serait au contraire d'envisager un Fonds commun européen qui bénéficierait d'une économie d'échelle et d'un effet démultiplicateur accentué pour répondre à la crise bancaire. Mais à ce stade, cette nouvelle séquence de la crise de l'euro échappe à toute logique et on peut au moins s'estimer bienheureux si lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre, des critères communs sont décidés pour recapitaliser les banques. Faute de quoi, le soupçon sur le travail mal fait chez le voisin prospèrera au gré des rumeurs de marché.

En attendant, la Grèce n'avait pas besoin de çà. Le plan du 21 juillet veillait d'abord à stabiliser son cas. Les derniers développements le rend obsolètes sur plusieurs points dont le moindre n'est pas le niveau de participation du secteur privé aux pertes financières sur leurs créances grecques. A l'évidence, cette part devra être révisée en cas de recapitalisation bancaire. Avec à la clef, de toute manière, une pression accrue sur le FESF en faveur d'Athènes. Sauf bien sûr à revenir à la bonne vieille recette de la sortie de l'euro, toujours pas morte outre-Rhin. Le rocher que pousse Sisyphe est peut être grec mais la pente sur laquelle il roule depuis des mois est sans nul doute allemande.

 
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