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18/11/2010

Viktor Orban, nous voilà, toi le sauveur de la Grande Hongrie

On se souvient de la funeste présidence tchèque du Conseil de l'UE, marquée côté pile par les saillies eurosceptiques du lunatique Président Vaclav Klaus, qui parvint à retenir encore plus longtemps sa plume pour signer le Traité de Lisbonne que son homologue polonais, l'ombrageux - et aujourd'hui défunt - Lech Kaczynski, et côté face par la démission du Premier ministre Mirek Topolanek, dont les photos des frasques dans la propriété sarde de Silvio Berlusconi, adepte désormais bien connu du banga-banga, avaient fait le tour de la presse à scandale européenne. C'est dans un autre genre, beaucoup moins loufoque, que devrait bientôt s'illustrer la Hongrie, qui prendra le relai de la Belgique à la tête de la présidence de l'UE au 1er janvier.

Tradition magyare Son inquiétant Premier ministre, Viktor Orban, de passage à Bruxelles, a en effet effrayé tous ses interlocuteurs, par son cynisme et sa détermination à enclencher chez lui une "révolution nationale", dite aussi "révolution des urnes", "révolution de 2010" ou encore "révolution des deux tiers" par référence à sa majorité écrasante gagnée au Parlement hongrois en avril dernier,  et dont le projet n'a rien de révolutionnaire  mais tout d'un régime autoritaire bordure, à moins qu'elle ne soit une dictature syldave. Dernier épisode en date de cette marche forcée vers la Grande Hongrie: le vote cette semaine d'une loi limitant les compétences de la Cour constitutionnelle, laquelle avait eu l'outrecuidance de s'opposer à une chasse aux sorcières généralisée dans la haute fonction publique.

Viktor Orban, est un homme habile qui se fait remarquer par une harangue publique dés juin 1989 aux obsèques nationales du héros de la Révolution de 1956 contre les Soviétiques, Imre Nagy, alors que le régime communiste ne tombera vraiment qu'en octobre de la même année. Il fonde un syndicat étudiant libéral et anti-clérical, la Fidesz (Fédération des jeunes démocrates), qui deviendra son parti et demeure sa machine de guerre. Un parti qui évoluera vite en fonction des besoins électoraux de son leader charismatique, pour devenir conservateur et proche de l'Eglise hongroise. C'est sous ce verni de tradition magyare que Viktor Orban est élu à 35 ans une première fois comme Premier ministre en 1998 et deviendra le chouchou du Parti Populaire Européen (PPE), en particulier de la CDU allemande qui déroulera un tapis rouge à la Fidesz, considérée comme l'avant garde conquérante de la démocratie chrétienne dans les pays alors candidats à l'UE.

Guérilla para-légale Mais Viktor Orban est moins conservateur que nationaliste et s'il est chrétien, ce n'est pas  par goût pour la démocratie. Né à Székesfehérvár, la ville où les rois magyars se faisaient couronner, ce fils de paysans protestants nourrit en effet des ambitions surannées pour son pays, attisées par la rancoeur nationale à l'encontre du Traité du Trianon, qui en 1920 a amputé le pays des deux tiers de son territoire. Lors de son premier mandat,  il se consacrera d'ailleurs à transférer au Országgyűlés, le Parlement unicaméral, la couronne de Saint-Etienne, premier roi de Hongrie, - pour la porter, ironisaient ses détracteurs. Convaincu d'incarner la Nation, il refuse sa défaite en 2002 - "La Patrie ne peut pas perdre", assène-t-il - et profite de la confusion des élections de 2006 - dès le lendemain de sa réélection, son vainqueur socialiste Ferenc Gyurcsany avait du justifier de mensonges éhontés sur la situation économique du pays diffusés en boucle sur Internet -  pour inciter ses partisans à camper des mois devant le Országgyűlés, où se dérouleront d'innombrables incidents avec la police.

Cette guérilla para-légale quasiment ininterrompue pendant ces 4 dernières années a finalement porté ses fruits et Orban a succédé à Gyurcsany à la tête d'un pays en quasi-faillite et profondément déchiré politiquement: les socialistes n'ont pas seulement été écrasés par la Fidesz mais aussi talonnés par le Jobbik, une formation ouvertement fasciste  et dotée d'une milice paradant en uniforme noir. Une concurrence sur le terrain nationaliste qui n'altère pas, bien au contraire,  l'enthousiasme d'Orban à mener sa "révolution nationale" dont la première mesure depuis sa réélection aura été de conférer la nationalité hongroise aux minorités magyares arrachées à la Patrie depuis 90 ans, en tout 3,5 millions de personnes dont 500 000 en Slovaquie et le reste réparti entre l'Autriche, la Roumanie, la Croatie, la Serbie, la Slovénie et l'Ukraine. En moins de 6 mois, l'Országgyűlés sous la férule de la Fidesz a d'ailleurs amendé 6 fois la Constitution et Viktor Orban annonce une révision constitutionnelle générale pour le printemps.

Bien du plaisir au PPE Ce sera sans doute l'occasion d'en finir aussi avec l'indépendance de la Banque centrale et ainsi de couper enfin court la résistance de son gouverneur, qui s'oppose depuis des mois - avec le soutien de l'UE et du FMI - à toute baisse des taux d'intérêts du Forint, la monnaie nationale, au regard des risques inflationnistes. Du reste, l'indépendance de la Banque centrale est une condition sine qua non pour une adhésion future à l'euro... Mais des provocations à l'égard de l'UE, le prochain président du Conseil n'en manque pas. Il vient ainsi de décider de taxer les entreprises étrangères installées dans son pays, afin de mieux pouvoir baisser la fiscalité sur les PME locales. Une mesure naturellement bien accueillie chez lui ("La Fidesz n'est pas populiste, elle est populaire", aime-t-il à dire) mais une discrimination évidente qui promet une acrobatie juridique complexe entre Bruxelles et Budapest les prochains mois. Au demeurant sa politique budgétaire inquiète les marchés, et la dernière émission d'obligations en septembre s'est mal passée, relançant les rumeurs d'un recours au FMI, qui avait déjà injecté 20 milliards d'euros fin 2008.

Avec un tel porte-drapeau, on promet bien du plaisir au PPE pour ce semestre de présidence hongroise. Heureusement que Viktor Orban a de l'humour, comme il le montre si bien dans une interview au Figaro de ce matin: "Au PPE, le nationalisme, le populisme et les forces antidémocratiques n'ont pas leur place".

02/09/2010

Services financiers : « Putain 3 ans ! »

La ligne de partage entre compromis et compromission n'est jamais facile à faire en politique, et moins encore quand il s'agit de politique européenne où le choc des intérêts nationaux conduit le plus souvent à des marchandages aux résultats complexes à analyser en termes qualitatifs. A cet égard, l'accord sur la supervision financière dégagé aujourd'hui entre la présidence belge semestrielle du Conseil des ministres européens de l'Economie et des Finances, dit Conseil EcoFin, et la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, dite commission ECON, est un cas d'école. Accord a minima ou réel progrès ?  Il ne s'agit à ce stade que d'un premier pas timide, dont on tirera les enseignements dans 3 ans pour une révision générale.

A l'origine de cette très longue négociation, qu'une session plénière du Parlement européen devra encore entériner à la fin du mois, la crise financière de l'automne 2008 - dont les secousses nous tourmentent encore - et qui visait à mettre un terme à la fragmentation nationale des autorités de contrôle des marchés financiers et des banques. L'idée de départ était d'obtenir la création un Superviseur européen unique, d'autant que le Traité de Lisbonne (en vertu de dispositions existant depuis le Traité de Maastricht mais jamais appliquées) prévoit que la Banque centrale européenne peut se voir confiée "des missions spécifiques ayant trait aux politiques en matière de contrôle prudentiel des établissements de crédit et autres établissements financiers" (art 127.6). Il parait en effet cohérent de voir la BCE responsable du contrôle des activités des banques et de leur crédibilité financière puisque d'une part ces dernières se refinancent pour l'essentiel auprès d'elle et que d'autre part si c'est à Londres, siège de la City, que l'on trouve le plus d'experts privés dans ce domaine, c'est à Francfort, siège de la BCE que l'on trouve le plus d'experts issus des administrations publiques.

Architecture bancale La pression des marchés, les oukases de Londres, les bisbilles franco-allemandes, la déliquescence intellectuelle de la Commission européenne auront néanmoins conduit à une architecture de supervision moins centralisée avec un Conseil européen du risque systémique (CERS), responsable de l'analyse macro-financière, flanqué de trois agences spécialisées sur le plan micro-financier, l'Autorité bancaire européenne (ABE), l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) et l' Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (AEAPP), en charge respectivement du contrôle des banques, des marchés financiers et des assurances (le contrôle de ces dernières par la BCE est explicitement exclu par l'art 127.6 du Traité). Ces agences prendront le relai de comités existant déjà et répartis à Paris (marchés financiers), à Londres (banques) et à Francfort (assurances) mais qui jusqu'à présent n'étaient que des collèges où siégeaient les Vingt Sept régulateurs nationaux. Sylvie Goulard, rapporteure du CERS à la commission parlementaire ECON, aurait voulu les installer toutes à Francfort mais le Conseil EcoFin a refusé. Du moins les ministres ont accepté que ce nouvel organisme soit présidé par le président de la BCE, ce qui semblait tomber sous le sens et répondre à l'esprit et à la lettre du Traité mais n'en a pas moins été contesté jusqu'au bout par les Grands Argentiers européens, lesquels redoutent que le banquier central n'acquiert trop de pouvoirs. Nonobstant les réticences des Etats membres non membres de la zone euro, Royaume-Uni en tête, à confier des compétences les concernant à une Institution où ils n'ont pas de représentants. D'ailleurs ils ont assorti cette disposition d'une clause suspensive qui pourrait conduire à ce que la BCE soit dessaisie dans 5 ans de cette nouvelle compétence.

Cette architecture bancale, qui tient plus de la coordination des superviseurs nationaux que de la supervision unique européenne, doit être considérée comme un progrès à l'aune de la lourdeur des procédures d'une négociation européenne. On peut en effet légitimement penser que ces nouveaux organismes - et leurs hauts fonctionnaires - auront à coeur d'exister, de définir et promouvoir des normes communes, et donc de contrarier les intérêts nationaux.  C'est bien d'ailleurs pour éviter d'être trop contrariés que les ministres européens des Finances ont bien pris soin de brider l'action de ces nouveaux organismes qui devraient voir le jour le 1er janvier 2011. Ainsi le superviseur espagnol pourra continuer à fermer les yeux sur la constitution progressive de la bulle immobilière qui ruine aujourd'hui l'économie hispanique, sans risquer de voir sa sieste brusquement interrompue par le superviseur européen.  Certes, le CERS ne manquera pas de s'inquiéter de cette dérive spéculative mais son avis sera non contraignant. On peut bien sûr espérer que le Conseil EcoFin l'écoutera et recommandera d'agir avant que la situation n'empire. A condition toutefois que le ministre du pays incriminé n'ait pas invoqué et obtenu de ses pairs la « clause de sauvegarde » qui permet de régler ses affaires domestiques en famille. Une option dont on peut redouter l'usage par un Conseil Ecofin, où règne une atmosphère de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette » entre ministres des Finances institutionnellement et économiquement interdépendants.

Idem pour les autorités de supervision sectorielles qui ne seront pas autorisées à prendre directement des décisions par dessus la tête des superviseurs nationaux mais pourront seulement recommander des mesures. Sauf en cas d' « urgence », laquelle sera décrétée par ...ce même Conseil EcoFin où l'on adore les petits arrangements entre Etats membres. C'est un vrai problème si on se souvient de plusieurs des évènements qui ont émaillé la crise financière depuis 2 ans. Par exemple quand, paniquées par le contrecoup de la faillite Lehman Brothers à l'automne 2008, les banques suédoises et finlandaises ont retiré du jour au lendemain tous leurs avoirs des pays baltes, où elles sont en position quasi-monopolistiques, laissant ces pays exsangues, sans plus de réserves de change et contraints à la  dévaluation de leurs monnaies, les superviseurs bancaires nordiques n'ont rien vu à redire tandis que leurs homologues baltes n'avaient que leurs yeux pour pleurer. A l'évidence, pour éviter la répétition d'un tel épisode - aussi connu par la Hongrie à cause du comportement identique des banques françaises, allemandes et autrichiennes qui trustent le pays -, il aurait fallu doter la future ABE de la capacité d'interdire rapidement aux banques de tels agissements aux conséquences sociaux-économiques considérables pour les pays et leur population qui en sont victimes. Le Conseil EcoFin a refusé cette évidence, qui l'aurait contraint à concéder la haute main à la Commission européenne, laquelle a pourtant seule l'expertise dans la machinerie bruxelloise pour appréhender à temps une situation d'urgence. Espérons dès lors que les ministres seront attentifs et coopératifs quand apparaitront sur le marché de nouveaux produits financiers aussi pourris que sophistiqués, ou surviendraient des pratiques douteuses, afin que  l'AEMF puisse sévir avant qu'une fois encore des épargnants ne soient ruinés et une crise enclenchée.

Contre mauvaise fortune, bon coeur Je ne doute pas que les eurosceptiques de tout poil se réjouiront de la modestie, pour ne pas dire plus, de cet accord. Les mêmes d'ailleurs, avec leur mauvaise foi coutumière, ne manqueront pas de dénoncer l'incapacité européenne si une nouvelle crise financière européenne devait surgir que n'aura pas su prévenir, ni circonscrire l'UE, privée d'outils de réaction rapide. Un risque qui n'est pas nul si l'on songe à la bulle obligataire qui est entrain de se constituer ou aux manipulations sur le marché carbone qui prennent suffisamment d'ampleur pour que l'OLAF, l'Office européen de lutte antifraude, et Europol, l'office européen de coopération policière pénale, s'en alertent.  Pour ma part, je ferai contre mauvaise fortune, bon coeur, habitué que je suis depuis 20 ans de vie bruxelloise à ces compromis inqualifiables, ni en bien, ni en mal. Et cela d'autant plus que je n'ai guère de doutes que dans 3 ans, au moment de la révision des règlements portant création de ces nouveaux organismes, c'est la thèse d'une plus grande intégration européenne qui l'emportera. Comme toujours. Mais à force d'être plus une perspective qu'une réalité tangible, l'Europe perd en crédibilité, sinon pas encore en utilité.

 

 

 

 
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