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07/10/2011

Nicolas et Angela sont sur le même bateau et l'euro tombe à l'eau

A force de crier "au loup", ce dernier a fini par montrer sa queue: les banques françaises ont perdu plus de la moitié de leur capitalisation boursière en quelques semaines et ce devait bien finir par avoir des conséquences sur leur capacités financières. Du coup, une nouvelle strate vient s'ajouter à la crise générale de l'euro, et un nouveau coin de s'enfoncer entre Paris et Berlin, avec le dernier psychodrame européen à la mode, la fameuse recapitalisation.

Coming out Mot affreux s'il en est sur les bords de la Seine à quelques mois des présidentielles, puisque non seulement il fleure le capital mais en plus il s'agirait d'aider les banques! J'ai déjà eu l'occasion de déverser ma bile sur Christine Largarde (ici), laquelle, devenue directrice générale du FMI, pronostiquait ce nouveau mal français de la sous-capitalisation, qu'elle contestait pourtant sous sa casquette de ministre des Finances peu avant sa nomination à Washington. Notre Grande Duduche a-telle servi de relai d'influence aux prophéties auto-réalisatrices des marchés anglo-saxons ou l'ancienne locataire de Bercy a-t-elle voulu faire un véritable coming out et ainsi libérer sa conscience des non-dits gouvernementaux? Un peu des deux sans doute. En tout cas la gangrène s'étend manifestement à tout le système financier tricolore à en juger par des taux record sur les CDS bancaires.

Sur le papier, la solution existe pourtant. Elle relève du Fonds européen de stabilisation financière (FESF), autorisé à refinancer les banques en vertu du plan adopté lors du Sommet de l'Eurozone du 21 juillet dernier et qui devrait entrer pleinement en vigueur après la très prochaine ratification de la Slovaquie. Toutefois, sur les 440 milliards d'euros du FESF dispose, la moitié est déjà engagée pour secourir la Grèce, le Portugal et l'Irlande, et surtout le Fonds devra prendre le relai de la BCE dans le rachat de dettes souveraines douteuses. Les besoins estimés pour la recapitalisation des banques européennes étant estimé entre 200 et 400 milliards, le FESF ne pourrait les aider qu'en étant lui-même au préalable abonder, ne serait-ce que virtuellement dans un premier temps par un mécanisme de levier, un instrument technique permettant de démultiplier les capacités d'intervention du FESF sur lequel travaille la Commission. 

Effet démultiplicateur Reste qu'à ce stade l'Allemagne, qui conteste avoir un problème de capitalisation bancaire, refuse toute augmentation du FESF. Il est vrai que Berlin s'est richement dotée de son équivalent germano-germanique, le Soffin, prêt à soutenir le capital des banques outre-Rhin jusqu'à 80 milliards avec 400 milliards de garanties pour des prêts supplémentaires. La France a un bidule similaire avec le SPPE (pour l'apport en capital) et le SFEF (pour les garanties), et la plupart des pays ont des outils du même genre conçus lors de la crise financière de 2008. La logique, comme celle des euro-obligations pour répondre à la crise obligataire, serait au contraire d'envisager un Fonds commun européen qui bénéficierait d'une économie d'échelle et d'un effet démultiplicateur accentué pour répondre à la crise bancaire. Mais à ce stade, cette nouvelle séquence de la crise de l'euro échappe à toute logique et on peut au moins s'estimer bienheureux si lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre, des critères communs sont décidés pour recapitaliser les banques. Faute de quoi, le soupçon sur le travail mal fait chez le voisin prospèrera au gré des rumeurs de marché.

En attendant, la Grèce n'avait pas besoin de çà. Le plan du 21 juillet veillait d'abord à stabiliser son cas. Les derniers développements le rend obsolètes sur plusieurs points dont le moindre n'est pas le niveau de participation du secteur privé aux pertes financières sur leurs créances grecques. A l'évidence, cette part devra être révisée en cas de recapitalisation bancaire. Avec à la clef, de toute manière, une pression accrue sur le FESF en faveur d'Athènes. Sauf bien sûr à revenir à la bonne vieille recette de la sortie de l'euro, toujours pas morte outre-Rhin. Le rocher que pousse Sisyphe est peut être grec mais la pente sur laquelle il roule depuis des mois est sans nul doute allemande.

05/09/2011

Contrôle fiscal dans les cantons suisses

Les temps sont durs pour tout le monde comme l'illustre le chantage de Washington sur Berne: si d'ici demain une dizaine de banques, dont le Crédit Suisse, ne livrent pas au fisc américain le nom des détenteurs privés ou des fondations disposant d'un compte d'au moins 35 000 euros dans la Confédération, elles pourraient se voir retirer leur licence d'exploitation aux Etats-Unis. Le ministère de la Justice américain avait déjà usé de cette menace de représailles en 2010 pour obtenir de l'Union des banques suisses (UBS) la divulgation de ses 4000 clients américains ainsi que le paiement d'une amende de plus de 500 millions d'euros. Cette fois, ce sont 10 000 comptes qui sont dans le collimateur yankee avec une pénalité envisagée de 2 milliards pour le cartel bancaire de l'évasion fiscal.

Disette budgétaire En ces temps de disette budgétaire, chaque sou est bon à prendre par le fisc de part et d'autre de l'Atlantique. L'Allemagne et le Royaume-Uni ont opté pour une autre méthode avec la Suisse. Aux termes d'accords bilatéraux récents, l'anonymat des détenteurs de compte demeure préservé par les banques, lesquelles en retour s'engagent à verser un impôt libératoire proportionnel au montant du dépôt de ses clients allemands et britanniques. Berlin espère ainsi récupérer une dizaine de milliards d'euros pour apurement du passé, et environ 800 millions par an en vitesse de croisière. La Suisse a démarché la France pour conclure un accord du même genre mais à ce stade Paris refuse. Jusqu'à quand? Au vue des avoirs français estimés en Suisse, et avec le même taux de 19 à 34% négocié avec l'Allemagne, Bercy pourrait récupérer environ 5 milliards de passif, puis quelques centaines de millions chaque année...

Evidemment, il serait plus satisfaisant d'être en mesure, comme les Etats-Unis, de menacer les banques suisses d'interdiction d'exercice sur le territoire de l'UE si elles ne dévoilent pas les noms de leurs clients européens, nonobstant le versement d'une amende. Cette impuissance européenne - et par contagion française - à s'imposer sur son petit voisin ne fait que traduire l'absence de politique fiscale commune, conséquence du vote à l'unanimité requis en la matière, et qui n'est d'ailleurs pas la moindre des carences de la gouvernance économique de l'Eurozone. Comment en effet lutter conjointement contre l'évasion fiscale avec des taux d'imposition sur le revenu variant d'un Etat à l'autre? Il en est d'ailleurs de même avec l'impôt sur les sociétés, dont la fragmentation des taux et de l'assiette n'est qu'une invitation au dumping fiscal.

Paradis nullement artificiels Le plus étrange dans cette chasse au trésor suisse menée en ordre dispersé à Washington, Berlin ou Paris, c'est que l'UE et les Etats-Unis s'étaient pourtant engagés, au début de la crise financière en 2008, à lutter fermement contre les centres off-shore et autres havres fiscaux. Un objectif depuis bien oublié et que la présidence française du G20 tarde à remettre en priorité du Sommet de Cannes en novembre prochain. La problématique ne se limite pourtant pas aux quelques milliards que perdent chaque année les administrations fiscales. Ces paradis nullement artificiels, et pour beaucoup bien plus exotiques que la Suisse, brassent de l'argent encore plus douteux comme nous le rappellent ces derniers jours les palinodies autour de la restitution des avoirs du clan Kadhafi.

02/09/2011

Docteur Lagarde et Miss Christine

Le micmac transatlantique sur la mauvaise santé supposée des institutions financières et bancaires européennes a au moins le mérite de dévoiler la double face, voire la duplicité, de Christine Lagarde. Notre ministre de l'Economie et des Finances s'était en effet félicitée du sérieux des stress tests bancaires menés cet été, lesquels avaient en particulier écarté tout risque de défaillance pour les banques françaises. Devenue directrice générale du FMI, la même Christine Lagarde doute désormais ouvertement des certitudes de Lagarde Christine et prétend que les banques européennes sont gravement sous-capitalisées et que le système financier européen risquerait le collapse en cas de défaut sur dette souveraine. Diantre! L'évolution "hors contrôle" de l'endettement grec laissant à nouveau craindre le pire, on aimerait comprendre d'où vient cette volte-face.

Lehmann Brother à l'envers J'avoue être insuffisamment spécialiste des normes comptables internationales pour savoir trancher de la querelle opposant les uns et les autres sur la valorisation réelle des actifs bancaires. Il est néanmoins évident, et légitime compte tenu de son environnement politique et intellectuel, que le FMI en la matière soit sensible à l'interprétation américaine des normes édictées par l'International Accounting Standards Board (IASB). En bonne porte parole de son institution, Mme Lagarde ne fait donc que relayer les craintes américaines d'un Lehmann Brother à l'envers, une crise de confiance inter-bancaire prenant naissance en Europe et dont l'emballement pourrait gripper jusqu'aux rouages financiers outre-atllantique et mondiaux. Remarquons du reste que sans attendre l'expertise des économistes du FMI, les marchés avaient déjà tout l'été sanctionné le secteur bancaire européen, les professionnels doutant d'instinct de la fiabilité des résultats des stress tests dès leur publication le 18 juillet.

Pourtant certains, et pas des moindres, contestent la probabilité de ce scénario noir. C'est le cas, une fois n'est pas coutume, de la méchante agence Moody's qui, dans cette affaire, vient à la rescousse des banques du Vieux Continent, selon elle pas si menacées que ça finalement par la crise obligataire, grâce en particulier à l'interventionnisme de la BCE sur le marché secondaire de la dette souveraine. D'autres osent aller beaucoup plus loin, à l'instar de l'inattendue Laurence Parisot, la cheftaine du Medef accusant carrément les Etats-Unis de complot anti-euro, la Maison Blanche et le Grand Patronat Yankee tentant de repasser le mistigri du Krach final aux Européens afin de mieux faire oublier leur propre montagne de dettes. De fait, on peut s'interroger sur la rationalité de la spéculation sur l'Eurozone où l'endettement atteint 85% du PIB quand le dollar reste à l'abri de toute pression des marchés malgré les 100% d'endettement américain, des perspectives de croissance aussi molle qu'en Europe et une situation politique guère plus brillante.

Grande Duduche Les stress bancaires étaient-ils de bonne qualité ou non? Le système financier européen est-il menacé, oui ou non? Les banques françaises sont-elles victimes de rumeurs de marchés malveillantes ou bien leurs engagements sur la dette souveraine grecque, espagnole, italienne sont-ils si lourds que la faillite les guette réellement? Selon qu'elle est à Paris ou Washington, Christine Lagarde ne tient pas le même discours. Ou plutôt si, elle tient toujours le discours de celui qui la paye. Normal pour l'ancienne dirigeante de Baker et Mc Kenzie, une de ces firmes d'avocats d'affaires qui ont inventé la financiarisation de l'économie en convaincant tout au long des années 80 et 90 les patrons américains et européens qu'ils ne dirigeaient pas une usine ou un commerce, mais qu'ils possédaient des murs, des machines, du matériel et du stock, autant d'éléments convertibles en produit financier autonome. Cette grande Duduche à l'allure chic et technocratique invente donc la financiarisation de la parole publique. Quand elle est payée pour dire que ça va bien, ça va bien. Quand elle est payée pour dire le contraire, elle dit le contraire. Cela ne fait que traduire la morgue emblématique de cette caste qui dirige le monde sans aucune intention de le changer et qui fait perdre toute confiance dans les institutions politiques. 

 
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