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04/05/2012

Un homme d'honneur

Honte à moi qui dans mon dernier billet privilégiait la tactique sur le fond et sommait François Bayrou de choisir le ralliement au Président sortant. Le conseil ne s'appliquait d'ailleurs pas à moi-même, qui annonçais dans le même écrit mon intention de voter François Hollande, mais je n'en voyais pas de meilleur à donner au président du MoDem s'il voulait conserver une chance de peser sur la vie politique. A cet égard, je n'ai d'ailleurs pas changé d'avis, doutant toujours fort que le MoDem puisse avoir des élus hors un accord avec l'UMP, et alors que le PS n'a aucune intention de s'allier avec lui. Et réciproquement. En renonçant à la gamelle sarkozyste, François Bayrou a donc fait preuve d'une dignité et d'un courage rares en politique. Prenant la mesure d'un Sarkopen chaque jour davantage plus ignoble dans cette fin de campagne, le Béarnais a préféré la retraite politique plutôt que le reniement moral. Chapeau.

24/04/2012

Le sursaut du centre passe par la défaite de Nicolas Sarkozy

C'est un gâchis terrible, et une lourde déception pour ceux qui comme moi, majoritaires au MoDem, sinon parmi les électeurs de François Bayrou, espérions en 2012 assister à l'émergence d'une majorité social-démocrate, ce qui présupposait à tout le moins de ne pas insulter l'avenir, c'est à dire d'être moins péremptoire à l'encontre du candidat socialiste. A force d'obstination, voire d'entêtement, François Bayrou se retrouve dans la pire situation. En renvoyant dos à dos Nicolas Sarkozy et François Hollande jusqu'aux derniers jours de la campagne du premier tour, il s'est en effet enferré lui-même dans une impasse politique et n'a plus le choix aujourd'hui qu'entre le reniement et la retraite.

J'ai déjà eu l'occasion d'écrire ici ce que je pensais du vote blanc, dont François Bayrou est un ardent défenseur. Il continue certes d'affirmer qu'il prendrait "ses responsabilités", sans doute dans la foulée du débat télévisé programmé le 2 mai entre les deux candidats encore en lice, mais je n'exclus toujours pas qu'un appel au "ni-ni" ne fasse office dans son esprit de prise de responsabilités. Sans attendre cette hypothétique consigne de vote, les cadres et élus du MoDem commencent déjà à s'égailler à droite et à gauche et ce mouvement prendra des allures de sauve-qui-peut général si effectivement le Béarnais opte pour le non-choix. 

Seule porte de sortie Ses derniers partisans rendront hommage à cette posture gaulliste mais ce serait oublier que pour être un recours de la République, encore faudrait-il exister au sein de la dite République. Or avec moins de 15% dans sa circonscription de Pau, soit la moitié de son score de 2007, il n'a strictement aucune chance d'être réélu député. Le désert politique qui s'ouvrirait alors devant lui sera plus propice à la retraite qu'à la traversée. En tout cas, cette fois, il manquera de bédouins car aucun MoDem ne sera élu sur cette seule étiquette, ni même grâce à son parrainage. Pour un peu d'ailleurs que l'on trouve des candidats prêts à sacrifier les quelques dizaines de milliers d'euros que leur coûterait une campagne promise d'avance à la Bérézina.

Pour échapper à cette voie sans issue pour ses ambitions toujours intactes et accessoirement l'avenir de sa famille politique, François Bayrou n'a que le reniement comme alternative. François Hollande, qui a déjà fort à faire avec les Verts et le Front de gauche en vue de constituer sa future majorité parlementaire, n'a en effet strictement aucun intérêt à conclure un accord électoral avec un MoDem en si mauvaise posture. Il s'intéresse d'ailleurs bien plus aux électeurs de Marine Le Pen. Et quand bien même le ferait-il, les candidats MoDem devraient affronter pléthore de dissidents socialistes et écologistes, et ne pourraient en aucun cas compter sur un désistement communiste. La seule porte de sortie est donc un appel, au moins à titre personnel, à voter pour Nicolas Sarkozy.

Mortification La perspective est difficile, j'en conviens, et moi même ne voterai pas pour lui. Il est d'ailleurs désormais plus que probable qu'il ne sera pas élu. Au demeurant, François Bayrou ne peut lui-même être élu que si la majorité actuelle ne présente aucun candidat contre lui dans sa circonscription. Or un siège au Palais-Bourbon demeure une condition sine qua non d'existence politique. Rallier "l'enfant barbare" après avoir rêvé de le détrôner est une mortification que doit néanmoins s'infliger le président du MoDem s'il veut finir par convaincre les Français de la justesse de son combat. Des Français dont nombreux, bien sûr, seront ceux qui le railleront, voire le détesteront, à le voir ainsi sembler trahir son engagement passé. Mais ce serait une erreur de croire que cet appel à voter pour Nicolas Sarkozy signifierait un renoncement au projet d'un centre indépendant.

Ceux qui ont attentivement écouté François Bayrou pendant la campagne et qu'il a convaincus, comme moi, que notre pays est au bord d'un précipice budgétaire, ne doivent en effet pas douter que le prochain gouvernement socialiste aura bien du mal à échapper à un plan de rigueur comme le pays n'en a jamais connu. Une austérité fiscale mais qui exigera aussi une révision drastique des dépenses publiques et une réforme profonde de l'Etat et des services publics. Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer qu'une majorité parlementaire PS/EELV/FDG, si elle est d'ailleurs parvenue à se constituer, éclaterait à cette occasion. La France pourrait-elle se payer le luxe à d'une crise politique quelques mois à peine après l'élection présidentielle?

Majorité centrale C'est pourquoi il est capital qu'une alternative puisse se former. La chute de la maison Sarkozy et la montée du Front national ébranleront profondément l'UMP. La multiplication des triangulaires aux prochaines législatives permettra du reste de mesurer très tôt la porosité entre l'aile droite du parti conservateur et le FN. La carte électorale est édifiante à cet égard et la droitisation de l'UMP est inéluctable. D'où le projet de François Bayrou de recréer un groupe centriste à l'Assemblée nationale et le désagréable préalable de devoir se désister pour Nicolas Sarkozy afin de donner des gages à ceux qu'il souhaite fédérer sous sa houlette et qui viennent de toute la constellation dispersée de l'UDF et au delà.

Je crois que l'électorat centriste, y compris de droite, sera toujours réticent à la moindre alliance bleue marine. Un tel groupe pourrait permettre au Président Hollande en difficulté à mener à bien un programme de redressement national sans être prisonnier des conservatismes de la gauche radicale. C'est ainsi que loin d'aller à Canossa, rallier Nicolas Sarkozy dans un premier temps permettrait dans un second à François Bayrou de franchir un nouveau Rubicon: réconcilier après plus de 30 ans les démocrates et les socialistes afin de forger une grande majorité centrale.

30/03/2012

Cher François, voter blanc, c'est nul!

L’enthousiasme militant du grand meeting au Zénith à Paris dimanche dernier et la profondeur du discours programme de François Bayrou n’auront pas eu d’effet sur les sondages et, en cette fin de semaine, force est d’admettre que les intentions de vote pour le président du Modem stagnent toujours, voire reculent. Compte tenu de la proximité désormais du premier tour, il paraît difficilement crédible qu’il puisse rattraper son retard. Dès lors, la mort dans l’âme sans doute, car il a porté les thèmes de désendettement et de compétitivité qui domineront nécessairement le quinquennat mais que ses compétiteurs ont esquivé pendant la campagne, François Bayrou se trouve contraint d’envisager la suite. A l’évidence, il s'y refuse encore, mais cette obstination pourrait être fatale à la famille politique dont il est dépositaire. Et non propriétaire.

François Bayrou s’est battu pour l’indépendance du centre, et c’était un beau combat. Après avoir refusé d’intégrer l’UDF à l’UMP en 2002, il s’est peu à peu distendu de la majorité présidentielle chiraquienne et s’est posé clairement en adversaire farouche de la majorité présidentielle sarkozyste depuis 2007. Cette évolution ne devait pas nécessairement l’amener à pencher à gauche, mais du moins était-ce une rupture avec la tradition centriste bien établie depuis la fin des années 60 et le début des années 70 de ne s’allier qu’avec la droite. Reste que l’expérience des 5 dernières années, marquées par une succession d’échecs électoraux pour le MoDem, ont suffisamment démontré que dans la Vème République, de surcroît avec un scrutin majoritaire à deux tours, la question des alliances est centrale. Et devient incontournable.

Montée du Hollanchonisme Pour moi, et depuis toujours vu mon parcours déjà relaté (Eloge du social-traitrisme 20-10-2010), cette alliance ne peut être que sociale, démocrate, écologiste et européenne. C'est l'attente d'une immense majorité de militants du MoDem et qui répond à une logique intrinsèque de la recomposition du paysage politique français. Allié à la gauche, débarrassée de ses oripeaux marxistes et incarnée par le social-démocrate François Hollande, François Bayrou pourra enfin se donner les moyens de peser sur le cours de l'action publique. Les Français aspirent au changement mais ne veulent plus se payer de chimères. Sa participation, ou du moins celle du MoDem, à un gouvernement de redressement national, soucieux de restaurer, dans la justice sociale, les comptes publics de la Nation, serait une chance historique de réconciliation entre le centre et la gauche, que François Mitterrand avait définitivement divisé en choisissant le PC comme partenaire exclusif en 1972. Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs bien compris cet enjeu existentiel pour sa famille politique moribonde à qui il tente, non sans succès, d'insuffler une vie nouvelle, à coup de démagogie faite de fureurs nationalistes et d'incantations cryptocommunistes. 

L'autre option se dessine sous nos yeux, portée par la myriade des ralliés du début de campagne et qui font parfois ressembler nos estrades à une reconstitution de ligue dissoute. Une petite musique s'instille qui évoque les jours heureux d'une UDF puissante tant au Parlement qu'au gouvernement. L'Elysée et l'UMP encouragent d'ailleurs cette perspective que la montée du Hollanchonisme, ce cartel à mon avis contre-nature qui se profile à gauche et fera perdre le PS, rend désormais possible. Certes, il faudrait que Nicolas Sarkozy et François Bayrou fassent chacun de gros efforts sur eux mêmes pour se rapprocher. Mais leur alliance politique aurait indubitablement de la gueule et leur attelage, avec un groupe parlementaire et des ministres de premier plan pour François Bayrou, remettrait les pendules politiques à l'heure à l'UMP, où l'on se dispute déjà l'ordre des places pour 2017. La déception sera probablement immense chez nombre des électeurs du MoDem mais François Bayrou, à 61 ans tout juste, aura 5 ans pour en trouver d'autres sans difficulté, chez ceux notamment que la droitisation de la droite exaspère et que rassureront son retour au bercail centriste à papa.

La tentation de l'Aventin Reste l'ultime solution, dont çà et là la presse se fait écho: le vote blanc. Dépité qu'on ne reconnaisse pas ses talents à leur juste mesure, François Bayrou, décrétant que, décidemment, il n'y a rien de bon à attendre ni d'un camp, ni de l'autre, promettrait à ses troupes une nouvelle et hasardeuse traversée du désert car, assènera-t-il alors, mieux vaut conserver intacte son indépendance en attendant des jours meilleurs. Cette tentation de l'Aventin est le pire piège dans lequel l'orgueil du Béarnais pourrait le faire tomber. Car après trois campagnes présidentielles ratées, la création d'un parti qu'il n'a pas voulu ou pas su laisser vivre, son indépendance se révèlerait en fait un isolement total. Non seulement parce que le MoDem exploserait aussitôt en chapelles qui rejoindraient qui la gauche, qui la droite, mais aussi parce qu'en dehors d'un fan club, que ce type d'homme public de qualité inspire toujours, plus jamais il ne retrouvera une confiance électorale de masse. On ne peut indéfiniment prétendre pouvoir gouverner avec tout le monde pour finalement ne vouloir gouverner avec personne. Cette mémoire de l'indécision politique le poursuivra et tarira forcément les rangs de ses partisans, ramenés à une secte. Et le plus grave surtout, c'est qu'en congelant ainsi l'espoir centriste dans un rêve solitaire, il en fasse pour très longtemps une impasse politique.

 
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