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07/05/2012

Aides toi, l'Europe t'aidera

La défaite de Nicolas Sarkozy en France, le énième revers électoral d'Angela Merkel aux élections régionales allemandes et la colère électorale grecque ont signé dimanche soir l'acte de décès du Merkozysme dont l'oeuvre majeure demeure le Traité de stabilité budgétaire que François Hollande a affirmé vouloir renégocier. Un mot dont on ne veut pas entendre parler à Berlin, où le nouveau Président fera sa première visite, mais qui pourrait être opportunément remplacé par le verbe compléter, puisqu'en définitive c'est bien çà qui manque dans ce Pacte budgétaire: que la rigueur que s'imposent chacun des Etats au plan national pour restaurer ses finances publiques soit complétée par une politique européenne de relance économique afin de tirer la croissance de tous. 

Grands travaux d'infrastructures Ce plan de relance existe déjà dans les tiroirs bruxellois et consiste à mobiliser les 1500 à 2000 milliards d'euros d'investissements publics et privés nécessaires pour financer les nouvelles infrastructures énergétiques, les lignes Internet à haut débit, les routes et les voies ferrées dont l'UE a besoin pour moderniser son marché intérieur. Dans le domaine électrique, il y a même urgence puisque la sortie brutale du nucléaire en Allemagne et la réorientation attendue de la politique énergétique française obligent à repenser tout le système de production et de distribution en Europe. Dans la mesure où les Etats membres n'ont pas les moyens d'apporter leurs garanties aux entreprises désireuses de s'engager dans ces grands travaux, l'idée serait de passer le relai à l'UE, qui a sa structure juridique propre et n'a aucune dette.

Lorsque François Hollande a évoqué ce projet, dans son face à face avec Nicolas Sarkozy, ce dernier, avec la mauvaise foi dont il est coutumier, a ironisé sur le mode "vous voulez ajouter de la dette à la dette". Evidemment, dit comme ça, la formule a fait mouche et la discussion était close. Sauf que les emprunts obligataires à fin d'investissement dans de grands travaux d'infrastructures ne visent pas à créer de la dette stérile mais de la valeur ajoutée. L'ex-Président de la République était pourtant bien placé pour la savoir: c'était toute la logique du Grand Emprunt qu'il a lui-même lancé fin 2009 en France.

Crédibiliser les emprunts L'idée n'est pas que la Commission décide depuis Bruxelles des chantiers à ouvrir mais d'aider l'entreprise en charge d'un projet d'infrastructure à crédibiliser les emprunts qu'elle doit lever pour le mettre en oeuvre auprès d'investisseurs privés de long terme (fonds de pension, compagnies d'assurances, fonds souverains...). La BEI garantiraient ou investiraient ainsi dans la dette subordonnée afin d'améliorer la notation des tranches obligataires les plus longues, les rendant ainsi plus attrayantes pour les investisseurs institutionnels. Le budget européen pourrait venir en renfort de cette opération de rehaussement de crédits, en étant naturellement intéressés aux bénéfices que ne manqueront pas de produire l'exploitation des infrastructures ainsi financées.

Les entreprises allemandes n'étant pas les dernières à pouvoir profiter de cette opportunité, d'autant qu'à la faveur des nouvelles règles prudentielles le crédit bancaire se raréfie aussi outre-Rhin, il n'est plus exclu que Berlin souscrive à ce projet connu sous le nom de "project bonds" et qui bénéficie déjà de nombreux soutiens à Bruxelles, en particulier au Parlement européen. Mais s'il veut convaincre Angela Merkel de se lancer dans cette direction, il faudra que François Hollande la rassure par deux préalables: qu'il s'engage résolument à travers la prochaine loi de finances rectificatives à réduire le déficit et l'endettement et qu'il souscrive simultanément à des réformes structurelles, en particulier son marché du travail. La croissance européenne n'est pas une alternative à la rigueur française, c'est son complément. 

08/03/2012

Quand Airbus tousse, c'est la taxe carbone qui s'enrhume

C'est un beau débat en perspective qui s'annonce et pourrait animer la campagne présidentielle: l'Union européenne est-elle en droit d'imposer une taxe carbone à tous les avions atterrissant ou décollant depuis son territoire? Apparemment non, aux yeux de la Chine qui vient de suspendre aujourd'hui la commande de 45 Airbus en guise de représailles. A vrai dire Pékin n'est pas seul à contester cette nouvelle règlementation européenne en vigueur depuis le 1er janvier. La Russie a ainsi déjà menacé de limiter le survol de la Sibérie par les avions européens. Au total, 29 pays - dont le Japon, le Brésil, l'Inde ou la Corée du Sud - ont signé, à Moscou, une déclaration réclamant le report ou l'annulation de la décision européenne.

La législation controversée découle des engagements pris en 2008 par l'UE de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020. Les compagnies aériennes doivent apporter leur écot à cette lutte contre le changement climatique en achetant l'équivalent de 15 % de leurs émissions annuelle de CO2 - soit 32 millions de tonnes. Jusqu'à présent, et malgré la bronca qui agite les milieux aéronautiques depuis des mois à cette perspective, l'UE demeurait ferme et sa commissaire au Climat, la danoise Connie Hedegaard rappelait encore récemment que si en avril 2013 les compagnies opérant sur le sol européen ne se sont pas acquittées de la taxe, elles pourraient se voir interdites de vol en Europe ou contraintes d'acquitter une amende de 100 euros par tonne de CO2.

Frein aux délocalisations La pression internationale est toutefois entrain de fissurer la détermination européenne: la taxe rapporterait dans les 260 millions d'euros par an alors que si la Chine annulait effectivement sa commande, ce serait près de 20 milliards d'euros de manque à gagner pour Airbus. Angela Merkel a ainsi d'ores et déjà demandé à la Commission de remettre le dossier à plat et on peut s'attendre à ce que Nicolas Sarkozy l'imite. Comme à son habitude. Une telle reculade porterait évidemment un coup fatal à la crédibilité politique de l'UE qui a fait de la lutte contre le changement climatique son cheval mondial de bataille. D'autant que l'UE envisage d'étendre cette taxe au transport maritime. Et c'est bien là le coeur du lobbying actif des multinationales sur les gouvernements européens: renchérir le coût du transport serait un frein aux délocalisations. C'est pourquoi, quoique l'on pense de ce combat environnemental, j'espère que les Européens tiendront bon.

05/03/2012

On a les amis qu'on peut!

Faut-il que Nicolas Sarkozy soit aux abois pour solliciter de ses collègues conservateurs au Conseil européen le boycott de François Hollande. Faut-il aussi que les tenants de la "méthode intergouvernementale" de gouvernance de l'Europe, qui sont souvent les mêmes, soient stupides de s'être embarqués dans cette voie pourtant sans issue pour leur thèse. Ils ont d'ailleurs du s'en rendre compte car les démentis pleuvent depuis ce matin. Car que signifie cet interventionnisme étranger dans l'élection présidentielle française sinon que l'Europe n'est pas une affaire de Nations mais une affaire politique. Ce que reprochent les leaders européens de droite à François Hollande, ce n'est pas d'être français, c'est d'être de gauche. Cela n'en donne que plus de légitimité à ceux qui, comme moi, militent pour qu'on en finisse avec l'Europe du Congrès de Vienne incarnée par Merkozy pour passer à l'Europe politique, organisée pour et par les Européens autour d'Institutions communes, et non plus paralysée par un cénacle impotent de chefs d'Etat et de gouvernement. lesquels au demeurant n'ont pas attendu cette petite mesquinerie présidentielle pour boycotter depuis des mois l'intérêt commun européen. 

 
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