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20/02/2012

Quand le Borloo est tiré, il faut le boire jusqu'à la lie

Il n'aura pas fallu longtemps pour que se fissure la légende dorée de Petit Père du Peuple qu'était entrain de se forger Nicolas Sarkozy depuis sa déclaration de candidature. Sans doute par souci de porter le fer contre les corps intermédiaires incarnés pour l'occasion par le conseil d'administration de Veolia Environnement auquel l'Etat est entrain de forcer la main, Nicolas Sarkozy viendrait ainsi de décider de la nomination à la tête du plus gros employeur privé de France de Jean-Louis Borloo, dont la réputation n'est plus à faire en matière d'eau et de propreté. Mieux encore, ce recasage de luxe, non seulement permet au Président irréprochable de récompenser son ex-futur Premier ministre pour s'être retiré pitoyablement de la compétition électorale, mais lui sert en outre à dédommager son grand pote, Henri Proglio, le PDG d'EDF.

Ce dernier avait en effet prêté son concours à une récente opération socio-médiatique de style Lejaby, en l'occurrence le rachat par l'électricien semi-public de Photowatt, une entreprise iséroise de panneaux solaires au bord du dépôt de bilan. On cherchera en vain la logique industrielle dans ce tour de passe-passe puisque la politique du tout nucléaire d'EDF est justement à l'origine des déboires de la filière photo-voltaïque française. La seule logique qui guide M. Proglio était d'obtenir en échange de ce service rendu à la campagne électorale sarkozyste la peau du PDG actuel de Veolia Environnement, Antoine Frérot. Il s'agit de son ancien dauphin à l'époque où lui-même présidait le numéro un mondial de la distribution de l'eau et de la gestion des déchets mais dont il dit désormais pique de pendre pour d'obscures divergences de vue stratégique. M. Proglio ne s'est en fait jamais remis de ne pouvoir cumuler les présidences d'EDF et de Veolia, encore qu'il se soit surtout battu pour conserver une double rémunération. Il est vrai qu'Henri Proglio est l'homme des double casquettes, à la fois intime de Nicolas Sarkozy, dont il a été le convive au Fouquet's en 2007, et de Jean-Noël Guérini, le sulfureux président du conseil général des Bouches du Rhône, que la mise en examen pour corruption et divers délits du même acabit dans les marchés publics devrait pourtant inquiéter.

Bref, si nous avions un référendum sur le fait de savoir s'il est bien normal qu'à 2 mois des élections, un Président de la République nomme un affidé politique pour rendre service à un autre affidé, je ne doute guère de la réponse. Heureusement que ce soir tant l'Elysée que Borloo et EDF démentent de fond en comble cette affaire révélée ce matin par Les Echos et Libération. Ce sera donc par le plus grand des hasards, et nullement en raison de ces fuites impromptues, que Jean-Louis Borloo ne sera pas nommé président non exécutif de Veolia Environnement le 29 février prochain. Ce ne sera en revanche pas par hasard si, en cas décidément souhaitable d'alternance politique, M. Proglio est viré de la présidence d'EDF.

20/05/2011

Atomkraft, nein danke. Die Rückkehr!

Le 15 mars dernier, sur ce blog, j'écrivais: "Sur le plan technique, et sous réserve des tests de résistance décidés aujourd'hui par l'UE, il est absurde de comparer le risque sismique au Japon et en Europe, à l'exception notable de la Grèce, de la Bulgarie et de l'Italie, et, au vu de ce qu'ont subi les enceintes de confinement de Fukushima avant de se fissurer j'ai même de grands doutes sur le danger que représenterait le lâcher terroriste d'un avion sur une centrale nucléaire et ses emballages successifs de bétons et d'acier, et a fortiori un simple attentat kamikaze, menaces souvent évoqués par les Grands Inquisiteurs de l'atome". Autant dire que le ton du post en démentait ironiquement l'intitulé, "Atomkraft, nein danke", en référence au célèbre slogan des Grünen. En clair, je suis un partisan de l'atome.

Les tests de résistance décidés par l'ensemble des Etats membres de l'UE devaient effectivement vérifier si les centrales nucléaires pouvaient résister à des actes terroristes, des crashs d'avion, et même à  des cyber-attaques. Rien que de logique au regard de l'émotion suscitée par la catastrophe de Fukushima. C'était une chance unique de démontrer la sûreté de ce type d'installation sur le sol européen. Mais c'était sans compter sur l'influence du lobby nucléaire et policier qui a convaincu Eric Besson de refuser, non pas ce type de tests a priori, mais la divulgation de leurs résultats au public. Une position vigoureusement combattue par le commissaire européen à l'Energie, Günther Oettinger, que Paris accuse bien sûr "d'instrumentalisation politique". Il est vrai que son pays d'origine, l'Allemagne, ainsi que la Belgique, ont pour leur part choisi d'inclure ces critères de risque dans les tests de résistance et pressent Bruxelles de faire pression. La Commission n'a toutefois qu'un pouvoir limité dans ce domaine car les Vingt Sept ont pris soin de confier à leur propre autorité de sûreté nucléaire le soin de mener à bien les tests.

Risque terroriste La position française est contre-productive et pour tout dire stupide. Elle est contre-productive car elle sème le trouble. Je considère que les écologistes manquent de jugeote ou font preuve de mauvaise foi dans leur croisade anti-nucléaire, en oubliant ou en masquant les conséquences socio-économiques d'une sortie accélérée du nucléaire. Inversement je manquerais moi-même d'intelligence et de bonne foi, comme tous les partisans du nucléaire, si je ne pouvais affirmer avec autant de certitude que possible qu'il s'agit d'une énergie sûre. En cachant à l'opinion le risque terroriste, le gouvernement français fait ainsi douter jusqu'aux pro-nucléaires. Eric Besson, qui est malin, sait d'ailleurs lui-même qu'il défend une position stupide: les centrales allemandes et belges, qui vont donc se plier à l'exercice, sont bâties sur des modèles similaires aux nôtres et fonctionnement pareillement. Autant dire que si le test est positif et que le risque terroriste s'avère une menace réelle pour la sûreté nucléaire outre Rhin ou outre-Quièvrain, Paris aura bien du mal à nier l'exposition au danger de nos propres centrales. A moins que ce soit comme pour le nuage de Tchernobyl, le risque terroriste s'arrêtera aux frontières...

20/04/2011

La bougie est un produit d'avenir

La libéralisation du marché de l'électricité n'est sûrement pas la meilleure initiative européenne de ces dernières années. La France, époque Jospin, s'y était pourtant ralliée en 2002, mais depuis l'ouverture officielle du marché de la fourniture d'électricité, en 2007, 5% seulement des clients d'EDF sont passés à la concurrence. Normal: aucun des compétiteurs de l'opérateur historique (Poweo, Direct Energie) n'ont les moyens de produire eux mêmes et doivent se fournir chez EDF pour revendre. Leur marge est d'ailleurs si faible que les deux compagnies vont se marier pour éviter la faillite. GDF Suez a pour sa part les reins assez solides pour investir mais n'a toujours pas reçu d'autorisation de construire de centrales nucléaires - le sésame de l'énergie bon marché -, et Fukushima étant passée par là, ne l'aura sans doute jamais.

Cette situation de quasi non concurrence va perdurer grâce ou à cause, selon les points de vue, à la décision annoncée par le gouvernement de fixer à 40 euros au 1er juillet puis 42 au 1er janvier 2012 le mégawattheure (MWh) le prix de l'énergie nucléaire, dont EDF doit céder par la loi dite NOME (Nouvelle organisation du marché de l'électricité) un quart de sa production à ses concurrents. Ces derniers avaient fait leur calcul: il fallait que ce prix soit aux alentours de 35 euros (ce qu'ils payent aujourd'hui et estiment déjà trop élevé) pour maintenir un semblant de rentabilité. Il est probable que se sentant grugés, les électriciens alternatifs vont aller se plaindre à Bruxelles. C'est déjà sous leur pression que la Commission avait engagé une procédure contre la France en 2008 qui avait, certes, ouvert son marché à la date convenue mais sans la fameuse loi NOME, indispensable au bon fonctionnement contractuel du marché et qui n'a été adoptée qu'en décembre dernier, et encore, sans les prix s'y afférent, rendus seulement publics hier après des mois de négociations de coulisse.

Brute sarkozyste Je n'ai aucune sympathie pour leur combat, leur objectif n'étant pas de fournir au client lambda de l'électricité moins chère, au nom de la concurrence, mais simplement de gonfler leurs marges. Les chiffres évoqués plus hauts ne sont en effet que les prix de gros. La consommation moyenne d'un ménage est d'environ 10 MWh par an. Le prix moyen de détail du MWh en France est de 114,3 euros. En Belgique, où je suis client de GDF-Suez, qui exploite 7 centrales nucléaires, il est de 176,3 euros. Je vous laisse faire le calcul pour apprécier la bonne foi de Gérard Mestrallet, le PDG de GDF-Suez, lorsqu'il ose prétendre ce matin dans la presse que le gouvernement favorise EDF au détriment des consommateurs. L'objectif de Mestrallet, tout comme d'ailleurs de Charles Beigbeder, PDG de Poweo, et de Xavier Caïtucoli, PDG de Direct Energie, est de s'en foutre plein les fouilles, et aucunement de faire baisser le prix de notre facture. Je ne doute cependant pas qu'ils trouveront l'oreille complaisante de quelque benêt de la direction générale de la Concurrence de la Commission pour enregistrer leurs complainte d'arnaqueurs arnaqués.

Je n'ai aucune sympathie non plus pour cette brute sarkozyste d'Henri Proglio, le PDG d'EDF. Le Canard Enchaine a récemment publié, sur base d'écoutes de police, les dialogues hallucinants de mafieux corse que cet ancien PDG de Veolia (lequel, sans vergogne d'ailleurs, avait cumulé les deux énormes salaires pendant plusieurs mois) entretient avec son ami et client, le désormais célèbre Jean-Noël Guerini, le président PS du Conseil général des Bouches du Rhône, dont le frère Alexandre, est en prison pour abus de biens sociaux, détournement de fonds et de biens publics, recel, corruption active et j'en passe. Reste qu'au delà du cas Proglio, EDF a de bons et mauvais arguments à faire valoir et que le gouvernement a bien du les prendre en compte.

Univers post-Fukushima D'abord, comme je l'ai indiqué, même à bientôt 42 euros le prix de gros de l'électricité, EDF offre l'énergie la moins chère d'Europe, à l'exception de la Bulgarie. De surcroit, le prix au particulier, grâce au tarif règlementé, a été artificiellement gelé pendant quasiment 15 ans tout au long des années 90 et dans la première moitié des années 2000. Ensuite les coûts de fonctionnement d'EDF ont explosé: pour acheter la paix sociale, M. Proglio, depuis son arrivée à la tête de l'entreprise en 2009, a augmenté les salaires des agents d'EDF de 8% en moyenne, lesquels, y compris les retraités du secteur, soit tout de même 300 000 foyers, ne payent, selon les catégories, que 5 à 10% de leur facture grâce à un tarif maison préférentiel, du reste remis en cause pour monter progressivement à 20%. Enfin et surtout, EDF doit faire face à de considérables investissements pour des équipements extrêmement coûteux et la hausse annoncée du prix de gros n'y suffira déjà pas. Ainsi le nouveau réacteur EPR de Flamanville, le nec plus ultra en matière de sécurité nucléaire, produira de l'électricité à 60 euros le MWh....

Je ne parle ici que du monde réel d'aujourd'hui, pas de l'univers post-Fukushima que les adorateurs du soleil vont sans doute tenter et parvenir à nous imposer dans les années qui viennent. Pour information, le MWh produit par éolienne tourne aux alentour de 85 euros, prix de gros, et de 150 euros pour le photovoltaïque. Quelque soit notre avenir énergétique, il faut donc s'attendre à de considérables augmentations de tarif et il faudra sans doute renouer avec les plaisirs simples de nos ancêtres, comme la veillée au coin du feu ou la lecture à la bougie.

 
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