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01/12/2011

Sarkozy laisse l'Europe en rade à Toulon

On nous promettait un discours sur l'Europe, Nicolas Sarkozy à Toulon a surtout commémoré aujourd'hui l'amitié franco-allemande, ce qui ne fait pas de mal par ces temps d'anti-germanisme montebourgeois, mais ne fait pas non plus une politique européenne. Limiter la crise de l'Eurozone à un problème de bonne entente entre la France et l'Allemagne est même le plus sûr moyen de braquer tous nos autres partenaires. Les idées françaises ont pourtant beaucoup de soutien en Europe - le Parlement européen a plaidé aujourd'hui même pour la création d'un Trésor public adossé à la BCE pour émettre des euro-obligations - mais ce soutien à un prix: que la France entre le jeu communautaire. 

Ce n'est pas l'alignement sur les positions monétaristes de la droite allemande, pas plus que l'affrontement qui permettra de vaincre les réticences de Berlin, mais l'encerclement politique de la majorité CDU/FDP. Plutôt que de s'accrocher à Angela Merkel, économiquement forte, mais politiquement faible, Nicolas Sarkozy serait mieux inspiré de la contourner en cherchant le concours de ses voisins et partenaires Italien, Belge, Luxembourgeois, qui sont favorables depuis des mois aux euro-obligations. Même des pays jusqu'alors scotchés aux positions allemandes, comme la Finlande ou l'Autriche, commencent à renâcler en souhaitant une intervention de la BCE.

Président aux triples abois Mais si Nicolas Sarkozy, dont le discours a été écrit par Henri Guaino, s'est refusé à cette main tendue vers ses alliés naturels pour privilégier ce vain tête-à-tête avec la Chancelière, c'est qu'il ne cherche pas d'alliés, mais des vassaux. Héritier du gaullo-souverainisme, le Président de la République préfère parler d'égal à égal avec l'Allemagne plutôt que de s'engager vers un partage de souveraineté, ce qui exige des transferts de compétences à des autorités communes qu'il méprise, à l'instar de la Commission. Sauf qu'il n'y a aucune égalité dans ce dialogue de sourd entre Paris et Berlin, que sépare un fossé obligataire de plus en plus béant. Berlin où le SPD et les Grünen contestent la politique européenne de Merkel et qui auraient beaucoup plus de prise sur la majorité CDU/FDP elle-même divisée, si Nicolas Sarkozy sortait de son rôle pathétique de Président aux triples abois pour endosser les habits de leader européen, emmenant derrière lui la foule des mécontents de la Chancelière.

05/11/2011

Europe Ecologie rend verte de rage Catherine Trautmann

La crise de l’euro ferait presque oublier que d’autres drames humains se jouent en Europe. Ainsi en est-il de la succession de Martin Schulz à la présidence du groupe Socialiste&Démocrate (S&D) au Parlement européen. Le Perchoir du Parlement européen est en effet promis à ce dernier en janvier prochain, en remplacement du conservateur polonais Jerzy Buzek, au terme d’un accord conclu dès 2009 en début de législature entre S&D et Parti populaire européen (PPE), et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’eurodéputé allemand SPD, qui a assis sa réputation sur une mémorable passe d’armes avec Silvio Berlusconi en juillet 2003, laisse un groupe socialiste en perdition idéologique : 3 des 5 pays touchés de plein fouet par la crise ont ou avaient des gouvernements socialistes (Grèce, Espagne, Portugal), contraignant le Pasok et le PSOE à mettre en œuvre des politiques d’austérité qui décontenance l’électorat traditionnel de gauche alors que les sociaux-démocrates ne sont déjà au pouvoir que dans 3 autres des Dix Sept Etats de l’Eurozone, et encore en coalition avec des libéraux ou/et conservateurs (Belgique, Finlande, Autriche). Mais les perspectives de victoire électorale prochaine en France puis en Allemagne, et peut être en Italie, les poids lourds de l’Eurozone, aiguise les appétits.

Coup de poignard Candidate depuis quasiment sa réélection en juin 2009 et sa désignation comme chef de la délégation socialiste française (DSF) au sein S&D, Catherine Trautmann mène une campagne active pour arracher la présidence du groupe. Tâche ardue car les socialistes français n’ont pas la fibre social-démocrate dominante de leurs homologues allemands ou scandinaves et se distinguent souvent dans les votes par une ligne plus à gauche, refusant le compromis politique S&D/PPE d’usage dans la maison. Ils ont longtemps pu entrainer dans leur indiscipline leurs camarades plus socialo-compatibles, grecs, espagnols ou portugais, mais ces derniers, échaudés par leur actualité domestique, hésitent de plus en plus à se distendre du SPD et de l’Allemagne en général. Autre handicap : sa nationalité. Joseph Daul préside déjà le PPE, Daniel Cohn-Bendit, les Verts ; une troisième française à la tête d’un groupe serait une entorse à la règle non écrite sur la diversité et les équilibres nationaux dans les Institutions de l’UE. Malgré ce terrain mouvant, l’ex-maire de Strasbourg pensait avoir marqué des points ces derniers mois à force de négociations plus ou moins discrètes sur les futures répartitions de postes par délégation nationale au sein du groupe et des commissions parlementaires ainsi que par des rencontres au plus haut niveau entre PS et SPD. Selon son entourage, ses chances étaient amplifiées par la faiblesse politique de ses concurrents. Faiblesse réelle pour le terne Stephen Hughes, un old-New Labour qui ne s’est guère fait remarquer dans l’hémicycle malgré 27 ans de mandat assidu à Strasbourg ! Faiblesse apparente pour l’Autrichien Hannes Swoboda, certes à la tête d’une minuscule délégation de seulement 4 députés, mais qui s’est forgé le rôle à la fois de sherpa et de sicaire de Martin Schulz, lequel l’a d’ailleurs désigné comme dauphin et qui fait figure aujourd’hui de favori.

Mais le coup de poignard probablement fatal aux ambitions de Catherine Trautmann va sans doute venir de son propre camp. Ex-rocardienne bon teint, l’Alsacienne n’en a pas moins choisi Martine Aubry pour la primaire socialiste, en souvenir du bon temps du gouvernement Jospin où elle siégeait prés de l’actuelle Premier secrétaire comme ministre de la Culture. Un engagement qui s’est traduit par un suivisme frisant parfois le ridicule avec le groupe d’Europe Ecologie - les Verts. Les deux délégations, pesant chacune 14 députés, s’entendent d’ailleurs si bien qu’elles ont persuadé leurs Etats-Majors parisiens de refuser l’arrangement concocté en novembre 2010 par l’Elysée pour transformer deux députés nationaux en députés européens en vertu des nouvelles dispositions du Traité de Lisbonne qui confèrent deux sièges supplémentaires à la France. Plutôt que ce transfert de Paris à Strasbourg, Socialistes et Ecologistes – et MoDem - exigeaient des élections partielles, comme cela a été le cas dans les autres pays bénéficiant aussi d’un accroissement de leur nombre d’eurodéputés. Ces derniers attendent d’ailleurs depuis un an l’issue de ce psychodrame franco-français méconnu pour enfin siéger au Parlement européen. « Avec ce mode délection, ces deux nouveaux eurodéputés nauraient pas la même légitimité démocratique», soulignait à l’époque Sandrine Bélier, une eurodéputée proche d’Eva Joly. Une remarque qui fera plaisir à son collègue Yves Cochet, élu de Paris, et qui devrait bientôt venir la rejoindre sur les bancs du groupe des Verts européens grâce à un arrangement en phase finale de négociation à l’Assemblée nationale entre le PS, EELV et l’UMP.

Rabattre son caquet Le revirement de son parti rend Catherine Trautmann verte de rage, et pas seulement parce que les Verts français au Parlement européen vont, grâce à cette manœuvre, compter un élu de plus que la DSF. Elle a en effet été mise devant le fait accompli, considérée comme quantité négligeable par son propre parti au moment ultime de la conquête de la présidence du groupe S&D. Le pire pour elle et de sa stratégie du pot de colle avec les Verts à Strasbourg, c’est que ce député supplémentaire n’est pas même un cadeau que ferait le PS à EELV mais traduit au contraire une tension dans les rapports à Paris entre les deux alliés depuis la victoire de François Hollande aux primaires. Fini les mimines et les promesses de circonscriptions éligibles  à tire larigot en vigueur sous Aubry : le favori de la présidentielle entend ramener ses encombrants partenaires à ce qu’ils pèsent électoralement, c’est à dire pas grand chose au vu des sondages pour Mme Joly. Cécile Duflot, qui veut la certitude d’être élue brigue la XIème circonscription de Paris, celle d’Yves Cochet, ce qui ne ravit pas le PS parisien, sinon la rue de Solférino… La secrétaire générale d’ELVV a du rabattre son caquet pour opérer ce parachutage en zone déjà conquise. L’affaire devrait être conclue d'ici le 19 novembre. C’est comme çà que Mme Trautmann pourrait retrouver son ex-collègue ministérielle de la gauche plurielle et que lui même aura l’immense joie de côtoyer à Strasbourg jusqu’en 2014 sa copine Eva Joly - sauf si elle emporte la présidentielle bien sûr -, dont il disait pis que pendre lors de la primaire d’ELVV et contre laquelle il s’est d’abord opposé avant de lui propulser vainement Nicolas Hulot dans les pattes.

15/09/2011

Hors du centre, point de salut pour le PS

J'ai maintes fois ici parlé des euro-obligations, lesquelles d'ailleurs prennent tournure depuis le ralliement officiel de Paris et Berlin au concept et l'annonce par la Commission européenne de prochaines propositions. Mais il fallait la plume pédagogique d'un François Bayrou, dans son dernier livre "2012. Etat d'urgence" pour en expliquer la portée et le sens avec une image qui me semble des plus justes. 

"Quand les agriculteurs fondent une coopérative agricole", écrit-il page 109, "ils le font non seulement pour s'entraider, mais pour créer un nouvel acteur au service de leur travail. Une coopérative ce n'est pas seulement un pacte de solidarité: c'est une entreprise qui a sa personnalité juridique, qui peut prendre des risques et assumer sa part d'initiative. Quand l'un des coopérateurs rencontre des difficultés, on ne demande pas aux autres coopérateurs de s'endetter pour l'aider. C'est la coopérative qui lui fait des facilités de paiement, qui lui ménage un découvert, qui s'entremet directement auprès de la banque. Il était du devoir de l'Union européenne, ou de la zone euro, d'assumer cette responsabilité", affirme le leader du Mouvement Démocrate en réitérant son soutien déjà ancien aux euro-obligations. 

Guerre des roses François Bayrou s'exprimera ce week-end à l'Université de rentrée du MoDem, sur la presqu'île de Giens (Var). Un rendez vous qui prendra bien sûr un relief particulier à quelques mois de l'élection présidentielle pour laquelle il sera naturellement en lice. Son livre est un plaidoyer argumenté en faveur d'une double priorité: regagner en compétitivité pour relocaliser l'activité industrielle en France et miser tout l'effort public sur l'éducation et la formation, clef pour l'emploi des jeunes et des chômeurs. Avec un impératif, qui crédibilise son discours depuis la campagne de 2007 et plus encore aujourd'hui: restaurer nos finances publiques par des baisses drastiques des dépenses publiques et des charges sociales et une augmentation de l'impôt sur le revenu et de la TVA. 

Comment y parvenir? Le discours de la méthode demeure le même: l'union nationale avec une majorité centrale. C'est là que je fais le lien avec la guerre des roses au sommet du PS car un seul marqueur départagera au final les protagonistes de la primaire au delà du jeu de rôle que chacun jouera jusqu'au 9 et 16 octobre. Celui qui préfèrera gouverner avec le MoDem plutôt qu'avec le Front de gauche sera forcément le vainqueur. Bien sûr ce n'est pas sous cette forme que s'exprimera le choix au sein du PS mais le choix de l'électorat centriste au second tour de la présidentielle, indispensable à toute victoire, s'exprimera en revanche sous cette forme. 

 
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