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20/10/2010

Eloge du social-traitrisme

C'était le 23 mars 1979. J'étais un étudiant glandeur de 19 ans, fils de bourgeois sans souci d'argent de poche et naturellement très gauchiste. Une gigantesque manifestation ouvrière envahissait Paris pour protester contre le plan européen de restructuration de l'industrie sidérurgique. Une formidable opportunité pour quelques centaines d'autonomes en quête de sensations fortes. C'est ainsi qu'à moi seul, (il y a prescription, je peux le confesser), j'ai anéanti un Wimpy (l'ancêtre des MacDonald en France) sur le boulevard Bonne Nouvelle, armé d'un morceau de ces grilles circulaires qui enserrent les platanes urbains, explosant les vitrines, détruisant les cuisines, ravageant les tables et chaises. J'étais dans un tel état d'excitation malsaine que si quelqu'un s'était trouvé sur les lieux pour s'opposer à ma fureur destructrice, le pire aurait pu survenir. Le pire est du reste survenu pour le gérant et les employés de l'établissement qui n'a jamais rouvert...Echappant aux CRS, qui ne savaient plus où donner de la tête, et au service d'ordre de la CGT, furieux de se faire déborder par cette nuée de petits et grands cons,  j'ai poursuivi mes exploits à la gare de l'Est en balançant des pierres du ballast sur des policiers en patrouille avant de reprendre tranquillement mon train de banlieue, vers Le Raincy, le "Neuilly de l'Est parisien", où vivaient à l'époque quelques grandes fortunes, dont les Darty, fondateurs des magasins éponymes et toujours gouverné à droite en la personne du très sarkozyste Eric Raoult.

La  guérilla urbaine, c'est bien, la Révolution c'est mieux. Le hasard des rencontres féminines à La Sorbonne m'a orienté vers l'Organisation communiste internationaliste, cette mystérieuse OCI, branche dite "lambertiste" de la IVème internationale trotskyste,  dont avait fait partie quelques années plus tôt Lionel Jospin, mais qui comptait encore dans ses rangs nombre de futures gloires socialistes, comme Jean-Christophe Cambadélis, aujourd'hui strauss-kahnien bon teint. J'étais jeune et ça m'a  quand même pris un an pour me rendre compte que le militantisme, surtout mâtiné de sectarisme paranoïaque n'était pas mon truc et ma dernière participation comme trotskyste à une manifestation fut celle du 9 mai 1981, place de la Bastille pour fêter la victoire de François Mitterrand. Le gentil François Mitterrand qui promettait aux sidérurgistes qu'il allait rouvrir leurs usines fermées par le méchant Giscard. Il n'en fit rien et sous son premier septennat, il ferma même davantage d'usines encore. Bien sûr, la "parenthèse de la rigueur" s'éternisant, j'étais déstabilisé et mes principes avec, mais, comme la cohabitation à partir des législatives perdues de 1986 permit de détester le méchant Chirac, j'ai revoté pour le gentil Mitterrand en 1988, ouvrant la voie à la Berlusconisation de la vie politique française (c'est au Cavaliere encore homme d'affaires que l'Elysée confia la 5ème chaine de télévision), dont la figure emblématique fut l'honnête Bernard Tapie. Avec la complicité active de ce bon Laurent Fabius, Bernard Tapie fut celui qui sabota la campagne européenne de Michel Rocard en 1994. La route du social-traitrisme était barrée pour les présidentielles de 1995, et à la place on a eu droit à 12 ans d'impuissance chiraquienne.

Mère tape dur Beau bilan politique national mais aussi personnel puisque malgré ce que je voyais de Bruxelles où je m'étais installé en 1990, je n'en persistais pas moins à placer mes espoirs dans ce PS de plus en plus à dérive, dont je devins même militant. A Bruxelles, une section du PS, c'est un peu le comité d'entreprise du Parlement européen et comme à l'époque j'étais encore journaliste, c'était d'un intérêt incertain. Puis vint la "mère tape dur", je veux bien sûr parler de Martine Aubry, ministre du Travail Oh certes, elle ne tapait pas dur sur tout le monde, la brave fille de notre icône européenne nationale, Jacques Delors, que j'ai tant admiré comme Président de la Commission et tant méprisé la lâcheté politique comme candidat putatif à l'élection présidentielle. Elle avait ses têtes. "Toi, qui est fonctionnaire, toi qui travaille dans une grande entreprise, tu auras droit aux 35h avec RTT car tu le vaux bien; toi, tu travailles en PME, je suis bien bonne de te donner tes 35h mais pas tes RTT et que ton patron se débrouille; toi tu n'es qu'une merde de travailleur précaire, qui ne rentre pas dans mes cases bureaucratiques et mes schémas de pensée, alors va crever en silence".

Modeste "merde", multi-pigiste précaire depuis que l'agence de presse qui m'avait envoyée à Bruxelles avait été emportée par la récession de 1993, je me suis bêtement  senti visé. J'ai dit ce qu'en pensais aux "camarades" de section: "Il y en a marre de ce PS figé dans un monde qui n'existe plus, celui de grandes entreprises où on rentrait à 20 ans pour en sortir à 60 ou d'administrations publiques pléthoriques où la simple présence est considérée comme un travail. Je me fais chier 6 jours sur 7, et parfois 7 sur 7, 50 à 60 heures par semaines. Nous commençons à être des centaines de milliers à galérer comme çà. Et vous, tout ce que trouvez à faire pour dépenser de l'argent que l'Etat n'a pas, c'est de donner un nouveau cadeau à du personnel déjà surprotégés en me laissant dans ma merde! Allez-vous faire foutre." Je n'ai plus jamais voté socialiste, ma voix se portant en 2002 sur François Bayrou, le seul qui ai parlé d'Europe pendant cette campagne présidentielle absurde où s'affrontait le manichéisme le plus obtus entre un RPR ultra-sécuritaire et un PS où la course à l'échalote crypto-marxiste tenait lieu de Saint Gral.

Nouvelle génération de naïfs Aujourd'hui, tout va bien pour moi, merci. A force de travail, je me suis sorti de ma merde tout seul (toujours certain néanmoins d'un filet de sécurité parental que je n'ai pas eu la honte d'avoir à utilisé). Mais je suis dégoûté de voir aujourd'hui que rien ne change au PS, désormais aux mains de cette nullité intellectuelle que sera toujours Martine Aubry, flanquée de cette petite frappe gauchiste de Benoît Hamon, sous les fourches caudines de l'infâme Laurent Fabius, l'homme qui a torpillé l'Europe lors du référendum de 2005, et entourée d'une veule camarilla d'apparatchiks velléitaires accrochés à leurs prébendes municipales et régionales. Bien sûr il existe François Hollande, Manuel Valls, Pierre Moscovici, voire d'autres. Cependant leur lucidité politique ne convaincront  qu'une nouvelle génération de naïfs, mais aucun anciens électeurs blasés, tant qu'ils admettront et laisseront croire que c'est ce méchant con de Mélanchon et cette baudruche de Besancenot qui définissent la ligne socialiste. La preuve: ces derniers insultent DSK à longueur de journée, sans que jamais le PS ne proteste, quand ce n'est pas le porte-parole qui s'affiche à la même tribune.

Tout çà ne serait pas grave, si je ne voyais tous ces jeunes défiler ou casser, commettant comme moi les mêmes erreurs de croire à leur fadaise alors qu'il n'y aura pas plus de retour à la retraite à 60 ans en 2012 qu'il n'y a eu de réouverture d'usines sidérurgistes en 1981. Nul doute que pour compenser, le PS fera une belle loi pour permettre aux personnels des grandes entreprises de bénéficier d'un fond de pension, payés par leur employeur (lequel fera marner un peu plus les PME sous-traitantes pour financer ce nouvel avantage acquis), les fonctionnaires disposant déjà du leur avec la Préfon retraite, bien connue des auditeurs radiophoniques. La réforme des retraites est certes dure à avaler et se dire qu'elle est plutôt plus douce que celle en vigueur chez nos voisins n'est qu'une piètre consolation. Mais promettre que l'on va taxer le capital, pour financer les retraites est une atteinte impardonnable à l'intelligence. Il est évident qu'il faut taxer le capital, poursuivre les exilés fiscaux partout où ils se trouvent et que le fisc doit saisir leurs biens en France et les déchoir de leur nationalité s'ils tentent d'y échapper ainsi que le préconise si justement François Hollande. Mais cet argent devra d'abord aller vers l'éducation, l'université, la recherche, les infrastructures, pas pour payer des retraites! Je n'ai d'ailleurs aucun doute que ces mêmes jeunes, devenus adultes, manifesteraient dans 10 ans contre la hausse des cotisations  qui leur pendrait au nez si on suivait le PS. Et j'espère bien qu'alors, l'un deux ravagerait à lui seul les locaux de la rue de Solférino!

 

03/10/2010

La vie publique pas si fantomatique que ça de François Bayrou

Les chances pour François Bayrou, sinon sa capacité, de réunifier en 2012 toutes les composantes françaises du centrisme - et leurs électeurs - restent hypothétiques. Mais du moins aura-t-il apporté sa pierre ce vendredi à la recomposition de la vie politique italienne en rassemblant à une même tribune Francesco Rutelli, Gianfranco Fini et Pier Ferdinando Casini, en rupture de ban avec la gauche pour le premier, avec leur allié Silvio Berlusconi, pour les deux autres, tous trois étant désormais tentés par l'aventure d'un centre indépendant. Venus observer l'évènement, Piero Fassino, cheville ouvrière du Partito democratico, et Franco Frattini, homme lige du Cavaliere et son ministre des Affaires étrangères, contribuèrent par leur présence à donner crédit à cet aggiornamento qui agite la Péninsule depuis plusieurs mois.

 

Stature internationale Parrainer ce miracle à l'italienne, malgré toute l'amitié qu'il voue à son ami Rutelli, l'ancien maire de Rome, n'était néanmoins pas la principale raison du déplacement de François Bayrou dans la Ville Eternelle. Il s'agissait bien davantage de récolter les fruits d'un investissement politique et diplomatique discret et de longue haleine, depuis sa rupture avec l'UMP et le Parti Populaire Européen (PPE) en 2004 et la fondation du Parti Démocrate Européen (PDE), dont il est co-président et Marielle de Sarnez, secrétaire générale. Parti européen de dimension encore modeste avec une dizaine de partis centristes issus d'autant d'Etats membres de l'UE, le PDE ne s'en insère pas moins dans un réseau international, l'Alliance des Démocrates, qui organisait donc ce vendredi à Rome une conférence de haut niveau sur le thème « Sécurité, Développement, Démocratie », ouverte en visioconférence par le Premier ministre nippon, Naoto Kan, président du Parti Démocrate du Japon, et conclu par François Bayrou, président du Mouvement Démocrate en France, qui va conforter cette stature internationale par une série de visites, dont la première programmée justement au Japon et en Corée du Sud du 7 au 16 octobre.

 

Le déroulé cohérent des débats, les témoignages parfois poignants et toujours passionnants venus des Cinq Continents, dessinèrent un tableau contrasté de l'état du monde au regard du principe premier que défendaient tous les participants: le respect des droits de l'homme, de l'Etat de droit, de  la démocratie. L'intérêt de cette conférence était de ne pas tomber dans l'angélisme pleurnichard mais d'illustrer le lent cheminement qui doit conduire patiemment à l'édification d'un système universel de valeurs démocratiques, tant il est vrai que « la démocratie est un projet pour toute l'humanité » a rappelé François Bayrou dans son discours final. Massoud Barzani, le Président du gouvernement kurde de la République fédérale d'Irak, se fera parmi d'autres à la tribune le porte-voix de cette certitude : « J'entends souvent dire qu'il n'y a pas de valeurs humaines universelles mais des séparations culturelles inconciliables. Ce n'est pas vrai. L'immense majorité des habitants du monde partagent les mêmes valeurs et refusent de persécuter ou de voir leurs familles persécutées pour des questions d'origine ethnique, de religion ou d'opinion ».  

 

Démocratie de nécessité Au commencement est la « démocratie de nécessité », selon l'expression de François Bayrou, celle qui permet tout simplement de vivre et de protéger les siens en renonçant à la violence. C'est l'expérience portée par Luka Biong Deng, un ministre du Mouvement Populaire de Libération du Soudan, les ex-rebelles du Sud du pays qui ont accepté de déposer les armes à Khartoum, après des années de guerre civile particulièrement meurtrière et dans l'attente d'un référendum d'autodétermination en 2011, dont l'issue sécessionniste ne fait guère de doute, beaucoup moins son acceptation par Omar El Béchir, le dictateur islamiste soudanais, toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt devant la Cour internationale de Justice pour crime contre l'humanité. Expérience partagée par Sam Rainsy venu lui aussi raconter sa tentative de compromis électoral avec le pouvoir dictatorial en place à Phnom Penh mais contraint aujourd'hui à l'exil après avoir écopé de 10 ans de prison pour un motif imaginaire et alors que les meurtres des militants de son mouvement se multiplient à l'initiative des ex-communistes devenus affairistes du Parti populaire cambodgien au pouvoir. Tous les deux ont appelé au soutien de la communauté internationale.

 

Ce soutien, l'Afghanistan en a profité pour chasser les Talibans et passer à la seconde phase de la démocratie, la « démocratie de liberté » dont parle toujours François Bayrou, qui voit la mise en place d'un embryon d'Etat de droit. Certes, comme l'a reconnu Rangeen Dafdar Spanta, président du Conseil national afghan de sécurité, « la démocratie se heurte à des difficultés lorsqu'elle est imposée par la guerre ». Pourtant il ne regrette rien : « Tout ce qui était moderne, les valeurs de la civilisation, les droits de l'homme et de la femme étaient bafoués par les Talibans au pouvoir à Kaboul qui ont voulu imposer ce renversement de valeurs au monde. C'est ce qui a donné le 11 septembre. Cela justifiait l'intervention militaire ». Mais cette guerre incertaine ne fait pas oublier à Rangeen Dafdar Spanta l'objectif de son engagement démocrate: le développement de son pays car « sans investissements, il n'y aura pas de routes, sans routes, il n'y aura pas de commerce, sans commerce, il n'y aura pas d'emplois, et sans emplois, la spirale du terrorisme se réenclenchera ».

 

Stratégie de tension Heureux sont les Européens, parvenus à la troisième phase de leur développement politique, « la démocratie de souveraineté, qui permet aux peuples, souligne François Bayrou, de participer à la définition de leur propre destin pour faire face aux problèmes globaux ». C'est tout le choix de la construction européenne qui vient conforter et compléter des démocraties nationales solidement ancrées. Inigo Urkullu, président du Parti national basque, n'a pas dit autre chose. Evincé du pouvoir à Bilbao en 2009, après 29 ans de règne sans partage, par une coalition improbable entre le PP et le PSOE, le PNV n'en a pas pour autant rallier les extrémistes. « L'offensive de l'ETA n'est jamais parvenue à rompre l'unité démocratique basque au sein d'une Espagne où les Basques sont autonomes, dotés de leurs propres Institutions reconnues tant à Madrid qu'à Bruxelles. L'Europe nous a garanti la paix depuis un demi siècle » assène M. Urkullu. Même garantie ressentie par Pawel Piskorski, leader du Parti démocratique polonais, qui déplore la stratégie de tension avec la Russie entretenue par la classe politique de son pays. « Je n'apprécie pas le gouvernement Medvedev/Poutine mais il faut être honnête, il ne menace pas la paix du continent », remarque-t-il. Et si la Pologne a des craintes pour son approvisionnement énergétique, la solution passe par une politique commune européenne de l'énergie, pas par la confrontation, estime cet ancien maire de Varsovie et compagnon politique de feu Bronislaw Geremek.

 

La force de cette Conférence était d'abord d'insister sur la fragilité de la démocratie. C'était de voir Dani Haloutz, ancien chef d'état-major de Tsahal reconnaître qu'Israël faisait des « erreurs » dans le traitement économique et social de la question palestinienne ou encore Rajiva Wijnesinha, secrétaire général du Parti libéral du Sri Lanka, avouer que son pays aurait pu se passer de cette longue guerre civile avec les séparatistes Tamouls, enfin achevée en 2009, si le gouvernement cingalais de Colombo avait davantage pris en compte dès l'origine les besoins sociaux, économiques et culturels de cette minorité nationale. La force de cette conférence était ensuite de rappeler l'actualité de la démocratie alors qu'un modèle alternatif autoritaire se fait jour à Pékin. C'est toute l'inquiétude de James To, député démocrate de Hong Kong, interdit de séjour en Chine continentale car « la Chine ne pense pas que la démocratie soit une valeur universelle ». « L'Asie doit démontrer son utilité sur le plan démocratique comme elle l'a montrée sur le plan économique », constate sa collègue députée du parti démocrate progressiste de Taïwan, Bi-Khim Hsiao.

 

Stade ultime du projet humaniste La grande force de cette conférence était enfin de réunir tant de démocrates sincères, de John Podesta, président du Center for the American Progress, le think tank de l'aile gauche du Parti démocrate américain, à Mohammed Nosseir, secrétaire international du Front démocratique égyptien, en passant par Kasit Piromya, ministre des Affaires étrangères du Thaïlande, de les entendre faire part de leurs doutes mais aussi de leur espoir de passer un jour à la « démocratie du développement », le stade ultime du projet humaniste, a conclu François Bayrou, citant Marc Sangnier : « la démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun ».

28/09/2010

La réforme du Pacte de stabilité manque de vision et d'équilibre

Pauvre José-Manuel Barroso! Déjà qu'au plus fort de la crise obligataire du premier semestre 2010, la Commission européenne qu'il préside a été mise à l'écart de la réflexion sur la réforme du Pacte de stabilité et de croissance au profit du Président du Conseil européen, Herman van Rompuy, voilà que Jean-Claude Trichet, le Président de la Banque centrale européenne (BCE), veut à son tour dessaisir l'exécutif communautaire de ses ultimes prérogatives en matière de surveillance budgétaire. En effet, alors que c'est théoriquement à la Commission européenne qu'incombe la mission de traquer les déficits excessifs, M. Trichet suggère qu'un collège de "Sages" vérifie à l'avenir la fiabilité des comptes nationaux et des prévisions de résorption des dettes et déficits présentées annuellement par les Etats membres.

Mais que les eurosceptiques se rassurent: le rôle du méchant reviendra bien à la fin à la Commission de Bruxelles: forte du Pacte de stabilité réformé par les uns et des analyses financières élaborées par d'autres, c'est à elle qu'il reviendra de proposer l'ouverture d'une procédure contre les Etats budgétairement laxistes. Du moins si ces derniers - qui représentent une large majorité du Conseil Economique et Financier (EcoFin) - acceptent son schéma d'intervention, consistant à une astreinte de 0,2 % du PIB par tranche  de 3 % du PIB de déficit. Pour la France, qui flirte avec ce niveau depuis des années, ce serait une retenue d'environ 3,5 milliards d'euros sur les Fonds européens qui lui sont dévolus.

Pénaliser les régions socialistes Paris a obtenu que les agriculteurs soient épargnés par cette punition collective pour mauvaise gestion publique, la France recevant chaque année 10 milliards d'euros au titre de la politique agricole commune (PAC). Ce sont donc les Régions qui paieraient la note, et dans la mesure où elles sont pour l'essentiel tenues par le PS - alors que les agriculteurs votent plutôt UMP -, il va sans dire que Christine Lagarde s'inquiète moins d'éventuelles coupes dans les Fonds européens destinés aux régions françaises (14,4 milliards sur la période 2007-2013). La vérité oblige cependant à dire que cette pénalité sera indolore économiquement, sinon politiquement, puisque trois ans après le lancement des programmes par Bruxelles,  6% seulement des montants alloués à la France au titre de la politique régionale européenne ont été réclamés par les conseils régionaux qui tardent à présenter des projets éligibles aux subventions de l'UE.

Reste que ce grand remue méninge sur le renforcement de la discipline budgétaire manque singulièrement de vision et d'équilibre. De vision car les divers documents et prises de position de la Commission, du Conseil et de la BCE ces derniers jours ne proposent rien de tangible en matière obligataire. C'est en effet la crise obligataire qui est à l'origine de cette réflexion, et ma déception est vive de ne rien lire concernant la pérennisation du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Créé en juin dernier après des mois de tergiversations pour seulement 3 ans, le FESF mériterait pourtant d'être institutionnalisé alors que la masse de dettes qui accable les économies les plus fragiles, comme on le voit ces jours-ci en Irlande, font peser un risque durable sur la zone euro. Manque d'équilibre ensuite car si le pilier monétaire du Pacte sort conforté de cet exercice conceptuel, le pilier économique demeure dans les limbes, faute de la moindre proposition en matière fiscale, tant il est vrai que les Etats membres de l'UE ne pourront mener une politique économique coordonnée que le jour où leurs systèmes fiscaux se rapprocheront.

 
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