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10/12/2010

On peut obliger le peuple à obéir, on ne peut pas le forcer à comprendre (Proverbe chinois)

Les commentaires vengeurs des autorités chinoises à l'encontre de tous les représentants des pays qui devaient assister à la remise du prix Nobel de la Paix à Liu Xiaobo résonnent de la même hargne et de la même morgue que ceux qui accueillaient en 1935 dans l'Allemagne nazi son attribution à Carl von Ossietzky, lui aussi en détention au moment de la cérémonie et lui aussi interdit d'être même simplement représenté par un proche à Oslo. On ose espérer que l'universitaire dissident chinois ne subira pas le même sort que l'intellectuel pacifiste allemand, mort quelques mois plus tard des suites de mauvais traitements en prison.

Complot occidental Le parallèle entre les deux situations s'arrêtent cependant là, tant je ne ferai, non pas l'injure (je n'ai que mépris pour le régime communiste chinois) mais l'erreur de comparer les esthètes confusionnistes régnant à Pékin en 2010 avec les brutes hitlériennes acculturées sévissant à Berlin en 1935. Certes, dans la presse chinoise, se répand la même rhétorique haineuse et xénophobe qu'aux pires heures d'avant-guerre  mais la contre-offensive gouvernementale chinoise est autrement plus subtile. Les autorités pékinoises ne se contentent pas en effet de protester contre un soit disant complot occidental, elles se saisissent de cet incident diplomatique pour récuser la légitimité même du Prix Nobel en matière de Paix et de droits de l'homme.

Symbole de cette contre attaque: la création cette année d'un Prix Confucius de la Paix, décerné à Lien Chan, un ancien vice-Président Taïwanais, qui a oeuvré à la réconciliation entre les deux pays. Parmi les autres nominés, figuraient notamment Bill Gates, Mahmoud Abbas et Nelson Mandela et je suis ravi pour eux qu'ils n'aient pas eu à en justifier l'acceptation ou le refus. "L'Europe est pleine de petits pays qui se combattent depuis des siècles. Nous refusons de voir le concept de paix galvaudé par ces gens", explique doctement dans La Croix aujourd'hui Tan Changliu, haut fonctionnaire au ministère chinois de la Culture et responsable de ce prix qui se veut concurrent du Nobel. Comme chacun sait, la Chine s'est construite dans la paix et la sérénité, y compris dans son histoire la plus récente. Plus retors encore dans Le Monde d'hier, le correspondant à Paris du journal Wen Huibao, Zheng Ruolin, qui  fait un parallèle osé entre le communisme et la démocratie, sur le thème: "On nous avait dit que le communisme était la panacée et on a vu, alors la démocratie..."

Valeurs universelles Cette habile façon de nier que la démocratie et l'Etat de droit sont des principes intangibles mais des références strictement occidentales, pose clairement la question du relativisme, ce concept si souvent agité par des intellectuels bon teint pour expliquer que tout est dans tout et qu'on ne peut plaquer notre façon de voir au reste de la planète. Un baratin maintes fois entendu par exemple pour justifier le terrorisme. Nonobstant le fait que la Chine ne se gêne pas elle-même pour s'imposer au monde, contraint et sans concertation de s'adapter  tant bien que mal à cette irruption rapide et massive, c'est un procès d'intention pitoyable et sans fondement qui est ainsi fait aux valeurs universelles. Elles sont certes nées en Occident dans le sang et les larmes, mais c'est en leur nom que Liu Xiaobo risque sa vie, ainsi que des millions de chinois  et autres terriens.

Car de quoi est accusé le "criminel" Liu Xiaobo qui justifierait 11 ans de prison? Sa participation active à rédaction la Charte 08, une reprise quasi-conforme de la Convention des droits de l'homme, qui stipule dans son préambule: "Dans quelle direction la Chine du 21e siècle ira-telle ? Continuera-t-elle une "modernisation" dont la caractéristique est que ceux qui la dirigent menacent les droits des autres, ou bien, en reconnaissant ces valeurs partagées et universelles, en se fondant dans ce courant commun de civilisation, va-t-elle bâtir un système de gouvernement démocratique ? C'est un choix qu'on ne peut se passer de faire[".  Or, aucun des thuriféraires du régime chinois ne peut nier que la Chine moderne ne s'emploie pas à bâtir un Etat de droit mais au contraire à asseoir la toute puissance d'une caste membre d'un parti unique. Il n'existe pas de voie chinoise vers la démocratie mais une version chinoise de la dictature comme en témoignent la montée en puissance de Xi Jinping, successeur désigné de Hu Jintao, considéré comme le chef de file de la faction des « Princes rouges », les rejetons de vétérans du régime, ou la marginalisation concomitante de Wen Jiabao, le Premier ministre, dont le coming out pro-démocratique en octobre dernier a été censuré par tous les médias officiels.

Ce n'est pas encore Munich Non, l'Europe n'a pas à respecter l'ordre interne chinois qui prétend criminaliser des militants des droits de l'homme. Et de ce point de vue, on ne peut que déplorer la modestie de sa présence aux cérémonies d'Oslo. Pourquoi Catherine Ashton, la Haute Représentante se laisse-t-elle ainsi représentée par les Vingt Sept ambassadeurs? Pourquoi, à l'instar du Président Obama, Herman Van Rompuy, ne proteste-t-il pas contre la manière dont Pékin traite la Norvège et le comité Nobel? Sans doute parce que de Paris à Berlin, en passant par Londres, on veut bien contrarier l'Empire du Milieu mais surtout pas se mettre à dos l'atelier et le banquier du monde. Ce n'est pas encore Munich mais à ce rythme, on aura bientôt  perdu l'honneur sans être sûr d'avoir gagné la paix: la Chine augmente chaque année de 10% son budget militaire qui atteint déjà 120 milliards d'euros ...Et comme chaque année, je me demande pour quoi faire. Jean-François Copé, secrétaire général de l'UMP, qui vient de signer une convention avec son homologue du Parti communiste chinois, a sûrement une explication.

22/11/2010

La démocratie à la merci du secret des sources

De Backchich à Médiapart, du Point au Canard Enchainé, en passant par Le Monde, la multiplication des cambriolages dans les rédactions de journaux et médias en ligne, tout comme d'ailleurs les réquisitions policières des factures téléphoniques des journalistes, commencent à sérieusement m'inquiéter. Et devrait inquiéter tout à chacun. Surtout avec l'affaire de Karachi qui pend chaque jour de l'ampleur. Il faut avoir la mauvaise foi chevillée au corps d'un Nicolas Sarkozy pour prétendre que cela n'a aucun intérêt d'espionner la presse "parce que ce qu'un journaliste pense, il l'écrit." La question pour le pouvoir n'est en effet pas tant d'anticiper d'éventuelles révélations que de connaître les sources des journalistes, c'est à dire ceux qui les informent.

Droit inaliénable Muté depuis à Cayenne (!), David Sénat, ancien membre du cabinet de Michèle Alliot-Marie, alors Garde des Sceaux, en sait quelque chose: c'est une enquête de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) qui a permis d'établir qu'il était à l'origine des fuites de procès-verbaux d'audition dans l'affaire Woert-Bettencourt vers le journal Le Monde, lequel a porté plainte en septembre pour violation du secret des sources, Brice Hortefeux s'employant à bloquer l'instruction ouverte depuis. On comprend le ministre de l'Intérieur: s'il s'avérait judiciairement que le contre-espionnage, sur ordre direct de Sarkozy (selon le Canard Enchaîné), espionnait les journalistes plutôt que de poursuivre les terroristes, l'électeur UMP moyen lui-même pourrait être troublé...

Quelles étaient les motivations de ce collaborateur de MAM depuis plus de 10 ans? On ne le saura sans doute jamais et il n'était pas le seul, vu la pléthore de révélations sur cette affaire. Ce qui est certain, c'est que c'est grâce à des informateurs de ce genre (en général indignés par des faits dont ils ont connaissance et que leur hiérarchie veut étouffer, mais aussi souvent guidés par un ressentiment personnel ou politique) que la presse fonctionne. Le secret des sources est du reste un droit inaliénable de la presse, reconnu par la Cour européenne des droits de l'homme dans sa jurisprudence, tout comme d'ailleurs par une loi française de janvier 2010 sur la presse, voulue par Nicolas Sarkozy lui-même!

Ce crétin de Jean-Pierre Pernaut Je sais que la presse agace, et que les journalistes sont déconsidérés. Je trouve çà d'autant plus injuste que selon l'enquête annuelle de La Croix sur la presse, l'opinion publique plébiscite les pires, comme ce crétin de Jean-Pierre Pernaut, et la presse télévisée en général, alors que c'est précisément à la télévision que l'on trouve le plus d'approximations, de sensationnalisme et de suivisme béat. En réalité la presse écrite ou radiophonique, si on se donne la peine de la lire ou de l'écouter régulièrement, participe plus que bien des Institutions publiques à la démocratie.

Des grands mots? Peut être. Mais sans vouloir faire d'uchronie, imaginez qu'un SA ait raconté dans la presse allemande encore libre comment il a mis le feu au Reichstag le 27 février 1933 pour faire croire à une conspiration communiste dont Marinus van der Lubbe, juif néerlandais révolutionnaire, a finalement été le bouc émissaire grâce à des aveux extorqués. Hitler n'était Chancelier que depuis un mois à peine, sans majorité claire. Aurait-il obtenu du vieux Maréchal van Hindenburg des lois d'exceptions et la dissolution du Parlement et le succès nazi qui en sortira? Rien n'est moins sûr.

24/10/2010

La vie publique pas si fantomatique que ça de Robert Rochefort

Ceux qui, comme moi, ont découvert Robert Rochefort en écoutant ses chroniques dans l'émission du week-end de Dominique Souchier sur Europe 1, n'auront pas été étonné par sa prestation lors du séminaire qu'il a organisé vendredi dernier à Paris, sous l'égide de l'Institut européen des Démocrates (IED), le centre de réflexion du Parti Démocrate Européen (PDE), dont le MoDem est membre-fondateur. Comme à la radio, où l'ancien directeur général du Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) interrogeait le modèle social français sous le prisme de ses réalités, il s'est attelé a expliquer l'enjeu réel de la réforme des retraites à l'aune de sa cause profonde: le vieillissement de la population, dont la conséquence majeure en 2050, tant en termes de pensions que de soins et de dépendance, sera d'augmenter de quasiment 5% du PIB les dépenses publiques partout dans l'UE. Comment adapter nos sociétés à ce défi démographique ? C'est tout l'objet d'un rapport que prépare le vice-Président du MoDem et député européen, en vue du prochain Congrès du PDE, et dont cette réunion devait éclairer sa réflexion.

Malicieux, Robert Rochefort avait choisi pour étayer le débat d'inviter des experts européens dont les approches contrastées, mais complémentaires, ont animé le séminaire. Mikko Myrskylä et Tomas Sobotka, deux jeunes démographes, l'un finlandais, l'autre tchèque, chercheurs respectivement à l'Institut Max Planck en Allemagne et à l'Institut démographique de Vienne ont dévoilé les toutes dernières études, au demeurant plutôt encourageantes, puisque le taux de fécondité ne s'écroule plus, voire progresse à nouveau, notamment en Europe du Nord. L'augmentation du niveau de vie et l'égalité homme/femme seraient les principaux facteurs expliquant cette dernière évolution,  insuffisante toutefois au renouvellement des générations. Pour Mikko Myrskylä, c'est un faux problème : « Plus que la stagnation des naissances, le vecteur du vieillissement de la population est l'augmentation de l'espérance de vie. Mais les personnes âgées aujourd'hui peuvent être actives car elles sont en meilleure santé que celles du même âge il y a 30 ans ». « L'Italie du Nord a une faible natalité depuis 50 ans et c'est pourtant la région la plus dynamique économiquement », a expliqué de son côté Tomas Sobotka, non sans reconnaître que l'immigration, à commencer par celle du Mezzogiorno, jouait un rôle important dans ce phénomène.

Palmarès démographique Brigitte Lestrade, directrice d'études germaniques à l'université de Cergy-Pontoise, témoignait pour sa part d'une autre expérience, moins optimiste. Celle de l'Allemagne où 25% des femmes (contre 12% en France) n'ont pas d'enfants. Un taux qui atteint 40% pour les diplômées. Rien d'étonnant si l'on songe que ce pays est le moins accueillant à la maternité d'Europe : une femme qui travaille et laisse en garde son enfant est qualifiée de Rabenmutter, « mère corbeau », une mauvaise mère, quoi, et ça veut tout dire ! L'occasion pour Robert Rochefort de vanter le système français. Un «paquet », fait de crèches, de maternelles, de congés parentaux, et reposant sur un régime attrayant d'allocation et de primes, qui depuis plusieurs années permet à notre pays d'être en tête dans le palmarès démographique de l'UE. Reste que le vieillissement menace tout autant notre pays avec un taux de plus de 40% de personnes de plus de 65 ans à l'horizon 2030, et ce malgré une population en accroissement à plus de 67 millions. Pour Annamaria Simonazzi, de l'université Sapienza de Rome, avec un tel besoin en matière de dépendance et de soins à domicile, c'est un véritable bouleversement sociologique qui nous attend, au point d'imaginer un retour de la cohabitation entre les générations, les plus jeunes devant s'occuper des anciens grâce à un nouveau régime de solidarité qu'il reste à bâtir et à adapter aux contraintes professionnelles. « Un quasi marché, a-t-elle prédit, où la famille sera le pivot d'une gamme de services rétribués à la personne homologués par les pouvoirs publics »

Moins de jeunes arrivant chaque année sur un marché du travail vieillissant et des opportunités stables d'emplois de service à la personne devraient réduire sensiblement le chômage à l'avenir. Mais c'est bien la seule dépense publique qui devrait baisser, avec l'éducation - et encore, sans prendre en compte les besoins de formation continue des salariés âgés dont le maintien à l'emploi sera une priorité. Pour le reste, le financement des retraites, même tardives, et du nouveau système social lié au vieillissement seront une charge croissante sur l'ensemble de l'économie. Cette perspective crédibilise plus encore la nécessité pour nos pays de se désendetter afin d'acquérir de nouvelles marges de manœuvres, a analysé Jérôme Vignon, ancien directeur à la protection sociale de la Commission européenne. « L'ampleur du chantier est tel que les entreprises devront y prendre toute leur part et pas seulement les budgets publics. Le renouvellement des générations, l'emploi des jeunes et des seniors, l'éducation et la formation professionnelle, sont des impératifs dont les entreprises ne peuvent s'exempter au motif de la mondialisation », a-t-il dit en regrettant que cette dimension de responsabilité sociale des entreprises ne figure pas dans la Stratégie de politique économique UE 2020 adoptée en mars dernier par le Conseil européen.

 

 
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