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08/03/2011

Les 6 premiers mois de Marine Le Pen à l'Elysée

La procédure engagée hier par l'Union européenne contre la France pour violation persistante des droits fondamentaux sanctionne 6 mois de dérive nationaliste qui isole chaque jour davantage notre pays au sein de l'Europe et plus largement de la Communauté internationale. Le rétablissement de la peine de mort, voté le mois dernier au Parlement, aura été la provocation de trop aux yeux de nos partenaires européens qui ont pourtant déjà beaucoup enduré, tant la politique indigne de notre pays rejaillit sur l'ensemble de l'UE dont la crédibilité est désormais dramatiquement affectée aux yeux du monde, comme en témoigne l'effondrement du cours de l'euro.

La séquence ouverte le 27 mai dernier avec l'arrivée de Marine Le Pen à l'Elysée sera sans doute considérée comme une des pires périodes de notre histoire avec le régime de Vichy, la Grande Terreur et la folie de Charles VI en pleine Guerre de cent ans. A peine élue et le gouvernement formé, la Présidente de la République s'est aussitôt attelée à museler le principal contre-pouvoir potentiel à sa monstrueuse politique. C'était tout l'enjeu du référendum du 24 juin dernier pour inscrire la préférence nationale dans le Préambule de la Constitution. La veulerie de l'UMP, l'ambiguïté scandaleuse d'une partie de la gauche et malheureusement le désintérêt de nos concitoyens pour ce scrutin au contraire marqué par une forte mobilisation frontiste lui ont permis d'obtenir carte blanche du peuple français sans plus risquer le désaveu du Conseil constitutionnel dont la plupart des membres ont d'ailleurs démissionné, à l'exclusion notable de l'ex-Président Nicolas Sarkozy, contrairement à ses deux prédécesseurs, Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac.

Farce tragique Premier acte: la suspension le 1er juillet, sans aucune concertation avec l'UE, de l'application des Accords de Schengen au prétexte de lutte contre l'immigration clandestine. Ce coup de force n'a pas eu l'effet escompté, et a même tourné à la farce tragique avec l'affaire de Marseille, cet été, et la découverte dans un conteneur abandonné par les dockers en grève de 150 marocains morts asphyxiés qui avaient passé la frontière pour venir travailler illégalement chez un maraicher...élu du Front national. Les conséquences ont en revanche été immédiates sur les échanges économiques: le contrôle systématique des papiers à nos frontières provoque des embouteillages monstres, qui dissuadent ceux qui ne sont pas obligés de transiter par notre pays, et retarde les livraisons dans nos magasins et supermarchés, comme chacun peut s'en rendre compte en faisant ses courses, mais aussi dans nos usines et ateliers privés de pièces détachées et de matières premières.

Cette mesure absurde ne suffisant manifestement pas à établir sa sinistre réputation, le gouvernement Lepéniste s'est engagé dans la foulée dans sa politique dite de "Francisation". Il y a d'abord eu, au nom de "l'emploi pour les Français d'abord", la  réduction rétrospective à 3 ans des cartes de séjour accordée initialement pour 10 ans et qui place des centaines de milliers d'immigrés légaux dans une situation précaire intenable. Puis est venu la chasse ouverte aux Français d'origine étrangère avec la déchéance de nationalité de 70 000 personnes, avec effet rétroactif, l'objectif affiché étant de 200 000, sans que ce chiffre n'ait jamais été étayé par le ministère de la Nationalité et de l'Immigration. Beaucoup étaient certes des délinquants emprisonnés ou condamnés pour différents crimes et délits, mais la plupart ne répondaient que de fraudes au fisc ou aux allocations familiales, des délits répréhensibles mais dont de "bons Français" de plusieurs générations se rendent aussi coupables sans que cela porte à de si radicales conséquences.

Complot mondialiste Chacun se souvient des rafles opérés lors de la Rentrée dans les écoles pour arrêter les enfants des personnes expulsées, tous ou presque nés en France, et punis collectivement pour la faute supposée de leurs parents. Ces images insoutenables ont fait le tour du monde, nous valant les premières salves de critiques européennes et internationales. Les caméras n'avaient toutefois pas encore filmé le pire: la répression sanglante il y a un mois contre les émeutiers du centre de rétention de Nîmes, où s'entassent un millier d'étrangers reconductibles à la frontière, alors que ce centre n'a théoriquement une capacité d'accueil que de 150 personnes. Bilan: 8 morts, dont 2 femmes et un bébé. Les policiers républicains qui s'étaient opposés aux ordres ministériels ont été révoqués et sont menacés de poursuite pour trahison.

Marine Le Pen aurait alors pu pendre la mesure des risques que sa politique faisait porter aux pays. Bien au contraire. Le Front National décrétant qu'il s'agissait d'un "complot mondialiste", la Présidente de la République décida d'une fuite en avant dans nos relations internationales au nom de la doctrine dite du "Souverainisme participatif". La sortie de l'OTAN en sera en octobre l'acte le plus symbolique, et malheureusement ce fut aussi un beau coup politique salué par une partie de la gauche. Désormais la France, membre fondateur de la plupart des organisations internationales n'y participent plus qu'au coup par coup et selon les humeurs de ses dirigeants. C'est au nom de cette doctrine que nous avons mis notre veto voilà 15 jours à une résolution à l'ONU exigeant une exclusion aérienne de la Syrie, malgré les massacres en cours dans ce pays, un des derniers affectés par les révolutions arabes de l'an dernier. C'est toujours au nom de cette doctrine que nous refusons de livrer Miroslav Antevic au TPI, un criminel de guerre serbe, ami de notre ministre de la Défense.

Spirale infernale Cette obsession nationaliste n'est naturellement pas sans impact économique et social. Après les illusions de la "Révolution fiscale" engagée en août  et l'instauration d'une taxe unique (flat tax) de 25% sur les tous les revenus, la consommation et les entreprises, l'heure des comptes a en effet déjà sonné. Comptes publics, totalement asphyxiés par des rentrées fiscales en chute libre et non pas en expansion comme le prédisaient les économistes libéraux qui peuplent désormais les cabinets ministériels, mais aussi comptes sociaux asséchés, tant la suppression des prestations aux immigrés ne pouvait suffire à compenser la baisse drastique des cotisations. Le déficit est en passe d'atteindre les 9%, plus encore que pendant la crise financière, et le baratin gouvernemental selon lequel il ne s'agit que d'une transition avant que le nouveau système ne produise tous ses effets ne convainc personne: toutes les agences ont ainsi fortement dégradé notre notation sur les marchés obligataires où nous empruntons désormais plus cher que la Grèce! Quant au rebond d'activité attendu, il n'est naturellement pas aux rendez-vous: aux centaines de contrats annulés avec des entreprises étrangères au prétexte de la "francisation" des marchés publics a évidemment répondu des milliers de contrats annulés par nos partenaires à l'encontre des entreprises françaises.

Chacun connait la prochaine étape de cette spirale infernale: la sortie de l'euro, où nous pousse d'ailleurs l'Allemagne qui refuse de voir la devise européenne emportée définitivement par la tourmente Lepéniste. C'était au programme de la candidate Le Pen et si la Présidente Le Pen ne l'a pas encore fait, c'est tout simplement en raison du coût astronomique de cette opération suicide, le futur franc s'annonçant d'ores et déjà comme une monnaie de singe avec laquelle il faudra rembourser une dette lourde contractée en euro. A moins que sur sa folle lancée, elle ne décide de ne plus rembourser. Une hypothèse malheureusement plus que crédible de sa part et qui aggraverait notre ruine financière et morale. En tout cas, désormais qu'une procédure est lancée à Bruxelles pour déchoir notre pays de ses droits de vote au Conseil, plus rien ne devrait arrêter Marine Le Pen.

Censure jamais connue depuis l'Occupation Reste la question qui taraude toutes les rédactions, même les plus complaisantes à l'égard du pouvoir: combien de temps encore la presse pourra dénoncer cette dérive hallucinante vers l'autarcie et le repli nationaliste? Pas longtemps, à écouter notre ministre de l'Information selon qui les médias participent à une "campagne anti-française". Déjà la loi sur l'audiovisuel public a bâillonné toute l'information sur France Télévision et Radio France. La loi sur "la diffamation et l'information objective" en préparation laisse augurer une censure jamais connue depuis l'Occupation. La suppression des subventions, alors que le marché publicitaire est en chute libre, place aujourd'hui nos journaux dans une situation difficile, heureusement contrebalancée par un formidable regain d'intérêt du lectorat. Les ventes ont triplé en quelques mois. Ce n'est toutefois pas à la presse de remplacer le courage politique. L'opposition républicaine, morcelée depuis l'élection présidentielle et les divers ralliements honteux au pouvoir, doit d'urgence se ressaisir. Ce cauchemar a déjà six mois. Encore quelques semaines de nuits et de brouillards Lepéniste sur notre pays et la France ne s'en relèvera jamais.

 

Yannick Laude, le 18 novembre 2012

 

PS: cet article est une uchronie tragique, hélas nourrie par la lecture du programme du Front national.

07/02/2011

MAM, ou les infortunes de l'incompétence

L'univers médiatique a des emballements qui me laissent parfois pantois. J'ai assez longtemps été journaliste, et me flatte aujourd'hui d'être un bon conseiller politique, pour ne rien ignorer des voies et moyens susceptibles d'affaiblir un adversaire. Mais cette affaire de cornecul concernant les liens aéronautiques et hôteliers entre Michèle Alliot-Marie et l'homme d'affaires tunisien Aziz Miled est la plus stupide des cabales. MAM peut en effet avoir les amis qu'elle veut, fussent-ils richissimes, et ce n'est pas les faveurs dont elle a  bénéficié que l'on peut lui reprocher. A cette aune, un certain Dominique Strauss-Kahn, ami de tous les milliardaires de la planète, ne pourrait prétendre se présenter à l'élection présidentielle, et ses partisans socialistes devraient prendre garde que cet argument ne se retourne un jour contre lui.

Non, le reproche à faire à Michèle Alliot Marie est bien plus grave et bien plus simple: son incompétence notoire! Car enfin, comment la ministre des Affaires étrangères a-t-elle pu avoir l'idée saugrenue  de se rendre par deux fois en Tunisie en villégiature, alors même que le pays était déjà en pleine ébullition depuis une dizaine de jours? Comment la chef de la diplomatie française pouvait imaginer passer des vacances tranquilles en famille sans même un rendez-vous de travail avec le gouvernement Ben Ali qui réprimait au même moment son peuple sans vergogne? Comment, de retour de Tunisie, ne trouvait-elle rien d'autres à dire que de proposer l'expertise sécuritaire française aux sbires du régime aujourd'hui déchu?

Potiche inutile Avec un tel exemple au plus haut niveau du gouvernement, comment dès lors s'étonner de la fronde des magistrats et des policiers à qui, selon moi à juste titre, Nicolas Sarkozy demande aujourd'hui des comptes sur les dysfonctionnements du système judiciaire français. Bien sûr, à l'instar de Michèle Alliot Marie, qui peut se plaindre de l'inefficacité de son ambassadeur en Tunisie, les  juges peuvent se plaindre de l'inefficacité de leurs services, amputés des moyens nécessaires à la bonne exécution de leur travail. Mais dans les deux cas le constat d'irresponsabilité est similaire. Morale de cette triste histoire: à l'instar des magistrats de l'affaire d'Outreau, qui tous ont été promus depuis, MAM va pouvoir rester au Quai d'Orsay et continuer à jouer les potiches inutiles.

03/01/2011

Des 35 heures, faisons table rase!

Ce début d'année étant placé sous le signe de l'indignation, en hommage à Stéphane Hessel et à son revigorant opuscule à succès, "Indignez-vous!", je n'allais pas laissé passer l'occasion pour ce billet de rentrée de remettre Benoit Hamon dans "le droit chemin", cette attitude rectiligne étant ce que le porte-parole du PS a réclamé lui-même ce matin à Manuel Valls, député-maire d'Evry, après que ce dernier eut oser la veille appeler la gauche à "déverrouiller" le débat sur les 35 heures. Certes on peut suspecter le candidat aux primaires socialistes de jouer un jeu tactique, en s'en prenant à la loi emblématique portée à l'époque par l'actuelle Première secrétaire, Martine Aubry. Reste que contrairement à ce qu'affirme Benoit Hamon, Manuel Valls n'a pas eu par ses propos une "mauvaise intuition politique", mais au contraire posé un vrai problème avant que la campagne présidentielle ne s'en empare nécessairement.

En effet, les 35 heures ne sont pas vécues par tous, loin de là, comme un progrès social. D'abord, cette disposition a grandement contribué à geler l'évolution salariale pour les catégories ouvriers/employés, ce qui devient la principale revendication dans nombre d'entreprises et explique la soif d'heures supplémentaires. Ensuite si toutes les entreprises sont tenues de respecter la durée légale du travail à 35 heures, le personnel travaillant dans celles employant moins de 20 salariés n'a en revanche pas droit aux fameux RTT. Je rappelle que cela concerne 30% des salariés français, souvent dans les secteurs pénibles du transport et du bâtiment, qui subissent ainsi une double peine: les bas salaires et l'absence de repos compensateur. Enfin les 35 heures coûtent chaque année prés de 25 milliards d'euros en allègement de charge, ce qui constitue une part substantielle des 92 milliards de déficits budgétaires courant escomptés en  2011. Le tout pour un résultat mitigé en termes de création ou de maintien d'emplois, selon la dernière enquête de l'Insee.

Dominique Strauss-Kahn, l'inspirateur Il faut en outre avoir la mauvaise foi d'un Benoit Hamon chevillée au corps pour considérer que critiquer les 35 heures reflèterait "une méconnaissance de la réalité de l'organisation du travail aujourd'hui". Le travail est en effet indéniablement désorganisé par les 35 heures, l'exemple récent le plus flagrant étant cette triste épopée vécue le 27 décembre par les 600 passagers du train Strasbourg-Nice, lequel, entre autres avanies, a du subir un changement de conducteur en cours de route, celui ayant embarqué au départ ayant déjà accompli son temps de travail! Alors oui, j'estime avec Manuel Valls qu'il est temps de "déverrouiller" le débat sur les 35 heures. En attendant d'entendre les propositions de Dominique Strauss-Kahn, lui qui en fut le véritable inspirateur auprès de Lionel Jospin, dont la ministre du Travail de l'époque, Martine Aubry, n'était guère enthousiaste au départ.

 
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