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06/06/2011

DSK, le retour de bâton

Qui de Dominique Strauss-Kahn ou Nafissatou Diallo dit la vérité sur ce qui s'est passé le 14 mai dernier dans la chambre 2806 de l'hôtel Sofitel de Manhattan? Nous ne le saurons que lors du procès, dans quelques mois, puisque DSK a plaidé non coupable aujourd'hui devant la Cour de justice criminelle de New York et la femme de chambre a maintenu ses accusations. La brusque remontée de fièvre médiatique autour du French Perv n'aura donc servi à rien, sinon à nous rappeler que la justice ne se décline pas au même rythme, ni selon les mêmes codes, de part et d'autre de l'Atlantique. Mais quel que soient les faits, l'ex-futur Président de la République française a réussi l'exploit, par son impudence au mieux, par sa violence au pire, de semer la zizanie au sein de la société française où désormais toute vérité sera bonne à dire, quand bien même serait-elle fausse, approximative ou calomnieuse.

Les partisans du grand déballage ont de solides arguments. Doit-on cacher les moeurs pédophiles d'un ancien ministre? Certes non. Doit-on dénoncer l'abus d'autorité de George Tron sur ses employées pour obtenir leur faveur sexuelle? Sans aucun doute. Va-t-on vraiment prochainement mettre sur la place publique l'alcoolisme supposé d'une femme politique célèbre, bientôt en course pour l'Elysée? C'est plus que probable si j'en crois les rumeurs journalistiques. Sauf qu'un cran serait alors franchi car l'alcoolisme, sauf au volant, n'est pas un délit. Pas plus que la "partouze" entre adultes consentants, ni la séduction qu'exerce depuis la nuit des temps un vieux beau auprès de ses étudiantes, stagiaires ou collaboratrices parfaitement consentantes. On sera ainsi passé en quelques semaines du silence sur la vie des hommes et femmes politiques à l'étalage de toutes leurs turpitudes. J'ignore si la démocratie y gagnera, l'hypocrisie sûrement.

17/05/2011

La Nakba

L'onde de choc des frasques strauss-kahniennes n'a pas fini d'ébranler notre pays, dont l'ensemble des tréfonds sont aussi sûrement fissurés que les structures de la centrale de Fukushima. Car après le tremblement de terre du week-end, c'est bien un véritable tsunami diplomatique et politique qui est maintenant entrain de submerger la France.

Notre réputation européenne et internationale, tout d'abord. Avec le retrait précipité de DSK s'ouvre sans doute une nouvelle période de gouvernance pour le FMI, dont la direction générale est promise dès l'origine à un Européen et qui pourrait tomber désormais dans l'escarcelle d'un grand pays émergent, aidés par un coup de pied de l'âne des Etats-Unis. Nos partenaires de l'UE n'apprécieront guère, et à juste titre, de se voir ainsi sacrifiés à cause d'un Français volage et violeur, d'autant que rien ne garantirait alors à l'avenir la même sollicitude du FMI à l'égard de nos ennuis financiers persistant.

Notre égo national en est du coup profondément affecté, tant la gifle de la photo de DSK menottée à la Une de toute la presse internationale en a fait plus pour nous faire comprendre ce qu'est la mondialisation que bien des cours du professeur Strauss-Kahn. Aucune des certitudes françaises n'a résisté Nous pensions avoir un grand économiste french loveur, que le monde entier nous enviait, nous avons le matricule 1225782, accusé de séquestration et de viol. Nous pensions qu'un ancien ministre d'Etat, dirigeant du FMI pouvait régler dans la discrétion avec la justice, ce genre d'écart, nous oubliions qu'aux Etats-Unis même Bill Clinton, alors Président, a du batailler pendant des mois publiquement avec un juge sur le caractère sexuel ou non des fellations de sa stagiaire.

Piège de la Vème République Notre système médiatique ressort aussi étrillé de cette affaire sidérante. Je confesse moi-même n'avoir pas pris la mesure des anecdotes plus ou moins croustillantes et véridiques circulant sur le personnage et dont Jean Quatremer s'était d'ailleurs fait l'écho dès 2007. Je n'interviens jamais sur son blog puisque j'ai l'occasion de lui parler de vive voix assez souvent. Je me souviens pourtant à l'époque avoir contesté sa vision des choses, la jugeant un peu trop "père la pudeur". Je pensais qu'il y avait loin d'un charmeur à un harceleur, d'un homme empressé à un homme violent. A l'évidence, j'ai eu tord et ce cas pathologique aurait mérité un traitement médiatique bien différent avant qu'on en soit là.

Nos Institutions politiques enfin montrent clairement leurs limites. Alors que tout le monde s'empresse de désigner François Hollande comme successeur logique de DSK dans l'opinion, je voudrais rappeler que non seulement ce dernier n'a pas la garantie que les primaires ne se transformeront en pétaudière, mais surtout il n'a jamais sérieusement envisagé de les gagner. Son objectif était de devenir Premier ministre du Président Strauss-Kahn, l'homme providentiel, seul capable d'unir le PS et le centre pour une politique social-libérale pro-européenne. Autrement dit, le piège de la Vème République se referme une fois de plus sur la France qui s'achemine vers un second tour Marine Le Pen-Nicolas Sarkozy, dont on peut imaginer le résultat et appréhender les conséquences.

11/05/2011

Minima intellectuel et revenus électoraux

Laurent Wauquiez a une tête de bon élève et une mine d'enfant de choeur. A l'évidence, il n'est ni l'un, ni l'autre. Pourtant ministre des Affaires européennes, il s'était montré incapable l'autre semaine de dire le nombre d'Etats membres de l'Espace Schengen, en attribuant 17, comme l'Eurozone, au lieu des 25 que compte aujourd'hui en réalité cet espace de libre circulation, c'est à dire la plupart des Etats membres de l'UE (sauf le Royaume-Uni, l'Irlande et Chypre, ainsi que la Roumanie et la Bulgarie en instance d'être admises), augmentés de la Suisse, de la Norvège et de l'Islande (le Vatican et le Liechtenstein étant en négociation).

Intérêt général M. Wauquiez a pris sur le ton de l'ironie les plaisanteries qui ont accueilli sa bourde (il est vrai que Bourdin, son piégeur sur RMC, s'était piégé lui même en n'évoquant que 22 Etats...), sur le mode: "Je ne suis pas un technocrate, moi, mais un politique". J'ignorais que faire de la politique exigeait d'être ignorant des dossiers dont on a la charge et c'est sans doute pour achever de démontrer à quel point il ne connait rien à rien et qu'il en est fier que le "politique" M. Wauquiez a cru utile de répéter ce week-end les âneries qu'il avait dévoilé voilà un mois dans l'indifférence générale au Figaro concernant les minima sociaux.

Ainsi donc, mélangeant Revenu de solidarité active, Aide personnalisée au logement et autres Allocations familiales, au parent isolé, à l'adulte ou à l'enfant handicapé, M. Wauquiez a estimé qu'il fallait en limiter le montant à 75% du SMIC, afin d'éviter l'assistanat et d'inciter les gens à chercher du travail. Pour mieux les inciter encore, il recommande 5 heures mensuelles de travail d'intérêt général pour les allocataires. Or, en cumulant un RSA et une APL, on aboutit à un revenu inférieur de 660 euros à celui d'un Smicard, a opportunément rappelé sa collègue aux Affaires sociales, Roselyne Bachelot. Bien sûr, ce différentiel diminue, et peut même s'inverser, si on ajoute les allocations familiales dans leurs différents formes, mais, jusqu'à preuve du contraire, il n'y a aucune condition de ressources dans un sens ou dans l'autre pour ce type d'aide sociale et même quelqu'un gagnant 10 fois le SMIC a droit aux allocations familiales! Enfin, je doute que la multitude d'entreprises ou d'associations qui salarient, grâce aux contrats aidés, des personnes au chômage de longue durée, souvent d'ailleurs allocataires du RSA, pour des travaux ou des services sans qualification, apprécient d'être concurrencées par des travailleurs gratuits au nom de "l'intérêt général".

Stratégie de la tension Les "idées" de M. Wauquiez sont donc à ranger dans la catégorie "connerie" et c'est sans doute pourquoi l'UMP veut en faire une loi. Le seul cas de figure où son raisonnement tient la route, c'est si les deux membres d'un couple non déclaré touche chacun le RSA et l'APL ou si un allocataire du RSA travaille au noir. Mais il s'agit alors d'une fraude et personne n'a attendu l'UMP pour lutter contre les fraudes aux prestations sociales. Mais l'objectif de M. Wauquiez n'est pas de faire une loi utile. Il veut en fait gagner ses galons de bon petit Sarkozyste en recourant à la bonne vieille stratégie de la tension: "Je créé un problème qui n'existe pas et je le résous". Ca permet de ne pas parler des problèmes qui existent et qu'on ne résout pas.

Pour faire bonne mesure, M. Wauquiez raccroche son projet à la pièce maitresse de la stratégie de la tension déployée par Nicolas Sarkozy: l'immigration. Le terrain de l'immigration clandestine étant déjà bien occupé par son collègue Claude Guéant, Laurent Wauquiez s'en prend donc aux immigrés légaux qui ont un contrat de travail. Ces derniers ne devraient selon lui bénéficier de la protection sociale qu'au bout de 5 ans, même s'ils ont cotisé. Il cible particulièrement l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) avec une envolée vichyste sur le pauvre paysan qui toucherait moins qu'un immigré qui se gobergerait à Alger avec son minimum vieillesse. Or pour toucher l'APSA, il faut résider en France! Au demeurant un retraité de l'agriculture dont la pension serait inférieure à 8900 euros par an a droit, lui aussi, à l'APSA. M. Wauquiez est chef de file de la Droite sociale. Mais c'est comme pour l'Europe, il n'y connait rien en social. Il s'y connait beaucoup en revanche dans le dragage du Front national.

 
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