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17/10/2010

Et si on tenait les Conseils européens à Strasbourg ?

Ca partait d'un bon raisonnement : en décidant de fixer dès la session plénière de la semaine prochaine à Strasbourg le vote sur le calendrier parlementaire 2012, la Conférence des présidents des groupes politiques du Parlement européen, à l'initiative de Joseph Daul, le président du Parti Populaire Européen (PPE), voulait en fait lancer un message politique au Conseil l'invitant, lorsque ce dernier établira son propre agenda, à mieux tenir compte du rythme des travaux parlementaires. Mais c'était oublier les anti-strasbourgeois en embuscade qui vont saisir l'occasion de relancer la querelle du siège unique à Bruxelles. Une escarmouche qu'ils vont sans doute encore perdre mais une guerre qu'ils finiront inéluctablement par gagner et qui oblige une fois encore à songer à une alternative pour Strasbourg afin que la France sorte par le haut de ce mauvais pas où elle s'enferre.

Un glissement a voulu ces dernières  années que le Conseil fasse chevaucher des réunions ministérielles importantes, comme le Conseil Economique et Financier ou le Conseil Affaires générales et Relations extérieures, avec une session parlementaire, la privant pour la plus grande frustration des eurodéputés non seulement de tout intérêt médiatique mais aussi et surtout de la présence des commissaires en charge et de la présidence du Conseil, retenus alors à Bruxelles ou Luxembourg. Pire encore sur le plan interinstitutionnel, les Conseils européens se déroulent pour leur part quasi systématiquement des semaines de session, obligeant le Président du Parlement à quitter prématurément le Perchoir à Strasbourg pour retourner assister à Bruxelles  à la première partie de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement. C'est la seule à laquelle il soit convié, et cette contrainte calendaire sur les activités parlementaires pour pouvoir y participer place le Parlement en position d'inféodation à l'égard du Conseil. Le Parlement fixe habituellement l'agenda de ses sessions pour l'année suivante au Printemps précédent. En anticipant l'échéance de 6 mois, il espère que le Conseil coordonnera davantage le sien.

Partisans du siège unique Ce débat de routine permet aux partisans du siège unique à Bruxelles d'évaluer régulièrement le rapport de force avec les tenants de Strasbourg. Le fait déclencheur est chaque année le même et permet aux anti-strasbourgeois de ratisser plus large : les deux sessions qu'il faut caler en septembre, ce qui hérisse les élus qui viennent de loin, d'autant que la faiblesse de l'ordre du jour n'en a pas justifié la tenue ces dernières années. Pourtant il n'y a guère le choix: depuis le Conseil européen d'Edimbourg en décembre 1992, un accord que Jacques Chirac a fait graver dans le marbre du Traité d'Amsterdam en 1997 et reconduit par le Traité de Lisbonne, stipule que 12 sessions annuelles doivent se tenir à Strasbourg, des sessions additionnelles pouvant avoir lieu à Bruxelles, qui accueille déjà la plupart des services ainsi que les réunions des commissions parlementaires. Or comme les eurodéputés ne siègent pas en août et rechignent à deux sessions en décembre ou en juin, là où elles seraient pourtant institutionnellement les plus utiles, le mois de septembre a été choisi pour parvenir à ce seuil juridiquement contraignant de 12 sessions.

La Conférence des présidents n'a pas suivi jeudi dernier la proposition introduite par Timothy Kirkhope, l'eurosceptique  président anglais du groupe des Européens Conservateurs et Réformistes (ECR) de faire précéder d'un débat le vote mercredi prochain du calendrier 2012. Martin Schulz, son homologue des Socialistes et Démocrates, dont le groupe a pourtant été lui-même agité sur ce thème la semaine passée par sa fraction britannique du Labour, a eu beau jeu de conseiller à l'eurodéputé Tory de demander à David Cameron de soulever le point lors du prochain Sommet à Bruxelles les 28 et 29 octobre. En effet, le dossier ne peut être rouvert qu'au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement et à ce jour, seuls le Danemark et les Pays Bas se sont déclarés ouvertement contre Strasbourg. En 2006, le Président du Parlement de l'époque, Josep Borrel, mandaté par ses pairs pour saisir le Conseil européen de la question, s'était en définitive prudemment esquivé. Au Parlement même, les adversaires de Strasbourg  sont actifs mais minoritaires.  Une déclaration écrite réclamant le transfert du siège à Bruxelles n'a ainsi recueilli en 2009 que 282 signatures, soit 35,92 % des élus, mais en majorité chez ceux issus du Danemark (14 signatures sur 14 députés, 100 %), des Pays-Bas (88 %), d'Irlande (84 %), de Suède (84 %), du Royaume-Uni (78 %), de Slovénie (71 %), de Finlande (64 %), de Belgique (62 %), de Lettonie (55 %) et de Lituanie (53 %). Les autres sont sous la barre des 50 %. Aucun député français, luxembourgeois, ni slovaque n'a signé contre Strasbourg.

Grèves récurrentes Ces revers ne découragent pas les anti-Strasbourg, car leur nombre ne cesse de progresser à chaque législature, du à l'arrivée des nouveaux membres d'Europe de l'Est et au changement de génération des eurodéputés de l'Ouest, moins sensibles à la symbolique de la réconciliation franco-allemande, laquelle explique seule historiquement cette localisation, celle d'une ville qui a changé cinq fois de nationalité entre 1870 et 1945. Au fur et à mesure que le Parlement gagne en pouvoir, de plus en plus d'élus se persuadent au contraire que l'éloignement de Bruxelles et du milieu communautaire 4 jours par mois est un handicap pour leur travail. Il est vrai que Strasbourg n'est pas à la hauteur de ses prétentions. 6 capitales européennes seulement sont reliées quotidiennement et par ligne directe à l'aéroport international d'Entzheim. Le TGV Est n'est qu'une faible amélioration, qui permet simplement de diversifier les moyens d'accès depuis Roissy, mais la plupart des députés continue de transiter par Bruxelles ou Francfort. Déjà mécontents des difficultés du voyage, beaucoup se plaignent aussi des hôtels qui affichent des tarifs jugés exorbitant et ne concèdent pas d'abonnement à ces clients pourtant régulier. Et le goût culinaire n'étant pas la qualité la mieux partagée d'Europe, la gastronomie alsacienne n'est pas un argument suffisant pour les remettre de bonne humeur, pas plus que les charmes de la ville, certes belle mais dont on a vite fait le tour.

Dans un tel contexte, le moindre incident est facilement exploitable par les anti-Strasbourg. C'est ainsi qu'en 2006, on a découvert que depuis 26 ans, la municipalité de la capitale alsacienne, dont celle conduite par Catherine Trautmann, aujourd'hui chef de la délégation PS au sein du S&D, avait gonflé les baux des bâtiments, soit 29 millions d'euros. A l'inélégance s'est ajoutée la mauvaise foi puisque la maire UMP de l'époque, Fabienne Keller, avait cru bon de nier, avant de consentir un remboursement sous forme de rabais sur les loyers suivants. Non sans entretemps beaucoup agacer les nombreux parlementaires jusqu'alors indifférents à la querelle du siège. Plus fort encore, le 7 août 2008,  200 m2 de faux-plafond, dont les attaches en caoutchouc ont lâché à la suite d'une malfaçon, se sont détachées et dix tonnes de gravas sont tombés en recouvrant le quart de l'hémicycle. Un mois plus tard, lors de la première session  plénière de septembre,  la chute aurait pu blesser 200 personnes et en tuer une cinquantaine. Le tiers du groupe majoritaire (PPE-DE), tous les non-inscrits, et les bancs réservés à la Commission européenne auraient été touchés. Peur rétroactive assurée de ce ciel gaulois tombant sur la tête de l'Europe, et nouvelle colère contre la municipalité qui a pris 5 jours avant de communiquer les faits... Nous étions alors en pleine présidence française de l'UE qui a du accepté, le temps des réparations, d'annuler deux sessions obligatoires à Strasbourg pour les tenir à Bruxelles. Dernier prétexte en date pour les contempteurs de la capitale alsacienne, mais qui irrite beaucoup plus largement dans la mesure où le transport est déjà le principal problème : les grèves récurrentes, qui ont déjà perturbées la dernière session et menace de perturber celle-ci.

13.000 allers-retours de vol Londres-New York Naturellement ce ne sont pas les petits désagréments de leur vie quotidienne que les détracteurs de la capitale alsacienne mettent en avant, mais la réalité comptable  de cette transhumance qui concerne aussi leurs assistants et une grande partie des fonctionnaires du Parlement, en tout pas loin de 4000 personnes, dont le renfort de leurs collègues du Luxembourg, troisième siège du Parlement, où sont installés le secrétariat général de l'institution ainsi que de nombreux services administratifs. C'est donc une logistique coûteuse qui outre le transport des personnes exige celui d'environ 200 tonnes de matériel, depuis les 3200 cantines de 40kg remplies de rapports et d'amendements dans toutes les langues jusqu' au matériel audiovisuel en passant par les appareils de réanimation cardiaque de l'infirmerie. Le surcoût total lié à l'existence de ces trois sièges du Parlement est de l'ordre de 200 millions par an. Quant au bilan carbone de cette navette mensuelle multiforme il serait de 20 000 tonnes de CO2, équivalentes à 13.000 allers-retours de vol Londres-New York. Ces arguments finissent par porter sur l'opinion publique européenne : en 2006, une pétition en ligne baptisée « One Seat » a receuilli1, 2 million de signatures de citoyens européens, reflétant sans surprise les positionnements nationaux avec par exemple 431.000 signatures aux Pays-Bas. En France, l'initiative n'a trouvé que 6.500 partisans.

La France s'obstine à nier l'évidence de cette fronde croissante et toute la classe politique s'arcboute sur l'héritage du « Parlement de Strasbourg ».  Paradoxalement d'ailleurs, l'Etat se désengage, le nouveau contrat de plan, à 244 millions, étant en recul de 56 millions sur le précédent, sevrant les compagnies aériennes de toutes les subventions nécessaires à élargir leur offre vers les capitales européennes. Le plus étrange c'est que le Parlement européen n'est pas vital à l'économie locale, avec ses 12 sessions parlementaires de 3 jours et demi, sinon en partie pour la restauration et les taxis, l'hôtellerie étant pour sa part en sous-capacité et sans difficulté à trouver une clientèle alternative touristique qu'elle refuse pendant les semaines parlementaires. Classée en 1988 au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO pour sa richesse et sa diversité architecturale, Strasbourg est en effet une des villes les plus visitées d'Europe. Son statut international est en réalité assuré depuis 1949  par le Conseil de l'Europe et son appendice, qui en fait la capitale européenne de la démocratie,  la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). La masse salariale de ces Institutions, 7000 fonctionnaires et diplomates de 47 Etats membres,  s'élève à  environ 160 millions d'euros dépensés pour l'essentiel dans les commerces de luxe, surreprésentés dans le centre de Strasbourg par rapport à d'autres villes de province de taille comparable, et soutient l'immobilier strasbourgeois.

Compensation sérieuse On n'ose d'ailleurs imaginer où en serait  les prix de l'immobilier, et la grogne des Strasbourgeois, si on suivait la seule idée opposée jusque là par Paris pour balayer l'argument du surcoût: installer à Strasbourg l'ensemble des services du Parlement européen. Une perspective absurde puisque les députés et fonctionnaires ne pourraient tout simplement plus accomplir leur travail législatif, sauf à faire venir quotidiennement et à prix d'or leurs partenaires et interlocuteurs habituels de la Commission, du Conseil et des lobbies restés à Bruxelles. Il faut néanmoins reconnaître que les alternatives évoquées jusqu'à présent par les pro-Bruxelles manquent trop de crédibilité pour être acceptables. Les idées d'installer le siège de l'Institut technologique européen, qui n'est en fait qu'un réseau pour l'essentiel informel, d'une grande université européenne, alors que la ville en est déjà une, ou d'un musée de l'Europe, ne font en effet pas le poids. Le projet de faire de Strasbourg la capitale de l'Europe de la défense, alors qu'elle accueille déjà l'Eurocorps, se rapprocherait davantage des critères d'une compensation sérieuse, mais outre le fait que le Quartier général européen demeure à ce stade dans les limbes, quand bien même il verrait le jour, on n'imagine mal nos partenaires l'éloigner de celui de l'OTAN...en Belgique.

Reste que le combat me paraît perdu d'avance et l'issue inéluctable. Déjà certains entendent se saisir d'une faille, extrapolant l'interprétation d'une missive de Joseph Daul au collège des Questeurs, qui organise la logistique des eurodéputés, demandant à ce que les membres puissent signer indifféremment dans l'un des trois sièges de l'Institution pour percevoir leur per diem, une indemnité additionnelle au salaire. Il suffirait que 150 députés utilisent cette facilité conçue pour les retardataires pour signer à Bruxelles sans poursuivre leur navette à Strasbourg pour empêcher d'atteindre certains quorums de vote et bloquer les travaux parlementaires. Face à ce boycott de fait, la France pourra toujours brandir le Traité, mais peut-on opposer le simple droit à une Assemblée d'élus demandant à choisir le lieu de leurs délibérations ? C'est une question de philosophie politique qui pourrait se poser plus tôt qu'on ne le croit.

Concession doublement gagnante pour la France C'est pourquoi je préconise que la France anticipe toute crise institutionnelle et prenne une initiative afin à la fois d'obtenir une compensation emblématique tout en tirant un profit européen de ce qu'elle pourra vendre comme une concession. Strasbourg doit accueillir les réunions du Conseil européen. Sur le plan pratique, c'est imparable. Hormis le petit secrétariat qui devrait accompagner le Président Herman van Rompuy, et son homologue de la Commission européenne, José Manuel Barroso, tous les autres participants viennent de toute manière par avion privé de leur capitale respective et atterrir à Strasbourg ou Bruxelles est indifférent en, termes de coût global. Sur le plan symbolique, c'est tout autant, sinon plus payant que le Parlement. Quel meilleur totem européen en effet pour Strasbourg que la réunion des Chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt Sept tous les deux mois ou presque, selon le rythme des dernières années et qui pourrait encore s'accélérer ? En vérité, il s'agirait d'une concession doublement gagnante pour la France qu'un Président de la République pourrait marchander en fin de nuit d'un Conseil européen, par exemple pour garantir le budget de la politique agricole commune ...C'est d'ailleurs au terme de la désastreuse négociation marathon du Traité de Nice que la Belgique a récupéré cette charge qu'elle ne demandait pas, ni les Bruxellois qui n'apprécient guère les perturbations engendrées par ces Sommets réguliers à haute sécurité en plein centre-ville alors que le quartier européen de Strasbourg est en revanche excentré.

Pour nombre des journalistes européens accrédités auprès des Institutions, Strasbourg serait en tout cas une découverte, et pour beaucoup des retrouvailles. En effet, le chevauchement des agendas, qui conduit souvent à privilégier les réunions du Conseil malgré la codécision parlementaire, et le coût d'un séjour à Strasbourg (environ 1000 euros transport compris), ont dissuadé beaucoup de rédactions d'envoyer leurs correspondant bruxellois à Strasbourg pour suivre les sessions où la présence journalistique est rare. Les eurodéputés qui s'en plaignent amèrement devront convaincre une fois à Bruxelles que leur disponibilité et la qualité et l'intérêt de leurs travaux n'est pas non plus en cause.

 

03/10/2010

La vie publique pas si fantomatique que ça de François Bayrou

Les chances pour François Bayrou, sinon sa capacité, de réunifier en 2012 toutes les composantes françaises du centrisme - et leurs électeurs - restent hypothétiques. Mais du moins aura-t-il apporté sa pierre ce vendredi à la recomposition de la vie politique italienne en rassemblant à une même tribune Francesco Rutelli, Gianfranco Fini et Pier Ferdinando Casini, en rupture de ban avec la gauche pour le premier, avec leur allié Silvio Berlusconi, pour les deux autres, tous trois étant désormais tentés par l'aventure d'un centre indépendant. Venus observer l'évènement, Piero Fassino, cheville ouvrière du Partito democratico, et Franco Frattini, homme lige du Cavaliere et son ministre des Affaires étrangères, contribuèrent par leur présence à donner crédit à cet aggiornamento qui agite la Péninsule depuis plusieurs mois.

 

Stature internationale Parrainer ce miracle à l'italienne, malgré toute l'amitié qu'il voue à son ami Rutelli, l'ancien maire de Rome, n'était néanmoins pas la principale raison du déplacement de François Bayrou dans la Ville Eternelle. Il s'agissait bien davantage de récolter les fruits d'un investissement politique et diplomatique discret et de longue haleine, depuis sa rupture avec l'UMP et le Parti Populaire Européen (PPE) en 2004 et la fondation du Parti Démocrate Européen (PDE), dont il est co-président et Marielle de Sarnez, secrétaire générale. Parti européen de dimension encore modeste avec une dizaine de partis centristes issus d'autant d'Etats membres de l'UE, le PDE ne s'en insère pas moins dans un réseau international, l'Alliance des Démocrates, qui organisait donc ce vendredi à Rome une conférence de haut niveau sur le thème « Sécurité, Développement, Démocratie », ouverte en visioconférence par le Premier ministre nippon, Naoto Kan, président du Parti Démocrate du Japon, et conclu par François Bayrou, président du Mouvement Démocrate en France, qui va conforter cette stature internationale par une série de visites, dont la première programmée justement au Japon et en Corée du Sud du 7 au 16 octobre.

 

Le déroulé cohérent des débats, les témoignages parfois poignants et toujours passionnants venus des Cinq Continents, dessinèrent un tableau contrasté de l'état du monde au regard du principe premier que défendaient tous les participants: le respect des droits de l'homme, de l'Etat de droit, de  la démocratie. L'intérêt de cette conférence était de ne pas tomber dans l'angélisme pleurnichard mais d'illustrer le lent cheminement qui doit conduire patiemment à l'édification d'un système universel de valeurs démocratiques, tant il est vrai que « la démocratie est un projet pour toute l'humanité » a rappelé François Bayrou dans son discours final. Massoud Barzani, le Président du gouvernement kurde de la République fédérale d'Irak, se fera parmi d'autres à la tribune le porte-voix de cette certitude : « J'entends souvent dire qu'il n'y a pas de valeurs humaines universelles mais des séparations culturelles inconciliables. Ce n'est pas vrai. L'immense majorité des habitants du monde partagent les mêmes valeurs et refusent de persécuter ou de voir leurs familles persécutées pour des questions d'origine ethnique, de religion ou d'opinion ».  

 

Démocratie de nécessité Au commencement est la « démocratie de nécessité », selon l'expression de François Bayrou, celle qui permet tout simplement de vivre et de protéger les siens en renonçant à la violence. C'est l'expérience portée par Luka Biong Deng, un ministre du Mouvement Populaire de Libération du Soudan, les ex-rebelles du Sud du pays qui ont accepté de déposer les armes à Khartoum, après des années de guerre civile particulièrement meurtrière et dans l'attente d'un référendum d'autodétermination en 2011, dont l'issue sécessionniste ne fait guère de doute, beaucoup moins son acceptation par Omar El Béchir, le dictateur islamiste soudanais, toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt devant la Cour internationale de Justice pour crime contre l'humanité. Expérience partagée par Sam Rainsy venu lui aussi raconter sa tentative de compromis électoral avec le pouvoir dictatorial en place à Phnom Penh mais contraint aujourd'hui à l'exil après avoir écopé de 10 ans de prison pour un motif imaginaire et alors que les meurtres des militants de son mouvement se multiplient à l'initiative des ex-communistes devenus affairistes du Parti populaire cambodgien au pouvoir. Tous les deux ont appelé au soutien de la communauté internationale.

 

Ce soutien, l'Afghanistan en a profité pour chasser les Talibans et passer à la seconde phase de la démocratie, la « démocratie de liberté » dont parle toujours François Bayrou, qui voit la mise en place d'un embryon d'Etat de droit. Certes, comme l'a reconnu Rangeen Dafdar Spanta, président du Conseil national afghan de sécurité, « la démocratie se heurte à des difficultés lorsqu'elle est imposée par la guerre ». Pourtant il ne regrette rien : « Tout ce qui était moderne, les valeurs de la civilisation, les droits de l'homme et de la femme étaient bafoués par les Talibans au pouvoir à Kaboul qui ont voulu imposer ce renversement de valeurs au monde. C'est ce qui a donné le 11 septembre. Cela justifiait l'intervention militaire ». Mais cette guerre incertaine ne fait pas oublier à Rangeen Dafdar Spanta l'objectif de son engagement démocrate: le développement de son pays car « sans investissements, il n'y aura pas de routes, sans routes, il n'y aura pas de commerce, sans commerce, il n'y aura pas d'emplois, et sans emplois, la spirale du terrorisme se réenclenchera ».

 

Stratégie de tension Heureux sont les Européens, parvenus à la troisième phase de leur développement politique, « la démocratie de souveraineté, qui permet aux peuples, souligne François Bayrou, de participer à la définition de leur propre destin pour faire face aux problèmes globaux ». C'est tout le choix de la construction européenne qui vient conforter et compléter des démocraties nationales solidement ancrées. Inigo Urkullu, président du Parti national basque, n'a pas dit autre chose. Evincé du pouvoir à Bilbao en 2009, après 29 ans de règne sans partage, par une coalition improbable entre le PP et le PSOE, le PNV n'en a pas pour autant rallier les extrémistes. « L'offensive de l'ETA n'est jamais parvenue à rompre l'unité démocratique basque au sein d'une Espagne où les Basques sont autonomes, dotés de leurs propres Institutions reconnues tant à Madrid qu'à Bruxelles. L'Europe nous a garanti la paix depuis un demi siècle » assène M. Urkullu. Même garantie ressentie par Pawel Piskorski, leader du Parti démocratique polonais, qui déplore la stratégie de tension avec la Russie entretenue par la classe politique de son pays. « Je n'apprécie pas le gouvernement Medvedev/Poutine mais il faut être honnête, il ne menace pas la paix du continent », remarque-t-il. Et si la Pologne a des craintes pour son approvisionnement énergétique, la solution passe par une politique commune européenne de l'énergie, pas par la confrontation, estime cet ancien maire de Varsovie et compagnon politique de feu Bronislaw Geremek.

 

La force de cette Conférence était d'abord d'insister sur la fragilité de la démocratie. C'était de voir Dani Haloutz, ancien chef d'état-major de Tsahal reconnaître qu'Israël faisait des « erreurs » dans le traitement économique et social de la question palestinienne ou encore Rajiva Wijnesinha, secrétaire général du Parti libéral du Sri Lanka, avouer que son pays aurait pu se passer de cette longue guerre civile avec les séparatistes Tamouls, enfin achevée en 2009, si le gouvernement cingalais de Colombo avait davantage pris en compte dès l'origine les besoins sociaux, économiques et culturels de cette minorité nationale. La force de cette conférence était ensuite de rappeler l'actualité de la démocratie alors qu'un modèle alternatif autoritaire se fait jour à Pékin. C'est toute l'inquiétude de James To, député démocrate de Hong Kong, interdit de séjour en Chine continentale car « la Chine ne pense pas que la démocratie soit une valeur universelle ». « L'Asie doit démontrer son utilité sur le plan démocratique comme elle l'a montrée sur le plan économique », constate sa collègue députée du parti démocrate progressiste de Taïwan, Bi-Khim Hsiao.

 

Stade ultime du projet humaniste La grande force de cette conférence était enfin de réunir tant de démocrates sincères, de John Podesta, président du Center for the American Progress, le think tank de l'aile gauche du Parti démocrate américain, à Mohammed Nosseir, secrétaire international du Front démocratique égyptien, en passant par Kasit Piromya, ministre des Affaires étrangères du Thaïlande, de les entendre faire part de leurs doutes mais aussi de leur espoir de passer un jour à la « démocratie du développement », le stade ultime du projet humaniste, a conclu François Bayrou, citant Marc Sangnier : « la démocratie est l'organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun ».

16/09/2010

De l'influence des grèves sur le calendrier parlementaire européen

 

La grève du 23 septembre a ressuscité la traditionnelle querelle du siège au Parlement européen où partisans de Strasbourg et Bruxelles se sont écharpés sur l'opportunité de savoir s'il fallait siéger ce jour en session plénière, quitte à prendre le risque que les 754 eurodéputés et les 2000 assistants parlementaires et fonctionnaires qui les accompagnent dans leur travail demeurent en rade, faute de transport. Il faut savoir en effet que la semaine prochaine est la semaine de transhumance de Bruxelles à Strasbourg, du lundi au jeudi, pour les sessions plénières au cours desquelles les députés débattent et votent les textes examinés préalablement en commissions parlementaires à Bruxelles le reste du mois.

Les anti-Strasbourg, à l'instar de Daniel Cohn-Bendit, qui ne manquent pas d'arguments pratiques, plaidaient pour que la session s'interrompe le mercredi en fin d'après midi afin que chacun puisse regagner ses pénates bruxelloises. Les pro-Strasbourg, dont le président du PPE, l'Alsacien Joseph Daul, qui ne manquent pas d'arguments symboliques, défendaient mordicus que la session devrait durer le temps prévu par le règlement. Son homologue du groupe S &D, l'Allemand Martin Schulz, a même poussé l'idée plus loin en évoquant que la session se prolonge jusqu'au vendredi. Mais dans ce jeu de rôle, les Présidents de groupe gardaient aussi en tête que leur troupe, les eurodéputés, du moins certains d'entre eux, n'étaient pas très chaud à la perspective de perdre leur per diem du jeudi, soit 298 euros.

Du coup, aidée en cela par la maigreur de l'ordre du jour prévisionnel, la Conférence des Présidents des groupes parlementaires a trouvé hier une solution de compromis qui satisfera tout le monde. La session de nuit de mercredi a été supprimée et le débat du jeudi se résumera à la question capitale de la "future allocation budgétaire au profit de l'Instrument de voisinage et de partenariat", suivi de votes sans appel nominal, ce qui signifie que ceux qui ont signé le matin à 9h à l'ouverture de la séance ne seront pas contraints d'attendre midi et l'heure des votes où leur absence ne sera donc pas remarquée. Les autres pourront partir la veille l'esprit tranquille, mais sans per diem. Quant à la piétaille, assistants, personnels de séances et de groupes, ils se débrouilleront....mais ne vous inquiétez pas pour eux, tous leurs frais (dont les miens) seront pris en charge!

 

 
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