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27/01/2011

Friture sur la ligne UMP Paris-Bruxelles

Décidemment l'information fonctionne mal entre Paris et Bruxelles, et même plus précisément entre Nicolas Sarkozy et ses amis politiques dans la capitale européenne. Il y a d'abord eu cette attaque frontale, avant hier lors de sa conférence de presse,  contre un document que prépare la Commission européenne sur l'accès de l'UE aux matières premières, lequel minimiserait l'impact de la spéculation sur ces marchés. De fait cette analyse tomberait mal puisqu'elle contredirait toute l'argumentation qu'entend déployer  au contraire le Président français au G20 pour justifier sa proposition d'une régulation mondiale des marchés des matières premières, comme les terres rares ou les matières premières agricoles. Inquiétude curieuse de la part de Nicolas Sarkozy puisque ce procès d'intention  vise concrètement l'un des siens, Michel Barnier, en charge de ce dossier. Le commissaire Barnier ne ménage pourtant pas ses efforts, au point qu'il est baptisé Che Guevara à Bruxelles par ses collègues et hauts fonctionnaires libéraux, et son administration dénommée DG Marx (pour DG Markt, direction générale du Marché intérieur), tant son engagement - et ses premières réalisations - en matière de réglementation financière tranche avec la ligne de son funeste prédécesseur, Charlie Mc Creevy.

Aujourd'hui nouvelle friture sur la ligne UMP touchant cette fois le Parlement européen. Alors que Nicolas Sarkozy, dans la foulée de l'affaire du Médiator, a décidé hier à reprendre les conclusions de la commission de réflexion pour la prévention des conflits d'intérêts dans la vie publique, pour annoncer le prochain dépôt d'un projet de loi sur la déontologie dans la vie publique, les eurodéputés UMP de la commission parlementaire de la Santé publique se sont opposés à ce que les déclarations d'intérêt des membres de  l'Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA) soient vérifiées par une instance indépendante. La nouvelle présidente du conseil d'administration de l'AESA s'était récemment distinguée en omettant de signaler son appartenance au puissant lobby International Life Science Institute (ILSI), regroupant la plupart des groupes agrochimiques actifs dans les OGM. Ce type de contrôle devrait pourtant être expressément prévu par la loi française afin de parer aux conflits d'intérêt... par exemple dans les cabinets ministériels noyautés par des représentants de lobbies pharmaceutiques. Mais il est vrai que l'UMP est dure à suivre sur ces questions et peut être les eurodéputés sarkozystes s'en sont tenus à la position minimaliste voilà peu défendue par Jean-François Copé et son compère Christian Jacob lorsqu'il s'agissait de la déontologie et des conflits d'intérêt des élus....

24/10/2010

La vie publique pas si fantomatique que ça de Robert Rochefort

Ceux qui, comme moi, ont découvert Robert Rochefort en écoutant ses chroniques dans l'émission du week-end de Dominique Souchier sur Europe 1, n'auront pas été étonné par sa prestation lors du séminaire qu'il a organisé vendredi dernier à Paris, sous l'égide de l'Institut européen des Démocrates (IED), le centre de réflexion du Parti Démocrate Européen (PDE), dont le MoDem est membre-fondateur. Comme à la radio, où l'ancien directeur général du Centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) interrogeait le modèle social français sous le prisme de ses réalités, il s'est attelé a expliquer l'enjeu réel de la réforme des retraites à l'aune de sa cause profonde: le vieillissement de la population, dont la conséquence majeure en 2050, tant en termes de pensions que de soins et de dépendance, sera d'augmenter de quasiment 5% du PIB les dépenses publiques partout dans l'UE. Comment adapter nos sociétés à ce défi démographique ? C'est tout l'objet d'un rapport que prépare le vice-Président du MoDem et député européen, en vue du prochain Congrès du PDE, et dont cette réunion devait éclairer sa réflexion.

Malicieux, Robert Rochefort avait choisi pour étayer le débat d'inviter des experts européens dont les approches contrastées, mais complémentaires, ont animé le séminaire. Mikko Myrskylä et Tomas Sobotka, deux jeunes démographes, l'un finlandais, l'autre tchèque, chercheurs respectivement à l'Institut Max Planck en Allemagne et à l'Institut démographique de Vienne ont dévoilé les toutes dernières études, au demeurant plutôt encourageantes, puisque le taux de fécondité ne s'écroule plus, voire progresse à nouveau, notamment en Europe du Nord. L'augmentation du niveau de vie et l'égalité homme/femme seraient les principaux facteurs expliquant cette dernière évolution,  insuffisante toutefois au renouvellement des générations. Pour Mikko Myrskylä, c'est un faux problème : « Plus que la stagnation des naissances, le vecteur du vieillissement de la population est l'augmentation de l'espérance de vie. Mais les personnes âgées aujourd'hui peuvent être actives car elles sont en meilleure santé que celles du même âge il y a 30 ans ». « L'Italie du Nord a une faible natalité depuis 50 ans et c'est pourtant la région la plus dynamique économiquement », a expliqué de son côté Tomas Sobotka, non sans reconnaître que l'immigration, à commencer par celle du Mezzogiorno, jouait un rôle important dans ce phénomène.

Palmarès démographique Brigitte Lestrade, directrice d'études germaniques à l'université de Cergy-Pontoise, témoignait pour sa part d'une autre expérience, moins optimiste. Celle de l'Allemagne où 25% des femmes (contre 12% en France) n'ont pas d'enfants. Un taux qui atteint 40% pour les diplômées. Rien d'étonnant si l'on songe que ce pays est le moins accueillant à la maternité d'Europe : une femme qui travaille et laisse en garde son enfant est qualifiée de Rabenmutter, « mère corbeau », une mauvaise mère, quoi, et ça veut tout dire ! L'occasion pour Robert Rochefort de vanter le système français. Un «paquet », fait de crèches, de maternelles, de congés parentaux, et reposant sur un régime attrayant d'allocation et de primes, qui depuis plusieurs années permet à notre pays d'être en tête dans le palmarès démographique de l'UE. Reste que le vieillissement menace tout autant notre pays avec un taux de plus de 40% de personnes de plus de 65 ans à l'horizon 2030, et ce malgré une population en accroissement à plus de 67 millions. Pour Annamaria Simonazzi, de l'université Sapienza de Rome, avec un tel besoin en matière de dépendance et de soins à domicile, c'est un véritable bouleversement sociologique qui nous attend, au point d'imaginer un retour de la cohabitation entre les générations, les plus jeunes devant s'occuper des anciens grâce à un nouveau régime de solidarité qu'il reste à bâtir et à adapter aux contraintes professionnelles. « Un quasi marché, a-t-elle prédit, où la famille sera le pivot d'une gamme de services rétribués à la personne homologués par les pouvoirs publics »

Moins de jeunes arrivant chaque année sur un marché du travail vieillissant et des opportunités stables d'emplois de service à la personne devraient réduire sensiblement le chômage à l'avenir. Mais c'est bien la seule dépense publique qui devrait baisser, avec l'éducation - et encore, sans prendre en compte les besoins de formation continue des salariés âgés dont le maintien à l'emploi sera une priorité. Pour le reste, le financement des retraites, même tardives, et du nouveau système social lié au vieillissement seront une charge croissante sur l'ensemble de l'économie. Cette perspective crédibilise plus encore la nécessité pour nos pays de se désendetter afin d'acquérir de nouvelles marges de manœuvres, a analysé Jérôme Vignon, ancien directeur à la protection sociale de la Commission européenne. « L'ampleur du chantier est tel que les entreprises devront y prendre toute leur part et pas seulement les budgets publics. Le renouvellement des générations, l'emploi des jeunes et des seniors, l'éducation et la formation professionnelle, sont des impératifs dont les entreprises ne peuvent s'exempter au motif de la mondialisation », a-t-il dit en regrettant que cette dimension de responsabilité sociale des entreprises ne figure pas dans la Stratégie de politique économique UE 2020 adoptée en mars dernier par le Conseil européen.

 

21/10/2010

Sidonia, l'oie blanche du budget européen

Son nom est Jędrzejewska, mais comme c'est imprononçable chacun l'appelle par son prénom, Sidonia. Une familiarité qui n'est pas nécessairement une marque d'estime de ses collègues, encore moins d'amitié, tant elle a tout d'une oie, copie conforme de cette Sidonie sans cervelle tentant d'échapper à Croquetout le renard dans cette série d'animation de ma jeunesse Aglaé et Sidonie. Car ses limites, Sidonia Jędrzejewska les a abondamment démontrées depuis sa nomination comme rapporteur du budget européen 2011. Apparatchik de la Plate forme civique, le parti chrétien-libéral de l'actuel Premier ministre Donald Tusk, elle a intégré le groupe parlementaire du Parti Populaire Européen comme administratrice au budget (normal, elle est sociologue de formation....), avant d'être élue eurodéputée en juin 2009.

 

Propos délirants Sa première grande gaffe, elle l'a accomplie en mai dernier. Alors qu'après des mois d'âpres batailles, sur fond de crise obligataire dévastatrice,  les Vingt Sept étaient enfin parvenus à créer le Fonds européen de stabilisation financière (FESF), doté de 750 milliards dont 60 milliards de capacité d'emprunt pour la Commission européenne, gagés sur le budget de l'UE, Sidonia tient sa première conférence de presse sur le budget 2011. Contente et sûre d'elle, elle explique alors doctement qu'il est juridiquement et financièrement impossible pour le Parlement d'accepter le montage ainsi opéré par le Conseil. Heureusement, hormis l'agence polonaise PAP, aucune agence internationale, notamment financière comme AP Dow Jones  ou Reuters, n'étaient présentes pour relayer ces propos délirants: on n'ose en effet imaginer les conséquences sur les marchés d'une dépêche annonçant que ce volet hautement symbolique du plan de sauvetage européen est mort-né parce que le Parlement ne le voterait pas!

 

Mais Sidonia ne s'arrêta pas en si mauvais chemin. En charge du budget 2011, cette fade technocrate se consacra au budget 2011, sans la moindre jugeote politique sur l'opportunité qu'il y aurait peut être à utiliser la nouvelle procédure budgétaire créée par le Traité de Lisbonne et qui renforce considérablement les prérogatives du Parlement européen. Bien au contraire, Sidonia s'attelle à boucler avec les ministres européens des Finances un accord à la baisse, mais ménageant naturellement la manne agricole et les Fonds régionaux dévolus à son pays d'origine. Il a fallu tout le talent d'Alain Lamassoure, président de la Commission des Budgets, et l'insistance de son président de groupe, Joseph Daul, pour qu'elle consente à ce que le Parlement exerce pleinement ses nouveaux pouvoirs budgétaires.

 

Ultime pleurnicherie Contre son avis, le bras de fer a été engagé hier à Strasbourg, la session plénière du Parlement lançant un ultimatum au Conseil, non tant sur le budget de l'année prochaine lui-même, mais sur l'avenir des finances européennes. A l'initiative de Guy Verhofstadt, le président de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), où siège le MoDem, le Parlement exige en effet en préalable que les chefs d'Etat et de gouvernement s'engagent à doter l'UE de ressources autonomes, sous une forme qu'il reste à déterminer. L'enjeu est de pouvoir continuer à financer les politiques communes existantes, comme la PAC ou la politique régionale,  mais aussi de nouveaux programmes, davantage tournés vers l'avenir comme la recherche, la politique spatiale ou des infrastructures de télécommunications ou d'énergie.

 

Tant d'ambition désole Sidonia, qui a aussitôt dénoncé dans la presse polonaise de ce matin ces "Messieurs" qui prennent le risque d'un échec, en poussant le Conseil dans ses retranchements, et s'alarmant que faute de conciliation, les paysans et les voïvodes polonais puissent être privés de subventions. Nonobstant le fait que ce ne sera pas le cas, quoiqu'il arrive, cette ultime pleurnicherie, aux accents égoïstes, de la rapporteur au budget 2011, sème le doute sur la détermination du Parlement. C'est en effet cette "Dame" qui conduira la délégation parlementaire pour négocier avec la délégation ministérielle une position à laquelle elle ne croit manifestement pas... J'espère qu'il existe au PPE un Croquetout pour surveiller cette oie blanche en politique avant de la renvoyer pour le reste de la législature dans son poulailler de technocrate dont elle n'aurait jamais du sortir.

 
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