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18/02/2011

Vous avez aimé les OGM, vous allez adorer la viande clonée

Chacun se souvient de Dolly, cette brebis écossaise, premier mammifère cloné  en 1996.  Il fallait être un positiviste bêlant pour imaginer que cette entorse à la nature n'avait d'autres motivations que la recherche scientifique. De fait, l'industrie agro-alimentaire n'était pas loin derrière cette bio-étable. Lentement, mais sûrement, à coup de centaines de millions de dollars d'investissements, des Dolly se sont multipliées, passant du mouton à la chèvre et de la chèvre à la vache, jusqu'à ce jour de janvier 2008 où la Food and Drug Administration donna son aval à la commercialisation aux Etats-Unis de produits alimentaires dérivés d'animaux clonés. 48 heures plus tard la Commission européenne déposait un projet de règlement sur les nouveaux aliments. Pudiquement, le texte proposait, outre l'utilisation de nanomatériaux dans la fabrication de "nouveaux aliments",  la mise sur le marché européen de denrées «provenant d'animaux produits au moyen de techniques de reproduction non traditionnelles». En clair, la vente en supermarchés de lait ou produits laitiers issus de bêtes clonées, ainsi que de la viande.

Diktat américain Trois ans plus tard, la négociation entre le Conseil des ministres et le Parlement européens entre aujourd'hui dans sa phase finale. Les positions sont radicalement divergentes, les Vingt Sept  réclamant la commercialisation immédiate des produits issus du clonage, les eurodéputés préconisant au contraire un moratoire en attendant une réglementation spécifique, et en tout état de cause, en cas de compromis avec le Conseil, une traçabilité totale pour ce type de nourriture avec un étiquetage obligatoire. « Bandes de cons ! » est venu cette semaine leur dire en substance Karel de Gucht , en marge de la session plénière. Et l'ineffable et le peu aimable commissaire au Commerce extérieur d'augurer aussitôt une guerre commerciale avec les Etats-Unis, le Brésil, l'Argentine, l'Australie, bref les pays où l'on clone déjà les meilleurs bovins et dont les descendants sont au cœur de la polémique. Ce sont eux en effet, plus que leurs parents trop chers à ce stade à fabriquer pour être abattus ou traits, dont on redoute la dissémination sous forme de yaourt ou de steack et que M. de Gucht juge impossible d'étiqueter « issus du clonage », relayant ainsi un diktat américain. On aurait attendu d'un commissaire payé 20 000 euros par mois par le contribuable européen plus de considération pour la position unanime de tous les groupes parlementaires confondus plutôt qu'une retraite en rase campagne avant tout combat à l'OMC.

Le lobbying actif de M. de Gucht contre la position du Parlement a d'ailleurs beaucoup choqué nombre d'eurodéputés. L'ultime tentative de conciliation avec le Conseil est proche et ce comportement affaiblit considérablement la position de Strasbourg. Car sans le soutien de la Commission, les amendements du Parlement n'ont aucune chance de passer au Conseil. L'attitude du commissaire au Commerce extérieur a été d'autant plus vécue comme une trahison qu'il empiétait sur les plates-bandes de son collègue John Dalli, pourtant officiellement en charge du dossier en tant que commissaire à la Santé et à la Protection des consommateurs, lequel penche plutôt du côté du Parlement. Au final toutefois, en cas de blocage persistant, la procédure veut que les eurodéputés aient le dernier mot. Mais seulement pour enterrer le texte, non pour imposer leurs vues aux ministres européens, sauf si ces derniers l'acceptent naturellement.. Pour reprendre le débat législatif,  il faudra alors que la Commission présente une nouvelle proposition. Certes certains pourraient profiter en attendant de ce vide juridique. Déjà l'été dernier, les médias britanniques avaient découvert un fermier écossais qui commercialisait des bovins, issus d'embryons d'une vache américaine clonée. Mais ce temps pourrait aussi être mis à profit pour porter ce dossier mal connu sur la place publique.

La vache qui valait 3 milliards Un produit alimentaire nouveau qui suscite la polémique? Des tensions politiques en tout sens sous la pression confuse et contradictoire des industriels, des consommateurs et de l'opinion publique? Ce débat m'en rappelle furieusement un autre. Celui sur les OGM dans les années 90' Même tentation des industriels de passer en force, même menace de guerre commerciale, même résistance européenne. Si aujourd'hui, 20 ans plus tard, les bio-semenciers américains sont contrariés dans leurs ambitions initiales de conquête planétaire, c'est bien grâce à l'Europe, et déjà largement à l'initiative du Parlement. Je sais que certains diraient plutôt à cause de l'Europe et non grâce à elle, déplorant une société vieillissante rétive au progrès. Il est de fait rageant qu'une invention européenne trouve ses développements pratiques et rentables aux Etats-Unis. Reste que le biobusiness est seul responsable de cette déconvenue. En ne cessant depuis 15 ans d'alimenter les soupçons de conflits d'intérêts au sein des instances scientifiques en charge des autorisations de mise sur le marché, l'industrie se tire en fait une balle dans le pied, sapant la confiance de l'opinion publique dans la crédibilité des avis scientifiques. L'affaire du Médiator a été édifiante à cet égard en France. Au niveau de l'UE, l'Autorité européenne de sécurité alimentaire, qui a donné son agrément à la commercialisation des produits clonés dès 2007; n'est pas non plus exempte d'interrogations concernant certains de ses membres.

Toutefois, la plus grosse erreur de l'industrie agro-alimentaire, et celle qui pourrait au final lui coûter fort chère, c'est de confondre le consommateur européen avec le consommateur américain. La cuisine varie certes en qualité d'un bout à l'autre à l'Europe mais je ne connais pas de pays qui n'ait de spécialité culinaire à faire goûter au touriste. En vérité, la vache qui valait 3 milliards fait tâche sur tous les terroirs européens, de l'Irlande à la Pologne, du Schleswig-Holstein à l'Extremadura,  car cette fronde contre la bio-bouffe n'affecte pas que la France. Un sondage à l'échelle de l'UE réalisé auprès de 25 000 personnes en 2008 avait ainsi montré que 80% des Européens se méfiaient des produits clonés et la moitié assuraient qu'elles n'en consommeraient jamais. On comprend bien la catastrophe qui menacerait dès lors toutes les filières d'élevage, déjà fragilisées par une baisse tendancielle de la consommation de viande. Surtout si l'ouverture aux produits clonés devait se faire sans  traçabilité, ni étiquetage. D'ailleurs le monde paysan est plus que divisé et se demande si le jeu en vaut bien la chandelle. Comme pour les OGM.

13/10/2010

Lady Ashton, la pétroleuse

Ne dites pas à la mère de Catherine Ashton que sa fille est ministre britannique de l'Industrie, elle croit qu'elle est Haute représentante à la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE. Lady Ashton, vice-Présidente de la Commission européenne en charge de la diplomatie de l'UE,  est en effet intervenue hier lors de la réunion du collège des commissaires pour défendre sans vergogne les intérêts pétroliers de son pays, au mépris de toute déclaration d'indépendance à l'égard de la Couronne. En cause: les mesures de précaution à envisager en Europe, suite à  l'accident de la plateforme Deepwater Horizon de BP, cet été dans le golfe de Floride. Alors que son collègue commissaire à l'Energie, l'Allemand Günther Oettinger, était parvenu encore vendredi, en réunion préparatoire, à convaincre qu'il serait sage d'observer un moratoire sur le forage dans les eaux profondes européennes, Mme Ashton a retourné la salle avec un argument massue: l'article 194 §2 du Traité de Lisbonne reconnait "le droit d'un État membre (entendez du mien) de déterminer les conditions d'exploitation de ses ressources énergétiques".  En clair: est-il opportun de contrarier Londres avec une proposition aussi contestable sur le plan juridique?

La sécurité des plateformes pétrolières offshore est liée pour l'essentiel à la profondeur du forage. Et en toute logique, plus c'est profond, plus les conséquences sont potentiellement graves. De fait, en cas d'accident, les plongeurs peuvent descendre réparer  au mieux jusqu'à environ 200 mètres,  un robot jusqu'à 1 000 mètres, mais  au-delà, comme on a pu le voir lors des opérations de colmatage de Deepwater, les opérations deviennent beaucoup plus complexes. Or sur les 360 plateformes pétrolières en mer que compte l'Union, 165 forent à plus de 250 mètres de profondeur, la plupart en mer du Nord où 22 plateformes britanniques forent même à plus de 1000 mètres. En vraie lobbyiste de BP, Catherine Ashton, que l'on connaît moins dégourdie lorsqu'il s'agit de ses propres dossiers, s'est donc attaché à saboter la mesure phare envisagée par Günther Oettinger: le gel de tout nouveau permis d'exploitation en eaux profondes. Reste que courant 2011, Bruxelles devrait néanmoins présenter des propositions législatives visant à renforcer la capacité technique des prospecteurs ainsi que leur capacité financière à gérer les conséquences d'un accident. En cas d'urgence, voyez avec Oettinger, Lady Ashton aura sûrement un avion à prendre.

 
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