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17/05/2011

La Nakba

L'onde de choc des frasques strauss-kahniennes n'a pas fini d'ébranler notre pays, dont l'ensemble des tréfonds sont aussi sûrement fissurés que les structures de la centrale de Fukushima. Car après le tremblement de terre du week-end, c'est bien un véritable tsunami diplomatique et politique qui est maintenant entrain de submerger la France.

Notre réputation européenne et internationale, tout d'abord. Avec le retrait précipité de DSK s'ouvre sans doute une nouvelle période de gouvernance pour le FMI, dont la direction générale est promise dès l'origine à un Européen et qui pourrait tomber désormais dans l'escarcelle d'un grand pays émergent, aidés par un coup de pied de l'âne des Etats-Unis. Nos partenaires de l'UE n'apprécieront guère, et à juste titre, de se voir ainsi sacrifiés à cause d'un Français volage et violeur, d'autant que rien ne garantirait alors à l'avenir la même sollicitude du FMI à l'égard de nos ennuis financiers persistant.

Notre égo national en est du coup profondément affecté, tant la gifle de la photo de DSK menottée à la Une de toute la presse internationale en a fait plus pour nous faire comprendre ce qu'est la mondialisation que bien des cours du professeur Strauss-Kahn. Aucune des certitudes françaises n'a résisté Nous pensions avoir un grand économiste french loveur, que le monde entier nous enviait, nous avons le matricule 1225782, accusé de séquestration et de viol. Nous pensions qu'un ancien ministre d'Etat, dirigeant du FMI pouvait régler dans la discrétion avec la justice, ce genre d'écart, nous oubliions qu'aux Etats-Unis même Bill Clinton, alors Président, a du batailler pendant des mois publiquement avec un juge sur le caractère sexuel ou non des fellations de sa stagiaire.

Piège de la Vème République Notre système médiatique ressort aussi étrillé de cette affaire sidérante. Je confesse moi-même n'avoir pas pris la mesure des anecdotes plus ou moins croustillantes et véridiques circulant sur le personnage et dont Jean Quatremer s'était d'ailleurs fait l'écho dès 2007. Je n'interviens jamais sur son blog puisque j'ai l'occasion de lui parler de vive voix assez souvent. Je me souviens pourtant à l'époque avoir contesté sa vision des choses, la jugeant un peu trop "père la pudeur". Je pensais qu'il y avait loin d'un charmeur à un harceleur, d'un homme empressé à un homme violent. A l'évidence, j'ai eu tord et ce cas pathologique aurait mérité un traitement médiatique bien différent avant qu'on en soit là.

Nos Institutions politiques enfin montrent clairement leurs limites. Alors que tout le monde s'empresse de désigner François Hollande comme successeur logique de DSK dans l'opinion, je voudrais rappeler que non seulement ce dernier n'a pas la garantie que les primaires ne se transformeront en pétaudière, mais surtout il n'a jamais sérieusement envisagé de les gagner. Son objectif était de devenir Premier ministre du Président Strauss-Kahn, l'homme providentiel, seul capable d'unir le PS et le centre pour une politique social-libérale pro-européenne. Autrement dit, le piège de la Vème République se referme une fois de plus sur la France qui s'achemine vers un second tour Marine Le Pen-Nicolas Sarkozy, dont on peut imaginer le résultat et appréhender les conséquences.

15/02/2011

Pauvre Florence Cassez, si loin de la justice et si prés de Felipe Calderon

Ainsi donc, vexé des remontrances françaises autour du cas judiciaire de Florence Cassez,  Mexico nous privera d'une Année mexicaine à Paris. Caramba! Jamais nous ne saurons si la culture mexicaine dépasse le sombrero, la téquila et le mariachi. Ce que nous savons par contre c'est que le Mexique n'est pas seulement le pays de Speedy Gonzales, mais aussi de la justice expéditive. 60 ans de prison pour "complicité de prise d'otages", c'est en effet cher payé. Surtout quand on sait les conditions rocambolesques dans lesquelles la jeune française imprudente dans ses amours a été condamnée. Depuis l'arrivée de Felipe Calderón à la tête du Mexique, en décembre 2006, pas moins de 28 000 personnes ont été tuées dans différents règlements de comptes et affrontements entre l'Etat et les narcotrafiquants. On comprend son souci d'apparaître intransigeant face au crime organisé. On comprend moins cet acharnement judiciaire contre notre compatriote.

Bien sûr, arrivée en touriste en août 2003, Florence Cassez aurait mieux fait de ne pas croiser la route de ce beau gosse  d'Israel Vallarta. Bien sûr, elle aurait pu se poser des questions sur les moyens de subsistance d'un amant aussi riche pour se payer splendides villa, voitures de luxe et gardes du corps. Bien sûr, elle aurait pu s'interroger sur les pratiques douteuses qui se déroulaient sous ses yeux, ou pas bien loin. Bien sûr. Reste qu'il est prouvé que son arrestation le 9 décembre 2005, soit disant en direct par l'Agence fédérale d'investigation (dont le patron est depuis devenu ministre de la Sécurité intérieure) dans la maison où étaient retenus trois otages, est un montage grossier, une reconstitution effectuée devant les caméras de télévision alors qu'elle avait été arrêtée la veille, au volant de sa voiture loin des lieux du crime. Reste que ce type de manipulation policière est une infraction flagrante à toutes les règles judiciaires et que le déni de justice dont Florence Cassez est victime (sa condamnation définitive vient d'être confirmée par la Cour de Cassation mexicaine) est un scandale. Reste donc que c'est à bon droit que les autorités françaises annonçaient d'avance qu'elles profiteraient de l'Année du Mexique pour évoquer régulièrement cette affaire et réclamer son extradition.

Principes avant le business L'histoire entre le Mexique et l'Europe est jalonnée de conflits, avec l'Espagne, ex-puissance coloniale, mais aussi avec la France dont l'armée a occupé le pays entre 1862 et 1867 pour y imposer un empereur autrichien! La réconciliation remonte à la visite de de Gaulle en 1964, un immense triomphe populaire qu'explique largement l'antiaméricanisme du grand Charles dans ce pays où l'ancien Président Porfirio Diaz se plaignait par cette formule célèbre de sa proximité avec les Gringos: "Pauvre Mexique! Si loin de Dieu, si près des États-Unis". L'UE et le Mexique sont liés depuis 2000 par un Accord de libre-échange qui entre cette année dans sa phase finale de mise en oeuvre. Le libre échange, c'est bien, surtout dans ce cas précis où exceptionnellement la France en bénéficie largement (2,7 milliards d'euros d'exportations en 2010 contre 535 millions d'importations). L'échange de cellule de Mexico à Paris pour Florence Cassez, ce serait mieux. Pour une fois que Nicolas Sarkozy fait passer les principes avant le business, je ne m'en plaindrais pas.

22/01/2011

Bruxelles est un loup pour l’Europe

Si aucun arrangement n'est trouvé d'ici mercredi, la Commission de Bruxelles devrait bientôt se distinguer une nouvelle fois par une de ces décisions absconses et obtuses dont elle a le secret pour se brouiller avec tout le monde, y compris les plus fervents soutiens à la cause européenne. Sa cible est cette fois le Royaume de Suède, bien connu pour ses lacs et ses grandes forêts à la faune abondante, dont des meutes de loups, entre 200 et 250 bêtes qui descendent pour la plupart d'un couple introduit dans les années 80. Le tord de Stockholm, pionnière en matière de défense de l'environnement et de la biodiversité ? Avoir autorisé pour la première fois depuis 45 ans l'abattage de 27 loups, en infraction avec la législation européenne. Il s'agissait pour le gouvernement suédois, avant la réintroduction de loups étrangers, de ramener la population actuelle menacée de consanguinité à 210 animaux. Le succès de cette traque a été tel que pas moins de 6000 chasseurs se sont inscrits et que la période de chasse qui devait courir jusqu'au  15 février était close dès le 3 janvier, le quota étant atteint après deux jours de battues seulement.

Cette grave affaire qui mérite que Bruxelles diligente enquête n'est pas sans rappeler la fameuse querelle de l'ours des Pyrénées avec ses mêmes acteurs typiques, les défenseurs de la bête venus des villes, et ses adversaires venus des champs, les premiers espérant une inoubliable photo à l'occasion  d'une randonnée en montagne et les seconds redoutant que le plantigrade ne décime son troupeau. Il en est de même au Grand Nord, où la confrontation entre ruraux et urbains est plus rudes encore. Classés à gauche, les écologistes suédois dénoncent un massacre inutile alors que le braconnage aurait déjà réduit le cheptel de loup. Classés à droite, les agriculteurs suédois, héritiers de la vie paysanne ancestrale du vieux pays viking, plaident pour un quota d'abattage plus élevé. Dans les deux cas, le gouvernement doit compter avec les directives européennes, que chasseurs et défenseurs des animaux connaissent bien : la directive 79/409/CEE sur la protection des oiseaux sauvages, source d'une polémique récurrente sur les dates d'ouverture et de fermeture de la chasse, et la directive 92/43/CEE, sur l'habitat, qui s'est traduite par l'instauration de zones protégées de toute activités humaines susceptibles d'affecter la faune et la flore, dites Natura 2000 et couvrant désormais environ 20% du territoire de l'UE.

Tâche ingrate Les habitués de ce blog savent que je ne suis pas du genre à vouloir rogner les pouvoirs de la Commission européenne. Elle est dans son rôle de gardienne des Traités qui lui confère cette tâche ingrate de veiller à ce que chacun respecte les règles, aussi incongru que semble l'interférence de fonctionnaires bruxellois pour la mort de quelques loups en Suède. Peut être en l'occurrence trop de zèle a été mis à ce travail de notaire besogneux. Reste que la loi est la loi, fixée conjointement par le Conseil des Vingt Sept ministres européens de l'Environnement et le Parlement européen. J'ai bien conscience que ce genre de litiges, et tant d'autres découlant de règlementation étranges qui bouleversent nos habitudes nationales sans qu'on en perçoive toujours la plus value européenne, explique beaucoup des réticences de nos concitoyens à l'égard de l'UE. C'est pourquoi je crois qu'il serait vain d'espérer - comme je le souhaite ardemment - que l'Europe s'intègre davantage en matière de gouvernance économique et sociale, de justice, de sécurité, de diplomatie et de défense, si les Institutions européennes n'abandonnent pas d'abord certains de leurs pouvoirs et prérogatives. Tout le monde comprend l'intérêt d'une armée européenne, personne n'a encore compris celui des plaques d'immatriculation européennes! Contrairement à ce que croient les néo-nationalistes, il n'y a pas plus décentralisateur qu'un fédéraliste européen. Et c'est bien volontiers que je rendrai à ces localiers politiques le code de la route et la gestion d'autres grands dossiers d'importance domestique comme la chasse, la pêche et les traditions locales.

 
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