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20/04/2011

La bougie est un produit d'avenir

La libéralisation du marché de l'électricité n'est sûrement pas la meilleure initiative européenne de ces dernières années. La France, époque Jospin, s'y était pourtant ralliée en 2002, mais depuis l'ouverture officielle du marché de la fourniture d'électricité, en 2007, 5% seulement des clients d'EDF sont passés à la concurrence. Normal: aucun des compétiteurs de l'opérateur historique (Poweo, Direct Energie) n'ont les moyens de produire eux mêmes et doivent se fournir chez EDF pour revendre. Leur marge est d'ailleurs si faible que les deux compagnies vont se marier pour éviter la faillite. GDF Suez a pour sa part les reins assez solides pour investir mais n'a toujours pas reçu d'autorisation de construire de centrales nucléaires - le sésame de l'énergie bon marché -, et Fukushima étant passée par là, ne l'aura sans doute jamais.

Cette situation de quasi non concurrence va perdurer grâce ou à cause, selon les points de vue, à la décision annoncée par le gouvernement de fixer à 40 euros au 1er juillet puis 42 au 1er janvier 2012 le mégawattheure (MWh) le prix de l'énergie nucléaire, dont EDF doit céder par la loi dite NOME (Nouvelle organisation du marché de l'électricité) un quart de sa production à ses concurrents. Ces derniers avaient fait leur calcul: il fallait que ce prix soit aux alentours de 35 euros (ce qu'ils payent aujourd'hui et estiment déjà trop élevé) pour maintenir un semblant de rentabilité. Il est probable que se sentant grugés, les électriciens alternatifs vont aller se plaindre à Bruxelles. C'est déjà sous leur pression que la Commission avait engagé une procédure contre la France en 2008 qui avait, certes, ouvert son marché à la date convenue mais sans la fameuse loi NOME, indispensable au bon fonctionnement contractuel du marché et qui n'a été adoptée qu'en décembre dernier, et encore, sans les prix s'y afférent, rendus seulement publics hier après des mois de négociations de coulisse.

Brute sarkozyste Je n'ai aucune sympathie pour leur combat, leur objectif n'étant pas de fournir au client lambda de l'électricité moins chère, au nom de la concurrence, mais simplement de gonfler leurs marges. Les chiffres évoqués plus hauts ne sont en effet que les prix de gros. La consommation moyenne d'un ménage est d'environ 10 MWh par an. Le prix moyen de détail du MWh en France est de 114,3 euros. En Belgique, où je suis client de GDF-Suez, qui exploite 7 centrales nucléaires, il est de 176,3 euros. Je vous laisse faire le calcul pour apprécier la bonne foi de Gérard Mestrallet, le PDG de GDF-Suez, lorsqu'il ose prétendre ce matin dans la presse que le gouvernement favorise EDF au détriment des consommateurs. L'objectif de Mestrallet, tout comme d'ailleurs de Charles Beigbeder, PDG de Poweo, et de Xavier Caïtucoli, PDG de Direct Energie, est de s'en foutre plein les fouilles, et aucunement de faire baisser le prix de notre facture. Je ne doute cependant pas qu'ils trouveront l'oreille complaisante de quelque benêt de la direction générale de la Concurrence de la Commission pour enregistrer leurs complainte d'arnaqueurs arnaqués.

Je n'ai aucune sympathie non plus pour cette brute sarkozyste d'Henri Proglio, le PDG d'EDF. Le Canard Enchaine a récemment publié, sur base d'écoutes de police, les dialogues hallucinants de mafieux corse que cet ancien PDG de Veolia (lequel, sans vergogne d'ailleurs, avait cumulé les deux énormes salaires pendant plusieurs mois) entretient avec son ami et client, le désormais célèbre Jean-Noël Guerini, le président PS du Conseil général des Bouches du Rhône, dont le frère Alexandre, est en prison pour abus de biens sociaux, détournement de fonds et de biens publics, recel, corruption active et j'en passe. Reste qu'au delà du cas Proglio, EDF a de bons et mauvais arguments à faire valoir et que le gouvernement a bien du les prendre en compte.

Univers post-Fukushima D'abord, comme je l'ai indiqué, même à bientôt 42 euros le prix de gros de l'électricité, EDF offre l'énergie la moins chère d'Europe, à l'exception de la Bulgarie. De surcroit, le prix au particulier, grâce au tarif règlementé, a été artificiellement gelé pendant quasiment 15 ans tout au long des années 90 et dans la première moitié des années 2000. Ensuite les coûts de fonctionnement d'EDF ont explosé: pour acheter la paix sociale, M. Proglio, depuis son arrivée à la tête de l'entreprise en 2009, a augmenté les salaires des agents d'EDF de 8% en moyenne, lesquels, y compris les retraités du secteur, soit tout de même 300 000 foyers, ne payent, selon les catégories, que 5 à 10% de leur facture grâce à un tarif maison préférentiel, du reste remis en cause pour monter progressivement à 20%. Enfin et surtout, EDF doit faire face à de considérables investissements pour des équipements extrêmement coûteux et la hausse annoncée du prix de gros n'y suffira déjà pas. Ainsi le nouveau réacteur EPR de Flamanville, le nec plus ultra en matière de sécurité nucléaire, produira de l'électricité à 60 euros le MWh....

Je ne parle ici que du monde réel d'aujourd'hui, pas de l'univers post-Fukushima que les adorateurs du soleil vont sans doute tenter et parvenir à nous imposer dans les années qui viennent. Pour information, le MWh produit par éolienne tourne aux alentour de 85 euros, prix de gros, et de 150 euros pour le photovoltaïque. Quelque soit notre avenir énergétique, il faut donc s'attendre à de considérables augmentations de tarif et il faudra sans doute renouer avec les plaisirs simples de nos ancêtres, comme la veillée au coin du feu ou la lecture à la bougie.

13/10/2010

Lady Ashton, la pétroleuse

Ne dites pas à la mère de Catherine Ashton que sa fille est ministre britannique de l'Industrie, elle croit qu'elle est Haute représentante à la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE. Lady Ashton, vice-Présidente de la Commission européenne en charge de la diplomatie de l'UE,  est en effet intervenue hier lors de la réunion du collège des commissaires pour défendre sans vergogne les intérêts pétroliers de son pays, au mépris de toute déclaration d'indépendance à l'égard de la Couronne. En cause: les mesures de précaution à envisager en Europe, suite à  l'accident de la plateforme Deepwater Horizon de BP, cet été dans le golfe de Floride. Alors que son collègue commissaire à l'Energie, l'Allemand Günther Oettinger, était parvenu encore vendredi, en réunion préparatoire, à convaincre qu'il serait sage d'observer un moratoire sur le forage dans les eaux profondes européennes, Mme Ashton a retourné la salle avec un argument massue: l'article 194 §2 du Traité de Lisbonne reconnait "le droit d'un État membre (entendez du mien) de déterminer les conditions d'exploitation de ses ressources énergétiques".  En clair: est-il opportun de contrarier Londres avec une proposition aussi contestable sur le plan juridique?

La sécurité des plateformes pétrolières offshore est liée pour l'essentiel à la profondeur du forage. Et en toute logique, plus c'est profond, plus les conséquences sont potentiellement graves. De fait, en cas d'accident, les plongeurs peuvent descendre réparer  au mieux jusqu'à environ 200 mètres,  un robot jusqu'à 1 000 mètres, mais  au-delà, comme on a pu le voir lors des opérations de colmatage de Deepwater, les opérations deviennent beaucoup plus complexes. Or sur les 360 plateformes pétrolières en mer que compte l'Union, 165 forent à plus de 250 mètres de profondeur, la plupart en mer du Nord où 22 plateformes britanniques forent même à plus de 1000 mètres. En vraie lobbyiste de BP, Catherine Ashton, que l'on connaît moins dégourdie lorsqu'il s'agit de ses propres dossiers, s'est donc attaché à saboter la mesure phare envisagée par Günther Oettinger: le gel de tout nouveau permis d'exploitation en eaux profondes. Reste que courant 2011, Bruxelles devrait néanmoins présenter des propositions législatives visant à renforcer la capacité technique des prospecteurs ainsi que leur capacité financière à gérer les conséquences d'un accident. En cas d'urgence, voyez avec Oettinger, Lady Ashton aura sûrement un avion à prendre.

 
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