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25/08/2011

Trois en un, sinon rien

Quand on a la chance comme moi d'envisager la Rentrée sans danger personnel (maladie, chômage, difficultés financières), on ne peut que se réjouir du cocktail d'informations que l'actualité a pu combiner ces derniers jours.

Tradition militaire La chute du régime Kadhafi et le formidable défi géo-politique que représente sa succession, surtout à la lumière de la situation syrienne, est à l'évidence la meilleure nouvelle de cette fin d'été, ne serait-ce qu'en raison de la promesse démocratique qu'elle incarne et dont l'UE doit maintenant veiller à ce qu'elle se concrétise. Force est néanmoins de reconnaître qu'à ce stade c'est davantage Nicolas Sarkozy et David Cameron qui ont pris la main plutôt que Lady Ashton, la Haute représentante européenne, pitoyable depuis le début sur le dossier libyen. Il est vrai que sans la contribution diplomatique et militaire décisive de la France et du Royaume-Uni, Tripoli n'aurait sans doute jamais été libéré, ni le Guide suprême renversé. Cet axe Paris-Londres, rendu possible par la pusillanimité de l'Allemagne, augure mal des suites d'une défense européenne intégrée. Heureusement, en l'occurrence, la méthode intergouvernementale, c'est à dire un accord ad hoc entre les deux capitales, a démontré son efficacité. C'est cependant le moins que l'on pouvait attendre de deux Etats à forte tradition militaire et alliés depuis 1904. Reste que sans les moyens aéroportés américains, cette Entente Cordiale n'aurait pas suffi. Si les Européens veulent à l'avenir être à la hauteur de leurs ambitions, je vois mal comment on échappera à un débat sur la création d'une armée européenne, seule à même, grâce aux économies d'échelle permises par la mutualisation des moyens nationaux, de doter nos forces du matériel nécessaire à l'autonomie des interventions de l'UE .

Idole désormais sulfureuse Autre bonne nouvelle: la libération de DSK, ou plutôt la formidable perspective de polémiques politico-médiatiques, peut être même philosophiques, que son retour va immanquablement déclencher. Le procureur Cyrus Vance junior n'ayant finalement pas su, ni pu, explicité les circonstances de "l'acte sexuel précipité" qui a eu lieu le 14 mai dernier dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan, chacun devrait logiquement rester sur ses positions, aiguillonnés par les suites probables de l'affaire Banon, le tout sur fond de primaires socialistes où l'on voit bien que les prétendants voudraient capter l'héritage de l'ex-futur Président de la République sans avoir trop à se montrer avec l'idole désormais sulfureuse de la social-démocratie. Tout ce que j'espère pour ma part de cet épisode surprenant de l'histoire politique française, c'est qu'elle ne bouleversera pas plus que nécessaire le respect de la vie privée des hommes et femmes politiques. DSK a été pris aux turpitudes d'un "comportement inapproprié", selon la litote de son propre avocat Benjamin Brafman. D'autres le seront peut être bientôt pour leurs aventures pédophiles à Marrakech. Ce qui se déroule en revanche entre adultes consentant devrait pouvoir demeurer hors champ médiatique. Les méthodes d'investigation dont a usé la presse anglo-saxonne pour découvrir une maîtresse à tel ministre ou révéler l'homosexualité de tel parlementaire m'apparaissent en effet aussi pour le moins des "comportements inappropriés" que les journaux français seraient bien inspirés de ne pas imiter. 

Clause sibylline Les nouvelles sont moins bonnes sur le front de l'euro mais n'en demeurent pas moins passionnantes car décisives. Réunis le 16 août, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n'ont annoncé aucune des mesures attendues pour la mise en oeuvre des décisions du Sommet extraordinaire de l'Eurozone le 21 juillet dernier (ici). Pire, le même jour, usant d'une clause sibylline qu'elle avait elle même introduite dans les conclusions de ce Sommet, la Finlande a obtenu que la Grèce nantisse le capital qu'Helsinki apportera au second plan de sauvetage. Une funeste requête reprise depuis par d'autres petits contributeurs (Pays-Bas, Autriche, Slovaquie, Slovénie) et dont le principe même sape la raison d'être du plan: de fait, si Athènes devait gager chaque tranche de l'aide que les pays de l'Eurozone est censé lui apporter, ce soutien financier se révèlerait vide de sens...Ce rebondissement démontre une fois encore l'urgente nécessité d'un saut fédéral et je ne peux que déplorer l'obstination commune de Merkel et Sarkozy à refuser les euro-obligations. A l'instar de François Bayrou, les rangs de ses partisans n'en cessent pas moins de s'étoffer tant l'alternative intergouvernementale franco-allemande actuelle ne parvient pas à convaincre. Aurons-nous enfin un vrai débat européen lors de la campagne présidentielle?

01/07/2011

DSK outragé ! DSK brisé ! DSK martyrisé ! Mais DSK libéré !...Enfin presque !

Le retournement de la justice américaine, qui a décidé aujourd'hui d'alléger le contrôle judiciaire, au demeurant fort sévère, de Dominique Strauss-Kahn traduit à l'évidence un affaiblissement de l'accusation. Les informations ne sont pour l'instant que de pure procédure, ou ne mettent en cause que la fiabilité du témoignage de Natissatou Diallo et non sa sincérité, mais l'embarras manifeste du Procureur Cyrus Vance junior et l'agacement tout aussi manifeste de son avocat, Kenneth Thompson, laissent augurer de développements plus favorables pour l'ex-futur Président de la République.

Présumé satyre Du reste, le doute finissait par s'instiller puisque, depuis le célèbre appel mondial à la délation lancé par Kenneth Thompson, aucune femme violée, violentée, attouchée, pelotée, abusée, draguée, complimentée par DSK, ne s'est encore manifestée pour soutenir l'accusation. Du coup, on pouvait légitimement se  redemander une fois encore: mais pourquoi diable le directeur général du FMI, qui en avait les moyens et dont la femme à qui il doit tout était consentante, aurait violé une soubrette quand il aurait pu assouvir sans problème ses appétits avec la plus belle des call-girls du pays? Il est pour le moins surprenant que sans certitude sur cette question de base, le Procureur Vance se soit montré d'emblée si acharné contre DSK, l'exhibant le 15 mai menottes aux poings. La surprise se mue aujourd'hui en stupéfaction quand on apprend que quasi simultanément à cette mise en scène judiciaire, les enquêteurs avaient déjà en leur possession l'enregistrement d'une conversation entre la présumée victime et un de ses amis emprisonné s'interrogeant sur les bénéfices financiers qu'elle pourrait tirer de cette histoire encore trouble. Pourquoi n'en a-t-il pas tenu compte lors de l'audience du 6 juin au cours de laquelle l'accusation a été réitérée ainsi d'ailleurs que l'ont été les dénégations du présumé satyre?

Cet épisode me laisse un goût amer à l'égard des Etats-Unis dont je suis un ami, notamment les New Yorkais, et les Démocrates new-yorkais en particulier. Certes, on peut se réjouir de la célérité de la justice américaine, de sa réactivité et de son équité au final. Mais franchement, la justice américaine a quand même foutu un sacré bordel dans notre pays.. Je ne doute pas que la procédure ait été parfaitement respectée mais on ne m'ôtera pas de l'idée que si la magistrature n'était pas une fonction élective outre-atlantique et un tremplin pour une carrière politique, ses plus ambitieux titulaires, à l'instar du Procureur Vance junior,  fils d'un senior, secrétaire d'Etat du Président Carter, auraient moins de raison de se farcir une sommité mondiale pour se bâtir une réputation. Notre tâcheron de juge d'instruction, même s'il a lui aussi des velléités de se faire des notables locaux, est davantage conduit à la prudence par son statut de fonctionnaire. La multiplication des affaires de corruption politique prouvent que cette prudence n'entrave pas pour autant son indépendance.

L'influence du zizi sur la jugeote S'il se confirmait que les charges pour viol devaient tomber, les relations sexuelles avérées dans la chambre 2806 du Sofitel de Manhattan relèveraient à nouveau du domaine privé et seuls les frustrés et autres cul-bénits pourraient alors continuer à considérer les ardeurs strauss-kahniennes comme indignes d'un homme d'Etat. Petit rappel: George Clémenceau était lui aussi priapique et ses qualités d'homme d'Etat me semblent témoigner que l'influence du zizi sur la jugeote peut être maîtrisée dans l'intérêt supérieur du pays. Certes, dans le cas de DSK, cette maitrise demeure à peaufiner, et même à démontrer au stade de la procédure. Mais quand bien même cette démonstration serait apportée, il resterait à savoir si cet épisode de sa vie sexuelle agitée est de nature à le remettre en selle comme candidat socialiste. Et s'il en a toujours envie.

07/06/2011

Niches fiscales et schizophrénie européenne

A l'heure où j'écris ces lignes, la recommandation publiée ce midi par la Commission européenne pour que la France retrouve la voie d'une saine consolidation budgétaire (en clair qu'elle restaure au plus vite ses comptes publics) était disponible en slovaque et dans une demi-douzaine d'autres langues mais pas en français. L'anglais fait donc foi, mais le langage budgétaire tricolore est si fleuri que les fonctionnaires bruxellois ont renoncé à le traduire. C'est ainsi qu'on apprend sans surprise que nos "niches fiscales" (en français dans le texte) sont décidemment trop nombreuses et que ce type de dépenses fiscales ("tax expenditures" en jargon budgétaire international) mériteraient d'être mieux évalué au regard de leur efficience économique. Bref Paris serait bien inspiré, estime la Commission, d'abaisser les charges sociales pesant sur la création d'emploi plutôt que de maintenir des exemptions fiscales aux motivations souvent floues mais toujours coûteuses, voire d'accroître la TVA ou de créer une taxe CO2. Résumé de la recommandation, qui sera présentée dès mercredi prochain aux Vingt Sept Grands Argentiers de l'UE (car chacun de nos partenaires a droit à ce petit rappel à l'ordre): vous vous êtes engagés en mai dernier à réduire les dépenses fiscales de 0,75% du PNB sur la période 2011-2013, vous pourriez facilement pousser jusqu'à 1%.

Cette recommandation semble assez classique sur le fond, et j'en partage tout à fait la teneur, mais représente néanmoins une petite révolution sur la forme. Il s'agit en effet du lancement d'une nouvelle procédure, dite de "semestre européen" qui doit permettre aux Vingt Sept d'évaluer avec la Commission leurs avant-projets de budget pour l'année suivante afin qu'ils répondent aux critères maastrichtiens de bonne gestion financière. Jusqu'à présent, cette coordination avait lieu après l'adoption des budgets par les Parlements nationaux, ce qui rendait l'exercice parfaitement inutile. Malheureusement, cette recommandation de la Commission n'est nullement contraignante et les ministres des Finances, s'ils ont fini par tolérer ce droit de regard préalable tant il parait logique n'ont pas encore pour l'instant accepté qu'il puisse s'agir d'injonctions automatiques. Autrement dit Christine Lagarde, si elle est toujours ministre et non directrice générale du FMI le 15 juin, pourra toujours dire "non, je garde mes niches". Un "non" qui sera sans doute salué par toute la classe politique française comme un acte de résistance au diktat des eurocrates - et un "non" probablement imité par la plupart de ses collègues - mais qui ne sera jamais que la perpétuation de la schizophrénie européenne en vigueur depuis l'adoption du Traité de Maastricht consistant à s'arc-bouter sur une pseudo indépendance budgétaire nationale alors même qu'ils partagent une monnaie commune!

 
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