Avertir le modérateur

07/02/2011

MAM, ou les infortunes de l'incompétence

L'univers médiatique a des emballements qui me laissent parfois pantois. J'ai assez longtemps été journaliste, et me flatte aujourd'hui d'être un bon conseiller politique, pour ne rien ignorer des voies et moyens susceptibles d'affaiblir un adversaire. Mais cette affaire de cornecul concernant les liens aéronautiques et hôteliers entre Michèle Alliot-Marie et l'homme d'affaires tunisien Aziz Miled est la plus stupide des cabales. MAM peut en effet avoir les amis qu'elle veut, fussent-ils richissimes, et ce n'est pas les faveurs dont elle a  bénéficié que l'on peut lui reprocher. A cette aune, un certain Dominique Strauss-Kahn, ami de tous les milliardaires de la planète, ne pourrait prétendre se présenter à l'élection présidentielle, et ses partisans socialistes devraient prendre garde que cet argument ne se retourne un jour contre lui.

Non, le reproche à faire à Michèle Alliot Marie est bien plus grave et bien plus simple: son incompétence notoire! Car enfin, comment la ministre des Affaires étrangères a-t-elle pu avoir l'idée saugrenue  de se rendre par deux fois en Tunisie en villégiature, alors même que le pays était déjà en pleine ébullition depuis une dizaine de jours? Comment la chef de la diplomatie française pouvait imaginer passer des vacances tranquilles en famille sans même un rendez-vous de travail avec le gouvernement Ben Ali qui réprimait au même moment son peuple sans vergogne? Comment, de retour de Tunisie, ne trouvait-elle rien d'autres à dire que de proposer l'expertise sécuritaire française aux sbires du régime aujourd'hui déchu?

Potiche inutile Avec un tel exemple au plus haut niveau du gouvernement, comment dès lors s'étonner de la fronde des magistrats et des policiers à qui, selon moi à juste titre, Nicolas Sarkozy demande aujourd'hui des comptes sur les dysfonctionnements du système judiciaire français. Bien sûr, à l'instar de Michèle Alliot Marie, qui peut se plaindre de l'inefficacité de son ambassadeur en Tunisie, les  juges peuvent se plaindre de l'inefficacité de leurs services, amputés des moyens nécessaires à la bonne exécution de leur travail. Mais dans les deux cas le constat d'irresponsabilité est similaire. Morale de cette triste histoire: à l'instar des magistrats de l'affaire d'Outreau, qui tous ont été promus depuis, MAM va pouvoir rester au Quai d'Orsay et continuer à jouer les potiches inutiles.

27/01/2011

Friture sur la ligne UMP Paris-Bruxelles

Décidemment l'information fonctionne mal entre Paris et Bruxelles, et même plus précisément entre Nicolas Sarkozy et ses amis politiques dans la capitale européenne. Il y a d'abord eu cette attaque frontale, avant hier lors de sa conférence de presse,  contre un document que prépare la Commission européenne sur l'accès de l'UE aux matières premières, lequel minimiserait l'impact de la spéculation sur ces marchés. De fait cette analyse tomberait mal puisqu'elle contredirait toute l'argumentation qu'entend déployer  au contraire le Président français au G20 pour justifier sa proposition d'une régulation mondiale des marchés des matières premières, comme les terres rares ou les matières premières agricoles. Inquiétude curieuse de la part de Nicolas Sarkozy puisque ce procès d'intention  vise concrètement l'un des siens, Michel Barnier, en charge de ce dossier. Le commissaire Barnier ne ménage pourtant pas ses efforts, au point qu'il est baptisé Che Guevara à Bruxelles par ses collègues et hauts fonctionnaires libéraux, et son administration dénommée DG Marx (pour DG Markt, direction générale du Marché intérieur), tant son engagement - et ses premières réalisations - en matière de réglementation financière tranche avec la ligne de son funeste prédécesseur, Charlie Mc Creevy.

Aujourd'hui nouvelle friture sur la ligne UMP touchant cette fois le Parlement européen. Alors que Nicolas Sarkozy, dans la foulée de l'affaire du Médiator, a décidé hier à reprendre les conclusions de la commission de réflexion pour la prévention des conflits d'intérêts dans la vie publique, pour annoncer le prochain dépôt d'un projet de loi sur la déontologie dans la vie publique, les eurodéputés UMP de la commission parlementaire de la Santé publique se sont opposés à ce que les déclarations d'intérêt des membres de  l'Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA) soient vérifiées par une instance indépendante. La nouvelle présidente du conseil d'administration de l'AESA s'était récemment distinguée en omettant de signaler son appartenance au puissant lobby International Life Science Institute (ILSI), regroupant la plupart des groupes agrochimiques actifs dans les OGM. Ce type de contrôle devrait pourtant être expressément prévu par la loi française afin de parer aux conflits d'intérêt... par exemple dans les cabinets ministériels noyautés par des représentants de lobbies pharmaceutiques. Mais il est vrai que l'UMP est dure à suivre sur ces questions et peut être les eurodéputés sarkozystes s'en sont tenus à la position minimaliste voilà peu défendue par Jean-François Copé et son compère Christian Jacob lorsqu'il s'agissait de la déontologie et des conflits d'intérêt des élus....

17/01/2011

Navrantes palinodies diplomatiques françaises en Tunisie

Pathétique plaidoyer que celui d'Henri Guaino ce matin pour justifier l'apathie de la diplomatie française face à la Révolution du jasmin en Tunisie. Le conseil spécial du Président de la République n'a certes pas tort de souligner la difficulté pour un pays comme la France de s'ingérer dans les affaires de ses ex-colonies, en l'occurrence un protectorat. Reste qu'à tout le moins, faute d'intervenir, Paris aurait pu faire preuve d'une prudente neutralité alors que tant de signaux montraient depuis un mois le pouvoir tunisien vaciller. Or force est de constater que bien au contraire, la France a officiellement soutenu jusqu'au bout le régime honni, Michèle Alliot-Marie, qui a du oublié qu'elle n'était plus ministre de l'Intérieur, offrant même encore mardi dernier, à l'avant veille de la fuite du dictateur, les services de la France en matière d'expertise sécuritaire!

Le rétropédalage du week-end n'en est apparu que plus pitoyable: après avoir interdit de séjour Zine el-Abidine Ben Ali lui même, c'est une de ses filles et petit fils en villégiature dans un des palaces kitsch de Disneyland  qui ont été précipitamment incités à quitter le pays, avant que ce matin les avoirs du potentat déchu, lesquels jusqu'à présent ne gênaient personne, ne soient mis sous surveillance. Cet opportunisme masque mal l'absence totale de valeurs de la part de la Patrie des Droits de l'Homme, et c'est sans doute çà qui a le plus déçu les Tunisiens en révolte démocratique. Cet épisode tunisien confirme l'inquiétant relativisme de Nicolas Sarkozy en matière diplomatique dont la pusillanimité à l'égard de la Chine est la plus éclairante illustration. J'espère qu'il nous épargnera la honte de voir les Tunisiens, qui ont chassé leur président avec le slogan "Dégage Ben Ali", accueillir à l'avenir le Président français en visite avec des panneaux "Casses toi pauvre con!"

 

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu