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18/04/2011

Les Décombres

Un lâche soulagement me gagne à la lecture des terribles nouvelles qui accablent ce matin l'Union européenne. Alors que le Portugal continue de s'enfoncer dans la crise obligataire, la Grèce apparait plus que jamais au bord de la faillite, incapable de rembourser l'aide déjà consentie par ses partenaires. La percée de la droite populiste en Finlande laisse augurer qu'Helsinki va se retirer des mécanismes de solidarité péniblement inventés pour précisément éviter l'effondrement d'Etats membres de la zone euro. L'unanimité étant requise pour débloquer l'argent, un tel retrait serait donc fatal. La France et l'Italie, 130 millions d'habitants à elles deux, continuent de s'effrayer mutuellement par l'énorme invasion que constitueraient, d'après le duo Guéant-Maroni, l'afflux de 20 000 Tunisiens... Enfin la Hongrie adopte aujourd'hui, dans l'indifférence la plus totale, sa nouvelle Constitution, un texte liberticide sur le plan intérieur mais qui surtout porte en germe un risque majeur de tensions dans toute l'Europe centrale: désormais les centaines de milliers de Magyars d'origine vivant dans les pays voisins auront la nationalité hongroise et le droit de vote s'y afférent, faisant d'eux des étrangers dans leurs propres pays où les populistes locaux les désignent déjà comme une 5ème colonne potentielle.

C'est un lâche soulagement qui me gagne car les solutions rationnelles, que nous sommes de moins en moins nombreux à défendre face à l'ensemble des défis qui nous menacent, n'auront bientôt plus lieu d'être. Je n'ai donc plus à réfléchir, ni avec d'autres à lutter contre l'inéluctable. Un repos bien mérité m'attend. La ligne rouge est en effet entrain d'être franchie au delà de laquelle plus rien de raisonnable ne sera possible. Les adeptes du souverainisme, les contempteurs des "fédérastes" et autres "naïfs européistes" dont je m'honore de faire partie, sont en passe de gagner. Toutes les digues sont enfoncées et enfin nous allons pouvoir assister au monde meilleur qu'ils nous promettent. J'espère qu'ils sont fiers de leur victoire, contents de leurs succès, satisfaits de leur clairvoyance. Je me contenterai de rappeler que la dernière fois où l'Europe en pleine crise économique se refermait sur elle même, et ses Etats sur leurs propres frontières, la dernière fois qu'un pays prétendait annexer la population des pays voisins, la dernière fois où nous avons collectivement cédé aux pseudo-évidences populistes et à la soit-disante volonté du peuple, c'était dans les années 30 et ça a mal fini.

07/04/2011

Errare humanum est car le marché a toujours raison

Ici même, rendant compte le 25 mars de mes impressions sur le dernier Conseil européen, je me suis livré à une double analyse des résultats, une optimiste et une pessimiste et j'ai opté pour la première. J'ai eu tort, du moins sur le volet économique et financier des décisions prises par les Vingt Sept: à peine deux semaines plus tard en effet, le Portugal est à son tour emporté par la tourmente obligataire, ses banques elles-mêmes se refusant désormais à refinancer plus avant l'endettement lusitanien alors que la notation des comptes publics portugais ne cesse de se dégrader.

L'appel au secours de Lisbonne, qui pendant des mois s'est refusée à cette issue jugée attentatoire à sa souveraineté, vient cueillir à chaud les Grands Argentiers de l'UE réunis à partir de demain à Budapest pour un Conseil théoriquement informel mais qui devra bien prendre des décisions formelles. Et c'est là où j'ai pêché par optimisme: manifestement le marché a clairement des doutes sur la capacité des Européens à abonder davantage le Fonds européen de stabilisation financière (FESF). Ce Fond de sauvetage déjà sollicité en novembre 2010 par l'Irlande à hauteur de 85 milliards devrait donc être maintenant amené à prêter environ 75 milliards au Portugal. Face à de telles sommes, non seulement le FESF va devoir accélérer la levée de fonds sur les marchés dans ses limites actuelles de 250 milliards, mais ses actionnaires de la zone euro vont devoir en plus accélérer leurs marchandages pour parvenir, sans doute plus rapidement qu'en juin comme prévu, à le porter à 440 milliards.

Fédération budgétaire Compte tenu de la lourdeur des procédures intergouvernementales qui préside à sa mise en oeuvre et de la crise politique au Portugal qui est en campagne électorale anticipée, période peu propice à négocier un plan d'austérité drastique pourtant indispensable pour en bénéficier, j'ai le sentiment que l'UE replonge dans de grandes difficultés. Difficultés attisées par les spéculations concernant l'Espagne et alors que la BCE, lassés par les atermoiements des Vingt Sept à s'engager clairement sur la voie d'une fédération budgétaire, s'apprête à la fois à augmenter ses taux d'intérêt, ce qui ne fera qu'aggraver les déséquilibres économiques, et à diminuer ses interventions sur le marché obligataire. Une perspective qui sape décidemment tout optimisme.

 

 

25/03/2011

Un succès pour l'Europe vaut bien une messe intergouvernementale

Il y a deux lectures du Conseil européen qui vient de s'achever à Bruxelles. L'optimiste, celle qui constate qu'à l'évidence l'Europe progresse. Alors que l'on redoutait voilà un an que la crise obligataire grecque ne soit fatale à l'euro, créant l'affolement général sur tous les marchés de la planète, la crise portugaise est aujourd'hui vécue comme secousse économique régionale qui n'affole plus que la bourse de Lisbonne et n'affecte que les titres bancaires les plus engagés en obligations d'Etat portugaises. Que s'est-il passé entretemps? Tout ce que les pro-Européens réclamaient depuis le début.

Les Dix Sept membres de l'Eurozone ont en effet décidé de doter d'ici juin le Fonds européen de stabilité financière (FESF) de 440 milliards d’euros effectifs et non potentiels comme jusqu'à présent et de modifier le Traité de Lisbonne afin de créer de manière permanente à partir de 2013 un Mécanisme Européen de Stabilité (MES) pesant 500 milliards d'euros et autorisé à racheter directement de la dette souveraine d'un Etat en difficulté de refinancement. De pareilles sommes sont de nature à dissuader la spéculation à l'échelle européenne. D'autant que simultanément, les Dix Sept ont scellé un Pacte pour l'euro qui prévoit une convergence de leur politique économique, fiscale et sociale. Mieux encore Cinq autres pays non encore membres de l'Eurozone (la Pologne, le Danemark, la Bulgarie, la Roumanie, la Lituanie, et la Lettonie) ont choisi de se rallier à cette discipline commune destinée à favoriser la croissance et l'emploi. Cet optimisme pourrait s'étendre à la politique étrangère. Un peu pataude au début car surprise par l'ampleur du Printemps arabe, l'Europe a manifestement regagné en crédibilité diplomatique. En quelques jours la France et le Royaume-Uni, ont ainsi pris le leadership à l'ONU d'une opération internationale de protection des populations civiles en Libye, dont ils maitrisent la direction politique et le commandement militaire depuis une base aéronavale installée à Naples.

Lecture pessimiste Et puis, il y a la lecture pessimiste. Tous les systèmes de solidarité envisagés afin de sauver un Etat membre de l'Eurozone d'un naufrage obligataire reposent sur un mécanisme de prise de décision strictement intergouvernemental. Pour actionner le FESF pour l'instant, comme le MES plus tard, il faut en effet à chaque fois une décision de chacun des Etats membres contributeurs, avec pour beaucoup un vote parlementaire difficile à la clef. En France même, est-on sûr que les 20 milliards à hauteur de laquelle notre pays participera au MES seront si aisément acceptés en cas de besoin par un de nos voisins en faillite? Pour être efficace financièrement, ce type de fonds doit être immédiatement mobilisable et non soumis au aléas de politique intérieue. Même remarque concernant le Pacte pour l'euro. Je ne partage pas le point de vue syndical - 20 à 30 000 personnes ont défilé contre ce Pacte hier à Bruxelles -, selon qui ce serait un carcan. Je crois qu'il s'agit plutôt d'une heureuse perspective que de viser enfin à rapprocher nos normes sociales et fiscales afin d'éviter le dumping du même nom. Sauf que ce Pacte, nonobstant le fait que sa mise en oeuvre demeure essentiellement volontaire, n'est assorti d'aucune mesure concrète de relance économique. Quant à la Libye, c'est clairement une Berezina pour le concept de politique étrangère et de sécurité commune. L'UE en tant que elle n'a joué aucun rôle, en raison en particulier de l'inexistence de la Haute Représentante Catherine Ashton mais aussi du comportement déloyal de l'Allemagne. Certes, le commandement est franco-britannique car les Américains ne veulent pas s'en occuper, mais tout se déroule et se déroulera dans le cadre de l'OTAN, faute de Quartier Général européen.

Mais quel est l'important aux yeux de ceux qui aimeraient croire au projet européen? Que çà marche! Et de fait, l'euro est sorti d'affaire et l'Europe a pris des responsabilités diplomatiques importantes dans une grave crise régionale à ses frontières. Ce n'est pas à ma manière. Je n'aime guère ces solutions ad hoc, ces bricolages de cabinets, ces arrangements auxquels personne ne comprend rien. Je préfèrerai un fonctionnement institutionnel plus clair pour l'Union européenne. Je ne vais pas pour autant bouder mon plaisir. L'Europe va mieux et c'est tant mieux.

 
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