Avertir le modérateur

16/06/2011

Crise grecque: et si on essayait les solutions fédérales?

Georges Papandréou, le Premier ministre socialiste grec, a présenté aujourd'hui la démission de son gouvernement. Depuis plusieurs semaines, il ne se déplace plus sans une escorte policière digne d'un dictateur, tellement de gens le haïssent et veulent sa chute, sinon pire. Il faut dire que les agences de notation accentuent ce profil de potentat exotique puisque la note de la dette grecque est désormais dégradée au niveau cubain. Autant dire que le retour sur les marchés des emprunts d'Etat prévus en juin 2013 est renvoyé aux calendes grecques. L'opposition conservatrice Neo Demokratia refusant malgré ce contexte dramatique toute formule d'union nationale, M. Papandréou devait donc procéder demain à un simple remaniement qu'il espère faire endosser dimanche lors d'un vote de confiance au Parlement, où son parti, le Pasok, est majoritaire. Le même jour les Dix Sept ministres des finances de l'Eurozone se réuniront à Luxembourg pour tenter de décider des modalités d'un nouveau plan d'aide à la Grèce d'une centaine de milliards que le Conseil européen des 24 et juin devrait entériner.

Manque de confiance Voilà un peu plus d'un an, après des mois de tergiversations, les membres de l'Eurozone avaient déjà convenu d'un prêt de 80 milliards d'euros à la Grèce, avec un complément de 30 milliards de la part du FMI. En échange de ces 110 milliards, dont le versement de la 5ème tranche est en cours, la Grèce s'était engagée à restaurer ses finances publiques en ramenant le déficit courant de 15% en 2009 à 4% en 2012. Promesse naturellement irréalisable malgré les immenses efforts entrepris depuis par Athènes pour remettre de l'ordre. Si peu de temps ne permet pas en effet de tourner la page de décennies de clientélisme politique, de gabegie administrative, de corruption et de fraude. D'autant moins que nombre des problèmes grecs ne pourraient être résolus que par un changement de Constitution, laquelle fige dans le marbre l'exonération fiscale des armateurs et de l'Eglise orthodoxe, deux des plus riches institutions hellènes, ainsi qu'un statut de la fonction publique qui ferait apparaître le nôtre comme ultra-libéral.

Les biens de l'Eglise à eux seuls sont estimés à 700 milliards d'euros. Des biens certes peu liquides, car souvent fonciers et immobiliers, mais dont la réalisation d'une partie pourrait au moins aider à alléger le fardeau des 340 milliards de dettes cumulées. Or des verrous institutionnels quasiment infranchissables ont été prévus en 1974, au lendemain du renversement des Colonels, par les pères de la Constitution démocratique actuelle afin d'éviter qu'une majorité de circonstance ne puisse la modifier. Seul un référendum pourrait accélérer les réformes indispensables mais le consensus politique n'existe pas, le Pasok étant divisé et débordé à gauche tandis que Neo Demokratia, la droite battue à plate couture en octobre 2009 et pourtant largement responsable de la crise, joue la politique du pire avec un cynisme qui ne fait qu'exacerber le manque de confiance dans le pays.

Plans à répétition A Athènes, nous en sommes là. C'est à dire nulle part. On se demande bien dés lors en quoi il serait utile d'injecter quelques dizaines de milliards supplémentaires. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, dans un an les Grecs seront toujours aussi furieux de voir leurs sacrifices ne jamais satisfaire leurs créanciers et la crise politique n'aura fait que s'envenimer. Entretemps, rien ne garantit que L'Irlande et le Portugal ne connaissent à leur tour des difficultés à honorer les engagements pris pour leur plan de soutien respectif. Car pour tous ces pays, avec des variantes techniques, le remède est le même et se limite à restaurer les comptes sans donner de perspective de croissance et d'emploi, voire en les compromettant à force d'austérité et de rigueur.

Ces plans à répétition, basés sur de lourds mécanismes de prêts bilatéraux, garantis par les Etats et dépendant de majorités gouvernementales fragiles, comme on l'a vu en Finlande ou aujourd'hui en Allemagne, montrent leurs limites. D'ailleurs, les bailleurs de fonds en ont bien conscience qui anticipent une restructuration de leurs créances, c'est-à-dire l'allongement des remboursements, voire leur écrêtement ou leur annulation. D'où la panique se répandant sur le marché obligataire: si la dette grecque en cours est pourrie que vaudra la priochaine et que vaut déjà la dette irlandaise et portugaise. Et espagnole? Et italienne? Et française. Malgré cet échec annoncé, c'est pourtant vers cette non-solution vers laquelle on s'achemine à nouveau pour la Grèce. Cette évolution prévisible contraint définitivement à s'interroger sur la manière de voir l'avenir de la zone euro au delà des quelques mois qui viennent. L'heure est pour moi clairement venue d'un saut fédéral qui permette de sortir par le haut de ce bourbier.

Trois éléments d'un compromis Les termes du compromis sont simples. Les pays créditeurs n'accepteront de mettre la main au pot que s'ils ont la garantie que les bénéficiaires gèrent sainement leurs finances publiques. Ces derniers ne sont en mesure d'apporter cette garantie que si les premiers mettent en place un système pérenne de solidarité financière permettant de planifier le retour à l'équilibre et non pas de dépendre d'une aide au coup par coup. Enfin les peuples ont besoin qu'on leur bâtisse un futur susceptible d'assurer le bien être des prochaines générations. Les trois éléments de ce compromis sont déjà sur la table et c'est de la seule responsabilité des Vingt Sept de bien vouloir les emboiter les uns dans les autres.

La rigueur peut ainsi être garantie par un Pacte de stabilité renforcée, actuellement en finalisation de négociation, et qui doit permettre de mieux encadrer la politique budgétaire commune et de sanctionner plus en amont les dérives. En s'opposant à son renforcement au Parlement européen, le PS fait d'ailleurs preuve d'infantilisme: qui peut imaginer qu'un(e) Président(e) socialiste s'affranchirait des contraintes budgétaires européennes? Le mécanisme de solidarité existe aussi. Il s'agit aujourd'hui du Fonds européen de stabilisation financière (FESF), basé à Luxembourg et empruntant au meilleur taux grâce à sa note AAA. Plutôt que de laisser le FESF sous tutelle des Etats, qu'il devienne une Agence européenne de la dette et émette des euro-obligations mutualisant l'ensemble des dettes souveraines européennes dans la limite du critère d'endettement maastrichtien de 60%. Toute dette au delà demeurerait nationale, et les taux de ces obligations domestiques seraient si élevés que les Etats déficitaires auront tout intérêt à bien tenir leur compte. Enfin l'Europe peut disposer d'une politique économique, c'est la stratégie UE 2020 et son programme d'investissement dans la recherche, les infrastructures de télécoms, de transport et d'énergie ainsi que dans le développement des énergies renouvelables. Manque son financement et c'est tout l'enjeu des grandes négociations budgétaires qui vont s'ouvrir pour la période 2014-2020. Mais rien n'interdit de penser en complément du budget européen à un grand emprunt afin que l'épargne européenne, la plus importante du monde, finance la croissance européenne et non plus la dette américaine ou le développement chinois.

27/05/2011

L'UE doit repenser sa politique balkanique

Après que le président Boris Tadic ait officiellement exprimé ses "regrets" en novembre 2010 sur les tombes des victimes croates de Vukovar, haut lieu des guerres qui ont ravagé l'ex-Yougoslavie tout au long des années 90', après avoir ouvert un dialogue direct avec le Kosovo en mars dernier, ouvrant ainsi la voie à une reconnaissance de cette ex-province de la Grande Serbie que l'OTAN et l'ONU lui ont arrachée, Belgrade a voulu donner hier une nouvelle preuve de sa bonne foi européenne en livrant à la justice occidentale Ratko Mladic, le "boucher des Balkans", le général en chef des milices de la République serbe sécessionniste de Bosnie Herzégovine, l'homme du siège de Sarajevo (avril 1993-février 1996) et du massacre de Srebrenica (juillet 1995). Un salopard aux allures de bon vivant qui rejoindra la semaine prochaine un autre salopard, Radovan Karadzic, le poète prisonnier de Scheveningen depuis 2008, pour un procès conjoint devant le Tribunal pénal international à La Haye.

Désormais que la Serbie a fait tous ses devoirs, l'UE va devoir sérieusement s'atteler à une réflexion stratégique sur l'intégration de l'ensemble des pays balkaniques à l'UE. Car le moins que l'on puisse dire, c'est que la méthode suivie aujourd'hui, celle du "cas par cas, n'est pas adaptée aux réalités de la région. La Serbie a un énorme passif avec tous ses voisins, y compris Tirana qui n'était pas en ex-Yougoslavie mais qui a parrainée le séparatisme kosovar, et comme la Croatie, le Monténégro, voire la Macédoine, pourraient être membres de l'UE avant Belgrade, jouissant alors d'un droit de veto sur toute nouvelle entrée, il est probable que la Serbie reste à la porte.

La réconciliation doit précéder l'adhésion La Croatie a bien failli elle-même déjà goûter ce veto d'un ex-voisin et frère devenu ennemi, en l'occurrence la Slovénie, membre de l'UE depuis 2004. Premier pays à se sortir de l'ex-Yougoslavie, durant l'été 1990, au terme d'un court et peu meurtrier conflit, la Slovénie s'était vue ravir une partie de ses eaux territoriales par la Croatie toujours membre à l'époque de l'ex-fédération. Par 52% contre 48%, les Slovènes ont cependant donné leur accord par référendum en juin 2010 à un règlement de ce litige avec Zagreb, déverrouillant les négociations européennes, lesquelles au demeurant s'éternisent, laissant entrevoir une adhésion au mieux en juillet 2013. On peut douter que les Croates, une fois membres, seront aussi accommodant avec la candidature serbe au regard du ressentiment bien plus lourd qui persiste de part et d'autre de la frontière.

La réconciliation officielle entre tous les pays de la région me semble donc devoir précéder leur adhésion qui, dès lors, ne saurait être que conjointe et non individuelle en fonction des mérites propres de chacun, ainsi que la Commission et le Conseil l'envisage. D'ici que cette paix sincère des coeurs et des esprits soit conclue, cela n'ôte rien à la nécessité pour l'UE de préparer cette intégration inéluctable à la famille européenne, par des accords commerciaux, des aides financières et des facilitations de visas notamment. Mais ce préalable est à mes yeux la seule garantie pour éviter que les Balkans demeurent un point de crispation en Europe.

04/05/2011

Bal tragique à Schengen

"32 000 personnes sur quelques mois, c'est beaucoup. Mais-est-ce un afflux massif? Non, je ne le pense pas". Avec cette petite phrase ce midi en conférence de presse, la commissaire européenne à l'Immigration et aux Affaires intérieures, la Suédoise Cecilia Malmström, a clairement renvoyé dans les cordes le duo tragi-comique Berlusconi-Sarkozy et leurs hommes de main, Maroni et Guéant. En clair, Bruxelles n'est pas disposé à céder à la lepénisation des frontières et à sacrifier l'Espace Schengen de libre circulation sous prétexte que quelques milliers d'immigrés tunisiens et de réfugiés libyens et sahéliens tentent leur chance en Europe. Dois-je rappeler que de toute manière il existe depuis 2008 une directive dite "retour" qui légitime et organise l'expulsion des immigrés clandestins, y compris par charter? Oui, sans doute, puisqu'apparemment la Place Beauvau, qui en abuse pourtant chaque jour, n'a pas l'air de s'en souvenir.

Le dossier est extrêmement technique mais son sous-bassement politique est simple. La France et l'Italie demandent que l'on modifie l'article 23 du Code Schengen qui permet, "en cas de menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure ", le rétablissement des contrôles aux frontières. Cet article est souvent utilisé lors des grandes manifestations sportives internationales - pour bloquer les hooligans -, ou pourrait l'être en cas de menaces terroristes. Le modifier dans le sens souhaité par Paris et Rome reviendrait à autoriser la fermeture des frontières à la moindre barque qui accosterait sur les côtes espagnoles, italiennes, maltaises ou grecques. Autant dire que Schengen serait mort et enterré. Une perspective rejetée par la Commission, qui pour une fois tient tête aux Etats membres, laquelle se contente de suggérer des "lignes directrices", c'est à dire, en langage bruxellois, une simple circulaire d'application de l'article 23, précisant les modalités et les circonstances de sa mise en oeuvre, et non sa refonte législative.

Palinodies Faut-il, dans cette stricte limite administrative et non juridique, envisager un rétablissement des contrôles d'identité aux frontières en cas de défaillance d'un Etat périphérique à contrôler ses frontières au nom de tous les autres pays Schengen? La Commission ne dit pas non, mais du moins la pratique serait alors encadrée par une circulaire commune et on n'assisterait plus aux palinodies de ces dernières semaines où l'Italie délivrent des vrais-faux permis de séjour à des Tunisiens en les incitant à aller se faire voir chez les Français. Evidemment, tout irait mieux si les Vingt Sept faisaient preuve de solidarité avec Rome et Paris, comme les y invite sans moyens de contrainte la Commission, afin de se répartir les immigrés. Mais, contredisant toutes les belles déclarations et les engagements réitérés des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE en faveur d'un système commun d'asile et d'immigration, leurs ministres de l'Intérieur bloquent toutes les initiatives proposées par la Commission en ce sens.

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu