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22/10/2011

Pendant la crise, les conneries continuent

Ce 11 juin 1991, Jean-Yves Le Drian, secrétaire d’Etat à la Pêche du gouvernement Cresson, aurait été bien inspiré de davantage prendre en considération l’arrêt C 64-88 de la Cour de justice européenne. Cette dernière lui enjoignait, sous peine de sanction, de respecter les rappels à l’ordre de la Commission européenne concernant les carences de son ministère en matière de contrôle des activités de pêche. Le Drian, et la myriade de ses successeurs, ont préféré continuer à ignorer les injonctions de Bruxelles. Bien mal leur en a pris car 20 ans plus tard, au terme d’une interminable procédure, l’arrêt T-139/06 de cette même Cour européenne a condamné cette semaine Paris à payer 77 millions d’euros d’amende. Sans délai.

Cette affaire est emblématique des relations schizophrènes entre la France et l’Europe. L’infraction initiale portait sur des faits remontant au milieu des années 80. A l’époque l’Europe bleue avait subi un choc avec l’arrivée de l’Espagne et de son immense flotte de pêche. Il fallait durcir la réglementation de la politique commune de pêche (PCP) et le gouvernement français, aiguillonné par des pêcheurs qu’inquiétaient la concurrence hispanique, n’était pas la dernière à le réclamer. Pourtant la France n’a pas fait respecter par ses propres chalutiers la législation qu’elle avait réclamée pour les autres. Elle s’est ainsi fait condamnée en 1991 pour ne pas avoir sévi contre les pêcheurs utilisant des mailles de filet trop étroite, une mesure pourtant nullement bureaucratique mais conforme aux traditions halieutiques en vue d’éviter la capture des juvéniles.

Pêcheurs en mal de capture Cependant, avec la disparition des ressources et les menaces pesant sur des espèces entières, la PCP a pris une tournure règlementaire de plus en plus drastique au fur et à mesure des années. Des réformes qui reposent sur un choix à l’élaboration duquel la France a pleinement participé : préserver la biodiversité plutôt que les pêcheurs. Bien sûr, cela n’a pas été présenté comme cela aux gens de mer, même si la seule perspective donnée à la profession depuis 20 ans est la réduction de l’effort de pêche compensée par des aides à la reconversion. Au contraire le secrétaire d’Etat ou le ministre ont continué de jurer leurs grands dieux que le petit port breton ou varois avait de l’avenir. Pour faire bonne figure, ils se bagarraient pour obtenir les meilleurs quotas, lors d’homériques négociations annuelles et généralement nocturnes à Bruxelles fin décembre. Mais ils n’y arrivaient pas toujours. Alors pour se faire pardonner d’une population à qui personne n’ose avouer son destin tragique, ils demandaient à leur administration d’être compréhensive sur les infractions que pourraient commettre les pêcheurs en mal de capture.

Mais cette complaisance n’échappa pas plus que la précédente à l’inspection sourcilleuse de la Commission qui obtient de la Cour une seconde condamnation de la France en 2005, toujours pour non respect de ses devoirs de contrôle sur ses pêcheurs, et cette fois assortie d’une astreinte de 57 millions d’euros pour la période postérieure à son arrêt de 1991, alourdie de 20 millions pour les années 1984-1987, dates des premiers faits. La Commission exigeait le paiement en 2006. La France crut utile de faire appel, mais incapable de démontrer son bon droit tant les preuves sont accablantes, elle se voit désormais définitivement condamnée. Bercy va sûrement apprécier de devoir libeller ce chèque impromptu de 77 millions alors que l’élaboration du budget 2012 est déjà un casse-tête. Peut être pourrait-on solliciter le Conseil régional de Bretagne que préside aujourd’hui Jean-Yves Le Drian.

07/10/2011

Nicolas et Angela sont sur le même bateau et l'euro tombe à l'eau

A force de crier "au loup", ce dernier a fini par montrer sa queue: les banques françaises ont perdu plus de la moitié de leur capitalisation boursière en quelques semaines et ce devait bien finir par avoir des conséquences sur leur capacités financières. Du coup, une nouvelle strate vient s'ajouter à la crise générale de l'euro, et un nouveau coin de s'enfoncer entre Paris et Berlin, avec le dernier psychodrame européen à la mode, la fameuse recapitalisation.

Coming out Mot affreux s'il en est sur les bords de la Seine à quelques mois des présidentielles, puisque non seulement il fleure le capital mais en plus il s'agirait d'aider les banques! J'ai déjà eu l'occasion de déverser ma bile sur Christine Largarde (ici), laquelle, devenue directrice générale du FMI, pronostiquait ce nouveau mal français de la sous-capitalisation, qu'elle contestait pourtant sous sa casquette de ministre des Finances peu avant sa nomination à Washington. Notre Grande Duduche a-telle servi de relai d'influence aux prophéties auto-réalisatrices des marchés anglo-saxons ou l'ancienne locataire de Bercy a-t-elle voulu faire un véritable coming out et ainsi libérer sa conscience des non-dits gouvernementaux? Un peu des deux sans doute. En tout cas la gangrène s'étend manifestement à tout le système financier tricolore à en juger par des taux record sur les CDS bancaires.

Sur le papier, la solution existe pourtant. Elle relève du Fonds européen de stabilisation financière (FESF), autorisé à refinancer les banques en vertu du plan adopté lors du Sommet de l'Eurozone du 21 juillet dernier et qui devrait entrer pleinement en vigueur après la très prochaine ratification de la Slovaquie. Toutefois, sur les 440 milliards d'euros du FESF dispose, la moitié est déjà engagée pour secourir la Grèce, le Portugal et l'Irlande, et surtout le Fonds devra prendre le relai de la BCE dans le rachat de dettes souveraines douteuses. Les besoins estimés pour la recapitalisation des banques européennes étant estimé entre 200 et 400 milliards, le FESF ne pourrait les aider qu'en étant lui-même au préalable abonder, ne serait-ce que virtuellement dans un premier temps par un mécanisme de levier, un instrument technique permettant de démultiplier les capacités d'intervention du FESF sur lequel travaille la Commission. 

Effet démultiplicateur Reste qu'à ce stade l'Allemagne, qui conteste avoir un problème de capitalisation bancaire, refuse toute augmentation du FESF. Il est vrai que Berlin s'est richement dotée de son équivalent germano-germanique, le Soffin, prêt à soutenir le capital des banques outre-Rhin jusqu'à 80 milliards avec 400 milliards de garanties pour des prêts supplémentaires. La France a un bidule similaire avec le SPPE (pour l'apport en capital) et le SFEF (pour les garanties), et la plupart des pays ont des outils du même genre conçus lors de la crise financière de 2008. La logique, comme celle des euro-obligations pour répondre à la crise obligataire, serait au contraire d'envisager un Fonds commun européen qui bénéficierait d'une économie d'échelle et d'un effet démultiplicateur accentué pour répondre à la crise bancaire. Mais à ce stade, cette nouvelle séquence de la crise de l'euro échappe à toute logique et on peut au moins s'estimer bienheureux si lors du Conseil européen des 17 et 18 octobre, des critères communs sont décidés pour recapitaliser les banques. Faute de quoi, le soupçon sur le travail mal fait chez le voisin prospèrera au gré des rumeurs de marché.

En attendant, la Grèce n'avait pas besoin de çà. Le plan du 21 juillet veillait d'abord à stabiliser son cas. Les derniers développements le rend obsolètes sur plusieurs points dont le moindre n'est pas le niveau de participation du secteur privé aux pertes financières sur leurs créances grecques. A l'évidence, cette part devra être révisée en cas de recapitalisation bancaire. Avec à la clef, de toute manière, une pression accrue sur le FESF en faveur d'Athènes. Sauf bien sûr à revenir à la bonne vieille recette de la sortie de l'euro, toujours pas morte outre-Rhin. Le rocher que pousse Sisyphe est peut être grec mais la pente sur laquelle il roule depuis des mois est sans nul doute allemande.

27/09/2011

La fin d'un monde

Quelque soit l'issue de la tragédie grecque qui menace toute l'Europe, il est d'ores et déjà certain que la crise de la dette souveraine transatlantique va accélérer les mutations géostratégiques en cours, pour le plus grand bénéfice du modèle chinois émergent. Il ne faut en effet pas se leurrer sur l'origine de la violence des attaques contre les banques européennes par l'establishment de la City et de Wall Street et de leurs porte-étendards que sont le Financial Times et le Wall Street Journal: leur inquiétude sur la santé du système financier européen, aussi justifiée soit-elle, ne vise en fait qu'à refiler à l'Eurozone le mistigri de la perte globale d'influence de l'Occident sur les affaires du monde.

Je l'ai déjà dit et redit ici: les Etats-Unis ne vont pas mieux que l'UE et vont même à bien des égards beaucoup plus mal. Le taux d'endettement public est supérieur au nôtre et aggravé par l'absence d'épargne et un taux d'endettement privé qui n'a d'équivalent dans aucun pays de l'UE. Le taux de croissance est à peine plus élevé qu'en l'Europe et tout aussi insuffisant pour créer des emplois, les Etats-Unis connaissant en outre depuis 2008 un chômage structurel qui était jusqu'à présent que la seule mauvaise marque de fabrique du Vieux Continent. Tout cela n'aurait pas été si grave voilà encore 10 ans car, après des mois de paniques financières et de soubresauts boursiers, la réallocation des crédits aurait tranquillement retrouvé le chemin de l'investissement de part et d'autre de l'Atlantique. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé après la crise de la bulle Internet de 2000.

Conserver les miettes Mais si Washington met aujourd'hui tant de pression sur Paris, Berlin et Bruxelles, c'est parce que les stratèges américains savent qu'après cette crise de la dette souveraine, l'ordre des choses aura changé et qu'il n'y aura plus de place pour deux challengers occidentaux sur le marché international des capitaux. Pour des raisons tant objectives - développement économique - que subjectives - désir d'affirmation nationale -, la Chine va sortir victorieuse de cette lutte à mort entre le dollar et l'euro, accaparant définitivement les investissements et l'attention du monde. Sentant venir cette perspective, les Américains veulent au moins conserver les miettes et tous les moyens sont bons, à commencer par dénigrer leurs "alliés" et "partenaires" européens. Quant à ces derniers, pourtant parfaitement conscients de l'enjeu, ils préfèrent s'arcbouter sur leurs petites et médiocres souverainetés nationales plutôt que de réagir collectivement. 

 
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