Avertir le modérateur

13/01/2011

La paix à la City vaut bien une grosse rumeur

Le succès de l'émission obligataire du Portugal hier sur les marchés dément toutes les rumeurs de ces derniers jours concernant l'incapacité de Lisbonne à refinancer sa dette sans l'aide de l'UE. On s'étonne dès lors du fondement même de ces rumeurs qui faisaient état de pression française et allemande auprès du Portugal afin que ce pays en grande difficulté budgétaire en appelle au Fonds européen de stabilisation financière (FESF) par crainte qu'il ne puisse lever lui-même des fonds à un coût raisonnable. Or non seulement le Portugal a vendu sans encombre ses obligations à un taux d'intérêts à 10 ans de 6,71%, en baisse par rapport à la précédente adjudication en novembre, mais le marché obligataire s'est même détendu dans la foulée pour la dette espagnole et italienne, favorisant une légère remontée de l'euro.

Rôle politique Au demeurant, on se demande bien pourquoi Paris et Berlin auraient poussé en secret Lisbonne à recourir au FESF alors qu'une polémique publique  a opposé hier les gouvernements français et allemand d'un côté, la Commission européenne, la BCE et le FMI de l'autre, sur l'opportunité d'abonder davantage encore ce fonds de sauvetage. Si Christine Lagarde et Wolfgang Schaüble envisageaient vraiment une intervention imminente du FESF en faveur du Portugal, ils se seraient pour le moins fait plus discret sur le montant du capital de cette institution, question délicate qui a son mérite propre. Du reste, le fait même que cette alarme lancée par Bruxelles sur la nécessité d'accroître la dotation du FESF n'ait pas dissuadé les investisseurs de faire néanmoins confiance à la dette portugaise, semble montrer que jamais cette émission d'obligation lusitanienne n'avait été réellement menacée.

Jean Quatremer s'est fait l'écho, tant sur son blog que dans Libération hier, de ces surprenantes rumeurs d'origine anglo-saxonnes. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il relève ce phénomène déjà ancien. Alors que j'étais moi-même encore journaliste, je me souviens que l'actuel rédacteur en chef du Financial Times, Lionel Barber, alors lui-aussi correspondant à Bruxelles, n'a cessé d'écrire tout au long de la genèse de l'euro que la monnaie unique ne verrait jamais je jour! Le personnage n'en est pas moins sympathique et sa désinvolture ne l'a pas empêché de progresser jusqu'aux plus hautes fonctions dans son journal. Reste qu'en minorant les sources institutionnelles pour s'en remettre presqu'exclusivement aux sources de marchés, la presse anglo-saxonne joue ainsi un rôle politique d'autant plus considérable que pour des raisons essentiellement linguistiques, elle est considérée comme la plus crédible dans les milieux européens, où la lecture de l'anglais est plus répandue que celle du français, de l'allemand ou de l'italien.

Mystère et boule de gomme Ce rôle politique, via la presse économique de langue anglaise, a un avantage évident pour la City, et ses relais à Wall Street: l'attention des marchés mondiaux se concentre sur la situation morose de la zone euro et moins sur la situation pitoyable du Royaume-Uni. Les traders londoniens sont en effet avant tout des hommes, pour beaucoup britanniques, dont les revenus importants se portent naturellement davantage sur des biens mobiliers et immobiliers britanniques, et ils n'ont nul intérêt à ce que la Livre sterling, et au delà l'économie britannique, fassent l'objet des mêmes interrogations que le Portugal et la Grèce quant aux niveaux d'endettement et de déficit. En quoi le plan d'assainissement  budgétaire de David Cameron est-il pourtant plus crédible que celui de José Socrates ou de George Papandréou? Mystère et boule de gomme!

10/11/2010

Pour que tout change il faut une politique de change

Le pire n'est jamais sûr mais le moins que l'on puisse dire c'est que le Sommet du G20 à Séoul ne s'ouvre pas sous les meilleurs auspices pour la zone euro. La décision de la Fed de racheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor américain ne peut en effet que conduire la Chine, voire le Japon, le Royaume-Uni, et peut être même le Brésil à jouer leur propre devise à la baisse pour se protéger de cet afflux de liquidités potentiellement inflationniste. Voilà qui augure mal de la présidence de Nicolas Sarkozy, pourtant si impatient de démontrer ses talents internationaux à la tête de cette instance créée en 2008 dans l'urgence de la crise financière et qui peine à démontrer son utilité.

Vraie foi maastrichtienne Si la zone euro compte 15 Etats membres qu'inquiètent cette menace de guerre monétaire, le 16ème, l'Allemagne, continue de prêcher la vraie foi maastrichtienne pour en parer les méfaits. Un credo qu'elle porte d'autant plus volontiers qu'il est conforme à son strict intérêt national, tout entier tourné vers le commerce international. Or son premier marché à l'exportation demeure de loin  l'UE et grâce aux gains de compétitivité accumulés depuis le début des années 2000 l'industrie germanique est en mesure de gagner sur les deux tableaux: produire à des coûts réduits  et vendre en bon et lourd euro. Certes une hausse de l'euro est aussi un handicap pour ses exportations hors UE mais alors qu'une appréciation de 10% du dollar pénalise d'autant les exportations françaises, elle n'affecte qu'à hauteur de 3% le commerce extérieur allemand. Et si des risques inflationnistes devaient survenir, Berlin sait pouvoir compter sur Francfort, siège de la BCE, pour sévir.

Ce modèle allemand devient une menace pour l'euro. C'était déjà flagrant lors de la crise obligataire grecque dont les secousses agitent encore les marchés. Bien sûr l'Allemagne n'a pas tort  de reprocher à ses partenaires d'avoir été trop dispendieux et d'avoir acheté la paix sociale à coup d'endettement au détriment d'investissements dans la recherche et d'une flexibilisation accrue du marché du travail, ainsi qu'elle a elle même procédé. Reste que les conséquences de son cavalier seul économique, aussi vertueux soit-il,  demeurent incontournables: à force de divergences économiques, les déséquilibres ont fini par exploser et l'Allemagne a bien du faire sauter un verrou idéologique pour accepter la création du Fonds européen de stabilisation financière - création bien imparfaite d'ailleurs et dont on espère une amélioration avec la réforme du Traité décidée par le dernier Conseil européen - ainsi que le rachat de la dette souveraine par la BCE.

Circonstances exceptionnelles Avec la crise monétaire, c'est un second verrou que l'Allemagne doit désormais faire sauter: celui de l'article 219 lequel stipule que le Conseil peut conclure à l'unanimité "des accords formels portant sur un système de taux de change pour l'euro vis-à-vis des monnaies d'Etats tiers".  Il peut même "adopter, modifier ou abandonner les cours centraux de l'euro dans le système des taux de change".  Certes, précise l'article 219, cette option doit être concertée avec la BCE afin de ne pas compromettre l'objectif de la stabilité des prix. Mais en prenant l'initiative d'activer cet article, l'Eurogroupe pourrait enfin engager un dialogue sérieux avec la BCE. Dialogue d'autant plus légitime qu'une réforme drastique du Pacte de stabilité est en cours qui devrait enfin laisser espérer aux "gnomes" de Francfort, sinon garantir, la remise en ordre des comptes publics.

Du temps du Traité de Maastricht, où cet article était encore numéroté 111, le Conseil européen avait prudemment décidé en décembre 1997 à Luxembourg de le geler. "En ce qui concerne la mise en oeuvre des dispositions relatives à la politique de change, il est entendu que des orientations générales de politique de change vis à vis d'une ou de plusieurs monnaies non communautaires ne seront formulées que dans des circonstances exceptionnelles à la lumière des principes et politiques définis par le Traité", disaient ainsi les conclusions du Conseil, surtout tournées à l'époque vers la mise en oeuvre finale de la 3ème phase de l'Union économique et monétaire. Nonobstant le fait qu'entretemps l'euro a effectivement vu le jour, on pourrait se demander s'il n'est pas venu le temps d'affronter ces "circonstances exceptionnelles" qui en menacent désormais l'existence et de doter la zone euro d'une véritable politique de change.

04/11/2010

Hu Jintao aime tellement l'Europe qu'il est content qu'il y ait 27 pays

 

 

C'était le 5 octobre dernier  à Bruxelles, au second jour du 8e sommet Asie-Europe (Asem). D'une même voix, le président de la BCE Jean-Claude Trichet, le chef de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker et le commissaire Olli Rehn réclament une " revalorisation ordonnée, significative et étendue"  du Yuan. Alors que pour une fois cette revendication française récurrente en faveur de la stabilité des changes semblait faire consensus en Europe, Nicolas Sarkozy, loin d'embrayer sur ce créneau porteur de la "guerre des monnaies" que chacun redoute, se fait au contraire tout conciliant avec le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, assurant que l'Asem, bien que suivi du traditionnel Sommet UE-Chine, n'était pas l'enceinte appropriée pour ce type de discussions. Stupeur chez les Européens.

 

Commandes mirobolantes A entendre les doux mots d'accueil au Président Hu Jintao, on comprend que l'Elysée fera montre de tout autant de sollicitude envers son hôte, en visite officielle pour 3 jours dans notre pays.  A vrai dire, depuis la "fourberie" de décembre 2008 au cours de laquelle Nicolas Sarkozy avait eu le mauvais goût aux yeux de Pékin de rencontrer brièvement et en catimini le Dalaï Lama, les relations s'étaient déjà beaucoup améliorées, notamment à l'occasion d'un voyage d'Etat très glamour du couple présidentiel en Chine en avril dernier.  Sans doute pour évoquer le triste sort de Lu Xiaobo, un "criminel"  chinois prix Nobel 2010, les Présidents Hu et Sarkozy partageront demain soir des pates aux truffes et un loup de mer à La Petite Maison, restaurant huppé de Nice. Des commandes mirobolantes sont aussi comme d'habitude annoncées et enfin la France espère bien le soutien de la Chine pour la grande réforme de la gouvernance économique mondiale que Nicolas Sarkozy ambitionne de porter sous sa très prochaine  présidence du G20.

 

Et alors? Quand bien même, Hu Jintao serait satisfait de cette servilité d'Etat, qui nous contraindrait à ne pas défendre des valeurs universelles que notre histoire a pourtant largement créées. Quand bien même le Président chinois signerait effectivement des moissons de contrats à tour de bras. Quand bien même, celui dont le successeur, Xi Jinping, est déjà désigné, s'engagerait dans une réforme forcément au long cours du système monétaire international. Oui, quand bien même. Nicolas Sarkozy pourra-t-il  pour autant se targuer d'avoir remporté la mise? Certainement. Comme George Papandréou peut se targuer des résultats de la visite de  Wen Jiabao début octobre, le Premier ministre chinois annonçant 5 milliards d'investissement dans la flotte grecque et le rachat d'une partie de la dette grecque. Comme Silvio Berlusconi peut se targuer de récents investissements chinois massifs à Naples.  Comme David Cameron et Angela Merkel, le Royaume-Uni et l'Allemagne étant les premières destinations des investisseurs de l'Empire du Milieu. Comme Jose Socrates, qui attend le président chinois samedi à Lisbonne.

 

Réciprocité Pourtant tous ces pays partagent un même problème bilatéral avec Pékin: le déséquilibre croissant et d'apparence exponentielle de leurs échanges commerciaux, malgré la résistance allemande due à une avance technologique que les ingénieurs chinois ne maitrisent pas encore. Les Vingt Sept ont d'ailleurs bien conscience de ce péril commun, lesquels avaient prôné en chœur la "réciprocité" dans les relations commerciales, lors de leur avant dernier Sommet de septembre. En vérité, et en pleine contradiction avec cette thématique dont il est si souvent le chantre,  Nicolas Sarkozy veut croire à la force du lien d'Etat à Etat, loin de la machinerie bruxelloise. A l'évidence, c'est oublier la vieille recette coloniale que Pékin retourne contre nous, en flattant chacun des chefs d'Etat et de gouvernement européen, comme on offrait des colifichets aux chefs de  tribus, tout en les jouant les uns contre les autres dans la compétition économique.

 

Et vu de Chine et son milliards et demi d'habitants, que sont les 500 millions d'Européens répartis dans Vingt Sept pays? La politique chinoise en Afrique, toute chose étant égale par ailleurs, repose sur la même logique, tout comme du reste en Amérique Latine. Les Etats-Unis sont les seuls sur lesquels cette stratégie est impuissante, pour d'évidentes raisons: ils sont unis dans une fédération qui seule à la haute main sur l'ensemble des affaires étrangères. Et l'on voit cependant à quel point il est déjà difficile pour Washington de négocier avec Pékin. Alors imaginer quelle capacité de négociation Nicolas Sarkozy dispose pour obtenir quoique que ce soit d'important de son hôte illustre...

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu