Avertir le modérateur

10/11/2010

Pour que tout change il faut une politique de change

Le pire n'est jamais sûr mais le moins que l'on puisse dire c'est que le Sommet du G20 à Séoul ne s'ouvre pas sous les meilleurs auspices pour la zone euro. La décision de la Fed de racheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor américain ne peut en effet que conduire la Chine, voire le Japon, le Royaume-Uni, et peut être même le Brésil à jouer leur propre devise à la baisse pour se protéger de cet afflux de liquidités potentiellement inflationniste. Voilà qui augure mal de la présidence de Nicolas Sarkozy, pourtant si impatient de démontrer ses talents internationaux à la tête de cette instance créée en 2008 dans l'urgence de la crise financière et qui peine à démontrer son utilité.

Vraie foi maastrichtienne Si la zone euro compte 15 Etats membres qu'inquiètent cette menace de guerre monétaire, le 16ème, l'Allemagne, continue de prêcher la vraie foi maastrichtienne pour en parer les méfaits. Un credo qu'elle porte d'autant plus volontiers qu'il est conforme à son strict intérêt national, tout entier tourné vers le commerce international. Or son premier marché à l'exportation demeure de loin  l'UE et grâce aux gains de compétitivité accumulés depuis le début des années 2000 l'industrie germanique est en mesure de gagner sur les deux tableaux: produire à des coûts réduits  et vendre en bon et lourd euro. Certes une hausse de l'euro est aussi un handicap pour ses exportations hors UE mais alors qu'une appréciation de 10% du dollar pénalise d'autant les exportations françaises, elle n'affecte qu'à hauteur de 3% le commerce extérieur allemand. Et si des risques inflationnistes devaient survenir, Berlin sait pouvoir compter sur Francfort, siège de la BCE, pour sévir.

Ce modèle allemand devient une menace pour l'euro. C'était déjà flagrant lors de la crise obligataire grecque dont les secousses agitent encore les marchés. Bien sûr l'Allemagne n'a pas tort  de reprocher à ses partenaires d'avoir été trop dispendieux et d'avoir acheté la paix sociale à coup d'endettement au détriment d'investissements dans la recherche et d'une flexibilisation accrue du marché du travail, ainsi qu'elle a elle même procédé. Reste que les conséquences de son cavalier seul économique, aussi vertueux soit-il,  demeurent incontournables: à force de divergences économiques, les déséquilibres ont fini par exploser et l'Allemagne a bien du faire sauter un verrou idéologique pour accepter la création du Fonds européen de stabilisation financière - création bien imparfaite d'ailleurs et dont on espère une amélioration avec la réforme du Traité décidée par le dernier Conseil européen - ainsi que le rachat de la dette souveraine par la BCE.

Circonstances exceptionnelles Avec la crise monétaire, c'est un second verrou que l'Allemagne doit désormais faire sauter: celui de l'article 219 lequel stipule que le Conseil peut conclure à l'unanimité "des accords formels portant sur un système de taux de change pour l'euro vis-à-vis des monnaies d'Etats tiers".  Il peut même "adopter, modifier ou abandonner les cours centraux de l'euro dans le système des taux de change".  Certes, précise l'article 219, cette option doit être concertée avec la BCE afin de ne pas compromettre l'objectif de la stabilité des prix. Mais en prenant l'initiative d'activer cet article, l'Eurogroupe pourrait enfin engager un dialogue sérieux avec la BCE. Dialogue d'autant plus légitime qu'une réforme drastique du Pacte de stabilité est en cours qui devrait enfin laisser espérer aux "gnomes" de Francfort, sinon garantir, la remise en ordre des comptes publics.

Du temps du Traité de Maastricht, où cet article était encore numéroté 111, le Conseil européen avait prudemment décidé en décembre 1997 à Luxembourg de le geler. "En ce qui concerne la mise en oeuvre des dispositions relatives à la politique de change, il est entendu que des orientations générales de politique de change vis à vis d'une ou de plusieurs monnaies non communautaires ne seront formulées que dans des circonstances exceptionnelles à la lumière des principes et politiques définis par le Traité", disaient ainsi les conclusions du Conseil, surtout tournées à l'époque vers la mise en oeuvre finale de la 3ème phase de l'Union économique et monétaire. Nonobstant le fait qu'entretemps l'euro a effectivement vu le jour, on pourrait se demander s'il n'est pas venu le temps d'affronter ces "circonstances exceptionnelles" qui en menacent désormais l'existence et de doter la zone euro d'une véritable politique de change.

29/10/2010

"Deutschland über Alles"..."I want my money back", répondit l'écho

Angela Merkel est rentrée à Berlin avec le sentiment du devoir accompli: le Conseil européen, réuni hier et aujourd'hui à Bruxelles, s'est rangé à la Stabilitätkultur, la culture de la stabilité qui exige un tour de vis en matière de sanctions à l'encontre des mauvais élèves budgétaires de la classe euro, et mieux encore ses pairs ont accepté le diktat de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, laquelle dans un arrêt fameux de juin 2009 a remisé l'idée fédérale européenne au rang des souvenirs de l'histoire allemande, à côté de la Traban et de la victoire de Sedan.

Reste à savoir si ce qui est bon pour l'Allemagne l'est aussi pour ses voisins. Malgré mon penchant éminemment dépensier à titre personnel, je ne peux qu'applaudir à titre citoyen  au renforcement du Pacte de stabilité prôné outre-Rhin. Le remboursement des intérêts de la dette est devenu le quatrième poste budgétaire en France, et cet endettement qui a quintuplé en 30 ans nous prive de toute marge de manoeuvre. C'est d'autant plus rageant que cette dette sert essentiellement au fonctionnement d'un Etat omniprésent mais impotent au détriment des investissements d'avenir, en particulier d'infrastructures, de recherche et d'éducation. Si nous devions, comme cela est désormais programmé, payer une amende de 0,2% de notre PIB pour désinvolture budgétaire, ou quand bien même en pèserait la simple menace si la sanction n'était pas aussi automatique que la Commission européenne et le Parlement le souhaiteraient, je n'ai guère de doute que l'on mettrait un terme rapide à toute une série de gabegies administratives.

Mystère bureaucratique Pour parler clair: le non remplacement effectif non pas d'un fonctionnaire sur deux, mais de deux sur deux dans quantités de ministères (Finances, Agriculture, Intérieur, Affaires sociales, Transport, Environnement, Anciens combattants,...), soit parce que, comme aux Finances, l'informatisation rend en réalité caducs des dizaines de milliers d'emplois dans les trésoreries et les perceptions, dont l'absence de fusion est déjà en soit un mystère bureaucratique, soit parce que, comme à l'Intérieur, aux Transports, aux Affaires sociales, l'administration centrale, à commencer par les Préfets de département, fait doublon avec les compétences dévolues aux collectivités locales, soit, comme pour l'Agriculture, parce que c'est l'UE qui est maître d'oeuvre, soit pour les Anciens combattants, parce qu'il n'y en a plus...

Cela permettrait de maintenir, voire d'accroître, les besoins évidents pour la Justice,  l'Education et la fonction publique hospitalière, encore que dans ce dernier cas je ne vois pas pourquoi le personnel administratif doit être statutaire. Sans parler de La Poste, qui ne distribue plus de courrier, pour cause de mails et de services sur Internet, mais des brochures publicitaires...Au demeurant, je ne souhaite pas la mort du pêcheur, mais leurs syndicats apparemment si, qui refusent la suppression pure et simple des corps d'Etat, laquelle permettrait pourtant de convertir un fiscaliste de Bercy en professeur de fiscalité à la Sorbonne.

Saut qualitatif Beaucoup plus contestable me semble être d'avoir cédé aux caprices de la Chancelière en matière institutionnelle. Sa cour constitutionnelle ayant décidé qu'aucune flexibilité n'était possible dans l'interprétation du Traité de Lisbonne, elle a convaincu les autres chefs d'Etat et de gouvernement qu'il n'était pas possible de pérenniser le Fonds européen de stabilité financière (FESF) sans modifier le Traité. Créé pour 3 ans seulement au forceps en mai dernier afin de désarmer les attaques des marchés contre l'euro, suite à la crise obligataire grecque, le FESF repose de fait sur une base juridique instable: l'article 122, lequel stipule que "dans un esprit de solidarité" les États membres de l'UE peuvent prendre  "des mesures appropriées" en faveur d'un des leurs en cas "d'événements exceptionnels échappant à son contrôle". On comprend néanmoins à la lecture de l'article que les auteurs pensaient plutôt à des ruptures d'approvisionnement énergétiques ou à des catastrophes naturelles, pas à un gros mensonge sur l'état réel des comptes publics qui affolerait les marchés....

Si je peux comprendre que Mme Merkel, pour rassurer ses sourcilleux juges de Karlsruhe, veuille bétonner juridiquement les fondements du FESF,  j'admets beaucoup moins qu'elle même et ses homologues, à commencer par Nicolas Sarkozy, n'en profitent pas pour accomplir un saut qualitatif et se contentent d'envisager une reformulation de cet article afin de reconduire un Fonds sur base strictement intergouvernementale, de surcroît dépendant sur le bon vouloir du FMI. Pire encore, ils se refusent explicitement, dans les conclusions du Conseil, à modifier l'article 125, et a fortiori les 123 et 124 précédent, qui interdisent expressément à la BCE ou au budget de l'UE "d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit" à un Etat en difficulté, ni "de prendre à sa charge" son endettement. A l'évidence ces trois articles, qui datent du Traité de Maastricht conclu en 1991, doivent au contraire être totalement réécrits pour permettre à la BCE d'émettre des euro-obligations, préalable à la création d'un marché obligataire européen. Si aujourd'hui en quasi-faillite, la Californie paye des taux d'intérêt à peine supérieurs que ceux du Texas en parfaite santé financière, c'est précisément parce que Sacramento bénéficie du parapluie du budget fédéral et de la capacité de la Réserve fédérale à racheter sa dette.

Défaite en rase campagne Cette défaite en rase campagne des tenants de la méthode communautaire, du moins dans l'attente de la contre-offensive du Parlement européen qui affûte ses arguments et son bon droit - car il n'y aura pas de changement de Traité sans son aval - aura été mise à profit par David Cameron, le Premier ministre britannique, lequel voyant le couple Merkel-Sarkozy dilapider l'héritage européen du couple Kohl-Mitterrand sans même avoir à combattre, a décidé de pousser l'avantage. "Mes bons amis, vous ne voulez pas d'un budget fédéral, alors croisons le fer dès maintenant avec ces faquins de parlementaires". Sir David a naturellement été entendu, fort d'un argument massue: "la crise nous oblige à réduire nos budgets nationaux, taillons dans le budget européen!".

Nonobstant le fait que toutes les administrations européennes confondues comptent moins de personnel que la Ville de Paris à elle seule, cet argument est doublement stupide. D'abord,  quand bien même on supprimerait totalement le budget européen, qui pèse moins d'1% du PNB de l'UE, le déficit budgétaire  européen global demeurerait à 6%. Ensuite, contrairement aux Etats, et singulièrement à la France, il ne s'agit pas d'un budget de fonctionnement, mais à 94,5% d'un budget d'investissement sans lequel ni le TGV Est, ni la ligne à haute tension à travers les Pyrénées, ni les autoroutes d'Europe de l'Est où croisent nos poids-lourds n'auraient vu le jour, pas plus que la plupart de nos agriculteurs n'auraient gagné un centime. En revanche, si la France n'avait pas eu à payer 1 milliard d'euros en 2010 pour la "ristourne britannique" arrachée par Lady Thatcher en 1984 avec ses criailleries de mégère sur le thème "I want my money back" et qui nous coûte chaque année davantage, c'est autant que nous aurions pu consacrer à notre désendettement. Mais comme d'habitude, Nicolas Sarkozy choisit bien ses amis et confirme son absence totale de vision.

05/10/2010

Requiem pour un con

Quelle leçon vient de donner la justice française à ceux qui se croient tout permis. Ces traders en rupture de cash, ces brokers en mal de couverture, ces arbitres de marchés hors jeu, ces ingénieurs financiers aux martingales foireuses, ces comptables insomniaques comptant l'argent qu'ils jettent par les fenêtres, ces gourous à l'analyse en berne, ces courtiers et autres gérants de fortune dilapidée, croyaient-ils vraiment que le droit et la morale allaient les épargner? Que nenni, comme vient de l'illustrer le jugement exemplaire qui a frappé aujourd'hui cet impertinent Jérôme Kerviel, condamné à rembourser jusqu'au dernier cent l'argent ignominieusement détourné de la Société Générale, non sans passer par la case prison. C'est la dure loi du Monopoly financier et il en connaissait les règles.

Comment imaginer, comme l'assurait la défense ignoble de cet aventurier avide, qu'un homme aussi vertueux que Daniel Bouton, son ancien patron, blanchi sous le harnais des cabinets ministériels et Père la rigueur de la finance française, aurait pu couvrir des circuits opaques et parallèles permettant à ses employés de prendre des risques inconsidérés avec l'argent de ses clients? Pour tout dire, c'est une histoire aussi abracadabrantesque que la soit disant affaire Woerth-Bettencourt. La preuve d'ailleurs, elle fait "pschitt" et la loi d'airain du secret bancaire s'est abattue sur le coupable. Quand je pense que certains prétendent taxer les banques alors qu'elles risquent déjà chaque jour les rapines de ces Kerviel et consorts. J'espère qu'après un tel dénouement, la honte gagne les contempteurs du capitalisme financier, dont les fantasmes infantiles ont tant nuit à la réputation d'une corporation méritante qui se contente de l'aumône de quelques bonus pour œuvrer au bien être d'une humanité vraiment peu reconnaissante.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu