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25/03/2011

Un succès pour l'Europe vaut bien une messe intergouvernementale

Il y a deux lectures du Conseil européen qui vient de s'achever à Bruxelles. L'optimiste, celle qui constate qu'à l'évidence l'Europe progresse. Alors que l'on redoutait voilà un an que la crise obligataire grecque ne soit fatale à l'euro, créant l'affolement général sur tous les marchés de la planète, la crise portugaise est aujourd'hui vécue comme secousse économique régionale qui n'affole plus que la bourse de Lisbonne et n'affecte que les titres bancaires les plus engagés en obligations d'Etat portugaises. Que s'est-il passé entretemps? Tout ce que les pro-Européens réclamaient depuis le début.

Les Dix Sept membres de l'Eurozone ont en effet décidé de doter d'ici juin le Fonds européen de stabilité financière (FESF) de 440 milliards d’euros effectifs et non potentiels comme jusqu'à présent et de modifier le Traité de Lisbonne afin de créer de manière permanente à partir de 2013 un Mécanisme Européen de Stabilité (MES) pesant 500 milliards d'euros et autorisé à racheter directement de la dette souveraine d'un Etat en difficulté de refinancement. De pareilles sommes sont de nature à dissuader la spéculation à l'échelle européenne. D'autant que simultanément, les Dix Sept ont scellé un Pacte pour l'euro qui prévoit une convergence de leur politique économique, fiscale et sociale. Mieux encore Cinq autres pays non encore membres de l'Eurozone (la Pologne, le Danemark, la Bulgarie, la Roumanie, la Lituanie, et la Lettonie) ont choisi de se rallier à cette discipline commune destinée à favoriser la croissance et l'emploi. Cet optimisme pourrait s'étendre à la politique étrangère. Un peu pataude au début car surprise par l'ampleur du Printemps arabe, l'Europe a manifestement regagné en crédibilité diplomatique. En quelques jours la France et le Royaume-Uni, ont ainsi pris le leadership à l'ONU d'une opération internationale de protection des populations civiles en Libye, dont ils maitrisent la direction politique et le commandement militaire depuis une base aéronavale installée à Naples.

Lecture pessimiste Et puis, il y a la lecture pessimiste. Tous les systèmes de solidarité envisagés afin de sauver un Etat membre de l'Eurozone d'un naufrage obligataire reposent sur un mécanisme de prise de décision strictement intergouvernemental. Pour actionner le FESF pour l'instant, comme le MES plus tard, il faut en effet à chaque fois une décision de chacun des Etats membres contributeurs, avec pour beaucoup un vote parlementaire difficile à la clef. En France même, est-on sûr que les 20 milliards à hauteur de laquelle notre pays participera au MES seront si aisément acceptés en cas de besoin par un de nos voisins en faillite? Pour être efficace financièrement, ce type de fonds doit être immédiatement mobilisable et non soumis au aléas de politique intérieue. Même remarque concernant le Pacte pour l'euro. Je ne partage pas le point de vue syndical - 20 à 30 000 personnes ont défilé contre ce Pacte hier à Bruxelles -, selon qui ce serait un carcan. Je crois qu'il s'agit plutôt d'une heureuse perspective que de viser enfin à rapprocher nos normes sociales et fiscales afin d'éviter le dumping du même nom. Sauf que ce Pacte, nonobstant le fait que sa mise en oeuvre demeure essentiellement volontaire, n'est assorti d'aucune mesure concrète de relance économique. Quant à la Libye, c'est clairement une Berezina pour le concept de politique étrangère et de sécurité commune. L'UE en tant que elle n'a joué aucun rôle, en raison en particulier de l'inexistence de la Haute Représentante Catherine Ashton mais aussi du comportement déloyal de l'Allemagne. Certes, le commandement est franco-britannique car les Américains ne veulent pas s'en occuper, mais tout se déroule et se déroulera dans le cadre de l'OTAN, faute de Quartier Général européen.

Mais quel est l'important aux yeux de ceux qui aimeraient croire au projet européen? Que çà marche! Et de fait, l'euro est sorti d'affaire et l'Europe a pris des responsabilités diplomatiques importantes dans une grave crise régionale à ses frontières. Ce n'est pas à ma manière. Je n'aime guère ces solutions ad hoc, ces bricolages de cabinets, ces arrangements auxquels personne ne comprend rien. Je préfèrerai un fonctionnement institutionnel plus clair pour l'Union européenne. Je ne vais pas pour autant bouder mon plaisir. L'Europe va mieux et c'est tant mieux.

24/03/2011

Business as usual

Parmi les nombreuses nouvelles qui auront échappé aux médias ces derniers jours, tant inquiètent et passionnent l'opinion publique le nuage nucléaire, la montée du Front national et la guerre en Libye, j'attire l'attention sur la triste décision que vient de prendre le Parlement européen en confirmant la nomination de Verena Ross au poste de directeur exécutif de l'Autorité européenne des marchés financiers. L'AEMF est un des ce trois nouveaux organismes de supervision, avec l'Autorité bancaire européenne (ABE) et l'Autorité européenne des assurances et pensions professionnelles (AEAPP), dont la création avait été décidée l'automne dernier par l'UE afin de répondre à la crise financière de 2008-2009.

A l'époque, en effet, il avait été constaté qu'une des principales causes de cette crise ouverte par la faillite de Lehmann Brother, tenait à la carence des régulateurs nationaux, soucieux de ne pas faire de vague dans leur système financier domestique, et qu'il convenait d'améliorer le contrôle en instaurant une supervision européenne indépendante. Or à qui confie-t-on la direction opérationnelle de l'AEMF? A la directrice internationale de la Financial Services Authority (FSA), c'est à dire à un des membres les plus éminents de cet organisme national de supervision qui a tant failli, particulièrement au Royaume-Uni.

Collusion Londres avait mené une intense campagne auprès des ministres européens des Finances pour obtenir cette nomination. Christine Lagarde, qui s'était pourtant vue refusée la présidence de l'AEMF au profit de Jean-Pierre Jouyet, dont la candidature avait notamment été barrée par les Britanniques, n'a pas jugé utile de s'y opposer. "Cela présage bien de l'équilibre futur entre l'amélioration de la réglementation et la fonctionnalité du marché", s'est félicité Anthony Belchambers, le directeur exécutif de la Futures and Options Association, un des puissants lobbies de la City. On ne saurait mieux dire que cela présage mal des capacités de l'AEMF à remplir son rôle dans l'esprit avec lequel il a été créé: en finir avec la collusion entre les marchés financiers et ceux qui sont censés les surveiller.

13/01/2011

La paix à la City vaut bien une grosse rumeur

Le succès de l'émission obligataire du Portugal hier sur les marchés dément toutes les rumeurs de ces derniers jours concernant l'incapacité de Lisbonne à refinancer sa dette sans l'aide de l'UE. On s'étonne dès lors du fondement même de ces rumeurs qui faisaient état de pression française et allemande auprès du Portugal afin que ce pays en grande difficulté budgétaire en appelle au Fonds européen de stabilisation financière (FESF) par crainte qu'il ne puisse lever lui-même des fonds à un coût raisonnable. Or non seulement le Portugal a vendu sans encombre ses obligations à un taux d'intérêts à 10 ans de 6,71%, en baisse par rapport à la précédente adjudication en novembre, mais le marché obligataire s'est même détendu dans la foulée pour la dette espagnole et italienne, favorisant une légère remontée de l'euro.

Rôle politique Au demeurant, on se demande bien pourquoi Paris et Berlin auraient poussé en secret Lisbonne à recourir au FESF alors qu'une polémique publique  a opposé hier les gouvernements français et allemand d'un côté, la Commission européenne, la BCE et le FMI de l'autre, sur l'opportunité d'abonder davantage encore ce fonds de sauvetage. Si Christine Lagarde et Wolfgang Schaüble envisageaient vraiment une intervention imminente du FESF en faveur du Portugal, ils se seraient pour le moins fait plus discret sur le montant du capital de cette institution, question délicate qui a son mérite propre. Du reste, le fait même que cette alarme lancée par Bruxelles sur la nécessité d'accroître la dotation du FESF n'ait pas dissuadé les investisseurs de faire néanmoins confiance à la dette portugaise, semble montrer que jamais cette émission d'obligation lusitanienne n'avait été réellement menacée.

Jean Quatremer s'est fait l'écho, tant sur son blog que dans Libération hier, de ces surprenantes rumeurs d'origine anglo-saxonnes. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il relève ce phénomène déjà ancien. Alors que j'étais moi-même encore journaliste, je me souviens que l'actuel rédacteur en chef du Financial Times, Lionel Barber, alors lui-aussi correspondant à Bruxelles, n'a cessé d'écrire tout au long de la genèse de l'euro que la monnaie unique ne verrait jamais je jour! Le personnage n'en est pas moins sympathique et sa désinvolture ne l'a pas empêché de progresser jusqu'aux plus hautes fonctions dans son journal. Reste qu'en minorant les sources institutionnelles pour s'en remettre presqu'exclusivement aux sources de marchés, la presse anglo-saxonne joue ainsi un rôle politique d'autant plus considérable que pour des raisons essentiellement linguistiques, elle est considérée comme la plus crédible dans les milieux européens, où la lecture de l'anglais est plus répandue que celle du français, de l'allemand ou de l'italien.

Mystère et boule de gomme Ce rôle politique, via la presse économique de langue anglaise, a un avantage évident pour la City, et ses relais à Wall Street: l'attention des marchés mondiaux se concentre sur la situation morose de la zone euro et moins sur la situation pitoyable du Royaume-Uni. Les traders londoniens sont en effet avant tout des hommes, pour beaucoup britanniques, dont les revenus importants se portent naturellement davantage sur des biens mobiliers et immobiliers britanniques, et ils n'ont nul intérêt à ce que la Livre sterling, et au delà l'économie britannique, fassent l'objet des mêmes interrogations que le Portugal et la Grèce quant aux niveaux d'endettement et de déficit. En quoi le plan d'assainissement  budgétaire de David Cameron est-il pourtant plus crédible que celui de José Socrates ou de George Papandréou? Mystère et boule de gomme!

 
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