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02/09/2011

Docteur Lagarde et Miss Christine

Le micmac transatlantique sur la mauvaise santé supposée des institutions financières et bancaires européennes a au moins le mérite de dévoiler la double face, voire la duplicité, de Christine Lagarde. Notre ministre de l'Economie et des Finances s'était en effet félicitée du sérieux des stress tests bancaires menés cet été, lesquels avaient en particulier écarté tout risque de défaillance pour les banques françaises. Devenue directrice générale du FMI, la même Christine Lagarde doute désormais ouvertement des certitudes de Lagarde Christine et prétend que les banques européennes sont gravement sous-capitalisées et que le système financier européen risquerait le collapse en cas de défaut sur dette souveraine. Diantre! L'évolution "hors contrôle" de l'endettement grec laissant à nouveau craindre le pire, on aimerait comprendre d'où vient cette volte-face.

Lehmann Brother à l'envers J'avoue être insuffisamment spécialiste des normes comptables internationales pour savoir trancher de la querelle opposant les uns et les autres sur la valorisation réelle des actifs bancaires. Il est néanmoins évident, et légitime compte tenu de son environnement politique et intellectuel, que le FMI en la matière soit sensible à l'interprétation américaine des normes édictées par l'International Accounting Standards Board (IASB). En bonne porte parole de son institution, Mme Lagarde ne fait donc que relayer les craintes américaines d'un Lehmann Brother à l'envers, une crise de confiance inter-bancaire prenant naissance en Europe et dont l'emballement pourrait gripper jusqu'aux rouages financiers outre-atllantique et mondiaux. Remarquons du reste que sans attendre l'expertise des économistes du FMI, les marchés avaient déjà tout l'été sanctionné le secteur bancaire européen, les professionnels doutant d'instinct de la fiabilité des résultats des stress tests dès leur publication le 18 juillet.

Pourtant certains, et pas des moindres, contestent la probabilité de ce scénario noir. C'est le cas, une fois n'est pas coutume, de la méchante agence Moody's qui, dans cette affaire, vient à la rescousse des banques du Vieux Continent, selon elle pas si menacées que ça finalement par la crise obligataire, grâce en particulier à l'interventionnisme de la BCE sur le marché secondaire de la dette souveraine. D'autres osent aller beaucoup plus loin, à l'instar de l'inattendue Laurence Parisot, la cheftaine du Medef accusant carrément les Etats-Unis de complot anti-euro, la Maison Blanche et le Grand Patronat Yankee tentant de repasser le mistigri du Krach final aux Européens afin de mieux faire oublier leur propre montagne de dettes. De fait, on peut s'interroger sur la rationalité de la spéculation sur l'Eurozone où l'endettement atteint 85% du PIB quand le dollar reste à l'abri de toute pression des marchés malgré les 100% d'endettement américain, des perspectives de croissance aussi molle qu'en Europe et une situation politique guère plus brillante.

Grande Duduche Les stress bancaires étaient-ils de bonne qualité ou non? Le système financier européen est-il menacé, oui ou non? Les banques françaises sont-elles victimes de rumeurs de marchés malveillantes ou bien leurs engagements sur la dette souveraine grecque, espagnole, italienne sont-ils si lourds que la faillite les guette réellement? Selon qu'elle est à Paris ou Washington, Christine Lagarde ne tient pas le même discours. Ou plutôt si, elle tient toujours le discours de celui qui la paye. Normal pour l'ancienne dirigeante de Baker et Mc Kenzie, une de ces firmes d'avocats d'affaires qui ont inventé la financiarisation de l'économie en convaincant tout au long des années 80 et 90 les patrons américains et européens qu'ils ne dirigeaient pas une usine ou un commerce, mais qu'ils possédaient des murs, des machines, du matériel et du stock, autant d'éléments convertibles en produit financier autonome. Cette grande Duduche à l'allure chic et technocratique invente donc la financiarisation de la parole publique. Quand elle est payée pour dire que ça va bien, ça va bien. Quand elle est payée pour dire le contraire, elle dit le contraire. Cela ne fait que traduire la morgue emblématique de cette caste qui dirige le monde sans aucune intention de le changer et qui fait perdre toute confiance dans les institutions politiques. 

25/08/2011

Trois en un, sinon rien

Quand on a la chance comme moi d'envisager la Rentrée sans danger personnel (maladie, chômage, difficultés financières), on ne peut que se réjouir du cocktail d'informations que l'actualité a pu combiner ces derniers jours.

Tradition militaire La chute du régime Kadhafi et le formidable défi géo-politique que représente sa succession, surtout à la lumière de la situation syrienne, est à l'évidence la meilleure nouvelle de cette fin d'été, ne serait-ce qu'en raison de la promesse démocratique qu'elle incarne et dont l'UE doit maintenant veiller à ce qu'elle se concrétise. Force est néanmoins de reconnaître qu'à ce stade c'est davantage Nicolas Sarkozy et David Cameron qui ont pris la main plutôt que Lady Ashton, la Haute représentante européenne, pitoyable depuis le début sur le dossier libyen. Il est vrai que sans la contribution diplomatique et militaire décisive de la France et du Royaume-Uni, Tripoli n'aurait sans doute jamais été libéré, ni le Guide suprême renversé. Cet axe Paris-Londres, rendu possible par la pusillanimité de l'Allemagne, augure mal des suites d'une défense européenne intégrée. Heureusement, en l'occurrence, la méthode intergouvernementale, c'est à dire un accord ad hoc entre les deux capitales, a démontré son efficacité. C'est cependant le moins que l'on pouvait attendre de deux Etats à forte tradition militaire et alliés depuis 1904. Reste que sans les moyens aéroportés américains, cette Entente Cordiale n'aurait pas suffi. Si les Européens veulent à l'avenir être à la hauteur de leurs ambitions, je vois mal comment on échappera à un débat sur la création d'une armée européenne, seule à même, grâce aux économies d'échelle permises par la mutualisation des moyens nationaux, de doter nos forces du matériel nécessaire à l'autonomie des interventions de l'UE .

Idole désormais sulfureuse Autre bonne nouvelle: la libération de DSK, ou plutôt la formidable perspective de polémiques politico-médiatiques, peut être même philosophiques, que son retour va immanquablement déclencher. Le procureur Cyrus Vance junior n'ayant finalement pas su, ni pu, explicité les circonstances de "l'acte sexuel précipité" qui a eu lieu le 14 mai dernier dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan, chacun devrait logiquement rester sur ses positions, aiguillonnés par les suites probables de l'affaire Banon, le tout sur fond de primaires socialistes où l'on voit bien que les prétendants voudraient capter l'héritage de l'ex-futur Président de la République sans avoir trop à se montrer avec l'idole désormais sulfureuse de la social-démocratie. Tout ce que j'espère pour ma part de cet épisode surprenant de l'histoire politique française, c'est qu'elle ne bouleversera pas plus que nécessaire le respect de la vie privée des hommes et femmes politiques. DSK a été pris aux turpitudes d'un "comportement inapproprié", selon la litote de son propre avocat Benjamin Brafman. D'autres le seront peut être bientôt pour leurs aventures pédophiles à Marrakech. Ce qui se déroule en revanche entre adultes consentant devrait pouvoir demeurer hors champ médiatique. Les méthodes d'investigation dont a usé la presse anglo-saxonne pour découvrir une maîtresse à tel ministre ou révéler l'homosexualité de tel parlementaire m'apparaissent en effet aussi pour le moins des "comportements inappropriés" que les journaux français seraient bien inspirés de ne pas imiter. 

Clause sibylline Les nouvelles sont moins bonnes sur le front de l'euro mais n'en demeurent pas moins passionnantes car décisives. Réunis le 16 août, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n'ont annoncé aucune des mesures attendues pour la mise en oeuvre des décisions du Sommet extraordinaire de l'Eurozone le 21 juillet dernier (ici). Pire, le même jour, usant d'une clause sibylline qu'elle avait elle même introduite dans les conclusions de ce Sommet, la Finlande a obtenu que la Grèce nantisse le capital qu'Helsinki apportera au second plan de sauvetage. Une funeste requête reprise depuis par d'autres petits contributeurs (Pays-Bas, Autriche, Slovaquie, Slovénie) et dont le principe même sape la raison d'être du plan: de fait, si Athènes devait gager chaque tranche de l'aide que les pays de l'Eurozone est censé lui apporter, ce soutien financier se révèlerait vide de sens...Ce rebondissement démontre une fois encore l'urgente nécessité d'un saut fédéral et je ne peux que déplorer l'obstination commune de Merkel et Sarkozy à refuser les euro-obligations. A l'instar de François Bayrou, les rangs de ses partisans n'en cessent pas moins de s'étoffer tant l'alternative intergouvernementale franco-allemande actuelle ne parvient pas à convaincre. Aurons-nous enfin un vrai débat européen lors de la campagne présidentielle?

22/07/2011

Allez camarades, encore un effort pour être fédéralistes

George Papandreou, le Premier ministre grec, peut être heureux: il revient de Bruxelles avec un allégement annuel du fardeau de sa dette de 3,5 milliards d'euros, grâce à une baisse des taux d'intérêt auquel lui prêtaient jusqu'à présent ses partenaires de l'Eurozone de 4,5% à 3,5%. Le soulagement est d'autant plus palpable que les délais de remboursement sont portés à 15, 30, voire 40 ans. Mieux encore, l'anxiété grecque face au marché obligataire est bel et bien derrière l'Acropole avec un nouveau prêt de 109 milliards de l'UE, via le Fonds européen de stabilisation financière (FESF) puis le futur Mécanisme européen de stabilité (MES) à partir de 2013, et du Fond monétaire international. Cerise sur le gâteau: un plan Marshall est promis à Athènes, non chiffré car dépendant pour l'essentiel du futur cadre financier de l'UE après 2013.

Les créanciers bancaires de la Grèce, impliqués dans cette mécanique par le biais de rachat "volontaire" de dette dévalorisée, devront assumer en tout d'ici 2020 jusqu'à une centaine de milliards de manque à gagner, du fait de cet étalement des remboursements et de la baisse des taux s'y afférant. Mais ce défaut maitrisée ne devrait pas avoir de conséquences sur leur fonctionnement, sinon leurs bénéfices: les banques grecques en difficulté éventuelle de refinancement, pourront l'être par le FESF puis le MES. Pour faire bonne mesure, les banques et institutions financières de tous les pays de l'Eurozone qui seraient aussi en proie à des problèmes de refinancement, ce qui n'est pas invraisemblable en Espagne notamment au lendemain de stress tests bancaires mitigés, pourraient aussi bénéficier des taux avantageux du FESF.

Cirque spéculatif Ce lien que l'UE tisse désormais comme prêteur quasi exclusif de la Grèce, et la dépendance dans laquelle entrent également le Portugal et l'Irlande à cet égard, est clairement un pas dans la bonne direction, c'est à dire la création d'euro-obligations. Certes, le FESF prêtent aux banques pour qu'elles mêmes achètent de la dette et peut même racheter cette dette au marché secondaire, mais il n'émet pas encore directement des bons du trésor estampillée UE. Reste que la limite commence à être ténue et qu'on se rapproche de la solution maintes fois défendue ici. Disons qu'à ce stade, l'Eurozone a franchi le pas de la création d'un Fonds monétaire européen mais pas encore celui de la création d'un marché obligataire.

Une telle décision prise il y 18 mois, au début de la crise grecques, aurait sûrement évité la contagion à l'Irlande et au Portugal, qui se seraient alors retrouvés protégés préventivement de toute attaque spéculative. Aujourd'hui, il est beaucoup moins sûr que cela suffise. Pour l'instant les marchés, toujours très court-termistes semblent rassurés par l'accord sur la Grèce. La faillite totale est en effet écartée. Mais pas un défaut partiel puisqu'il est même prévu que les créanciers bancaires d'obligations grecques se verront infliger une décote. Des cénacles divers de banquiers et de financiers vont se réunir ce week-end pour apprécier si ce défaut partiel est un "évènement de crédit", mot magique devant déclencher le fameux marché des "credit defaut swap" (CDS), sorte d'assurance sur la dette mais que ne détienne pas forcément les créanciers eux mêmes. Bref un grand cirque spéculatif qui plongerait à nouveau toute l'Eurozone dans la tourmente.

Débat final Mais le pire n'est jamais sûr et peut être le système financier sera-t-il assez sage pour accepter quelques dizaines de milliards, non de pertes mais de manque à gagner, pour nous éviter de rajouter la crise à la crise. En revanche les marchés seront intéressés à juste titre par la portée réelle et à long terme de l'accord. Car ce long terme demeure en suspens, malgré la forte garantie politique apportée hier par les chefs d'Etat et de gouvernement. Juridiquement en effet, les dispositions cruciales du dispositif, la recapitalisation bancaire de tous les Etats membres au meilleur taux et le rachat de la dette secondaire, doivent encore attendre un long processus de modification des statuts du FESF, avec les affres que cela peut créer dans certains pays comme l'Allemagne ou la Finlande.

C'est ce débat final que nous devons enfin avoir. Tant qu'à modifier les statuts du FESF, et à modifier d'ailleurs le Traité lui-même pour la création du futur MES, alors ouvrons encore davantage le champ des possibles pour leur intervention: l'émission d'euro-obligations pour le compte de l'ensemble des membres de l'Eurozone. La campagne électorale française devra être le moment de départager les Français autour du seul vrai clivage qui compte aujourd'hui: opter pour la puissance commune d'une UE fédérale ou conserver l'illusion de la souveraineté nationale à l'égard de Bruxelles alors qu'en fait son destin est entre les mains des marchés.

 
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