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15/02/2011

Pauvre Florence Cassez, si loin de la justice et si prés de Felipe Calderon

Ainsi donc, vexé des remontrances françaises autour du cas judiciaire de Florence Cassez,  Mexico nous privera d'une Année mexicaine à Paris. Caramba! Jamais nous ne saurons si la culture mexicaine dépasse le sombrero, la téquila et le mariachi. Ce que nous savons par contre c'est que le Mexique n'est pas seulement le pays de Speedy Gonzales, mais aussi de la justice expéditive. 60 ans de prison pour "complicité de prise d'otages", c'est en effet cher payé. Surtout quand on sait les conditions rocambolesques dans lesquelles la jeune française imprudente dans ses amours a été condamnée. Depuis l'arrivée de Felipe Calderón à la tête du Mexique, en décembre 2006, pas moins de 28 000 personnes ont été tuées dans différents règlements de comptes et affrontements entre l'Etat et les narcotrafiquants. On comprend son souci d'apparaître intransigeant face au crime organisé. On comprend moins cet acharnement judiciaire contre notre compatriote.

Bien sûr, arrivée en touriste en août 2003, Florence Cassez aurait mieux fait de ne pas croiser la route de ce beau gosse  d'Israel Vallarta. Bien sûr, elle aurait pu se poser des questions sur les moyens de subsistance d'un amant aussi riche pour se payer splendides villa, voitures de luxe et gardes du corps. Bien sûr, elle aurait pu s'interroger sur les pratiques douteuses qui se déroulaient sous ses yeux, ou pas bien loin. Bien sûr. Reste qu'il est prouvé que son arrestation le 9 décembre 2005, soit disant en direct par l'Agence fédérale d'investigation (dont le patron est depuis devenu ministre de la Sécurité intérieure) dans la maison où étaient retenus trois otages, est un montage grossier, une reconstitution effectuée devant les caméras de télévision alors qu'elle avait été arrêtée la veille, au volant de sa voiture loin des lieux du crime. Reste que ce type de manipulation policière est une infraction flagrante à toutes les règles judiciaires et que le déni de justice dont Florence Cassez est victime (sa condamnation définitive vient d'être confirmée par la Cour de Cassation mexicaine) est un scandale. Reste donc que c'est à bon droit que les autorités françaises annonçaient d'avance qu'elles profiteraient de l'Année du Mexique pour évoquer régulièrement cette affaire et réclamer son extradition.

Principes avant le business L'histoire entre le Mexique et l'Europe est jalonnée de conflits, avec l'Espagne, ex-puissance coloniale, mais aussi avec la France dont l'armée a occupé le pays entre 1862 et 1867 pour y imposer un empereur autrichien! La réconciliation remonte à la visite de de Gaulle en 1964, un immense triomphe populaire qu'explique largement l'antiaméricanisme du grand Charles dans ce pays où l'ancien Président Porfirio Diaz se plaignait par cette formule célèbre de sa proximité avec les Gringos: "Pauvre Mexique! Si loin de Dieu, si près des États-Unis". L'UE et le Mexique sont liés depuis 2000 par un Accord de libre-échange qui entre cette année dans sa phase finale de mise en oeuvre. Le libre échange, c'est bien, surtout dans ce cas précis où exceptionnellement la France en bénéficie largement (2,7 milliards d'euros d'exportations en 2010 contre 535 millions d'importations). L'échange de cellule de Mexico à Paris pour Florence Cassez, ce serait mieux. Pour une fois que Nicolas Sarkozy fait passer les principes avant le business, je ne m'en plaindrais pas.

07/02/2011

MAM, ou les infortunes de l'incompétence

L'univers médiatique a des emballements qui me laissent parfois pantois. J'ai assez longtemps été journaliste, et me flatte aujourd'hui d'être un bon conseiller politique, pour ne rien ignorer des voies et moyens susceptibles d'affaiblir un adversaire. Mais cette affaire de cornecul concernant les liens aéronautiques et hôteliers entre Michèle Alliot-Marie et l'homme d'affaires tunisien Aziz Miled est la plus stupide des cabales. MAM peut en effet avoir les amis qu'elle veut, fussent-ils richissimes, et ce n'est pas les faveurs dont elle a  bénéficié que l'on peut lui reprocher. A cette aune, un certain Dominique Strauss-Kahn, ami de tous les milliardaires de la planète, ne pourrait prétendre se présenter à l'élection présidentielle, et ses partisans socialistes devraient prendre garde que cet argument ne se retourne un jour contre lui.

Non, le reproche à faire à Michèle Alliot Marie est bien plus grave et bien plus simple: son incompétence notoire! Car enfin, comment la ministre des Affaires étrangères a-t-elle pu avoir l'idée saugrenue  de se rendre par deux fois en Tunisie en villégiature, alors même que le pays était déjà en pleine ébullition depuis une dizaine de jours? Comment la chef de la diplomatie française pouvait imaginer passer des vacances tranquilles en famille sans même un rendez-vous de travail avec le gouvernement Ben Ali qui réprimait au même moment son peuple sans vergogne? Comment, de retour de Tunisie, ne trouvait-elle rien d'autres à dire que de proposer l'expertise sécuritaire française aux sbires du régime aujourd'hui déchu?

Potiche inutile Avec un tel exemple au plus haut niveau du gouvernement, comment dès lors s'étonner de la fronde des magistrats et des policiers à qui, selon moi à juste titre, Nicolas Sarkozy demande aujourd'hui des comptes sur les dysfonctionnements du système judiciaire français. Bien sûr, à l'instar de Michèle Alliot Marie, qui peut se plaindre de l'inefficacité de son ambassadeur en Tunisie, les  juges peuvent se plaindre de l'inefficacité de leurs services, amputés des moyens nécessaires à la bonne exécution de leur travail. Mais dans les deux cas le constat d'irresponsabilité est similaire. Morale de cette triste histoire: à l'instar des magistrats de l'affaire d'Outreau, qui tous ont été promus depuis, MAM va pouvoir rester au Quai d'Orsay et continuer à jouer les potiches inutiles.

27/01/2011

Avis de décès pour l'Union pour la Méditerranée

Ce devait être la grand oeuvre diplomatique du quinquennat: avec l'Union pour la Méditerranée (UpM), initiée en juillet 2008, en pleine présidence française de l'UE, Nicolas Sarkozy promettait de sortir de l'ornière les relations euro-méditerranéennes et de jeter les bases d'un grand projet de coopération politique de part et d'autres des rives de la Mare Nostrum. A vrai dire, l'Union européenne n'avait pas attendu Nicolas Sarkozy pour se préoccuper de la Méditerranée. C'est l'Espagne qui avait lancé en 1995 le "processus de Barcelone", cadre dans lequel ont été conclus des accords d'association, essentiellement commerciaux, entre l'UE et Israël, l'Égypte, la Jordanie, le Liban, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc. L'objectif affiché dépassait cette stricte dimension économique pour envisager déjà une véritable coopération politique, mais cette ambition s'est toujours heurtée aux réalités de terrain, c'est à dire le conflit israélo-arabe.

"Pas du tout" avait tranché Henri Guaino, inspirateur de l'UpM auprès de Nicolas Sarkozy, selon qui l'échec du "processus de Barcelone" est imputable aux gnomes bruxellois et à leur lourde machinerie bureaucratique. Créons une structure légère de gouvernance, lançons quelques projets concrets et la face de la Méditerranée en sera changée. Bilan: il aura fallu un an et demi de marchandage pour enfin créer le secrétariat général de l'UpM en mars 2010, dont le titulaire, un diplomate jordanien, a démissionné hier, tirant les conséquences en quelques mois de fonction de la paralysie complète dans laquelle s'enlise l'UpM. Car si le "processus de Barcelone" n'était pas brillant, du moins fonctionnait-il. Rien de tel avec l'UpM qui depuis son lancement est plus que jamais prisonnière des tensions au Proche Orient. L'opération plomb durcie menée par Tsahal dans la bande de Gaza fin 2008 a gelé toute activité. Aucun Sommet, ni réunions ministérielles, n'ont lieu depuis 2 ans et l'agenda pour 2011 se résume à une page blanche.

Vices de conception A l'heure où la rue arabe s'agite de Tunis à Amman, en passant par Le Caire et Alger, on voit mal de toute façon ce que l'UpM pourrait dire ou faire quand on sait que ses Pères fondateurs, outre Nicolas Sarkozy, sont le despote tunisien déchu, Zine El-Abidine Ben Ali, le vacillant Président égyptien Hosni Moubarak et le terne Roi du Maroc, Mohamed VI. Autant dire que la démocratie n'était pas l'objet premier recherché par les promoteurs de l'UpM, ce qui n'est pas le moindre de ses vices de conception.

 
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