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12/10/2011

Les meilleurs ennemis

Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, avait cru malin dans les années 80, après la victoire à la Pyrrhus emportée par Israël au Liban, d'aider les Frères musulmans pour contrecarrer l'emprise nationaliste du Fatah de Yasser Arafat sur les Palestiniens. "Tant qu'ils vont à la mosquée, ils ne feront pas de politique" pensait bêtement le fondateur du Likoud, devenu nettement moins con à la fin de sa vie politique mais que la maladie empêcha de mettre en oeuvre ses bonnes et tardives résolution de paix. Je désespère que Benjamin Netanyahou fasse preuve un jour de la même clairvoyance et, au risque de passer pour un rabat-joie, je ne salue pas l'accord qui vient d'être conclu avec le Hamas pour la libération du soldat franco-israélien Ghilat Shalit, quand bien même ce malheureux soit captif des islamistes depuis plus de 5 ans.

La mauvaise humeur du très droitier ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, et la colère des colons ultra-othodoxes face à la libération de centaines de militants palestiniens ne doivent pas faire illusion: si Bibi a fait un cadeau aux Palestiniens, il est empoisonné, et le gage ainsi apparemment donné au processus de paix n'est qu'un enfumage de la Communauté internationale. C'est en effet le Hamas qui sort renforcé de ce deal peu glorieux et avec lui les Frères musulmans, leurs nouveaux protecteurs en Egypte. Ce faisant Netanyahou fait coup double. D'une part, en crédibilisant les islamistes radicaux en perte de vitesse, il estompe la popularité de Mahmoud Abbas, au plus haut depuis sa tentative de proclamation unilatérale d'un Etat palestinien. D'autre part il prend acte de l'alliance tragique entrain de se nouer au Caire entre le glaive et le croissant.

Citadelle assiégée Ce raisonnement cynique visant à affaiblir le seul leader Palestinien susceptible de négocier la paix au profit de ceux qui ne reconnaissent même pas Israël et à caresser l'armée égyptienne dans le sens du poil au moment où elle tire sur les coptes et protège les incendiaires d'églises salafistes participe de cette stratégie de la tension qui caractérise et fait la force du Likoud. Cette idéologie de citadelle assiégée repose sur le concept fanatique de grand Israël lequel revient ni plus ni moins à nier toute possibilité d'un Etat palestinien, ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais. Quoi de mieux dès lors que de jouer de la menace terroriste et de favoriser l'émergence d'un pouvoir militaro-religieux en Egypte pour mieux faire peur aux Israéliens. Des Israéliens qui pourtant très majoritairement sont favorables à un Etat palestinien et qui s'indignent chaque jour davantage d'une économie de guerre qui ne profitent qu'aux riches amis de M. Netanyahou et autres mafieux russes de l'entourage Lieberman.

13/09/2011

Bourgi m'a dit

Mais quelle mouche a piqué ce Foccart au petit pied pour dégoiser tous les secrets de polichinelle de la Françafrique? Le dernier acte de bravoure de Robert Bourgi, comme "Monsieur Afrique" de l'Elysée, aura été d'obtenir en 2008 la tête, sur injonction d'Omar Bongo, de Jean-Marie Bockel, éphémère et bien naïf secrétaire d'Etat à la Coopération qui croyait possible d'en finir avec les réseaux quasi-mafieux qui court-circuitent la diplomatie officielle française sur le continent noir depuis 50 ans. Depuis la Sarkozye l'avait mis au rencart, et Alain Juppé, de retour au Quai d'Orsay, l'a définitivement placardisé. Tout indique donc qu'il ne s'agit que d'une banale vengeance.

Cet avocat franco-libanais, né au Sénégal, n'a en effet rien à gagner dans ces révélations. Sûrement pas la reconnaissance de ceux qui dénoncent cette collusion financière bien connu entre les potentats africains et les locataires successifs de l'Elysée. Entre autres récipiendaires de ces largesses. Ces mauvaises manières ne sont rendues possibles que grâce à des intermédiaires de son acabit et ses états d'âme d'aujourd'hui n'ôtent rien à ses fautes d'hier. Il ne s'attirera sûrement pas non plus le soutien de ses pairs et l'Ordre des Avocats a déjà annoncé son intention de s'intéresser de près à ce personnage louche dont on imagine mal qu'il se contentait de passer des valises sans les ouvrir et se servir. Il ne complaira pas plus à l'Elysée, soupçonné de l'avoir téléguidé dans ses révélations contre Dominique de Villepin, alors que Nicolas Sarkozy essaye au contraire d'amadouer son meilleur ennemi depuis des mois. Sans compter que les affirmations de Bourgi selon lesquelles ces pratiques se sont arrêtées net depuis 2007 ne sont crues par personne.

Anguille sous roche L'étonnante réactivité de Jacques Chirac, incapable d'assister à son procès pour cause d'anosognosie mais capable d'en intenter un autre contre ce délateur plein de mauvais souvenirs, montre clairement qu'il y a anguille sous roche. Cela annonce-t-il un grand déballage qui serait tout à l'honneur de notre pays? Rien n'est moins sûr tant tous les protagonistes de cette sombre affaire ont plus à perdre qu'à gagner. Du moins peut on espérer que ce coup de projecteur sur la Françafrique compliquera terriblement à l'avenir la tâche à ces hommes de l'ombre qui participent sans vergogne au pillage des ressources africaines pour remplir les caisses de l'UMP du PS, voire du Front national si on en croit M. Bourgi.

05/09/2011

Contrôle fiscal dans les cantons suisses

Les temps sont durs pour tout le monde comme l'illustre le chantage de Washington sur Berne: si d'ici demain une dizaine de banques, dont le Crédit Suisse, ne livrent pas au fisc américain le nom des détenteurs privés ou des fondations disposant d'un compte d'au moins 35 000 euros dans la Confédération, elles pourraient se voir retirer leur licence d'exploitation aux Etats-Unis. Le ministère de la Justice américain avait déjà usé de cette menace de représailles en 2010 pour obtenir de l'Union des banques suisses (UBS) la divulgation de ses 4000 clients américains ainsi que le paiement d'une amende de plus de 500 millions d'euros. Cette fois, ce sont 10 000 comptes qui sont dans le collimateur yankee avec une pénalité envisagée de 2 milliards pour le cartel bancaire de l'évasion fiscal.

Disette budgétaire En ces temps de disette budgétaire, chaque sou est bon à prendre par le fisc de part et d'autre de l'Atlantique. L'Allemagne et le Royaume-Uni ont opté pour une autre méthode avec la Suisse. Aux termes d'accords bilatéraux récents, l'anonymat des détenteurs de compte demeure préservé par les banques, lesquelles en retour s'engagent à verser un impôt libératoire proportionnel au montant du dépôt de ses clients allemands et britanniques. Berlin espère ainsi récupérer une dizaine de milliards d'euros pour apurement du passé, et environ 800 millions par an en vitesse de croisière. La Suisse a démarché la France pour conclure un accord du même genre mais à ce stade Paris refuse. Jusqu'à quand? Au vue des avoirs français estimés en Suisse, et avec le même taux de 19 à 34% négocié avec l'Allemagne, Bercy pourrait récupérer environ 5 milliards de passif, puis quelques centaines de millions chaque année...

Evidemment, il serait plus satisfaisant d'être en mesure, comme les Etats-Unis, de menacer les banques suisses d'interdiction d'exercice sur le territoire de l'UE si elles ne dévoilent pas les noms de leurs clients européens, nonobstant le versement d'une amende. Cette impuissance européenne - et par contagion française - à s'imposer sur son petit voisin ne fait que traduire l'absence de politique fiscale commune, conséquence du vote à l'unanimité requis en la matière, et qui n'est d'ailleurs pas la moindre des carences de la gouvernance économique de l'Eurozone. Comment en effet lutter conjointement contre l'évasion fiscale avec des taux d'imposition sur le revenu variant d'un Etat à l'autre? Il en est d'ailleurs de même avec l'impôt sur les sociétés, dont la fragmentation des taux et de l'assiette n'est qu'une invitation au dumping fiscal.

Paradis nullement artificiels Le plus étrange dans cette chasse au trésor suisse menée en ordre dispersé à Washington, Berlin ou Paris, c'est que l'UE et les Etats-Unis s'étaient pourtant engagés, au début de la crise financière en 2008, à lutter fermement contre les centres off-shore et autres havres fiscaux. Un objectif depuis bien oublié et que la présidence française du G20 tarde à remettre en priorité du Sommet de Cannes en novembre prochain. La problématique ne se limite pourtant pas aux quelques milliards que perdent chaque année les administrations fiscales. Ces paradis nullement artificiels, et pour beaucoup bien plus exotiques que la Suisse, brassent de l'argent encore plus douteux comme nous le rappellent ces derniers jours les palinodies autour de la restitution des avoirs du clan Kadhafi.

 
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