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16/11/2010

Et une crise de plus, une!

Qu'elle soit financière, économique, obligataire ou monétaire, l'UE ne manquait pas de crise ces derniers mois mais le Royaume-Uni, flanqué d'un quarteron de pays où l'euroscepticisme est désormais un atout de politique intérieure, a choisi d'ouvrir un nouveau front: une crise budgétaire. La rupture la nuit dernière des négociations budgétaires pour 2011 entre le Conseil et le Parlement va de fait contraindre l'UE à fonctionner avec le système dit des douzièmes provisoires, ce qui ne manquera pas de créer des problèmes comptables en cascade. Avec ce système en effet, on se basera sur le niveau des paiements en 2010, soit 122,9 milliards d'euros, que l'on divisera par douze reconduits à l'identique pour chacun des quelques 200 chapitres budgétaires.

Argent débloqué au compte-goutte Bercy, qui tire déjà la langue, va adorer l'exercice. Fin janvier, le ministère des Finances devait ainsi récupérer entre 7 et 8 milliards des 10 milliards que la France touche annuellement de la PAC afin de rembourser les primes que le ministère de l'Agriculture a versées en 2010. Le problème, c'est qu'avec le système des douzièmes provisoires, ce n'est pas 7 à 8 milliards que Paris va recevoir mais le douzième de cette somme et attendre ensuite chaque mois que l'argent soit débloqué au compte-goutte. Il va sans dire que si cette situation devait longtemps perdurer, le versement aux agriculteurs des primes 2011 sera largement problématique, sinon hypothéqué. Le calendrier étant inversé pour les subventions à la politique régionale, dont les versements sont plutôt concentrés en fin d'année et portent sur des projets en cours, les difficultés seront moindres, sinon pour le lancement de nouveaux programmes.

Mais du moins, dans la mesure où le budget 2010 prévoyait ces paiements, ils seront honorés. Contrairement aux dépenses non prévisibles....Ainsi en est-il du Fonds de solidarité. Ce dernier a son propre chapitre budgétaire, qui a par exemple permis cette année d'aider les victimes de la tempête Xynthia. Pour abonder ce fonds, lequel par nature répond à des situations imprévues, il faut s'entendre sur un budget rectificatif au budget en cours. C'était le cas en 2010. Mais s'il n'y a pas de budget en 2011, alors il ne saurait y avoir de budget rectificatif, et donc seules les premières catastrophes de l'année pourront être éligibles avec l'argent disponible par douzièmes provisoires, interdisant toute dépense supplémentaire en cas de besoin inopiné en cours d'année... Le même raisonnement vaut d'ailleurs pour le Fonds d'aide d'urgence en faveur des pays tiers sinistrés. Ce fonds avait permis à l'UE de débloquer immédiatement 300 millions d'aide d'urgence à Haïti après le terrible séisme de janvier dernier. Pour 2011, mieux ne vaudra donc pas trop compter sur l'aide européenne.

Coup de force budgétaire Les conséquences de ce coup de force budgétaire s'annoncent nombreuses et rarement pour déplaire aux putchistes. Ainsi Le Royaume-Uni ne pleurera sans doute pas l'impossibilité qu'il y a désormais à mettre en place en janvier prochain comme prévu les fameuses agences de régulation des marchés financiers et bancaires contre la création desquelles Londres s'était battu pendant des mois. Sans argent et donc sans personnel, ces agences demeureront des coquilles vides et la City pourra continuer à spéculer sans surveillance. Les banquiers britanniques, très engagés sur le marché obligataire irlandais en plein marasme, pourraient toutefois se retrouver victimes collatérales de cette manoeuvre. En effet la facilité de prêt de 60 milliards dont est dotée la Commission européenne, et qui est théoriquement la partie la plus facile à débloquer du Fonds européen de stabilisation financière, pour le reste reposant sur des mécanismes lourds intergouvernementaux, est naturellement compromise par le recours aux douzièmes provisoires...

Le plus aberrant dans cette affaire, c'est que le budget 2011 en lui-même n'est pas en cause. Le Parlement s'était en effet rangé aux arguments du Conseil en faveur d'un budget d'austérité, reflétant les difficultés budgétaires des Vingt Sept. Hier soir, au terme de cette ultime séance de conciliation entre le Parlement et le Conseil, tout aurait donc pu tranquillement s'achever sur une modeste hausse de 2,91% du budget  pour fixer les crédits de paiements en 2011 à 126,6 milliards d'euros. Mais ce que n'a pas supporté Londres, c'est que le Parlement assortisse cette concession d'un engagement sur l'avenir du financement des politiques communes de l'UE.

Impôt européen Le budget annuel de l'UE s'inscrit en effet depuis 1989 dans un cadre pluriannuel, celui en cours couvrant la période 2007-2013. Ce cadre a été accepté en 2006 à l'unanimité des Etats et leurs contributions budgétaires potentielles d'ores et déjà fixées, y compris un large matelas pour imprévu. La première revendication du Parlement était et demeure que pour les deux exercices prochains de 2012 et 2013, le Conseil soit prêt à faire preuve de flexibilité en utilisant ce matelas  Pour illustrer le problème, prenons un projet européen dont la France est le premier bénéficiaire: le réacteur de recherche en fusion nucléaire ITER, installé à Cadarache dans les Bouches du Rhône. Pour le financement d'ITER en 2012 et 2013, un bidouillage de 1,4 milliard est d'ores et déjà envisagé, reposant pour l'essentiel sur de supposées économies à venir dans le budget agricole. Le  Parlement considère que plutôt que de parier sur des économies aléatoires, les Etats membres seraient mieux inspirés d'utiliser les marges décidées en 2006.

La seconde revendication parlementaire reflète une vision de long terme. Pour éviter cette querelle budgétaire récurrente avec le Conseil sur le montant des contributions nationales, le Parlement prône en effet un retour aux sources de l'UE, c'est à dire un budget reposant sur des ressources propres autonomes. A l'époque de la CEE en effet, le budget européen était abondé par les droits de douanes et une taxe sur les importations agricoles. Ces ressources, qui était donc prélevées directement par Bruxelles et non pas par les Etats, ont fondu au fur et à mesure de la libéralisation du commerce. Au lieu de les remplacer par un autre type d'impôt européen, comme le prévoit explicitement le Traité, les Etats ont préféré progressivement passer à un système de contributions nationales, lesquelles abondent aujourd'hui 80% du budget européen. Avec un inconvénient majeur: chaque ministre des Finances voyant combien il paye est tenté d'obtenir un juste retour, ce qui laisse peu de place aux mécanismes de solidarité qui fondent au contraire l'UE. Pour remplacer ce système contributif, plusieurs pistes sont explorées, comme une part des recettes d'une taxe sur les transactions financières ou les activités financières, le fruit des ventes de quota d'émission de gaz à effet de serre, une taxe liée au transport aérien, une TVA européenne séparée, une part des recettes d'une taxe énergétique ou de l'impôt sur les sociétés, voire un panachage de ces différentes options. Seule certitude: ce ne serait pas un prélèvement obligatoire de plus mais un impôt de substitution puisque cette recette serait déduite au prorata de la contribution des Etats.

Ce débat doit de toute façon s'ouvrir au plus tard en juin prochain, lorsque commencera la négociation sur le cadre financier post-2013. Mais pour les Britanniques, et leurs affidés, c'est aujourd'hui qu'il faut déjà couper court à toute discussion sur la capacité de l'UE à se doter de ses propres moyens financiers. Par les temps qui courent, il faut se raccrocher à toutes les occasions de se réjouir et dans ce contexte, je ne peux que me féliciter de voir que la France n'a pas mêlé sa voix à cette fronde malsaine qui va un peu plus paralyser un édifice européen déjà bien branlant.

26/10/2010

Des conséquences du court-termisme en politique

C'est en râlant que l'Assemblée nationale a adopté lundi la contribution française au budget de l'UE, soit 18,2 milliards, en hausse de 300 millions par rapport à 2010. Nonobstant le fait que la France va récupérer environ 14 milliards sur cette somme au titre de subventions diverses, dont 10 milliards rien que pour la PAC, ce vote à contrecœur est un véritable non sens politique, traduisant l'effroyable court-termisme qui frappe nos élus et paralyse toute action publique.

Car la réelle conséquence de cette pingrerie mal placée va se traduire très concrètement par une grosse déception pour l'industrie européenne dans un des rares secteurs où notre pays est en pointe: l'espace, qui emploie directement 30 000 personnes hyper-qualifiés pour 5,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Faute d'argent, la Commission européenne doit en effet renoncer au lancement d'un ambitieux programme spatial européen, dont l'annonce était prévue début novembre. Bruxelles refuse ainsi de s'engager dans de nouveaux projets de long terme alors que chaque année déjà, le budget de l'UE doit être bricolé pour boucler le financement des chantiers technologiques déjà sur les rails, comme Galileo, un système satellitaire  de radionavigation, ou le GMES, un système satellitaire d'observation des changements climatiques.

La dure loi du juste retour La Commission avait pourtant toute légitimité en la matière puisque l'espace est devenue une des politiques communes de l'UE, grâce à une des rares novations du Traité de Lisbonne. Aujourd'hui elle co-gère Galileo et le GMES avec l'Agence spatiale européenne (ESA), un organisme intergouvernemental extrêmement performant sur le plan technologique mais qui souffre d'un vice de conception juridique: son budget étant abondé par ses Etats membres, l'ESA est soumise à la dure loi du juste-retour géographique. Autrement dit, quand l'Allemagne verse tant, Berlin veut que les industriels allemands reçoivent tant. C'est pourquoi d'ailleurs une grosse PME allemande comme OHB est chargée de la construction de 14 de la trentaine de satellites nécessaires à Galileo, et pas seulement les leaders français du secteur comme Thales Elenia Space ou EADS Astrium. Au demeurant, y compris au sein de la Commission, il restait à convaincre quelques Ayatollahs de la concurrence, peu enclins à accepter l'émergence de champions européens.

Certes, le budget de l'UE, financé aujourd'hui à 80% par les Vingt Sept, n'échappe pas lui-même au fléau du juste retour. Mais les principes juridiques qui en sous-tendent l'utilisation impliquent une péréquation, ce qui explique d'ailleurs pourquoi la France, moins que l'Allemagne du reste, est contributeur net, c'est à dire que l'argent français profite aussi aux régions pauvres d'Europe centrale et orientale...et par contrecoup aux entreprises françaises qui s'y installent en masse. Le financement de la politique spatiale européenne, érigée par le Traité de Lisbonne au même rang que la politique régionale ou agricole, aurait pu faire échapper les programmes spatiaux aux contraintes de l'ESA, même si l'expertise de cette dernière n'était pas remise en cause pour la conduite technique des programmes. Mais avec un budget de 140 milliards d'euros, dont 70% sont absorbés par la PAC et la politique régionale, et sous la pression d'élus qui trouvent que c'est déjà trop cher payé, Bruxelles a préféré jeté l'éponge. Tant pis pour ceux qui rêvaient d'étoiles européennes et tant mieux pour les Américains et les Chinois qui ne mégottent pas sur les investissements d'avenir.

21/10/2010

Sidonia, l'oie blanche du budget européen

Son nom est Jędrzejewska, mais comme c'est imprononçable chacun l'appelle par son prénom, Sidonia. Une familiarité qui n'est pas nécessairement une marque d'estime de ses collègues, encore moins d'amitié, tant elle a tout d'une oie, copie conforme de cette Sidonie sans cervelle tentant d'échapper à Croquetout le renard dans cette série d'animation de ma jeunesse Aglaé et Sidonie. Car ses limites, Sidonia Jędrzejewska les a abondamment démontrées depuis sa nomination comme rapporteur du budget européen 2011. Apparatchik de la Plate forme civique, le parti chrétien-libéral de l'actuel Premier ministre Donald Tusk, elle a intégré le groupe parlementaire du Parti Populaire Européen comme administratrice au budget (normal, elle est sociologue de formation....), avant d'être élue eurodéputée en juin 2009.

 

Propos délirants Sa première grande gaffe, elle l'a accomplie en mai dernier. Alors qu'après des mois d'âpres batailles, sur fond de crise obligataire dévastatrice,  les Vingt Sept étaient enfin parvenus à créer le Fonds européen de stabilisation financière (FESF), doté de 750 milliards dont 60 milliards de capacité d'emprunt pour la Commission européenne, gagés sur le budget de l'UE, Sidonia tient sa première conférence de presse sur le budget 2011. Contente et sûre d'elle, elle explique alors doctement qu'il est juridiquement et financièrement impossible pour le Parlement d'accepter le montage ainsi opéré par le Conseil. Heureusement, hormis l'agence polonaise PAP, aucune agence internationale, notamment financière comme AP Dow Jones  ou Reuters, n'étaient présentes pour relayer ces propos délirants: on n'ose en effet imaginer les conséquences sur les marchés d'une dépêche annonçant que ce volet hautement symbolique du plan de sauvetage européen est mort-né parce que le Parlement ne le voterait pas!

 

Mais Sidonia ne s'arrêta pas en si mauvais chemin. En charge du budget 2011, cette fade technocrate se consacra au budget 2011, sans la moindre jugeote politique sur l'opportunité qu'il y aurait peut être à utiliser la nouvelle procédure budgétaire créée par le Traité de Lisbonne et qui renforce considérablement les prérogatives du Parlement européen. Bien au contraire, Sidonia s'attelle à boucler avec les ministres européens des Finances un accord à la baisse, mais ménageant naturellement la manne agricole et les Fonds régionaux dévolus à son pays d'origine. Il a fallu tout le talent d'Alain Lamassoure, président de la Commission des Budgets, et l'insistance de son président de groupe, Joseph Daul, pour qu'elle consente à ce que le Parlement exerce pleinement ses nouveaux pouvoirs budgétaires.

 

Ultime pleurnicherie Contre son avis, le bras de fer a été engagé hier à Strasbourg, la session plénière du Parlement lançant un ultimatum au Conseil, non tant sur le budget de l'année prochaine lui-même, mais sur l'avenir des finances européennes. A l'initiative de Guy Verhofstadt, le président de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), où siège le MoDem, le Parlement exige en effet en préalable que les chefs d'Etat et de gouvernement s'engagent à doter l'UE de ressources autonomes, sous une forme qu'il reste à déterminer. L'enjeu est de pouvoir continuer à financer les politiques communes existantes, comme la PAC ou la politique régionale,  mais aussi de nouveaux programmes, davantage tournés vers l'avenir comme la recherche, la politique spatiale ou des infrastructures de télécommunications ou d'énergie.

 

Tant d'ambition désole Sidonia, qui a aussitôt dénoncé dans la presse polonaise de ce matin ces "Messieurs" qui prennent le risque d'un échec, en poussant le Conseil dans ses retranchements, et s'alarmant que faute de conciliation, les paysans et les voïvodes polonais puissent être privés de subventions. Nonobstant le fait que ce ne sera pas le cas, quoiqu'il arrive, cette ultime pleurnicherie, aux accents égoïstes, de la rapporteur au budget 2011, sème le doute sur la détermination du Parlement. C'est en effet cette "Dame" qui conduira la délégation parlementaire pour négocier avec la délégation ministérielle une position à laquelle elle ne croit manifestement pas... J'espère qu'il existe au PPE un Croquetout pour surveiller cette oie blanche en politique avant de la renvoyer pour le reste de la législature dans son poulailler de technocrate dont elle n'aurait jamais du sortir.

 
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