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18/03/2011

Vivre et laisser mourir

"Leben und sterben lassen": telle est la nouvelle devise de l' Auswärtiges Amt, le ministère fédéral allemand des Affaires étrangères, dont le titulaire, Guido Westerwelle, a choisi courageusement l'abstention lors du vote de la résolution autorisant une intervention militaire en Libye, la nuit passée, au Conseil de sécurité de l'ONU. Un geste fort alors que l'Allemagne ne siège que quelques mois par décennie au Conseil de sécurité. "Nous restons éminemment sceptiques sur cette option. Nous y voyons des risques et des dangers considérables", a t-il fait savoir avant le vote, tout en jurant bien sûr ses grands dieux qu'il était naturellement pour que Kadhafi quitte le pouvoir...Sans doute grâce l'opération du Saint Esprit, en tout cas "sans un seul soldat allemand". Le fou de Tripoli apprécie d'ailleurs grandement le comportement pacifiste de M. Westerwelle qu'il a qualifié de "de seul sensé" en Europe, cette semaine dans une interview à RTL, la grande télévision privée allemande.

L'Allemagne, car M. Westerwelle s'exprimait au nom du gouvernement, y compris donc de la Chancelière, rejoint ainsi les fameux BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), qui se sont aussi abstenus, constituant une sorte de nouveau groupe des pays non alignés...sur la défense des valeurs universelles. Pour un pays qui a fait ch...le monde pendant des années pour que l'UE intègre la Charte des droits fondamentaux dans son droit primaire, c'est un peu fort de café. Il est vrai que c'était à l'époque, pas si lointaine pourtant, où l'Allemagne impulsait la construction européenne, l'époque où les ministres des Affaires étrangères s'appelaient Hans-Dietrich Genscher ou Joschka Fischer, l'époque où l'on attendait l'initiative allemande, généralement bonne, sage, et faisant progresser le Schmilblick européen. Angela Merkel restera comme la dilapidatrice du formidable héritage d'Helmut Kohl, un personnage historique qui avait si bien compris que l'Allemagne réunifiée ne verrait son influence reconnue et acceptée par ses voisins qu'en étant le protecteur et le promoteur de l'Europe, et non son père-fouettard ou son cousin éloigné.

15/03/2011

Atomkraft, nein Danke

Ainsi donc la catastrophe nucléaire japonaise condamnerait l'énergie atomique partout sur la planète, en tout cas en Europe. C'est en tout cas ce que réclament les Verts, lesquels, sous leur version Grünen, sont parvenus à mobiliser hier plus de 100 000 personnes pour manifester en faveur de l'abandon de cette filière outre-Rhin. Un moratoire a d'ores et déjà été décrété par Angela Merkel et nul doute que Berlin portera ce débat au niveau européen. L'émotion irrationnelle qui tétanise l'opinion allemande depuis 48h, et qui ne va aller qu'en s'emballant au fur et à mesure que l'ampleur de l'irradiation se fera connaître au Japon, ne m'empêcheront pas de rappeler deux faits simples.

Sur le plan technique, et sous réserve des tests de résistance décidés aujourd'hui par l'UE, il est absurde de comparer le risque sismique au Japon et en Europe, à l'exception notable de la Grèce, de la Bulgarie et de l'Italie, et, au vu de ce qu'ont subi les enceintes de confinement de Fukushima avant de se fissurer j'ai même de grands doutes sur le danger que représenterait le lâcher terroriste d'un avion sur une centrale nucléaire et ses emballages successifs de bétons et d'acier, et a fortiori un simple attentat kamikaze, menaces souvent évoqués par les Grands Inquisiteurs de l'atome. Sur le plan économique, et c'est la grande question qui dominera sans doute le débat public qui va maintenant s'ouvrir, l'énergie nucléaire représente 30% en moyenne de la consommation d'électricité en Europe (et 80% en France qui exporte vers la si vertueuse Allemagne...) et le démantèlement de la filière, obligerait, soit à accroître  notre dépendance en énergies fossiles rares et chères, soit à miser sur 50% de renouvelables dans les 15 ans alors que nous sommes déjà à la peine pour remplir notre objectif de 20% en 2020, y compris outre-Rhin.

Grand corps malade Avec cette nouvelle croisade en faveur d'un monde meilleur et plus pépère, l'Allemagne confirme son inexorable désir de devenir une sorte de grande Suisse, un pays replié sur ses petites affaires de petits bourgeois enrichis, à l'abri de la rigueur des temps et des rumeurs du monde. C'est déjà sa tentation avec l'euro et sa formidable inertie à consentir un mécanisme de solidarité avec ses partenaires surendettés. C'est une triste évidence avec sa diplomatie hypocrite consistant à condamner Kadhafi tout en empêchant la France et le Royaume-Uni d'agir, comme aujourd'hui encore au G8. C'est une caricature d'helvète quand elle refuse d'aborder la question d'un éventuel flux migratoire depuis l'Afrique du Nord en ébullition alors que ce pays vieillissant est le plus concerné d'Europe par le tarissement de la main d'oeuvre. En passant, refusera-t-elle aussi l'asile aux éventuels réfugiés environnementaux japonais? Ou peut être seulement à ceux qui auront un certificat de non-irradiés....Décidemment, l'Allemagne, qui a tant fait pendant tant d'années pour apparaître comme le partenaire le plus responsable politiquement et financièrement  au sein de l'UE, est devenue un grand corps malade de sa réussite.

29/10/2010

"Deutschland über Alles"..."I want my money back", répondit l'écho

Angela Merkel est rentrée à Berlin avec le sentiment du devoir accompli: le Conseil européen, réuni hier et aujourd'hui à Bruxelles, s'est rangé à la Stabilitätkultur, la culture de la stabilité qui exige un tour de vis en matière de sanctions à l'encontre des mauvais élèves budgétaires de la classe euro, et mieux encore ses pairs ont accepté le diktat de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, laquelle dans un arrêt fameux de juin 2009 a remisé l'idée fédérale européenne au rang des souvenirs de l'histoire allemande, à côté de la Traban et de la victoire de Sedan.

Reste à savoir si ce qui est bon pour l'Allemagne l'est aussi pour ses voisins. Malgré mon penchant éminemment dépensier à titre personnel, je ne peux qu'applaudir à titre citoyen  au renforcement du Pacte de stabilité prôné outre-Rhin. Le remboursement des intérêts de la dette est devenu le quatrième poste budgétaire en France, et cet endettement qui a quintuplé en 30 ans nous prive de toute marge de manoeuvre. C'est d'autant plus rageant que cette dette sert essentiellement au fonctionnement d'un Etat omniprésent mais impotent au détriment des investissements d'avenir, en particulier d'infrastructures, de recherche et d'éducation. Si nous devions, comme cela est désormais programmé, payer une amende de 0,2% de notre PIB pour désinvolture budgétaire, ou quand bien même en pèserait la simple menace si la sanction n'était pas aussi automatique que la Commission européenne et le Parlement le souhaiteraient, je n'ai guère de doute que l'on mettrait un terme rapide à toute une série de gabegies administratives.

Mystère bureaucratique Pour parler clair: le non remplacement effectif non pas d'un fonctionnaire sur deux, mais de deux sur deux dans quantités de ministères (Finances, Agriculture, Intérieur, Affaires sociales, Transport, Environnement, Anciens combattants,...), soit parce que, comme aux Finances, l'informatisation rend en réalité caducs des dizaines de milliers d'emplois dans les trésoreries et les perceptions, dont l'absence de fusion est déjà en soit un mystère bureaucratique, soit parce que, comme à l'Intérieur, aux Transports, aux Affaires sociales, l'administration centrale, à commencer par les Préfets de département, fait doublon avec les compétences dévolues aux collectivités locales, soit, comme pour l'Agriculture, parce que c'est l'UE qui est maître d'oeuvre, soit pour les Anciens combattants, parce qu'il n'y en a plus...

Cela permettrait de maintenir, voire d'accroître, les besoins évidents pour la Justice,  l'Education et la fonction publique hospitalière, encore que dans ce dernier cas je ne vois pas pourquoi le personnel administratif doit être statutaire. Sans parler de La Poste, qui ne distribue plus de courrier, pour cause de mails et de services sur Internet, mais des brochures publicitaires...Au demeurant, je ne souhaite pas la mort du pêcheur, mais leurs syndicats apparemment si, qui refusent la suppression pure et simple des corps d'Etat, laquelle permettrait pourtant de convertir un fiscaliste de Bercy en professeur de fiscalité à la Sorbonne.

Saut qualitatif Beaucoup plus contestable me semble être d'avoir cédé aux caprices de la Chancelière en matière institutionnelle. Sa cour constitutionnelle ayant décidé qu'aucune flexibilité n'était possible dans l'interprétation du Traité de Lisbonne, elle a convaincu les autres chefs d'Etat et de gouvernement qu'il n'était pas possible de pérenniser le Fonds européen de stabilité financière (FESF) sans modifier le Traité. Créé pour 3 ans seulement au forceps en mai dernier afin de désarmer les attaques des marchés contre l'euro, suite à la crise obligataire grecque, le FESF repose de fait sur une base juridique instable: l'article 122, lequel stipule que "dans un esprit de solidarité" les États membres de l'UE peuvent prendre  "des mesures appropriées" en faveur d'un des leurs en cas "d'événements exceptionnels échappant à son contrôle". On comprend néanmoins à la lecture de l'article que les auteurs pensaient plutôt à des ruptures d'approvisionnement énergétiques ou à des catastrophes naturelles, pas à un gros mensonge sur l'état réel des comptes publics qui affolerait les marchés....

Si je peux comprendre que Mme Merkel, pour rassurer ses sourcilleux juges de Karlsruhe, veuille bétonner juridiquement les fondements du FESF,  j'admets beaucoup moins qu'elle même et ses homologues, à commencer par Nicolas Sarkozy, n'en profitent pas pour accomplir un saut qualitatif et se contentent d'envisager une reformulation de cet article afin de reconduire un Fonds sur base strictement intergouvernementale, de surcroît dépendant sur le bon vouloir du FMI. Pire encore, ils se refusent explicitement, dans les conclusions du Conseil, à modifier l'article 125, et a fortiori les 123 et 124 précédent, qui interdisent expressément à la BCE ou au budget de l'UE "d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit" à un Etat en difficulté, ni "de prendre à sa charge" son endettement. A l'évidence ces trois articles, qui datent du Traité de Maastricht conclu en 1991, doivent au contraire être totalement réécrits pour permettre à la BCE d'émettre des euro-obligations, préalable à la création d'un marché obligataire européen. Si aujourd'hui en quasi-faillite, la Californie paye des taux d'intérêt à peine supérieurs que ceux du Texas en parfaite santé financière, c'est précisément parce que Sacramento bénéficie du parapluie du budget fédéral et de la capacité de la Réserve fédérale à racheter sa dette.

Défaite en rase campagne Cette défaite en rase campagne des tenants de la méthode communautaire, du moins dans l'attente de la contre-offensive du Parlement européen qui affûte ses arguments et son bon droit - car il n'y aura pas de changement de Traité sans son aval - aura été mise à profit par David Cameron, le Premier ministre britannique, lequel voyant le couple Merkel-Sarkozy dilapider l'héritage européen du couple Kohl-Mitterrand sans même avoir à combattre, a décidé de pousser l'avantage. "Mes bons amis, vous ne voulez pas d'un budget fédéral, alors croisons le fer dès maintenant avec ces faquins de parlementaires". Sir David a naturellement été entendu, fort d'un argument massue: "la crise nous oblige à réduire nos budgets nationaux, taillons dans le budget européen!".

Nonobstant le fait que toutes les administrations européennes confondues comptent moins de personnel que la Ville de Paris à elle seule, cet argument est doublement stupide. D'abord,  quand bien même on supprimerait totalement le budget européen, qui pèse moins d'1% du PNB de l'UE, le déficit budgétaire  européen global demeurerait à 6%. Ensuite, contrairement aux Etats, et singulièrement à la France, il ne s'agit pas d'un budget de fonctionnement, mais à 94,5% d'un budget d'investissement sans lequel ni le TGV Est, ni la ligne à haute tension à travers les Pyrénées, ni les autoroutes d'Europe de l'Est où croisent nos poids-lourds n'auraient vu le jour, pas plus que la plupart de nos agriculteurs n'auraient gagné un centime. En revanche, si la France n'avait pas eu à payer 1 milliard d'euros en 2010 pour la "ristourne britannique" arrachée par Lady Thatcher en 1984 avec ses criailleries de mégère sur le thème "I want my money back" et qui nous coûte chaque année davantage, c'est autant que nous aurions pu consacrer à notre désendettement. Mais comme d'habitude, Nicolas Sarkozy choisit bien ses amis et confirme son absence totale de vision.

 
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