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13/09/2011

Bourgi m'a dit

Mais quelle mouche a piqué ce Foccart au petit pied pour dégoiser tous les secrets de polichinelle de la Françafrique? Le dernier acte de bravoure de Robert Bourgi, comme "Monsieur Afrique" de l'Elysée, aura été d'obtenir en 2008 la tête, sur injonction d'Omar Bongo, de Jean-Marie Bockel, éphémère et bien naïf secrétaire d'Etat à la Coopération qui croyait possible d'en finir avec les réseaux quasi-mafieux qui court-circuitent la diplomatie officielle française sur le continent noir depuis 50 ans. Depuis la Sarkozye l'avait mis au rencart, et Alain Juppé, de retour au Quai d'Orsay, l'a définitivement placardisé. Tout indique donc qu'il ne s'agit que d'une banale vengeance.

Cet avocat franco-libanais, né au Sénégal, n'a en effet rien à gagner dans ces révélations. Sûrement pas la reconnaissance de ceux qui dénoncent cette collusion financière bien connu entre les potentats africains et les locataires successifs de l'Elysée. Entre autres récipiendaires de ces largesses. Ces mauvaises manières ne sont rendues possibles que grâce à des intermédiaires de son acabit et ses états d'âme d'aujourd'hui n'ôtent rien à ses fautes d'hier. Il ne s'attirera sûrement pas non plus le soutien de ses pairs et l'Ordre des Avocats a déjà annoncé son intention de s'intéresser de près à ce personnage louche dont on imagine mal qu'il se contentait de passer des valises sans les ouvrir et se servir. Il ne complaira pas plus à l'Elysée, soupçonné de l'avoir téléguidé dans ses révélations contre Dominique de Villepin, alors que Nicolas Sarkozy essaye au contraire d'amadouer son meilleur ennemi depuis des mois. Sans compter que les affirmations de Bourgi selon lesquelles ces pratiques se sont arrêtées net depuis 2007 ne sont crues par personne.

Anguille sous roche L'étonnante réactivité de Jacques Chirac, incapable d'assister à son procès pour cause d'anosognosie mais capable d'en intenter un autre contre ce délateur plein de mauvais souvenirs, montre clairement qu'il y a anguille sous roche. Cela annonce-t-il un grand déballage qui serait tout à l'honneur de notre pays? Rien n'est moins sûr tant tous les protagonistes de cette sombre affaire ont plus à perdre qu'à gagner. Du moins peut on espérer que ce coup de projecteur sur la Françafrique compliquera terriblement à l'avenir la tâche à ces hommes de l'ombre qui participent sans vergogne au pillage des ressources africaines pour remplir les caisses de l'UMP du PS, voire du Front national si on en croit M. Bourgi.

25/08/2011

Trois en un, sinon rien

Quand on a la chance comme moi d'envisager la Rentrée sans danger personnel (maladie, chômage, difficultés financières), on ne peut que se réjouir du cocktail d'informations que l'actualité a pu combiner ces derniers jours.

Tradition militaire La chute du régime Kadhafi et le formidable défi géo-politique que représente sa succession, surtout à la lumière de la situation syrienne, est à l'évidence la meilleure nouvelle de cette fin d'été, ne serait-ce qu'en raison de la promesse démocratique qu'elle incarne et dont l'UE doit maintenant veiller à ce qu'elle se concrétise. Force est néanmoins de reconnaître qu'à ce stade c'est davantage Nicolas Sarkozy et David Cameron qui ont pris la main plutôt que Lady Ashton, la Haute représentante européenne, pitoyable depuis le début sur le dossier libyen. Il est vrai que sans la contribution diplomatique et militaire décisive de la France et du Royaume-Uni, Tripoli n'aurait sans doute jamais été libéré, ni le Guide suprême renversé. Cet axe Paris-Londres, rendu possible par la pusillanimité de l'Allemagne, augure mal des suites d'une défense européenne intégrée. Heureusement, en l'occurrence, la méthode intergouvernementale, c'est à dire un accord ad hoc entre les deux capitales, a démontré son efficacité. C'est cependant le moins que l'on pouvait attendre de deux Etats à forte tradition militaire et alliés depuis 1904. Reste que sans les moyens aéroportés américains, cette Entente Cordiale n'aurait pas suffi. Si les Européens veulent à l'avenir être à la hauteur de leurs ambitions, je vois mal comment on échappera à un débat sur la création d'une armée européenne, seule à même, grâce aux économies d'échelle permises par la mutualisation des moyens nationaux, de doter nos forces du matériel nécessaire à l'autonomie des interventions de l'UE .

Idole désormais sulfureuse Autre bonne nouvelle: la libération de DSK, ou plutôt la formidable perspective de polémiques politico-médiatiques, peut être même philosophiques, que son retour va immanquablement déclencher. Le procureur Cyrus Vance junior n'ayant finalement pas su, ni pu, explicité les circonstances de "l'acte sexuel précipité" qui a eu lieu le 14 mai dernier dans la suite 2806 du Sofitel de Manhattan, chacun devrait logiquement rester sur ses positions, aiguillonnés par les suites probables de l'affaire Banon, le tout sur fond de primaires socialistes où l'on voit bien que les prétendants voudraient capter l'héritage de l'ex-futur Président de la République sans avoir trop à se montrer avec l'idole désormais sulfureuse de la social-démocratie. Tout ce que j'espère pour ma part de cet épisode surprenant de l'histoire politique française, c'est qu'elle ne bouleversera pas plus que nécessaire le respect de la vie privée des hommes et femmes politiques. DSK a été pris aux turpitudes d'un "comportement inapproprié", selon la litote de son propre avocat Benjamin Brafman. D'autres le seront peut être bientôt pour leurs aventures pédophiles à Marrakech. Ce qui se déroule en revanche entre adultes consentant devrait pouvoir demeurer hors champ médiatique. Les méthodes d'investigation dont a usé la presse anglo-saxonne pour découvrir une maîtresse à tel ministre ou révéler l'homosexualité de tel parlementaire m'apparaissent en effet aussi pour le moins des "comportements inappropriés" que les journaux français seraient bien inspirés de ne pas imiter. 

Clause sibylline Les nouvelles sont moins bonnes sur le front de l'euro mais n'en demeurent pas moins passionnantes car décisives. Réunis le 16 août, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n'ont annoncé aucune des mesures attendues pour la mise en oeuvre des décisions du Sommet extraordinaire de l'Eurozone le 21 juillet dernier (ici). Pire, le même jour, usant d'une clause sibylline qu'elle avait elle même introduite dans les conclusions de ce Sommet, la Finlande a obtenu que la Grèce nantisse le capital qu'Helsinki apportera au second plan de sauvetage. Une funeste requête reprise depuis par d'autres petits contributeurs (Pays-Bas, Autriche, Slovaquie, Slovénie) et dont le principe même sape la raison d'être du plan: de fait, si Athènes devait gager chaque tranche de l'aide que les pays de l'Eurozone est censé lui apporter, ce soutien financier se révèlerait vide de sens...Ce rebondissement démontre une fois encore l'urgente nécessité d'un saut fédéral et je ne peux que déplorer l'obstination commune de Merkel et Sarkozy à refuser les euro-obligations. A l'instar de François Bayrou, les rangs de ses partisans n'en cessent pas moins de s'étoffer tant l'alternative intergouvernementale franco-allemande actuelle ne parvient pas à convaincre. Aurons-nous enfin un vrai débat européen lors de la campagne présidentielle?

19/07/2011

Splendeur et décadence d'un enfoiré du siècle

Dans "Demain ne meurt jamais", James Bond affronte Elliot Carver, un magnat de la presse internationale qui complote avec des généraux chinois renégats pour renverser la démocratie et l'économie occidentale. Toute ressemblance avec Rupert Murdoch n'est nullement fortuite et à peine exagérée: le Tycoon australien, fort du premier groupe de presse et de télévision au monde, milite en effet depuis 30 ans pour que l'Occident s'ouvre à la Chine et sa croisade personnelle contre l'euro et l'Europe s'apparente à un véritable sabotage. Autant dire que ses déboires à Londres et à New York sont pour moi un soulagement qui augurent, je l'espère, un changement d'époque.

Influence néfaste L'ignominie des méthodes rédactionnelles de Murdoch et son goût pour l'information trash ne trahissent que la mesquinerie intellectuelle du personnage, encore apparue aujourd'hui devant la commission des médias de la Chambre des Communes. Que News Corp, dominant sur le marché mondial, ait imposé le tout gratuit sur Internet au début des années 2000 témoignait en outre d'une grave faiblesse de jugement. D'ailleurs Murdoch dut revenir en 2010 sur cette décision idiote qui portait évidemment préjudice à lui-même et à ses propres journaux. "The Times" et "The Sunday Times", par exemple, sont à nouveau payant en ligne. Les dégâts économiques du tout gratuit ont malheureusement entretemps sinistré nombre de ses concurrents. Rupert Murdoch n'est pas un homme de presse, c'est un homme de pouvoir qui se sert de la presse. Héritier d'un modeste journal régional, ce natif de Melbourne devient américain dès 1985 pour pouvoir se lancer dans les affaires outre-Atlantique. Il n'est pas pour rien dans la création médiatique de cet axe historique entre Margaret Thatcher et Ronald Reagan, le couple vedette des années 80, qui au prétexte d'en finir avec l'URSS ont surtout liquidé l'Etat Providence et le modèle traditionnel du "Welfare State" anglo-saxon, lequel ne s'en remettra jamais. Pire encore, cette offensive dite néo-libérale mais qui était surtout crypto-conservatrice, se posa en alternative au modèle Rhénan, ce qui ne fut pas sans influence néfaste sur la droite française. Mais un homme aux si hautes ambitions que M. Murdoch ne pouvait se contenter de provoquer cette cassure entre le Commonwealth et les Etats-Unis d'un côté et l'Europe continentale de l'autre. Hélas pour le monde, il avait d'autres marottes à nous infliger.

Parmi celles-ci, la Chine. Car Rupert Murdoch aime la Chine. La preuve, il a divorcé en 1999 de la mère de ses enfants pour épouser Wenge Deng, une jeune femme de 38 ans sa cadette, dont le moins surprenant du parcours trouble n'est pas qu'elle ait été autorisée à interrompre ses études en Chine pour les poursuivre aux Etats-Unis, ce qui n'est pas donné à toutes les jeunes filles de bonnes familles communistes venues. Le rôle idéologique joué par News Corp pour que la Chine soit intégrée au commerce mondial n'avait toutefois pas attendu sa lune de miel avec la belle chinoise pour se déployer. Après le massacre de Tien Amen en 1989, Pékin avait bien mauvaise presse mais les journaux et télévisions Murdoch n'ont eu de cesse, tout au long des années 90, de marteler un message alors très à la mode, inspiré de la fumeuse théorie de la fin de l'histoire: le développement des échanges amènerait Pékin à la démocratie. Cette conviction ne souffrait aucune critique et Chris Patten, dernier gouverneur de Hong Kong, en fit les frais en 1997 avec le boycott de ses mémoires, très critiques contre les Satrapes pékinois. Alors qu'un contrat de publication avait pourtant déjà été signé avec Harper Collins, un des plus gros éditeurs de la planète et fleuron de News Corp aux Etats-Unis, Rupert Murdoch, en a finalement interdit la sortie en librairie. La Chine a adhéré à l'OMC en 2001. Avec les progrès que l'on sait depuis en matière de démocratie.

Haine de Bruxelles Pourtant Rupert Murdoch aime bien aussi la démocratie. En 2002 et 2003, il met ainsi toutes ses forces au service de George Bush pour convaincre le monde entier d'entrer en guerre contre l'Irak de Saddam Hussein, présenté comme un allié d'Al Qaïda. En deux coups de cuillère à pot, Bagdad deviendrait la mère de toutes les démocraties, nous promettaient les éditorialistes vedettes de News Corp. Fox News et BSkyB matraquaient alors l'opinion publique américaine et anglaise sur les fameuses armes de destruction massive à coup de reportages bidon et d'informations tronquées tandis que la presse de caniveau outre-Manche et outre-Atlantique se déchainait contre la France, qui osait contrer Washington. Le New York Post popularisait ainsi la campagne visant à rebaptiser les frites de "french fries" en "freedom fries" tandis que le Sun traitait carrément Jacques Chirac de "harlot", faisant figurer en Une la tête de Jacques Chirac au bout d'un long ver de terre surgissant du centre d'une France craquelée. 10 ans plus tard, l'Irak demeure un pays meurtri, dotée d'une gouvernance fragile et dont l'instabilité est une menace pour toute la région. Aux yeux des tabloïds de Murdoch, pourtant, c'est au Royaume-Uni que la démocratie est sur la sellette, News Corp contribuant depuis des décennies à inculquer aux Britanniques l'horreur de l'Europe et la haine de Bruxelles. La presse Murdoch, le Wall Street Journal en tête, est évidemment à la point du combat contre l'euro.

News Corp pèse 41 milliards de dollars de capitalisation. Enfin, pesait, car cette histoire d'écoutes téléphoniques et les ennuis judiciaires qui se profilent devrait faire fondre le pactole. En tout état de cause, M. Murdoch devrait demeurer un des hommes les plus riches de la planète. Et ses enfants après lui. A force de voir ce bon Bill Gates en boy-scout philanthrope, on finirait par oublier qu'il existe des milliardaires qui ont les moyens de mettre en oeuvre leurs idées nauséabondes. Déjà, de simples millionnaires en ont été capables, à l'instar de Ben Laden. D'autres s'emploient à diffuser leur propagande. Il en est ainsi des frères Charles et David Koch, troisième fortune américaine et financiers des Tea Party, ces mouvements délirants qui assurent qu'Obama est un musulman communiste qui veut faire des Etats-Unis un pays socialiste. La constitution exponentielle de fortune privée sur la planète, à un niveau qui proportionnellement n'a jamais été atteint auparavant, commence à mon avis à devenir un vrai problème pour l'avenir. Le cas Murdoch doit faire réfléchir sur le pouvoir d'influence non de la presse mais sur celui des milliardaires car on ne peut pas toujours compter sur James Bond pour lutter contre les Elliot Carver.

 
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