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28/02/2012

Referendum for ever

Mélenchon en rêvait, Enda Kenny l'a fait: le Premier ministre irlandais a annoncé aujourd'hui un référendum sur le Traité de stabilité financière. Dans un pays toujours ravagé par la crise et dont le chômage n'explose pas que grâce à l'émigration de sa jeunesse, l'exercice est risqué même si les Irlandais, qui bénéficient d'un plan d'aide européen de 85 milliards d'euros, devront tenir compte d'un élément majeur: Dublin ne sera plus éligible au Mécanisme européen de stabilité si le "non' l'emporte. Et devra donc faire face seul à ses dettes.

Ce dilemme est précisément celui auquel veulent échapper les socialistes, et leurs alliés verts et communistes en refusant de voter le texte portant création du MES à l'Assemblée national et au Sénat car son instauration est liée à la ratification parallèle du Traité. On ne peut prétendre à la solidarité européenne si on refuse de remettre drastiquement ses finances publiques en ordre. C'est rude, j'en conviens, mais je ne comprends pas quel raisonnement peut s'opposer à cette logique implacable du donnant-donnant.

Créancier-contribuable Le nouveau plan d'aide à la Grèce oblige la France à apporter 16,3 milliards d'euros au MES d'ici à 2017, dont 6,5 milliards dès cette année, après avoir déjà prêté directement à ce pays, depuis 2010, 11,3 milliards dans le cadre du premier plan d'aide. Certes, il ne s'agit que de prêts, mais en attendant leur remboursement - toujours hypothétique - c'est autant d'argent qui manque au budget et alourdit notre propre dette. N'est-il pas normal que le créancier-contribuable français demande à tout le moins des garanties au débiteur grec ou irlandais? Poser la question, c'est y répondre.

Une autre chose est de se demander si les outils de solidarité et de stabilité prévus par le Traité merkozyen sont pertinents. A l'évidence non. Le monde entier, le FMI et le G8 encore le week-end dernier, estiment que le MES en gestation est un pare-feu financier insuffisamment doté avec ses 500 milliards d'euros. Quant au Traité, il complique la gouvernance déjà chaotique de l'Eurozone, en créant des interférences intergouvernementale avec les procédures communautaires qui venaient d'être renforcées. Et démocratisées grâce à l'implication accrue du Parlement européen.

Idéologiquement rétrograde J'ai assez souvent plaidé ici pour la création d'un marché obligataire européen, reposant sur des euro-obligations mutualisant les dettes souveraines, et pour une organisation fédérale de l'UE, où serait mise en commun la souveraineté économique et budgétaire, pour n'être guère enthousiaste à l'égard de ce Traité idéologiquement rétrograde car revenant sur les concessions que le Traité de Lisbonne avait faites à la méthode communautaire en matière de gouvernance.

Mais les partisans de la "démocratie européenne dans un seul pays" que sont en réalité les contempteurs de "l'Europe de Bruxelles" ne peuvent s'en prendre qu'à eux mêmes: ils veulent que le pouvoir revienne en dernier ressort aux Etats, alors qu'ils ne s'étonnent pas que la plus puissante des chefs d'Etat, Angela Merkel, impose sa loi d'airain. Au contraire, dans une Institution démocratique transnationale comme le Parlement européen, l'Allemagne n'est pas une, mais plurielle, SPD et Grünen ne cessant de contester les positions de la CDU de la chancelière. Lequel des deux systèmes permet un vrai débat politique et démocratique? Là encore, poser la question, c'est y répondre.

20/02/2012

Quand le Borloo est tiré, il faut le boire jusqu'à la lie

Il n'aura pas fallu longtemps pour que se fissure la légende dorée de Petit Père du Peuple qu'était entrain de se forger Nicolas Sarkozy depuis sa déclaration de candidature. Sans doute par souci de porter le fer contre les corps intermédiaires incarnés pour l'occasion par le conseil d'administration de Veolia Environnement auquel l'Etat est entrain de forcer la main, Nicolas Sarkozy viendrait ainsi de décider de la nomination à la tête du plus gros employeur privé de France de Jean-Louis Borloo, dont la réputation n'est plus à faire en matière d'eau et de propreté. Mieux encore, ce recasage de luxe, non seulement permet au Président irréprochable de récompenser son ex-futur Premier ministre pour s'être retiré pitoyablement de la compétition électorale, mais lui sert en outre à dédommager son grand pote, Henri Proglio, le PDG d'EDF.

Ce dernier avait en effet prêté son concours à une récente opération socio-médiatique de style Lejaby, en l'occurrence le rachat par l'électricien semi-public de Photowatt, une entreprise iséroise de panneaux solaires au bord du dépôt de bilan. On cherchera en vain la logique industrielle dans ce tour de passe-passe puisque la politique du tout nucléaire d'EDF est justement à l'origine des déboires de la filière photo-voltaïque française. La seule logique qui guide M. Proglio était d'obtenir en échange de ce service rendu à la campagne électorale sarkozyste la peau du PDG actuel de Veolia Environnement, Antoine Frérot. Il s'agit de son ancien dauphin à l'époque où lui-même présidait le numéro un mondial de la distribution de l'eau et de la gestion des déchets mais dont il dit désormais pique de pendre pour d'obscures divergences de vue stratégique. M. Proglio ne s'est en fait jamais remis de ne pouvoir cumuler les présidences d'EDF et de Veolia, encore qu'il se soit surtout battu pour conserver une double rémunération. Il est vrai qu'Henri Proglio est l'homme des double casquettes, à la fois intime de Nicolas Sarkozy, dont il a été le convive au Fouquet's en 2007, et de Jean-Noël Guérini, le sulfureux président du conseil général des Bouches du Rhône, que la mise en examen pour corruption et divers délits du même acabit dans les marchés publics devrait pourtant inquiéter.

Bref, si nous avions un référendum sur le fait de savoir s'il est bien normal qu'à 2 mois des élections, un Président de la République nomme un affidé politique pour rendre service à un autre affidé, je ne doute guère de la réponse. Heureusement que ce soir tant l'Elysée que Borloo et EDF démentent de fond en comble cette affaire révélée ce matin par Les Echos et Libération. Ce sera donc par le plus grand des hasards, et nullement en raison de ces fuites impromptues, que Jean-Louis Borloo ne sera pas nommé président non exécutif de Veolia Environnement le 29 février prochain. Ce ne sera en revanche pas par hasard si, en cas décidément souhaitable d'alternance politique, M. Proglio est viré de la présidence d'EDF.

16/02/2012

France forte, mais Sarkozy faible

Nicolas Sarkozy a raté hier sa déclaration de candidature. Sur la forme, le Président sortant semblait littéralement ailleurs, se contentant de réciter les réponses à des questions convenues d'avance avec Laurence Ferrari, dont la connivence joviale était le seul relief de l'entretien. Quant au fond, il n'a rien dit de neuf par rapport à son interview fleuve au Figaro Magazine le week end dernier. Avec un tel départ en campagne, je vois mal comment il compte rebondir dans les intentions de vote.

Son pari est d'incarner le peuple face aux élites que représenterait François Hollande. C'est un peu fort de café de la part de quelqu'un qui choisit le journal de Serge Dassault pour exposer son programme et la chaine de Martin Bouygues pour présenter sa candidature, deux héritiers qui lui sont très proches et dont l'ancrage est plus au Fouquet's qu'au bar-tabac du coin. Son projet est d'instituer une République plébiscitaire, ce qui est conforme à sa filiation gaulliste, mais à mon sens ne répond pas aux besoins de la France où les corps intermédiaires, y compris le Parlement, sont déjà si faibles et mériteraient au contraire d'être renforcés et non contournés. On peut d'ailleurs s'interroger sur sa sincérité en la matière puisque la réforme constitutionnelle qu'il a fait voter en 2008 prévoyait le référendum d'initiative citoyenne mais les dispositions pratiques pour mettre en oeuvre ce nouveau droit n'ont jamais été adoptées par le gouvernement....

Les convictions à éclipse de Sarkozy sont d'ailleurs sa marque de fabrique depuis 5 ans. Et ces volte-face idéologiques sont précisément ce que lui reprochent ses électeurs déçus, selon les enquêtes d'opinion qualitatives. Les sondages nous diront d'ailleurs bientôt si en tenant ce même cap fluctuant, une idée chassant chaque jour la précédente, Nicolas Sarkozy pourra rebondir. J'espère au contraire que les Français se tourneront vers le seul candidat qui n'a pas varié dans ses analyses, ni ses choix, c'est à dire François Bayrou. François Bayrou que, tout à sa stratégie du clivage, Nicolas Sarkozy a délibérément ignoré, pour concentrer ses attaques directes contre François Hollande et subliminales contre sa compétitrice droitière Marine Le Pen. C'est probablement une erreur stratégique qui ne peut que conforter l'image apaisante et rassembleuse du Béarnais, adepte de l'Union nationale et non de l'affrontement partisan.

 
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