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23/01/2012

Coeur de pirate!

La frustration de millions de jeunes et moins jeunes gens à travers la planète, suite à la fermeture du site de téléchargement présumé illégal Megaupload par le FBI et l'arrestation de ses richissimes fondateurs en Nouvelle Zélande est pour moi d'une grande tristesse et la marque d'un échec moral considérable. Toute une génération semble en effet considérer le vol de la propriété intellectuelle comme un acte de justice sociale et la réaction cyber-terroriste des Anonymous, qui bloquent une série de sites officiels ou commerciaux en représailles, illustre à quel point nous assistons à un renversement total des valeurs. 

Respectabilité Sur quoi pleurent ces enfants gâtés d'Internet, sinon sur une entreprise planifiée de piraterie. Sur le papier Megaupload parait tout à fait respectable. Fondée en 2005, cette entreprise est devenue le 13ème site le plus visité du monde, représentant 4% des connexions mondiales, avec 50 millions de visiteurs uniques par jour et 180 millions d'inscrits. Ses activités ont même toutes les apparences de la légalité: il s'agit de partager des fichiers, comme on dit, c'est à dire des films, des vidéos ou de la musique. Mais en fait de partage, il s'agissait surtout de pillage. "Partager" avec des millions de "pairs" l'enregistrement artisanal qu'on aurait fait d'un spectacle pourrait être toléré, puisque la mauvaise qualité du produit n'est pas en mesure de concurrencer l'original. Mais "partager" la copie neuve d'une oeuvre audiovisuelle est en revanche une atteinte caractérisée au droit d'auteur. 

Beaucoup des adeptes de Megaupload étaient manifestement assez naïfs pour payer: selon les premiers éléments de l'enquête, l'accès à des "prenium" et autres "freenium" aurait rapporté plus de 150 millions de dollars depuis la création du site. Le problème, c'est que cette manne n'était nullement redistribuée aux ayants droits mais tombait dans l'escarcelle de Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, le fondateur du site, et de ses acolytes. Ces derniers poussaient d'ailleurs le cynisme jusqu'à rémunérer les petits cons qui leur envoyaient les plus belles nouveautés. Ces pirates en herbe, qui ont du souci à se faire pour leur IP, se sont partagés 9 millions de dollars. Cerise sur le gâteau achevant de donner toutes les allures de respectabilité à Megaupload: on y faisait de la publicité, pour un chiffre d'affaires pour l'instant estimé à 25 millions de dollars en 5 ans. Mégaupload employait en tout et pour tout 30 personnes dans 9 pays. 30 personnes qui privent depuis des années des milliers d'artistes, scénaristes, réalisateurs et techniciens d'une part de leur rémunération.

Patates de canapés Les bonnes âmes représentatives de la foultitude de "patates de canapé", qui se vautrent à regarder gratuitement toute la journée des oeuvres réalisées et payées par d'autres, vitupèrent contre le poids de l'industrie culturelle. Que beaucoup d'artistes, leurs agents, gagnent trop d'argent, c'est évident, particulièrement à Hollywood. Mais la réponse à ce problème s'appelle la fiscalité, pas le vol. La vue d'un générique de film ou de série, où même le nombre de techniciens et de musiciens impliqués dans la réalisation d'un CD, prouve qu'il ne faut pas s'arrêter aux vedettes. Il est sûrement exagéré que Dany Boom continue de percevoir des droits exponentiels sur "Bienvenue chez les Ch'tis", qui a déjà fait de lui un multimillionnaire, mais qu'en est-il des seconds rôles? Ils n'auraient pas le droit de profiter eux aussi du succès? 

Cette affaire intervient aux Etats-Unis au moment où le Congrès débat de lois controversées pour créer un Hadopi local. Des textes qui provoquent la fureur de Google et FaceBook dont les pressions ont conduit les élus américains à repousser l'examen du "Stop online Piracy Act" (Sopa) et du "Protect IP Act" (Pipa) au lendemain des prochaines présidentielles outre-Atlantique. Il n'est pas surprenant que Mark Zuckerberg, qui a lui-même volé l'invention d'un camarade d'université pour créer FaceBook nous apprend sa biographie, soit dans le camp des pirates. Ce personnage fait en effet lui aussi de l'argent facile en commercialisant des données personnelles qu'on lui procure gratuitement. Il serait davantage étonnant que les Etats-Unis abandonnent l'industrie culturelle qui génère des millions d'emplois pour complaire aux plombiers du net qui n'en alignent que quelques dizaines de milliers, en profitant de surcroît des infrastructures de télécommunications construits par d'autres. 

17/01/2012

Nul n'est prophète en son pays

Les bonnes relations supposées entre le PS et le SPD, qui permettent à François Hollande et à son équipe de nous assurer régulièrement que le socialisme français est un phare pour le socialisme allemand et européen, n'ont pas suffi à Catherine Trautmann pour ravir la présidence du groupe socialiste au Parlement européen en remplacement de l'Allemand Martin Schulz, élu aujourd'hui au Perchoir de l'Assemblée de Strasbourg.

Par 102 voix, contre 45 pour l'ex-maire de Strasbourg, et 37 pour son compétiteur britannique, Stephen Hughes, les socialistes européens ont ainsi voté pour le social-démocrate autrichien Hannes Swoboda. Une véritable humiliation pour la chef de délégation française qui compte déjà 14 membres et n'a donc pu élargir son assise qu'à une trentaine de collègues, le SPD votant massivement pour Swoboda. Cette contre-performance relativise pour le moins les prétentions socialistes françaises à peser de façon déterminante sur la politique européenne.

Rendez nous la cagnotte!

Il est de bon ton, côté socialiste, de charger la barque sarkozyste pour expliquer la dégradation de la note française. De fait, les erreurs de politique économique et budgétaire ne manquent pas depuis le début du quinquennat, à commencer par l'entêtement du chef de l'Etat à récompenser les rentiers et à protéger les grosses fortunes. La tare originelle demeure l'inspiration même du Sarkozysme, qui ne jurait que par le modèle économique anglo-saxon, privilégiant la finance sur la production, et raillait nos besogneux de voisins allemands qui préféraient investir dans l'industrie. C'était l'époque où les visionnaires véreux de la fin du XXème siècle, tel l'ineffable Alain Minc, le grand pote de notre président, nous promettaient un avenir radieux sans usines.

Reste que l'endettement français ne date pas de 2007: plus aucun budget français n'est à équilibre depuis 1976. Dans la mesure où François Mitterrand a été président de 1981 à 1994 et Lionel Jospin Premier ministre de 1997 à 2002, il est assez difficile de nier la responsabilité socialiste. D'autant moins que le PS a laissé des traces écrites de sa gabegie. Portée par une activité mondiale soutenue, la France a connu au tournant du siècle une croissance forte, de l'ordre de 3,20% annuel pendant 5 ans de gouvernement "gauche plurielle". Tellement forte d'ailleurs que les rentrées fiscales avaient permis en 2000 d'accumuler des surplus budgétaires considérables, prés de 80 milliards de francs (plus de 11 milliards d'euros).

Elément tangible Laurent Fabius, qui était alors un homme respectable et d'ailleurs respecté comme ministre des Finances, avait un plan clair pour la préparation du budget 2001: consacrer l'essentiel de cette "cagnotte" inespérée au désendettement de la France. Sous la pression de Michel Sapin, un grand donneur de leçons hollandiste - et qui à l'époque était ministre de la Fonction publique - c'est exactement l'inverse qui a été tranché par Lionel Jospin: moins d'un milliard d'euros pour réduire les déficits et les 10 autres milliards pour augmenter le salaire des fonctionnaires. Je n'ai hélas aujourd'hui aucun élément tangible qui m'amène à penser que le PS agira différemment s'il revient au pouvoir. 

 
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