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13/01/2012

Antisociale, la gauche perd son sang froid

La colère socialiste et syndicale à la lecture de l'étude de l'institut Rexecode démontre hélas que la gauche n'a toujours pas compris la nature de la fracture sociale qui divise de plus en plus profondément notre pays. Que dit cette étude, basée sur les chiffres irréfutables car harmonisées d'Eurostat? Que les salariés à temps plein en France travaillent 225 heures de moins que les salariés à temps plein en Allemagne, soit environ 6 semaines sur base de 35 heures hebdomadaire.

On comprend que cette donnée gêne PS, CGT, FO et même la CFDT car cet écart de compétitivité de part et d'autre du Rhin découle précisément de la loi Aubry sur les 35 heures, laquelle apparait dans toute son injustice avec les autres chiffres présentées dans cette étude, à savoir que les non salariés (auto-entrepreneurs dont beaucoup ne sont en fait que des "faux" indépendants, liés à un client unique qui se trouve de fait leur employeur, artisans, commerçants) travaillent en revanche 2450 heures en moyenne par an, c'est à dire 800 heures de plus que les salariés à plein temps...

Travail précaire L'étude ne précise pas combien travaille effectivement les salariés à mi-temps ou quart-temps, et c'est bien dommage car ces laissés pour compte du CDI complet, et en fait souvent en CDD, sont de plus en plus nombreux à cumuler plusieurs travail, pour un gain mensuel au final souvent inférieur à ceux d'un salarié à temps plein à compétences égales. Pour illustrer mon propos, je prendrai l'exemple d'une employée de mairie qui vous fermera le guichet au nez le vendredi à 12h précise grâce aux RTT mais qui n'aura aucun scrupule à être la dernière à faire enregistrer ses achats par une caissière à mi-temps à 20h au super-marché du coin.

On peut certes déplorer l'accroissement du travail précaire, sous toutes ses formes, mais, nonobstant des abus patronaux régulièrement condamnés par les Prud'hommes, il faut être malhonnête pour ne pas reconnaître que ce phénomène résulte d'abord et avant tout de nos modes de vie. Nous voulons des commerces, des cinémas, des restaurants, des services accessibles à toute heure, et par la force des choses, la répartition de ce type de travail ne peut être que fractionnée. Cette précarisation touche d'ailleurs jusqu'à la fonction publique puisque le personnel statutaire faisant le service minimum, il faut bien engager du personnel contractuel corvéable à merci pour faire le travail à leur place.

Fameuse défiscalisation L'autre profonde injustice de la loi sur les 35 heures concerne les RTT, dont ne bénéficient pas les travailleurs des entreprises de moins de 20 salariés, c'est à dire une majorité. Ce n'est pas par hasard si la fameuse défiscalisation des heures supplémentaires a surtout été utilisée par ce type d'entreprises où le patron n'a pas les moyens de payer ses employés plus que le salaire horaire de base et, pour arrondir ses fins de mois, le salarié d'une PME n'a d'autres choix que de travailler davantage quand son collègue d'une entreprise du CAC 40 profitera tranquillement de ses RTT, en gagnant autant sinon plus.

Compte tenu de leur coût pour les finances publiques, d'une vingtaine de milliards par an, les 35 heures ne survivront pas aux présidentielles, quelqu'en soit le vainqueur. François Bayrou a clairement annoncé une grande négociation sociale, dont le démantèlement de cette loi inique sera un des principaux volets. En clair, si les entreprises du CAC 40, ou les PME très rentables, veulent se payer les 35 heures, qu'à cela ne tienne: l'actionnaire touchera moins et la différence servira à financer le coût des 35 heures sans plus solliciter l'aide de l'Etat.

Réformer les comités d'entreprises Mais j'ai appris avec plaisir aujourd'hui, à la lecture d'un communiqué de Jean-Luc Bennahmias, qu'une autre réforme va être proposée par le candidat centriste: la refonte juridique des comités d'entreprise afin d'en élargir le bénéfice aux salariés des PME sous-traitantes des grands groupes. J'en suis ravi car c'est moi qui porte ce projet au MoDem depuis plusieurs années afin de corriger une autre injustice criante. Les grandes entreprises, par leur masse salariale, proposent en effet à leurs salariés des prestations de loisir à des tarifs défiant toute concurrence, pour un gain de pouvoir d'achat pouvant atteindre jusqu'à 1000 euros par an pour une famille, comme par exemple une location de vacances, par rapport au prix catalogue. Permettre aux salariés des PME de cotiser au même comité d'entreprise que leurs donneurs d'ordre s'annonce ainsi comme une réforme sociale majeure. Et juste.

Commentaires

Vos chiffres sur le temps de travail sont ... partiels puisque, justement, vous n'incluez pas le temps ... partiel.
Or l'Allemagne a un recours au temps partiel bien supérieur au nôtre.
Et, qui plus est, la durée de travail à temps partiel est, globalement, inférieure à celle de la France. Ce qui complique donc le calcul.
Pour porter un jugement, il faut donc intégrer ce temps partiel. Le calcul a été fait. Le résultat montre que les français travaillent effectivement moins que les allemands, mais seulement de 85 heures annuellement au lieu des 225 que vous mentionnez.
Il y a donc un écart, mais d'environ 5%.
Ensuite, avant de parler d'un "écart de compétitivité", il faudrait tenir compte de la productivité, supérieure en France à ce qu'elle est en Allemagne.
Là, je ne dispose pas des chiffres consolidés. Mais ce fameux "écart" se réduit à peu de choses.
Je propose qu'on arrête de braquer les projecteurs des différences entre la France et l'Allemagne sur ce faux "écart de compétitivité". Certes il arrange bien le discours des contempteurs des 35 heures et du patronat.
Mais c'est tout simplement un faux procès.
Bien à vous

Écrit par : Bernard BOUGEL | 15/01/2012

@ Bernard Boucel: D'abord vous lisez. Ensuite vous commentez. Mes chiffres sont irréfutables car reposant sur une base harmonisée par Eurostat, ceux du PS reposent sur du vent et varient d'une étude partielle et partiale à une autre. Vos éléments de langage émanant de Solférino ne servent qu'à nier cette réalité: il existe deux types de salariés en France: l'aristocratie des entreprises du CAC 40 d'une part et leurs esclaves externalisés de l'autre, trimant en sous traitance pour compenser le gap de compétitivité provoqué par l'indolence des premiers Ne cherchez pas ailleurs l'explication de la montée du Front national en milieu ouvrier. J'avais oublié la troisième catégorie hors concours et à laquelle vous appartenez sans doute: la fonction publique à la productivité si remarquable.

Écrit par : Yannick Laude | 16/01/2012

1) Mon nom est Bougel et non Boucel
2) Je vous trouve bien péremptoire et agressif. J'imaginais que votre blog était ouvert à la discussion, voire à la contradiction. C'est l'usage.
Si vous voulez avoir raison à tout prix, à votre guise. Ne comptez plus sur moi pour vous lire.
Bien à vous

Écrit par : Bernard Bougel | 17/01/2012

@ Bernard Bougel: Libre à vous. Mais je ne considère pas que vous apportez de contradiction quand vous ne répondez rien sur l'injustice du traitement entre grandes entreprises et PME (notamment concernant les RTT), ni n'avez un commentaire à faire sur l'énormité du temps de travail des indépendants. Non, il ne s'agit pas de contradiction, mais simplement de l'expression d'un conservatisme social. Le dédain que vous manifestez à l'égard du "patronat", terme générique qui ignore le fait que la moitié des patrons gagnent moins qu'un conducteur de TGV, est l'illustration la plus évidente de ce conservatisme.

Écrit par : Yannick Laude | 17/01/2012

Sachez, cher Monsieur, que je suis moi-même co-fondateur d'un cabinet de conseil qui compte aujourd'hui une centaine de salariés. Je sais donc pertinemment ce que c'est que d'être "patron" d'une PME.
Quant au "dédain" que je manifesterai pour le "patronat", je n'en vois pas la moindre trace dans mon propos.
Prenez le temps de vous rendre sur mon blog bougel.wordpress.com pour prendre connaissance des idées que je défends et vous forger une conviction sur mon "conservatisme".
Enfin ma contradiction (car c'en est une) portait sur le fameux "écart de compétitivité" qu'on ressasse à l'envi.
Les chiffres (d'où vous vient qu'ils "émanent de Solférino" ?) montrent que c'est un leurre et que le vrai écart qui nous sépare des allemands c'est notre déficit de politique industrielle.
Bien à vous

Écrit par : Bernard Bougel | 18/01/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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