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02/01/2012

Rien de va plus, faites vos vœux

Comme chacun sait 2012 s’achèvera sur l’Apocalypse, et cette perspective funeste pourrait inciter certains à profiter sans barguigner de ces quelques mois de sursis que nous concèderait le calendrier Maya. Personnellement je crois que le calendrier électoral va bien davantage influencer nos vies. A l’heure d’aujourd’hui, quatre candidats semblent en mesure de se qualifier pour le second tour de la présidentielle des 22 avril et 6 mai, et dans l’ordre suivant selon les derniers sondages: le sortant, Nicolas Sarkozy, son concurrent direct, François Hollande, leur adversaire commune, Marine Le Pen, et enfin François Bayrou, certes tout autant adversaire et concurrent que les autres, mais avec cette différence majeure qu’il annonce d’avance son intention de s’entendre avec tous s’il était élu à la Présidence de la République. En ce moment où la France a tant besoin d’un sursaut de ses forces vives, François Bayrou est le seul à délivrer une méthode de gouvernement: l’Union nationale.

Manuel Vals, directeur de la communication du candidat socialiste, qui nous avait pourtant habitués plus de largesse d’esprit lors des primaires, a en effet été clair : le Premier ministre du Président Hollande sera « bien évidemment » socialiste. Moyennant quoi, il somme François Bayrou de choisir son camp. Nonobstant le fait que François Bayrou peut tout aussi bien être lui-même au deuxième tour, cette mise en demeure devrait d’abord s’adresser aux partenaires naturels du PS : les Verts et le PC. Ce dernier, conduit par Jean-Luc Mélenchon, ne m’apparaît pas avoir clairement choisi le camp socialiste, dont il ne cesse de railler le candidat, pas plus d’ailleurs qu’Eva Joly dont le vote de deuxième tour pour François Hollande ne s’annonce pas enthousiaste. Si cet entêtement à vouloir faire survivre, dans la plus totale confusion idéologique, l’union de la gauche version 1972, mâtinée de gauche plurielle version 1997, devait perdurer jusqu’au printemps, je redoute que cela ne conduise le PS en 2012 au même échec qu’en 2002 et 2007.

Légende noire Nicolas Sarkozy se garde bien pour sa part de placer le Béarnais au pied du mur, pariant justement sur l’incapacité politique de son challenger socialiste à se concilier le vote centriste au second tour. Le raisonnement est simple : quand bien même François Bayrou serait tenté par le désistement pour François Hollande, ce dernier ne serait pas capable de concrétiser cette alliance nouvelle sans briser l’alliance ancienne, ne serait-ce qu’en termes de répartition des circonscriptions pour les élections législatives qui suivront en vue de bâtir la majorité présidentielle. Au demeurant deux des protagonistes potentiels ont été clairs : « jamais avec Bayrou » a prévenu Mélenchon, et vice versa. Du reste, Sarkozy, à l’instar d’Hollande, sera prisonnier de son camp, lequel refusera d’autant plus toute ouverture ou union nationale que Sarkozy, dont ce serait alors le dernier mandat, n’aura plus la même autorité sur son parti, la tête déjà tournée vers 2017. Il y a pléthore de candidats UMP bien propres sur eux pour aller à Matignon, de Jean-François Copé à Nathalie Kosciusko-Morizet, en passant par Laurent Wauquiez, toute une génération dont je doute des fondements moraux, car nourrie à la Sarkozye à l’époque où le maître de l’Elysée était cet « enfant barbare », si bien décrit par François Bayrou, et que sa légende noire poursuivra longtemps encore.

Marine Le Pen se tient en embuscade, talonnant Sarkozy depuis un an dans les sondages, sans vraiment sembler capable de lui ravir la qualification à droite. Quelque aient été ses louables efforts pour se distinguer de son père, la présidente du Front national ne parviendra jamais à moderniser le conservatisme, ni à donner un semblant de crédibilité au concept de nationalisme en matière économique. Il suffit de voir que malgré des mois de campagne frontiste et souverainiste contre l’euro, une cible d’autant plus facile que l’Europe a connu une année difficile, l’opinion française demeure très majoritairement attachée à la devise européenne dont on fête les 10 ans dans les DAB. La grande erreur de Marine Le Pen est de croire que le sursaut national doit se faire contre le monde extérieur. Ce positionnement martial et parfois menaçant exclut à l’évidence toute possibilité d’union nationale, et en conséquence tout sursaut national. Comme en 1974, en 1988, en 1995, en 2002 et en 2007, le vote Le Pen sera une impasse.

Point d’équilibre de notre vieille nation Face à une telle offre, il est bien naturel que de nombreux commentateurs et éditorialistes n’excluent plus une nouvelle surprise Bayrou. De fait, sur la ligne de crête qui permet de concilier le concept de « produire français » avec celui d’ « Europe communautaire », le président du Mouvement Démocrate incarne le point d’équilibre de notre vieille nation à rebours des vieilles lunes nationalistes. La presse lui reproche, non sans raison, un programme manquant de densité. Compte tenu des efforts à accomplir pour nous désendetter tout en gagnant en compétitivité, je crois sincèrement que le plus important est toutefois la méthode de gouvernement que François Bayrou a d’ores et déjà annoncé. Car j’imagine mal le consensus indispensable au redressement budgétaire, économique et social de la France sans l’union nationale la plus large possible et qui déterminera, en dernier ressort, le programme gouvernemental. Or qui est le plus à même de conduire une telle union ? Le petit frère des riches, le capitaine de pédalo, l’héritière frontiste, ou le paysan-professeur béarnais ? Personnellement, j’ai fait mon choix et que mes vœux aillent à tous ceux qui m’imiteront, en pardonnant les autres pour leurs errements futurs.  

Commentaires

article très clair et qui permet de croire que notre rêve a des chances de se réaliser en 2012. Inutile de critiquer le manque de programme du candidat Bayrou (puisque tout le monde sait que ces programmes électoraux ne trompent que ceux qui les ont crus) par contre deux choses sont nécessaires : la manière d'exercer le pouvoir en toute indépendance et la méthode pour gouverner en appelant toutes le compétences dans le cadre de la nécessaire unité nationale. Et là Bayrou est très crédible , il y ajoute même la vision et le sens qui s'inscrivent et l'inscrivent dans l'histoire de notre peuple. La démarche s'éclaire : il faut que Bayrou ait toute notre confiance et notre mobilisation pour passer le premier tour et il faut dès maintenant être ouvert et rassembleur pour retrouver au second tour, avec et au-delà des partis, ceux qui auront exprimé un autre choix au premier.

Écrit par : papy5951 | 02/01/2012

Super votre billet!
Et contrairement à papy, je trouve que vous avez raison de dire que "La presse lui reproche, non sans raison, un programme manquant de densité."
A l'heure actuelle du doute et des questionnements, les citoyens ont besoin de connaitre le projet exact des candidats à la présidentielle. Ce que nous observons en ce moment, c'est un jeu du chat et de la souris entre les deux principaux candidats qui n'amuse que les média et des instituts de sondage...
"La rue", par contre, parle du programme de Marine Le Pen et de Jean Luc Mélenchon
Dans ma boîte, moi et mes collègues, nous avons lu la lettre de F.Hollande parue dans Libé, certes, elle est belle, mais à part des critiques contre notre Président et des promesses de "vivre mieux", il dit pas grand chose, d'où notre grosse déception.

Quant à l'euro, il faudrait être plus prudent dans vos analyses. Je vous passe ce sondage paru dans le dernier JDD:

1) L'évaluation des conséquences de l'euro sur vous personnellement
A la question:
"Avec le recul, diriez-vous que l'euro a été plutôt une bonne chose, ou plutôt une mauvaise chose"
18 à 24 ans: 54% répondent plutôt mauvaise
25 à 34 ans: 57% répondent plutôt mauvaise
35 à 49 ans: 65% plutôt mauvaise
50 à 64 ans: 56% plutôt mauvaise
plus de 65 ans: 46% plutôt BONNE

2) L'évaluation des conséquences de l'euro sur la France
18 à 24 ans: 45% plutôt mauvaise
25 à 34 ans: 60% plutôt mauvaise
35 à 49 ans: 63% plutôt mauvaise
50 à 64 ans: 52% plutôt mauvaise
plus de 65 ans: 62% plutôt BONNE

Si on analyse ce sondage, on se rend compte que les jeunes et ceux qui travaillent ont une perception négative de l'euro, par contre des retraités très positive. Conclusion : les personnes âgées disposent de placements en euro, donc ne veulent pas perdre une partie de leurs économies.

Écrit par : Léa | 03/01/2012

La bonne Léa oublie de dire que deux tiers des Français ne veulent pas d'un retour au franc.

Et, "avec le recul", l'euro a-t-il était une bonne ou une mauvaise chose, lorsque la question est posée à des 18-24 ans, elle me fait pisser de rire: en 99, ils avaient entre 5 et 11 ans. Et ceux qui ont aujourd'hui entre 25 et 34 ans avaient entre 12 et 21 ans. On mesure la solidité du sondage. J'en ris encore.

Ce que mesure ce sondage, c'est l'inquiétude face à la crise, inquiétude bien compréhensible. J'imagine qu'il aurait donné la même chose en 93, après la énième crise du franc... Mais on ne posait pas la question: êtes-vous pour le retour à l'ancien franc ou au napoléon...

Écrit par : Jean Quatremer | 03/01/2012

@Jean Quatremer: c'est pourtant une classe d'âge que Yannick aime beaucoup ! :-))

Écrit par : 18-34 ans | 03/01/2012

A Mr Quatremer

1) Non, je l'ai pas oublié, car Yannick Laude l'a écrit dans son billet:"l’opinion française demeure très majoritairement attachée à la devise européenne dont on fête les 10 ans dans les DAB."

2) Quant à "avec le recul": OK pour la première tranche des sondés, mais pourquoi vous ne commentez pas l'opinion des générations suivantes ? le sentiment négatif face à l'euro y est beaucoup plus important, non ?

3) Certes, ce sondage reflète aussi l'inquiétude face à la crise, mais les questions portent sur l'EURO et non sur "êtes vous inquiets de la situation actuelle en France". Les Français ne sont pas débiles et savent comprendre les questions...
Et je ne vois pas pour quelle raison vous parlez de l'année 93 et de la question portant sur le retour à
l'ancien franc ? Le nouveau franc était pareil que l'ancien, mais juste divisé par 100 ce qui n'a du faire aucune différence notable. Est ce que les prix ont explosé à l'époque comme lors du passage à l'euro ?

Écrit par : Léa | 03/01/2012

Et à propos des 10 ans de l'euro, je me permets de mettre ce comment, et tant pis si vous aussi, vous allez me virer de votre blog à cause de son "indécence".


Chez nous, en France, de plus en plus d'économistes s'accordent à dire que malheureusement l'euro ne survivra pas. D'ailleurs dans de différents journaux les journalistes dessinent des scenarii de sa "mort".
Des grosses boîtes se préparent activement au passage à des monnaies nationales (Adidas, Legrand etc, idem des banques centrales)
Je pense que les créateurs de l'euro ont zappé le fait que les économies des pays européens étaient trop divergentes et que même davantage d'intégration politique au niveau européen n'aurait pas pu résoudre ce grand décalage, sauf bien sûr si les pays forts et riches devaient s'appauvrir pour aider les maillons très faibles.
Mais quid alors pour eux d'être compétitifs par rapport aux pays émergents ?
Il ne faut pas oublier que ces "maillons faibles" n'avaient pas de structures salariales comparables aux nôtres: niveau de salaire, de la protection sociale, etc.
Je vois donc assez mal comment on aurait pu arriver au (à peu près) même salaire dans ces pays, sans nous appauvrir énormément ?
Par ailleurs, certes, l'inflation a été maitrisée, mais l'euro fort a provoqué des délocalisations, donc le chômage, donc une forte augmentation de dépenses étatiques.
Dommage que les pères de l'euro n'aient pas prévu deux zones euro: fort/faible, puisque selon moi, c'était une bonne solution pour une Europe harmonieuse où tous les citoyens européens se seraient sentis protégés.
Là, il y a des pays qui vont s'en sortir sans grand dégât, mais les autres (Espagne, Italie, Grèce) vont vivre des moments durs et dramatiques.
Quel dommage, tout ça!

Écrit par : Léa | 04/01/2012

@ Yannick Laude

Je viens de voir que votre blog n'est même pas mentionné dans la rubrique "blog" de votre journal! Pourquoi ?
C dommage, car vos billets sont intéressants.

Écrit par : Léa | 04/01/2012

@ Léa: Fin 2012, cela fera 8 ans que je ne suis plus journaliste mais fonctionnaire européen, porte-parole du groupe ADLE au Parlement européen ainsi que je l'explique dans mon tout premier post. Au quel des nombreux journaux avec lesquels j'ai collaboré pendant 22 ans de journalisme vous faites allusion?

Écrit par : Yannick Laude | 04/01/2012

@ Yannick Laude

Google sort ça:

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Donc 20' accueille bien votre blog, non ?
Donc, je pense que vous devriez les demandez de répertorier votre blog dans leur liste.

Écrit par : Léa | 04/01/2012

Les commentaires sont fermés.

 
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