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21/09/2011

Les restos du coeur otages d'une querelle d'Allemand?

Berlin nous fait-il une querelle d'Allemand en menaçant ainsi l'avenir des banques alimentaires à quelques mois de l'hiver? De fait le motif invoqué pour refuser de prolonger le financement du programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) peut paraître sinon futile, du moins de mauvaise foi. "Je comprends très bien l'émotion mais juridiquement, ce n'est pas possible", s'est obstiné Robert Kloos, le secrétaire d'Etat allemand à l'Agriculture, un titre qui, outre Rhin, ne vaut pas maroquin, mais désigne un haut fonctionnaire, en l'occurrence chargé de remplacer le ministre en titre, lequel était peu pressé d'aller jouer les méchants hier lors d'une réunion ministérielle ultra-médiatisée à Bruxelles. On comprend sa gêne. Son pays, avec une demi-douzaine d'autres, a bloqué un accord soutenu par l'immense majorité des Vingt Sept, avec comme résultat une baisse drastique du PEAD dont le budget passerait en 2012 à 112 millions d'euros contre 480 millions cette année.

Politique volontariste Parmi les radins et autres mesquins en matière sociale, nul ne s'étonnera de compter le Royaume-Uni, la Tchéquie, voire les Pays-Bas. Plus surprenant dans ce cartel du non aux Restos du Coeur est de trouver le Danemark et la Suède, plutôt réputées pour leur politique sociale généreuse. La France, qui porte haut le drapeau de la solidarité avec les plus pauvres, a beau jeu de fustiger l'égoïsme allemand. En fait, nos voisins n'ont pas de leçons à recevoir. Chaque année, entre 10 et 15 SDF meurt dans les rues allemandes contre 3 à 400 en France (250 sur les 6 premiers mois de 2011). De part et d'autre du Rhin, le nombre des sans abris est cependant similaire, estimé à 400 000 La différence, tient à la politique volontariste menée par les pouvoirs publics, notamment la Deutsch Bahn, en matière d'hébergement d'urgence, et les Lander, en logement. Quant au financement des banques alimentaires, il est entièrement pris en charge par les associations caritatives, fortement aidées par les Eglises. Pourtant éligible, Berlin, pas plus que ses alliés de circonstances, hormis Prague, ne fait ainsi appel au PEAD alors que la France est une des premières bénéficiaires avec 72 millions d'euros.

C'est à la lumière de ces situations contrastées qu'il faut comprendre la position allemande pour qui l'argument juridique n'est nullement fallacieux mais bel et bien fondamental. Le PEAD, fruit d'un deal entre Coluche et Jacques Delors dans les années 80, repose en effet aujourd'hui selon l'Allemagne sur du sable légal. Conçu à l'époque où l'Europe verte croulait sous les stocks alimentaires d'invendus, le programme est désormais victime du succès des réformes successives de la PAC, laquelle a gagné en efficacité et ne génère plus guère de surplus. Du coup, pour honorer les attentes des banques alimentaires, le budget agricole doit acheter des produits de base sur le marché privé. Halte là, a dit la Cour européenne de justice saisie par Berlin: la PAC, c'est pour les agriculteurs. Ca allait bien quand il y avait des stocks à vider car ça évitait des frais de gestion, dit l'arrêt en substance, mais le budget agricole n'est pas un programme social et n'a pas à s'y substituer.

Modèle détricoté La Commission européenne, pour une fois consciente du ravage politique que cause cette polémique juridico-politique dans d'opinion publique de nombreux autres pays, a présenté un programme provisoire, reposant toujours sur la PAC, dans l'attente de transformer le PEAD en programme social avec la révision des politiques communes et du budget européen pour la période 2013-2020. C'est prendre le juriste allemand pour un sot! Pas plus qu'il n'est question d'admettre que le budget agricole finance un programme social, même provisoirement, il n'est pas davantage envisageable que l'UE se lance plus tard dans un tel programme au titre de la politique sociale. En effet, la politique sociale est subsidiaire parmi les compétences européennes, autrement dit quasi-nulle, sous pression britannique bien sûr, mais aussi parce que l'Allemagne et les pays scandinaves ont toujours refusé toute harmonisation dans ce domaine, par crainte de voir leur modèle détricoté par l'UE.

Une réunion de la dernière chance est programmée en octobre où la situation pourrait se débloquer si la Tchéquie devait finalement faire défection et rompre la minorité de blocage construite autour de l'Allemagne. Cette affaire n'en demeure pas moins emblématique de la construction européenne: comment traduire en action politique commune des traditions juridiques nationales si différentes? En délimitant clairement les compétences à exercer au plan européen et au plan national. L'Europe n'a pas à s'excuser de ne pas s'occuper des SDF. C'est un drame humain dont la prise en charge locale semble le meilleur échelon, de mon point de vue fédéraliste. Les résultats allemands comparés aux nôtres en matière de lutte contre la pauvreté témoignent d'ailleurs de cette évidence. C'est tout l'inverse de la politique économique et budgétaire qui au contraire gagnerait en efficacité à être menée au plan européen. Et j'espère que l'Allemagne fédérale saura bientôt l'admettre. 

Commentaires

D'accord avec vous (aide alimentaire). Mais ce qui est drôle, c'est que tout d'abord l'UE appauvrit les européens et après joue l'infirmière. Ceci pour nous dire: vous voyez, sans Bruxelles vous crèveriez.
Bon, je pousse un peu, mais j'aime exagérer;-)

Écrit par : Léa | 22/09/2011

@ Lea: L'UE n'appauvrit personne. A ce stade, chaque pays mène toujours sa politique économique et on voit le brillant résultat...

Écrit par : Yannick Laude | 22/09/2011

@ Yannick Laude

Non, personne en... Asie, mais en Europe, si. Lisez ceci:

"Dans l’ensemble, les citoyens de l’UE jugent que la pauvreté a augmenté au cours de l'année précédant l'enquête, et ceci à tous les échelons : six sur dix pensent que c’est le cas dans leur région, 75 % dans leur pays et 60 % à l’échelle de l’UE.

La perception de la pauvreté est marquée par la crise et les appels à l’austérité. Les Grecs sont proportionnellement les plus nombreux (85 % des personnes interrogées) à penser que la pauvreté a augmenté sur leur territoire. Concernant leur propre pays, 83 % des Français, 82 % des Bulgares, 77 % des Roumains, 75 % des Italiens et 72 % des Luxembourgeois partagent cet avis."

Par ailleurs, 8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté. C'est pas de moi, ce sont des stats officiels.

Écrit par : Léa | 22/09/2011

@Léa

Vous citez des chiffres sans les interpreter : si ces chiffres sont vraies, ils montrent que globalement, les ressortissants de pays européens pensent que la pauvreté a augmenté ces dernieres années, mais vous ne démontrez pas que cette accroissement est dûe de près ou de loin à l'Union Européenne : votre post est incomplet !

Écrit par : Damien | 22/09/2011

@ Damien

1) Je vous invite à consulter des stats d'Eurostat
2) Consultez aussi des stats sur le chômage et son incroyable augmentation
3) Consultez aussi le nombre de nos emplois délocalisés dans des pays sans aucune protection sociale et salariale
Si ce n'est pas "grâce" au manque de protection à nos frontières européennes contre ces produits fabriqués ailleurs, alors je ne sais pas où vous vivez pour ne pas en être sûr.
Cette politique a été voulue et organisée par nos commissaires qui s'en foutent des millions de pauvres qui, de plus en plus, cherchent de quoi se nourrir dans des poubelles. Pourtant on nous a promis le contraire! C'est honteux, c'est tout!

Écrit par : Léa | 22/09/2011

@ Léa

je ne commenterais que les stats du chomage (http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/show.do?dataset=une_rt_a&lang=fr) , n'ayant pas trouvé celles des emplois délocalisés sur eurostats : on observe que le taux de chomage dans l'UE depuis 2000 est assez stable, tournant autour de 8.5%, puis une nette augmentation à partir de 2008 jusqu'a atteindre 9.7% en 2010.
Interpreter ces résultats en disant que la politique menée l'UE est responsable de l'augmentation du chomage me parait assez discutable, mais reste une interpretation possible ; néanmoins, ces chiffres ne démontrent absolument pas que " l'UE appauvrit les européens ", ou tout du moins les met au chomage.

Écrit par : Damien | 25/09/2011

@ Damien

Selon l'INSEE la moitié des emplois industriels ont été délocalisés vers des pays à bas coût, et je ne parle pas des services.
Forcement avec un euro trop fort et un manque flagrant de protection à nos frontières européennes, les entreprises sont obligées de "composer" et de chercher par tous les moyens leur survie

Écrit par : Léa | 26/09/2011

@ Léa

Comme d'habitude, vous mentez effrontément !

Les 2 dernières études de l'INSEE en matière de délocalisation montrent, avec des méthodologies différentes, que l'impact sur l'emploi des délocalisations demeure marginal.

La première, à partir d'une définition stricte des délocalisations, montre que le nombre d'emplois détruits par les délocalisations ne s'élève qu'à 13 500 par ans.

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ecofra05b.pdf

La seconde, avec une définition plus large, montre que les délocalisations détruisent 36.000 emplois par an. Mais celles-ci ont également permis de générer 41.000 emplois supplémentaires par an en moyenne, soit plus que les emplois détruits !

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES427A.pdf

Écrit par : TyrandO | 27/09/2011

@ TyrandO

Vous yoyotez de la touffe. Il y a eu un vrai massacre dans les emplois industriels. Certes l'emploi dans les services (à la personne, restauration, dans des assocs, etc) s'est développé, mais ce n'est pas ça qui apporte de la richesse à notre pays. Il suffit d'observer pour cela notre déficit commercial!

Écrit par : Léa | 28/09/2011

@ Léa

Quand la réalité entre en contradiction avec vos préjugés, c'est la réalité qui a tort ! A ce niveau de niaiserie, c'est de la connerie chimiquement pure !

Écrit par : TyrandO | 29/09/2011

@ TyrandO

Si les délocalisations de nos emplois industriels généraient la création de beaucoup plus d'emplois, alors il faudrait liquider notre industrie pour faire baisser le chômage...Pourtant, en ce moment tous les partis parlent de réindustrialiser la France. Bizarre non ?

Écrit par : Léa | 30/09/2011

@Léa

La réalité des faits est une question de majorité pour vous ? Vous aviez déjà touché le fond, mais là, vous creusez !

Écrit par : TyrandO | 30/09/2011

@ TyrandO

En creusant, j'ai trouvé les chiffres de notre balance comm.
Mais bon, par expérience je sais que vous voulez avoir toujours raison...

Écrit par : Léa | 01/10/2011

Quel rapport avec la choucroute ? D'ailleurs je suis certain que vous n'avez même pas lu les papiers de l'INSEE sur les délocalisations, GROSSE FEIGNASSE !

Écrit par : TyrandO | 01/10/2011

@ TyrandO

Si, j'ai lu (un peu)
Vous avez dit:

"délocalisations détruisent 36.000 emplois par an. Mais celles-ci ont également PERMIS de générer 41.000 emplois supplémentaires par an en moyenne, soit plus que les emplois détruits !"

D'où ma question du 30/9, à laquelle vous n'avez pas répondu. Vous avez remarquez que j'étais quelqu'un de super logique.

Écrit par : Léa | 02/10/2011

Tient les duettistes ! Contente de vous retrouver pareils à vous-même TyrandO et Léa.

Sinon, je viens de tout comprendre : pour lutter contre la faim en Europe, il faut payer ses impôts à l’état (à l’entité Europe, bientôt ?) et pour nourrir les affamés il faut compter sur les assoc. Caritatives et la sainte église… (Mon dieu ! j’oubliais, il faut aussi, bien sûr, prier)
Marrant ! Dans mon pays on a bien compris le mécanisme aussi : on sauve les banques et leur actionnariat puis, pour palier à la pauvreté de l’état on achète , en masse, des bons du même état , et quand il fait froid , les citoyens accueillent chez eux des sans-abris et portent du bois aux pauvres ou paient leur facture de mazout (c’est gentil pour l’état aussi qui en retire de belles accises !)
Je suis obligée de me rendre à l’évidence, le jugement du Français sur le Belge est exact : le Belge est gentil, mais très con.

J’ai une bête question, je suis Belge, pourquoi ne pas payer l’impôt au citoyens aux églises ou caritatifs ?

Écrit par : Cassandre | 11/02/2012

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